Discours sur la bataille de Montcornet : Comment Macron usurpe la référence à De Gaulle – par Georges Gastaud.

DISCOURS DE MACRON À PROPOS DE LA BATAILLE DE MONTCORNET, ou COMMENT MACRON USURPE LA RÉFÉRENCE A  – par Georges Gastaud, militant franchement communiste, fils de Résistant gaulliste


Frappé d’impopularité majeure en raison de sa gestion catastrophique de l’épidémie virale, craignant le retour des Gilets jaunes et de la contestation sociale, confronté au rejet populaire croissant qui frappe l’UE et son “économie de marché ouverte sur le monde où la concurrence est libre et non faussée”, confronté à un début de délitement de sa majorité parlementaire factice, Macron fait feu de tout bois pour rabattre les citoyens vers son véritable projet politique: non pas celui d’une “France d’après” l’épidémie où le pouvoir repentant reviendrait enfin aux valeurs humanistes du Conseil National de la Résistance (indépendance nationale, progrès social, nationalisation des entreprises stratégiques pour la reconstruction industrielle du pays, renouveau de l’Éducation nationale, de la science et de la culture françaises, etc.), mais celui d’une fuite en avant euro-atlantique aggravée. Sur les instances d’un MEDEF indifférent à la protection sanitaire des salariés, il s’agit toujours pour Macron, et derrière lui, pour les faux gaullistes des LR et pour les dirigeants du PS maastrichtien, d’araser les conquêtes de 1945 (si l’on en doute, qu’on relise l’édito de Denis Kessler, n°2 du MEDEF à l’époque, dans la revue Challenges de novembre 2007, les récentes demandes exorbitantes de Roux de Bézieux ou, plus cyniquement encore, le manifeste patronal à la fois antisocial, impérialiste et antinational intitulé “Besoin d’aire”), le but étant d’en finir avec le mouvement ouvrier français de classe et de gagner la course suicidaire au profit maximal sur les plans continental et mondial. 

Là est la vraie raison du Discours prononcé ce 17 mai 2020 par Macron pour, prétendument, “lancer l’année De Gaulle” et célébrer la contre-attaque valeureuse menée en mai 1940 par De Gaulle à Montcornet lors de la bataille de France. Car sur le fond, le “macronisme”, cette traduction en français, ou plutôt, en franglish managérial, du programme de déconstruction euro-atlantique de la France, déroule à l’envers sur tous les plans le “film” du historique, et plus encore, celui du CNR dans l’élaboration et l’application du programme duquel le PCF clandestin, principale force de la Résistance armée intérieure, avait joué un rôle central.

Car c’est bien le “film” du gaullisme que la République en marche… arrière projette à l’envers ; car à l’inverse du Général, Macron est un fanatique de l’euro-mondialisation libérale, de l’OTAN, du tout-anglais y compris sur notre sol, de la soumission accentuée de la France à un Empire européen largement dominé par Berlin (cf. les termes du Traité d’Aix-la-Chapelle insidieusement signé le 22 janvier 2019… 56 ans après le traité de l’Élysée, sans parler de la création récente de la “collectivité européenne d’Alsace” qui, comme le démontre par ailleurs Yvonne Bollmann, parachève la satellisation au long cours de cette région française par ses propres “élites” attirées par la “République de Berlin” et encouragées par Paris). Il s’agit aussi du remplacement de la “souveraineté nationale” et de la “défense nationale” inscrites dans la Constitution par la “souveraineté européenne” et par la “défense européenne” arrimée à l’Alliance atlantique plus belliqueuse et russophobe que jamais. 

Certes, de Gaulle s’est toujours inscrit clairement dans le camp capitaliste (dit occidental, bien qu’il inclue le Japon…) mondial et il a toujours combattu les communistes français et le camp socialiste (et inversement, le PCF n’a jamais manqué de combattre les nombreuses agressions antisociales qui eurent lieu sous la Vème République et qui furent l’un des déclencheurs principaux de la grève ouvrière de 1968) ; mais du moins le Général avait-il franchement reconnu, en 1944, lors de sa visite à Moscou pour y signer le Traité d’Amitié et d’Assistance mutuelle franco-soviétique que “la Russie soviétique a joué le rôle principal dans notre libération“*. La “Russie soviétique” et non, faut-il le dire, les États-Unis d’Amérique qui n’ont débarqué en Normandie qu’à un moment où tout observateur un peu averti des affaires militaires savait que la Wehrmacht, concentrée sur les frontières Est du Reich, avait déjà perdu la guerre. C’est que, d’une part, De Gaulle savait bien le rôle militaire absolument premier que l’Armée rouge avait joué pour défaire le Troisième Reich, sans parler de la saignée énorme subie par la population soviétique de la part des hordes exterminatrices de Hitler (près de trente millions de morts). 

