Anticommunisme et eurofascisation : entretien avec F Kassem. “tous ensemble, manifestons à Paris le samedi 9 novembre”

Tous ensemble et en même temps, combattons le négationnisme anticommuniste de l’Union européenne !

Entretien d’Initiative communiste avec , secrétaire général adjoint du Pôle de Renaissance Communiste en France (PRCF)

INITIATIVE COMMUNISTE : Le 19 septembre 2019, le Parlement européen a adopté à une large majorité une résolution « sur l’importance de la mémoire pour l’avenir de l’ ». Derrière cet intitulé, pourquoi peut-on dire qu’il s’agit d’un texte révisionniste et falsifiant l’Histoire ?

Fadi Kassem : Cette résolution s’inscrit dans la continuité d’un ensemble de textes déjà adoptés précédemment, telles « la résolution 1481 sur la nécessité d’une condamnation internationale des crimes des régimes communistes totalitaires » (adoptée par l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe le 26 janvier 2006), ou la « déclaration sur la conscience européenne et le communisme » (adoptée à Prague le 3 juin 2008). Cette fois-ci, la résolution adoptée par la grande majorité des eurodéputés assimile odieusement et de manière totalement diffamatoire sur le plan historique le nazisme et le communisme (le stalinisme avait déjà été assimilé au nazisme dans la « déclaration sur la proclamation du 23 août comme Journée européenne de commémoration des victimes du stalinisme et du nazisme », adoptée le 23 septembre 2008), avec une réécriture négationniste de l’Histoire. 

Ainsi, le pacte de non-agression (rappelons-le à l’heure où se développent les discours totalement mensongers selon lesquels l’ et l’Allemagne nazie auraient été alliées pendant la guerre !) germano-soviétique serait la seule et unique cause de la Deuxième Guerre mondiale (qui, au passage, avait déjà débuté en Asie depuis l’invasion de la Mandchourie par le Japon militariste et antibolchevique en septembre 1931), et la « reconstruction » de l’Europe après 1945 aurait séparé le camp « totalitaire » du camp « libéral et démocratique » (et qu’importe si nombre de nazis et de collaborationnistes de l’Europe furent allègrement recyclés pour « reconstruire » l’Europe occidentale sous pilotage de l’impérialisme états-unien !).

Faut-il rappeler que l’URSS fut le grand vainqueur de l’Allemagne nazie ?! Que les « démocraties libérales » capitulèrent sans sourciller face à l’Allemagne nazie avant 1939 par haine du bolchevisme (et pour nombre de dirigeants par volonté de poursuivre la collaboration avec les milieux industriels, financiers et commerciaux allemands, voire par attrait du nazisme) ?! De Gaulle lui-même l’affirma en décembre 1944 lors de la signature du traité d’alliance franco-soviétique : « les Français savent que la Russie soviétique a joué le rôle principal dans leur libération ». Incontestablement, en matière de schématisation et de falsification de l’Histoire, on a rarement fait mieux !

INITIATIVE COMMUNISTE : En quoi ce révisionnisme mensonger favorise-t-il la criminalisation du communisme ?

F.K. : Sous l’impulsion des eurodéputés notamment baltes, hongrois et polonais, se développe depuis au moins l’adhésion des pays d’Europe centrale et orientale à l’Union européenne en 2004 (et de fait, depuis toujours puisque la « construction européenne » est une vaste entreprise anticommuniste et de vassalisation du continent à l’impérialisme états-unien) une violente campagne anticommuniste dans l’ensemble du continent, débouchant sur la récente tentative de délégalisation du Parti communiste polonais (PKP) par exemple. La résolution du 19 septembre dernier est d’ailleurs explicite sur l’atmosphère profondément anticommuniste : ainsi, « dans certains États membres, la loi interdit les idéologies communiste ou nazie » (et on remarque au passage cette confusion volontairement permanente et mensongère réduisant deux visions du monde profondément antinomiques et ennemies au seul vocable de « totalitarisme »).

 Cette résolution actuelle accélère la criminalisation du communisme : dans l’article 17, le Parlement européen « se dit préoccupé par le fait que des symboles de régimes totalitaires continuent à être utilisés dans les espaces publics et à des fins commerciales, tout en rappelant qu’un certain nombre de pays européens ont interdit l’utilisation de symboles nazis et communistes » ; dans l’article 18, il « constate que le maintien, dans les espaces publics (parcs, places, rues, etc.) de certains États membres, de monuments et de mémoriaux glorifiant les régimes totalitaires ouvre la voie à la dénaturation des faits historiques relatifs aux conséquences de la Seconde Guerre mondiale ainsi qu’à la propagation d’un système politique totalitaire ». Le droit communautaire prévalant sur le droit national, concrètement demain, porter un t-shirt à l’effigie de Guevara ou avec une faucille et un marteau sera interdit ; attendons-nous à la « dé-bolchévisation » accrue « du paysage urbain » (au revoir le métro Stalingrad, pourtant la bataille majeure ayant fait basculer la guerre vers la défaite du nazisme !) dont se vantait déjà dès la chute du mur de Berlin un ancien maire de Sartrouville (commune des Yvelines) d’extrême droite, Laurent Wetzel, qui, à peine élu maire en 1989, débaptisa les rues Marcel Cachin, Ambroise Croizat (tout un symbole pour la Sécurité sociale !), Hô Chi Minh, Karl Marx, Maurice Thorez ou encore Benoît Frachon (même la salle municipale Nelson Mandela ne résista pas !).

