Face à l’offensive Macron MEDEF, construire le tous ensemble : leur cohérence sociopolitique et la nôtre !

Leur cohérence sociopolitique et la nôtre : les causes de la situation, les solutions pour s’en sortir !

Dans les semaines et les mois qui viennent, les contre-réformes Macron-Gattaz-Merkel vont se succéder sans relâche, tels des cyclones antillais et leurs dévastations, sans nous laisser souffler et en attaquant successivement les salariés du privé, la jeunesse étudiante, les chômeurs, les retraités, les enseignants, les agents d’EDF et de la SNCF, les locataires, et, en permanence, les ouvriers de la grande industrie soumis au chantage permanent à la délocalisation, les petits paysans écrasés par une concurrence continentale inégale, les artisans promis à l’ubérisation, les fonctionnaires d’État, hospitaliers et territoriaux inlassablement stigmatisés, etc.

Le but de Macron-MEDEF est évidemment de nous diviser, de nous épuiser, de nous décourager, de nous réprimer et surtout, de nous interdire de construire le « tous ensemble et en même temps » indispensable pour stopper l’offensive euro-libérale et pour construire la contre-attaque. La question est donc bien « que faire ? » pour construire ce tous ensemble qui peut seul permettre de gagner solidairement au lieu de lutter et de perdre séparément et successivement. Avant même la question des formes de lutte à opposer à Macron, c’est la question de leur contenu qui se pose. Et elle est elle-même déterminée par le contenu de la « transformation » que Macron veut mettre en œuvre pour suivre coûte que coûte la feuille de route euro-thatchérienne du MEDEF et de l’UE atlantique.

Casse sociale, casse nationale, marche à l’État policier et aux guerres impérialistes tous azimuts : de l’extrême cohérence de classe du « macronisme »

Nous avons déjà eu l’occasion de mettre en lumière la cohérence de l’offensive macronienne : derrière le « coup d’État social » dénoncé à juste titre par certains, nous devons souligner le caractère antinational de cette entièrement tournée vers la déconstruction des conquêtes progressistes dont était porteur, des Lumières au CNR, de la Révolution jacobine au , de la loi laïque de 1905 aux grandes luttes de Mai-juin 68, ce qu’il est convenu d’appeler l’ « exception française ». Pour « reconfigurer les territoires », c’est-à-dire pour mettre en place les euro-métropoles et les Grandes Régions à l’allemande en démantelant la « République une et indivisible » issue de l’An II, pour substituer à l’État-nation issu de 1789 les « États-Unis d’Europe » régentés par Berlin avec à la clé un « gouvernement européen » à l’abri de toute souveraineté populaire qui ne peut s’exprimer que dans dans le cadre national, pour inscrire l’Europe fédérale dans l’ « Union transatlantique » que le MEDEF appelle très officiellement de ses vœux, il faut bel et bien liquider les bases de notre existence sociale :

  • le « produire en France » industriel et agricole,
  • les services publics d’État,
  • l’Éducation nationale publique et laïque ainsi que les diplômes nationaux
  • les communes et le tissu territorial républicain sacrifié au « pacte girondin » promu par Macron,
  • le principe d’une défense nationale sacrifiée à l’OTAN et à la « défense européenne »,
  • voire la langue française, ce premier des services publics de France, qui est remplacée à toute vitesse par le tout-anglais managérial dans la perspective du grand marché unique « transatlantique » que le CAC-40 appelle de ses vœux.