“J’accuse M.Macron d’agir sciemment en vue de liquider la souveraineté et l’indépendance de la France.”Entretien avec l’amiral Michel Debray

En outre, De Gaulle s’est toujours appuyé sur l’ pour contrebalancer l’hégémonisme anglo-saxon, s’opposer à la renaissance rapide de l’ allemand, tout en se méfiant longtemps d’une “construction européenne” que les sacro-saints Monnet et Schuman plaçaient sous la triple égide de l’Oncle Sam, du Vatican et de la RFA conçue comme un rempart antisoviétique. 

Sur le plan intérieur, De Gaulle a eu l’intelligence politique très “machiavélienne” (comme Thorez et Duclos l’ont symétriquement fait, pour de toutes autres raisons de classe que le Général, du côté communiste en convergeant conjoncturellement avec certaines initiatives gaullistes) de converger avec le PCF :

  • en 1943 afin de mettre en place le CNR et empêcher ainsi que les Américains n’imposent à la tête du pays le général Giraud, un officier vichyste fanatiquement anticommuniste. De Gaulle était bien placé pour savoir que le projet de Churchill et de Roosevelt n’était nullement de permettre l’avènement d’un gouvernement français d’union de la Résistance, encore moins de réserver à la France une place à la table des vainqueurs et un siège au Conseil de Sécurité de la future ONU (ce qui eût, soit dit en passant, eût été impossible sans l’acquiescement de Staline). En réalité, le projet impérialiste anglo-saxon était de placer notre pays sous tutelle américaine en remplaçant l’occupation teutonne par l’ “AMGOT”, l’Administration militaire américaine des territoires libérés.
  • De même, communistes et gaullistes ont-il convergé dans les années 1950 quand il s’est agi de conjurer la mise en place de la “Communauté européenne de défense” qui sanctionnait le grand retour du militarisme allemand et qui plaçait même le général Speidel, un ancien officier de la Wehrmacht, à la tête des troupes européennes de l’OTAN.
  • En outre, sans cesser de condamner et combattre le néocolonialisme de Foccart et de ce qui allait devenir la Françafrique, le bureau politique du PCF souligna-t-il honnêtement en 1966 les “aspects positifs de la politique extérieure gaulliste” lorsque la France quitta le de l’OTAN, expulsa les troupes américaines de France, reconnut la Chine populaire, reçut un accueil triomphal en URSS (c’était l’époque où Gilbert Bécaud chantait “Nathalie”…), refusa l’entrée du Royaume-Uni (et du Commonwealth !) dans le “Marché commun” européen, soutint les aspirations indépendantistes du Québec francophone (bel et bien opprimé au sein du Canada anglophone), dénonça la politique américaine en ex-Indochine et s’opposa même à Israël, le chouchou des États-Unis, lors de l’invasion israélienne de nombreux territoires arabes dite “Guerre des Six Jours”. À ce stade, je ne puis que rapporter une anecdote que m’a racontée feu Ken Larson, un peintre communiste nord-américain membre du PRCF : alors qu’il était architecte salarié dans une agence américaine, il s’était fait cataloguer comme “communiste” parce qu’il avait un jour eu le culot de dire à ses collègues de travail qu’en demandant le départ de France des troupes états-uniennes, de Gaulle ne faisait que défendre les intérêts de son pays, comme c’était son devoir de président français…