INITIATIVE COMMUNISTE : Parallèlement à cette offensive anticommuniste, on constate une puissante offensive de l’extrême droite, à l’image de la présence au pouvoir de néo-nazis en Ukraine et des défilés des anciens Waffen SS en Lettonie (où le ministre de l’Intérieur célèbre même ces derniers !). Qu’est-ce que cela révèle de l’atmosphère politique et idéologique actuelle ? Faut-il s’en inquiéter ?

F.K. : L’offensive de l’extrême droite fascisante et fasciste dans l’ensemble du continent (et au-delà) est générale : outre en Ukraine, l’extrême droite est au pouvoir en Autriche, en Italie avec Salvini, en Hongrie avec Orban ou en , tandis que l’AFD a envoyé des dizaines de députés au Bundestag allemand, que l’extrême droite proteste contre l’exhumation de la dépouille de Franco en Espagne (et que Vox accède au pouvoir en Andalousie) et que les néo-nazis montent en puissance en Suède. Aux quatre coins de l’Europe, on assiste à une fascisation sans précédent, déjà à l’œuvre depuis des années et qui s’accélère du fait d’un anticommunisme total et viscéral pour faire taire ceux qui défendent les intérêts des travailleurs. Cette dynamique, dont la source profonde est à chercher dans la contre-révolution des années 1990 qui a permis la re-mondialisation du destructeur mode de production capitaliste et qui a remis l’impérialisme allemand au centre de la « construction » européenne, est d’autant plus inquiétante que la violence et la haine, essences profondes du fascisme, se répandent très rapidement : qui peut par exemple oublier les dizaines de victimes brûlées vives dans la maison des syndicats d’Odessa en Ukraine ? Méditons les paroles du pasteur Niemöller – pourtant peu suspect de philo-communisme ! – qui avait déclaré avec lucidité :

« Quand les nazis sont venus chercher les communistes, je n’ai rien dit, je n’étais pas communiste. Quand ils ont enfermé les sociaux-démocrates, je n’ai rien dit, je n’étais pas social-démocrate. Quand ils sont venus chercher les syndicalistes, je n’ai rien dit, je n’étais pas syndicaliste. Quand ils sont venus me chercher, il ne restait plus personne pour protester. »

En tant que communistes, il faut s’inquiéter très sérieusement de cette euro-fascisation, rompre le silence, s’indigner et, surtout, la combattre avec acharnement ! Ce combat n’est pas la seule affaire des communistes, mais également des syndicalistes et des antifascistes (dont les patriotes gaullistes). Et ne croyons surtout pas que la France est à l’abri, bien au contraire ! La répression accrue à l’encontre des gilets jaunes, les violences policières démultipliées (même à l’égard de retraités, lycéen(ne)s et étudiant(e)s) et les interdictions croissantes de manifester – y compris le 1er mai ! –, l’impunité totale de Benalla qui usurpe les fonctions de la police – à quoi s’ajoute l’impunité quasi systématique des forces de l’ordre victimes de violences de plus en plus manifestes – n’ont fait qu’annoncer l’escalade qui s’est produit tout au long de 2018 et de 2019, traduit une accélération de la fascisation. Macron avait été présenté comme le rempart contre le prétendu « Rassemblement national » ; il lui déroule un « tapis brun », cautionnant les extrémistes de Valeurs actuelles, acceptant et justifiant les condamnations de syndicalistes, de manifestants de divers bords, d’écologistes, de lycéen(ne)s et étudiant(e)s qui se multiplient et s’alourdissent. L’extrême droite fascisante et fasciste se fait de plus en plus entendre médiatiquement (l’incandescent Zemmour étant l’exemple le plus emblématique) et est de plus en plus décomplexée : que l’on songe à Bruno Gollnisch déclarant sur Twitter que « Franco, qui a sauvé l’Espagne, et sans doute l’Europe, du communisme stalinien, avait fait inhumer ensemble vainqueurs et vaincus de la guerre civile. En s’en prenant à son cadavre, la gauche montre une fois de plus son visage de haine et de mesquinerie. » Plus que jamais, c’est maintenant qu’il faut réagir et agir ?

