SANOFI : 1 milliard d’euros d’aides publiques, 4 milliards de dividendes, 400 licenciements en R&D – entretien avec P Collemine, délégué CGT #vidéo

Le PRCF 94 était présent le 4 mars 2021 à Sanofi Vitry pour soutenir les salariés qui manifestaient contre le plan de licenciements de près de 400 personnes en R&D. En 2021, Sanofi va verser 4 milliards d’euros à ses actionnaires, comme en 2020. De plus, le groupe a reçu plus d’un milliard d’euros d’aides publiques en 10 ans ! Malgré tout, ils continuent à licencier à tour de bras et à détruire la production industrielle française pour ne garder que les programmes de recherche les plus rentables. Nous avons interrogé Pascal Collemine, délégué central CGT Sanofi R&D France, pour qu’il nous informe de l’actualité de la engagée. Le PRCF apporte tout son soutien aux salariés de Sanofi et se battra à leur côté contre Macron, le MEDEF et l’UE, pour le maintien des emplois industriels en France, et pour la nationalisation immédiate du groupe, sans contreparties et sous contrôle démocratique des salariés !

Interview de Pascal Collemine (CGT Sanofi)

PRCF94 : Tout d’abord, quel est le contexte de la mobilisation d’aujourd’hui ? Pouvez-vous nous expliquer ce qui se passe à Sanofi et quel est l’objectif de cette mobilisation ?

P. Collemine : Nous sommes mobilisés contre le plan de d’emplois chez Sanofi qui va impacter plus de 400 chercheurs en France avec notamment la fermeture du centre de recherche de Strasbourg qui travaillait essentiellement sur l’immuno-oncologie, c’est-à-dire la recherche sur le traitement des cancers. La mobilisation d’aujourd’hui fait suite à celle du 4 février où nous avions fait le procès de Sanofi avec François Ruffin devant le siège de Sanofi, rue de la Boétie [à Paris]. Depuis le 19 janvier, tous les sites Sanofi sont mobilisés dans des mouvements de grève. On souhaite évidemment que ces différentes mobilisations convergent et qu’elles soient de plus en plus fortes. Sanofi ne peut pas licencier dans la période actuelle, surtout en pleine pandémie. D’autant, qu’ils n’ont pas trouvé de vaccin, pour des raisons évidentes qui sont notamment liées aux restructurations successives qui ont diminué les chances de succès en recherche. Sanofi vient d’annoncer 12 milliards d’euros de bénéfices net en 2020 (+340%) et 4 milliards d’euros sont déjà réservés aux actionnaires. Ça ne peut plus durer !

Le gouvernement a donné de l’argent à Sanofi notamment pour la recherche pour le vaccin. Comment expliquez-vous que, malgré ces aides, l’entreprise souhaite licencier des travailleurs ?

P. Collemine : C’est bien le problème. Ces aides publiques sans contreparties sont un véritable fléau pour l’emploi en France, pour la recherche et développement ainsi que pour toutes les activités du groupe car Sanofi fait à la fois de la recherche en amont comme ici à Vitry-sur-Seine, ou à Strasbourg, Chilly-Mazarin et Montpellier, mais produit également des médicaments, production essentielle pour la santé publique. En fait, toutes ces aides publiques ne devraient évidemment pas être versées à une entreprise qui génère chaque année entre 4 et 10 milliards d’euros de bénéfices. Ces crédits d’impôts devraient plutôt être orientés vers l’INSERM, le CNRS, et les instituts publics qui, eux, courent après les subventions. En fait, la stratégie de Sanofi consiste à utiliser les services publics, ou en tout cas l’INSERM et le CNRS, pour trouver des médicaments et après les revendre et se faire le maximum de profit. Comme on dit, on socialise les pertes et on privatise les profits !

Pouvez-vous nous donner les chiffres de la mobilisation, notamment le nombre de grévistes ? Quelles sont vos revendications et les actions à venir ?

P. Collemine : Là, nous sommes autour de 200 salariés dans la mobilisation d’aujourd’hui. Nous étions environ 200 salariés le 4 février lorsque Philippe Martinez est venu sur le site pour rencontrer les chercheurs. La prochaine initiative aura lieu le 11 mars devant le Ministère de l’Économie à Bercy. Nous revendiquons l’arrêt du plan de restructuration et nous voulons des embauches permettant de trouver de nouveaux médicaments.

Au PRCF, nous revendiquons la nationalisation des grandes industries stratégiques du pays. Que pensez-vous de ce mot d’ordre ?

La CGT, comme d’autres partis progressistes, revendique un pôle public de la santé dont le médicament ferait partie. Après, une nationalisation comme nous l’avons connue sur Rhône-Poulenc dans les années 1980, je ne pense pas, mais ça doit en effet passer par une non-marchandisation de la santé parce qu’on voit très bien aujourd’hui que le profit des actionnaires passe avant les objectifs de santé publique. L’objectif final est bien sûr l’appropriation sociale des moyens de production mais en tout cas nous devons sortir de cette marchandisation à outrance, c’est évident. Et la CGT porte cette revendication, tout comme le PCF, la France Insoumise et comme bien d’autres partis progressistes.