Paix en Europe, insoumission à l’UE et à l’OTAN, réformes sociales… IL EST URGENT DE FAIRE LA CLARTE – Questions pressantes aux candidats de la « N.U.P.E.S. » se réclamant du communisme et de l’insoumission

Par Georges Gastaud*et Fadi Kassem

Les sentiments unitaires des électeurs de gauche et leur aspiration à battre Macron dans les urnes avant de le battre dans la rue sont honorables et nul progressiste ne se plaindrait du fait que la Macronie perde sa majorité parlementaire, non pas au profit des xénophobes du RN, mais à l’avantage de la Nouvelle Gauche « UP ».

Toutefois plusieurs points interpellent fortement tous ceux qui ne veulent pas d’une resucée euro-complaisante et OTAN-compatible du pitoyable avortement politique que furent successivement l’équipée mitterrando-jospino-hollandienne et la trahison par Tsipras des engagements anti-austéritaires qu’il avait contractés avec le peuple grec. Le moins qu’on puisse dire en effet, c’est que l’accord dit « N.U.P.E.S. » n’est pas d’une clarté aveuglante au moins sur trois questions capitales pour le monde du travail, pour l’avenir de la France et pour les chances de la paix mondiale.

1) RETRAITES ET SALAIRES : ABOLIR LES DECOTES, REINDEXER SALAIRES ET PENSIONS

Avant de voter aux législatives, le monde du travail doit savoir si la « retraite à 60 ans » proposée par la N.U.P.E.S. se ferait bien sur la base de 37 annuités ½ pour tous, public et privé, avec suppression des décotes existantes pour « carrières incomplètes » et en intégrant les années de formation et les années de chômage (dont les travailleurs sont victimes, et non pas « coupables »). Sans cela la « retraite à 60 ans » ne sera qu’un effet d’affichage : les femmes continueront majoritairement d’avoir des pensions minables et tous ceux que les niveaux de qualification actuellement requis forcent à entrer tard dans l’emploi, continueront, soit de terminer bien après 60 ans, dans un état grave d’usure, soit bien avant cet âge après avoir été congédiés (« plus assez productif… ») puis être tombé au RSA ; ce revenu minimal que Macron voudrait traiter comme un SMIG au super-rabais en forçant ses allocataires à besogner gratuitement 20 h par semaine tout en contribuant involontairement à casser et à plomber le SMIG. Sans clarté sur les décotes, les années de chômage et de formation, on avaliserait sans le dire les contre-réformes Balladur (1994) et Raffarin (2003) qui ont tant nui au monde du travail. Sans cette clarification, on continuerait sans le dire d’exécuter la feuille de route européenne des Accords de Barcelone (signés par Chirac et Jospin au nom de la France) en 2002 prévoyant – n’est-ce pas M. Edouard Philippe ? – de « reporter à 67 ans en moyenne le départ en retraite dans les pays membres de l’Union européenne ». Sans cette clarification on désarmerait la classe ouvrière, qui s’apprête à descendre dans la rue pour défendre les retraites, en lui mettant sous le nez des revendications pas claires préparant par avance un mauvais compromis avec l’UE et Macron.

Quant aux bas et moyens salaires, il serait excellent de les augmenter substantiellement, encore meilleur de bloquer les prix, mais comme l’inflation prend un aspect structurel dans le cadre de la mondialisation euro-libérale actuelle, ces deux procédés conjoncturels risquent fort de n’être que des pis-aller provisoires. C’est pourquoi il faut exiger la remise en place de l’échelle mobile des salaires et des prix (tout en augmentant les salaires et en bloquant les prix autant que faire se pourra). L’indexation des salaires sur les prix exista en France jusqu’en 1983, date où le gouvernement « socialiste » de Mitterrand-Delors, la supprima (avec l’aval du ministre « communiste » Anicet Le Pors, chargé de la Fonction publique), ce qui, en moins de dix ans, permit le décrochage colossal du partage de la valeur ajoutée à l’avantage des actionnaires et aux dépens des salariés. Cette désindexation des salaires décrétée par Delors, le futur patron de la Commission européenne alors ministre des Finances de Mitterrand, avait ouvertement pour but d’arrimer la France à la politique du « franc fort » qui préluda l’Acte unique européen, la mise en place du Traité de Maëstricht et l’instauration de la monnaie unique : tout se tient. Dans un livre récent, le « sherpa » de F. Hollande que fut Aquilino Morel raconte sa surprise quand il a compris (ce que les militants qui fondèrent par la suite le PRCF avaient dénoncé sur le moment même…) que le PS mitterrando-deloriste avait choisi de préférer la « construction européenne » à la mission historique que s’était jadis fixé Jaurès : combattre l’inégalité de classes. Nous aimerions donc très légitimement savoir si la « nouvelle gauche » UP, et principalement ses composantes « insoumise » et « communiste », préfèrera réinstaurer l’échelle mobile ou si, comme on peut le craindre étant donné que, ni le PS, ni EELV, ni le PCF ni LFI ne remettent en cause l’euro, le réajustement du pouvoir d’achat relèvera de mesures conjoncturelles que la crise systémique de l’UE, la plongé en cours de l’euro et les suites de la confrontation russo-atlantique en Ukraine auraient tôt fait de balayer.