Et comme cette casse monstrueuse des acquis sociaux et de la nation républicaine est impossible sans un Etat policier, sans un contrôle médiatique et informatique renforcé sur la population, le régime foncièrement minoritaire de Macron (rappelons seulement que les 80% de députés LRM ont été élus par 44% des inscrits, sans parler de l’avalanche de bulletins blancs et nuls…) ne pourra pas mener à bien sa mission de classe et de casse sans fasciser la vie publique, en particulier, sans réprimer comme jamais le mouvement social grâce notamment à l’incorporation de l’état d’urgence dans la loi normale qui fait dire à Macron dans un inquiétant lapsus que l’état de droit est bientôt terminé… D’autant qu’à l’arrière-plan, ce gouvernement ultra-atlantique conduit par des « Young Leaders » affichés*, est prêt à suivre, voire à précéder (Syrie) toutes les aventures impérialistes, voire exterminatrices, de l’Oncle Donald, de l’Ukraine à l’Amérique latine et de la Syrie à la péninsule coréenne…

La contre-cohérence stratégique portée par les militants de la Renaissance communiste

C’est pourquoi, sur le plan politique proprement dit, la contre-proposition stratégique avancée par le PRCF est pleinement cohérente : il s’agit, non seulement de refuser en bloc les contre-réformes macroniennes, non seulement de leur opposer un programme progressiste global impliquant la nationalisation démocratique des secteurs-clés de l’économie, la démocratisation profonde du pays et sa coopération internationaliste avec tous les continents, non seulement de mettre la classe travailleuse dans toutes ses composantes (y compris les retraités, les chômeurs, les travailleurs immigrés, les étudiants de milieu populaire…) au centre de l’alternative progressiste, mais de construire un très large Front Antifasciste, Patriotique, Populaire et Écologique unissant le drapeau rouge au drapeau tricolore pour sortir la France (par la voie progressiste et dans la perspective clairement affichée du socialisme) de l’euro (cette austérité continentale faite monnaie), de l’UE (cette prison des peuples triplement verrouillée par ses traités), de l’OTAN (cet outil d’agression de l’impérialisme américain) et du capitalisme (ce système prédateur et décadent qui menace la paix mondiale, strangule la démocratie et dévaste l’environnement au nom du tout-profit).

Pour être efficace, cette contre-offensive générale nécessite d’être déclinée sur le plan socioculturel, sur le plan sociopolitique et sur le plan proprement social.

Sur le plan socioculturel,

Sur le plan socioculturel, il faut mener une bataille de chaque instant pour défendre l’esprit critique, la rationalité, les « lumières communes » contre l’abrutissement permanent dont sont porteurs en permanence les médias dominants privés ou d’Etat : en permanence, médias inversent les problématiques réelles, présentant le camp des peuples et de la paix comme le camp de la guerre, présentant les pires impérialistes comme les sauveurs du « monde libre », travestissant en révolutions (tel est le titre du livre électoral de Macron !) les contre-révolutions et en « avancées progressistes » les contre-réformes, etc.

ll faut aussi rétablir l’analyse de classes propre au matérialisme dialectique marxiste : il n’y a pas, d’un côté, les « patriotes » lepénistes, xénophobes et fascisants, et de l’autre, les « internationalistes » (LRM, LR, PS flanqué des « Verts ») maastrichtiens, atlantistes, anglomanes, car ces deux mâchoires de la tenaille capitaliste sont en réalité là pour bloquer toute alternative populaire et leur vraie mission de classe est de forcer le peuple à un choix impossible ou suicidaire entre une « France » fasciste, indigne de 1789 et du CNR, et une pseudo-« modernité » atlantiste mortelle pour la nation et le progrès social. Loin d’opposer abstraitement « le » patriotisme au « mondialisme », il faut réapprendre à opposer, selon une ligne de classe et matérialiste, le patriotisme républicain associé à l’internationalisme prolétarien au nationalisme xénophobe allié au mondialisme euro-atlantique. C’est tout le sens, « gramscien » si j’ose dire et nullement fétichiste, de l’alliance du drapeau rouge et du drapeau tricolore, de l’Internationale et de la Marseillaise, que défend le PRCF dans la continuité du Front populaire et de la Résistance FTP/FTPF. Non pas pour « répéter » 1945, mais pour faire clairement de l’euro-rupture progressiste, en opposition à l’union des euro-gauches en faillite, le socle de la révolution socialiste en France, de l’Europe des luttes et de nouvelles coopérations internationalistes transcontinentales.