Le fond des choses, d’un point de vue marxiste, c’est que pendant toute une période, il existait encore en France un espace politique pour un patriotisme bourgeois : la concentration-fusion des monopoles capitalistes n’était pas parachevée à l’échelle du territoire français et cette fusion des monopoles capitalistes fut précisément l’une des tâches centrales du régime gaulliste institué en 1958 ; s’y succédèrent sans discontinuer les fusions de géants comme Péchiney-Ugine-Kuhlmann, la BNP ou Rhône-Poulenc. Mais aujourd’hui, c’est à l’échelle continentale et transcontinentale que s’opèrent les fusions monopolistes, et cela fait longtemps que l’oligarchie française, de plus en plus européenne, germano-vassale ou américano-formatée selon les secteurs et les périodes considérés, a “besoin d’aire” : autrement dit, elle est à l’étroit dans l’Hexagone et ne rêve plus, comme dit le MEDEF dans son manifeste déjà cité, que de “reconfiguration des territoires”, de tout-anglais managérial (ringarde la Francophonie, y compris… en France !), “États-Unis d’Europe” sous dominance allemande (et cela s’appelle la zone euro, entièrement calée sur le Deutsche Mark), OTAN, traités libre-échangistes transcontinentaux (CETA, et dès que possible, TAFTA, le grand retour…), voire “Union transatlantique”. Le macronisme est l’incarnation même de ce cynisme antinational et antisocial qui, loin de mettre un terme à l’impérialisme et au néocolonialisme français traditionnels, les redéploie à une autre échelle tout en leur interdisant de s’affranchir de ce que Bruno Le Maire, à la suite du “socialiste” DSK, nomme l'”Empire européen”, c’est-à-dire de l’hégémonie allemande et de la super-hégémonie US : quelle meilleure garantie politique et sociale d’ailleurs, face à une population laborieuse française qui n’a pas perdu ses réflexes frondeurs (voir l’épisode des Gilets jaunes ou les grandes luttes pour les retraites).

C’est pourquoi les discours “gaulliens” de Macron sont, à l’instar de ses boniments sociaux destinés aux soignants, de pures simagrées. Du point de vue idéologique et symbolique, le gaullisme n’est certes pas mort dans la mémoire des Français, comme le montre la popularité intacte du général défunt dans tous les sondages portant sur l’histoire de France. Mais politiquement parlant, ce qui s’était déjà fortement affirmé lors de la Révolution française (où les nobles et contre-révolutionnaires de tous bords avaient massivement déserté la France défendue par les sans-culottes), puis lors de la Commune de Paris (le prolétariat avait défendu la capitale pendant que Thiers pactisait avec Bismarck), puis lors de la seconde Guerre mondiale où “la classe ouvrière (était) seule restée fidèle, dans sa masse, à la France profanée” (dixit l’écrivain gaulliste Mauriac), c’est le monde du travail qui hérite de la tâche historique consistant à sauver la nation et à la reconstruire sur des bases nouvelles, antifascistes, anticapitalistes et anti-impérialistes, quitte à affronter le grand capital et à poser sur des bases très larges et fédératrices la question du socialisme pour notre pays. Et c’est dans cet esprit que les militants franchement communistes du PRCF proposent aux patriotes fidèles à l’esprit rebelle de la Résistance de conjoindre la célébration du 15ème anniversaire du Non français à la constitution européenne (où les ouvriers, les employés et les moins de 25 ans avaient fourni les bataillons du Non), la reconquête des grandes avancées mises en place par les ministres communistes de 1945-47 et l’engagement commun à affranchir la France de l’euro, de l’UE, de l’OTAN. 

Dans notre diversité, travailleurs exploités par le capital et couches moyennes écrasées par le grand capital, communistes fidèles à A. Croizat, socialistes émules de Jaurès, patriotes fidèles à l’esprit du 18 juin, construisons un large Front antifasciste, patriotique et populaire, non pas derrière Macron et son “union sacrée” trompeuse, mais contre lui ; non pas DANS l’Union européene qui prive les peuples d’Europe de leur souveraineté et de leurs acquis, mais hors de l’UE, de sa funeste zone euromark et de l’OTAN russophobe de l’Oncle Sam. C’est indispensable pour qu’à nouveau notre pays connaisse de nouveaux “Jours heureux” et retrouve le chemin de la libération nationale et sociale tout en coopérant avec tous les peuples et tous les continents.


Notes :

*alors qu’une secrétaire d’État de Macron a eu l’immonde cuistrerie, lors du 75ème anniversaire de la victoire du 8 mai 1945, de féliciter tous les Alliés de la France, sauf un dont je laisse le lecteur deviner le nom… 

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