2) DESOBEIR A L’U.E. TOUT EN ACCEPTANT… LE PASSAGE A L’EUROPE FEDERALE ?

Nous sommes également en droit de demander, en tant qu’électeurs de gauche ayant entendu Mélenchon déclarer en 2017 : l’UE, on la change ou on la quitte, si oui ou non les candidats de la Nouvelle gauche « UP » combattront le « saut fédéral européen » en cours de lancement. En effet, c’est ce « saut fédéraliste » vers l’Empire européen du capital qu’ont résolu de provoquer de conserve le chancelier allemand Scholz (dont le discours devant le Bundestag proposait nommément le passage à l’ « Etat fédéral européen ») et Emmanuel Macron qui, une fois la présidentielle passée, nous apprend soudain qu’il est pour substituer la règle européenne de la majorité à la règle de l’unanimité : en clair, à laisser tomber le droit de veto français. Ce qui reviendrait à faire une croix définitive sur la souveraineté nationale en violant, non seulement le Non français à la Constitution européenne (qui signifiait objectivement que le peuple français refusait la constitution d’un Etat européen « digérant » la République française), mais la Constitution française qui dispose que « la souveraineté réside essentiellement dans la Nation qui l’exerce directement par voie de référendum ou indirectement par l’entremise de ses représentants ». En effet comme il ne peut y avoir deux souverainetés s’exerçant concurremment sur le même espace politique, un vote majoritaire européen contraire aux vœux du peuple français s’imposerait désormais à ce dernier, que ce soit sur le terrain militaire, diplomatique, social ou économique. Bref la République française indépendante et… insoumise aurait définitivement vécu. Comme plusieurs eurodéputés FI, dont Manon Aubry, semblent favorables à ce saut fédéral européen, nous demandons instamment ce que signifierait l’expression « France insoumise » si, étant donné une orientation européenne prise à la majorité des Etats et contraire au vœu des Français, par ex. sur les terrains militaire et diplomatique, ou sur la retraite à 67 ans tout de suite, la N.U.P.E.S. accepte le principe du fédéralisme européen, c’est-à-dire se soumet d’avance à l’U.E. –

On m’objectera que l’accord N.U.P.E.S. envisage de désobéir à l’UE sur « certains terrains » économiques et sociaux. Nous nous interrogeons sur cette réduction a priori du champ de la désobéissance française, mais d’ores et déjà nous nous interrogeons sur la cohérence qu’il y aurait, d’un côté, à annoncer qu’on peut éventuellement désobéir à l’UE sur tel ou tel terrain (de manière convenons-en, très floue…) alors que par ailleurs, on accepterait EN GENERAL la substitution de la « souveraineté européenne » (dixit Macron) à la « souveraineté française », vu que ce droit de veto est le dernier refuge de la souveraineté national au sein de l’Empire européen en formation. Quelle cohérence politique y aurait-il à dire à l’UE « nous vous désobéirons peut-être sur certains sujets sociaux, mais de manière générale, nous vous donnons d’enthousiasme beaucoup plus de pouvoir » ? Les électeurs de gauche n’étant pas des niais, ils ont droit à une explication, voire à une clarification. Et cela d’autant plus que, comme chacun le sait, les Euro-Ecolos Verts et les « socialistes » sont des fédéralistes acharnés et qu’à eux deux, ces partis auront plus de 200 candidats au titre de la N.U.P.E.S. alors que, pour mémoire, les communistes (qui furent jadis, sous Duclos puis Marchais, de francs souverainistes de gauche…) en auront, s’ils sont bien sages, cinquante…

3) DESOBEISSEZ A L’U.E./O.T.A.N. SUR LES TERRAINS MILITAIRE ET DIPLOMATIQUE AUSSI ET SURTOUT !