INITIATIVE COMMUNISTE : Que peuvent faire les antifascistes, les républicains, les syndicalistes, les communistes pour agir et stopper cette fascisation ?

FK : depuis des années, le PRCF appelle à la constitution d’un Front antifasciste, patriotique, populaire et écologiste, un Fr.A.P.P.E. dont l’une des premières d’être est la lutte contre le fascisme, comme le fit le Front populaire au milieu des années 1930. Cela implique d’abord de mettre de côté les divergences et divisions politique : Maurice Thorez sut tendre la main aux catholiques de droite au nom d’un front commun ! Aussi l’appel au Fr.A.P.P.E. ne vise pas que les forces de gauche – quand bien même la gauche antifasciste, patriotique, populaire et écologiste doit en être l’aiguillon principal, et notamment les communistes –, mais également les patriotes (notamment gaullistes) sincèrement antifascistes.

Décréter un Front est une chose, le faire vivre concrètement est central.

Dans l’optique du combat contre l’infâme résolution du Parlement européen, le PRCF a été signataire d’une déclaration commune avec d’autres forces communistes, a lancé une lettre ouverte à l’ensemble des forces potentiellement constitutrices du Fr.A.P.P.E., et est surtout partie prenante d’un large appel à signer en ligne. Ces démarches, nécessaires, ne sauraient se passer d’une indispensable mobilisation militante sur le terrain : le 19 octobre, des militants du PRCF ont fait signer la pétition lors de la de Lannemezan en faveur de la libération de George Ibrahim Abdallah, et le lendemain nos jeunes camarades étaient présents en nombre à Châteaubriant avec les militants de Bretagne pour porter ce nécessaire combat, recevant même l’appui d’une délégation de l’UPR. Outre ces actions locales, comme celles de nos camarades de Pézenas s’adressant au maire de cette ville, des organisations PRCF de Bretagne défendant le Venezuela bolivarien ou du PRCF-Pas-de-Calais se solidarisant avec les communistes polonais, nous appelons enfin à une mobilisation nationale avec des manifestations partout où il est possible d’en organiser.

INITIATIVE COMMUNISTE : Peux-tu nous en dire plus sur ce sujet ?

Fadi Kassem : D’ores et déjà, je peux vous indiquer que le PRCF, dans un esprit unitaire et de rassemblement avec nombre de partenaires, communistes et non communistes, est à l’origine d’une prochaine manifestation à Paris le samedi 9 novembre. C’est d’autant plus symbolique que la chute du mur de Berlin, en ouvrant la voie à l’annexion de la RDA socialiste par la RFA capitaliste, a ouvert un boulevard à l’offensive fascisante partout en Europe. Le rassemblement débutera à 14h devant l’ambassade de Pologne, au croisement des rues Talleyrand et Constantine, là où le PRCF a déjà organisé des rassemblements – en janvier 2018 et juin 2019 notamment – pour dénoncer et combattre la chasse aux sorcières anticommuniste du gouvernement réactionnaire polonais à l’encontre de nos camarades du PKP. Il est essentiel d’être le plus nombreux possible afin de faire entendre la voix de toutes et tous ceux s’opposant au véritable totalitarisme, celui de l’européisme complice de la fascisation du continent !

          Ce rassemblement ne se veut nullement exclusif, et tou(te)s les militant(e)s du PRCF sont invités à organiser, partout où ils peuvent en France, à en faire de même devant des endroits symboliques – places, statues, bâtiments, mémoriaux rappelant le rôle décisif de l’URSS dans la victoire contre le nazisme. De même, la date du 10 décembre doit représenter un autre grand moment de mobilisation, jour de l’anniversaire de la signature du traité d’alliance franco-soviétique entre de Gaulle et Staline il y a 75 ans.

          Nous appelons donc un maximum de militant(e)s communistes, progressistes, patriotes antifascistes, syndicalistes, à se joindre à nous manifester notre détermination totale contre la « vague brune » qui ne cesse de progresser sur le continent. Ce n’est que tous ensemble, en même temps et dans le même sens que nous pouvons stopper et vaincre l’euro-fascisation !

Commentaire de lecteur “Anticommunisme et eurofascisation : entretien avec F Kassem. “tous ensemble, manifestons à Paris le samedi 9 novembre”

  1. SNOWDEN
    10 novembre 2019 at 13:09

    Cette semaine l’HQ du vendredi, soit-disant l’HUma des débats, mais in fine tenue par le mafieux macronien Braouezec, invite l’anticommuniste Sève, pseudo-philosophe, pour parler du mur de Berlin comme BFM, LCI et CNews, ou Arte, donc comme la CIA et l’Otan.

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