Par Fadi Kassem et Georges Gastaud (*) – 6 juin 2022

Le dispositif antidémocratique du quinquennat étant conçu pour asservir les majorités parlementaires au président récemment élu, il est improbable que la prochaine Assemblée nationale s’oppose frontalement au chef en titre de l’exécutif. Il est toutefois compréhensible que nombre d’électeurs de gauche tiennent à voter pour la « NUPES » de manière à contenir au maximum les projets destructifs des macronistes ralliés en douce par les LR. On comprend aussi la volonté de ces électeurs d’empêcher le RN de devenir la première force d’opposition parlementaire après avoir réussi à devenir la première force d’opposition lors de la présidentielle.

On peut aussi comprendre que nombre d’électeurs communistes désireux de privilégier la « grande explication » extra-parlementaire qui vient entre Macron et les travailleurs de France, comptent à l’inverse s’abstenir ou voter nul lors de ces législatives, l’idée étant de conforter le boycott électoral ouvrier massif qui se profile et dont le but est de delégitimer au maximum cette caricature de démocratie qu’est la Cinquième « République » antisociale, euro-atlantique et en voie de fascisation galopante.

 

 

L’essentiel est alors :

1) même si l’on vote finalement pour un candidat NUPES membre du PCF ou de LFI, de ne pas se leurrer sur la solidité d’une telle offre politique. Cette NUPES, que d’aucuns surnomment déjà le « New PS » – tant ce qui reste du PCF s’y est auto-reduit à la portion congrue, tant le PS maastrichtien en déroute présidentielle parvient à sauver les meubles et tant Mélenchon a renié ses positions franchement insoumises de 2017 (« indépendantisme français » et possible sortie de l’UE, pacifisme affirmé et hostilité franche à l’OTAN, refus de la colonisation linguistique de la France par le tout-anglais…) –, s’oriente désormais vers le fédéralisme européen porté par Manon Aubry, ne dit mot du passage à la règle majoritaire en Europe (fin du droit de veto des Etats membres), et, pire que tout, prend Macron de droite en annonçant avec JLM qu’un éventuel gouvernement de la NUPES « n’aurait aucun problème à humilier Poutine » – au risque de marcher vers la conflagration nucléaire globale entre l’axe Moscou-Pekin et le bloc hégémoniste conduit par le faucon Biden ? Etrange « insoumission », vraiment ! Ne pas trop compter non plus, pour s’opposer à l’euro-atlantisme sur un PCF dont le candidat présidentiel déclarait il y a peu que la sortie de l’OTAN n’était « pour l’instant » plus à l’ordre du jour (le pacifisme du PCF euro-aligne ne vaut qu’en temps de paix…).

2) pas question évidemment, fût-ce sous couleur de « NUPES », de voter pour un candidat PS ou Europe-Écologie Les Verts, tant ces deux partis passionnément fédéralistes se comportent désormais en fanatiques de l’OTAN, des livraisons d’armes à l’Ukraine, tant ils applaudissent au réarmement allemand, tant ils votent à Strasbourg les résolutions fascisantes criminalisant le communisme et tant ils ferment les yeux sur la nazification de l’armée ukrainienne (bataillons Azov, Aidar, pyromanes de Pravyi Sektor et de Svoboda, etc.). Contrairement aux naïfs qui croient que toute union est bonne à prendre, les continuateurs de Jaurès et de Karl Liebknecht que nous nous devons d’être mettront leur point d’honneur à refuser l’« union sacrée » social-imperialiste et écolo-exterministe derrière des gens qui jurent par la fin du nucléaire civil tout en regardant avec placidité le risque de guerre nucléaire qui résulterait d’une empoignade mondiale entre l’axe euro-atlantique et le couple Moscou/Pékin.

3) Partout où ce sera possible, que les sections locales ou départementales du PRCF interpellent les candidats PCF ou LFI et les interrogent, si possible par voie de presse, sur les questions que je nous venons d’évoquer, y compris sur l’indexation des salaires sur les prix, que le tournant dit de la « rigueur » de 1983 (en réalité le tournant du franc fort et de la marche à l’euro) a détruite de manière à appauvrir méthodiquement le salariat français et sur le retour aux 37 annuités de cotisation sans décotes et intégrant les années de formation et de chômage : sans cela, la retraite à 60 ans promise par la NUPES ne serait que poudre aux yeux.

Et si de telles interpellations publiques sont impraticables en raison du verrouillage déjà fort avancé de la presse locale, que chacune et chacun se prononce en son âme et conscience à partir des questions de principe évoquées ici et de l’analyse et en privilégiant en toutes circonstances la diffusion des propositions de lutte du PRCF.

(*) secrétaire national et secrétaire national adjoint du PRCF


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