Enfin nous demandons instamment une clarification sur la question de loin la plus existentielle, non seulement pour la gauche et pour le monde du travail, mais pour l’avenir du peuple français, pour la paix et pour la sécurité de toute l’humanité : alors que Macron vient encore de s’engager à « envoyer de l’armement lourd » en Ukraine, alors qu’il suit comme un caniche l’Union européenne arrimée à l’OTAN dans l’actuelle escalade sans frein qui peut conduire à une conflagration nucléaire et mondiale entre le bloc euro-atlantique et la Russie (et derrière elle, avec la Chine populaire !), est-ce qu’un éventuel gouvernement de la gauche UP ferait tout son possible pour la paix, la désescalade, la négociation à propos de l’Ukraine, pour une Ukraine sans nazis (tels que le Bataillon Azov ou la milice fasciste « Secteur droit »), pour la sortie de l’OTAN (que MM. Mélenchon et Roussel avaient tous deux dans leur programme présidentiel : pourquoi n’en est-il plus question aux législatives ?), ou bien suivraient-ils docilement sur ces points VITAUX l’UE et l’OTAN, c’est-à-dire également Macron dont la politique euro-atlantiste totalement alignée est objectivement contraire à la paix et à l’indépendance de notre pays ? En effet, quand on dit que l’on s’autorisera à « désobéir éventuellement sur certains sujets économiques et sociaux », on dit aussi, par défaut et par omission, que l’on ne s’autorisera pas à désobéir sur les terrains décisifs de toute insoumission ou de tout engagement communiste, donc anti-impérialiste, digne de ce nom : les domaines militaire et diplomatique où se jouent présentement, non seulement la question de la paix MONDIALE, mais celle des conditions de vie de millions de travailleurs qui constatent qu’il y a un « pognon de dingues » pour noyer l’Ukraine sous les armes (avec d’énormes profits pour qui ?), mais qu’il n’y a jamais d’argent pour reconstruire l’Education nationale, pour relancer l’hôpital public, pour augmenter les salaires, pour indexer les pensions, bref, pour investir sur la vie et non sur les profits des marchands de missiles. Car plus que jamais à notre époque, les défenseurs de « fin du mois » doivent s’opposer franchement aux fauteurs de « fin du monde » !

Il y aurait bien d’autres sujets méritant une clarification : par ex., et pour commencer, la suspension sine die de toutes les privatisations, délocalisations, contre-réformes maastrichtiennes en cours ou annoncées, par ex. le sauvetage de la langue française que Macron aide à marginaliser en Europe (en plein Brexit !) au profit du tout-anglais institutionnel, mais dans l’immédiat, parce qu’il s’agit de savoir si le cap pris par la N.U.P.E.S. est vraiment, comme nous le souhaitons sincèrement, celui d’une vraie gauche populaire, pacifique et patriotique ou seulement et tristement, celui d’une nouvelle forme de Mitterrandie prête à plier les gaules, nous estimons que les électeurs de gauche ont droit à ce qu’on réponde sans pirouette ni langue de bois à ces trois questionnements vitaux pour notre peuple.

CONCLUSION : LA CLARTE EST LA SEULE ARME POLITIQUE INVINCIBLE

Non seulement une triple réponse claire et nette dans le sens d’une France franchement insoumise (FFI !) à l’UE, à l’OTAN et au grand capital ne nuirait pas au succès électoral attendu, mais elle est la seule manière de faire en sorte que la classe ouvrière, classe décisive pour la gauche à toute époque, sorte de sa réserve et cesse de s’abstenir majoritairement parce que, expérience faite, elle estime avoir assez donné aux semeurs de promesses floues ou jamais tenues. Le meilleur moyen de mobiliser le peuple, ce n’est pas en effet le recours aux hologrammes ou aux ectoplasmes de St-Mitterrand, c’est la clarté politique et le courage d’affronter le grand capital et ses relais, Macron, l’UE, l’euro, l’OTAN, sur tous les terrains en mettant de son côté pour gagner la seule force invincible : celle d’un peuple conscient, mobilisé et poursuivant des objectifs clairs, non seulement sur le terrain électoral, mais aussi et surtout sur le principal terrain du changement : le troisième tour social, la « grande explication » qui approche entre notre peuple et l’oligarchie euro-, otano- et capitalo-formatée !

19 mai 2022