Sur le plan politico-stratégique,

Sur le plan politico-stratégique,il convient à la fois d’articuler trois propositions qui se complètent sans se confondre ni s’opposer :

  • tout d’abord, on ne pourra pas « mettre le monde du travail au centre de la vie nationale », comme y invitait le programme du CNR, et encore moins viser le socialisme et la rupture anticapitaliste, sans reconstruire un vrai parti communiste, un parti de classe, d’avant-garde et de combat, bref, un parti léniniste affichant son lien privilégié avec la classe ouvrière actuelle (dans sa diversité, de l’ouvrier d’usine dit « traditionnel » au chauffeur de taxi « ubérisé » en passant par les précaires des ainsi-dits services…), sa capacité d’organisation et de discipline combative, son aptitude à s’inscrire dans la grande histoire séculaire des luttes émancipatrices (y compris bien entendu la Révolution d’Octobre et la première expérience socialiste de l’histoire) tout en portant une perspective socialiste-communiste. Et pour cela, l’idée de « redresser du dedans » le PCF- en phase de liquidation finale n’est pas plus réaliste que l’idée inconsciemment analogue qui consiste à prétendre remettre l’UE totalitaire « sur les rails », sinon de la lutte des classes, du moins, du progrès social : les combats internes au PCF sont hautement respectables, mais s’ils ne s’articulent pas clairement à la volonté affichée de reconstruire un parti léniniste sans les directions mutantes et avec les communistes organisés hors du PCF-, ces batailles internes sans horizon assignable risquent fort de transformer la reconstruction communiste en un saute-mouton sans perspective épuisant les militants d’un congrès au suivant pendant que la France des travailleurs chantée par Jean Ferrat se délite, se fascise… et meurt !
  • ll serait naïf d’autre part de croire que l’on peut reconstruire un parti communiste dans l’abstrait, « bien au chaud entre communistes » et indépendamment de la construction d’un large Front progressiste antifasciste et anti-UE. C’est pourquoi, sans garantir qui que ce soit sur facture, en comptant d’abord et surtout sur l’unité d’action des communistes et sur la force du mouvement populaire, les militants de la Renaissance communiste interviennent dans les luttes avec leur programme afin d’y soutenir le syndicalisme de classe renaissant, de tendre la main, sur leurs propres bases programmatiques (« quatre sorties », « deux drapeaux », nationalisation démocratique du CAC-40, coopérations transcontinentales, hostilité radicale aux guerres néocoloniales « françaises », visée révolutionnaire du socialisme pour la France…), à tous les progressistes qui veulent construire une France Franchement Insoumise à l’Europe du capital. Ainsi de l’actuelle « France insoumise » : sans s’y subordonner le moins du monde idéologiquement, en critiquant publiquement et loyalement si nécessaire ses côtés les plus faibles et fragilisants (hégémonisme, « mouvementisme », anti-léninisme affiché, euroscepticisme encore très inconséquent, illusions réformistes caractérisées sur la transition « forcément » pacifique du turbo-capitalisme actuel vers une société humaniste…), en prenant le mouvement tel qu’il est, il s’agit de faire en sorte qu’ensemble les vrais communistes s’adressent fraternellement aux insoumis, et d’abord aux insoumis « de base », aux milliers et millions d’électeurs jeunes et souvent inexpérimentés qui investissent ce mouvement, pour les aider à comprendre que le plan « A » (« changer l’UE ») est inconsistant (l’UE est statutairement verrouillée) et que par conséquent, le « plan B » doit devenir le plan A (« on la quitte »). Non pas pour isoler la France mais au contraire, pour unir entre eux les peuples libres que la « construction » européenne place constamment en état de rivalité. Si pour finir, ce mouvement aujourd’hui insoumis finit par se « mitterrandiser », comme c’est parfaitement possible – surtout en l’absence d’une intervention franchement communiste unie et d’un nouveau syndicalisme rouge s’affirmant fortement – il faudra tendre la main aux milliers de prolétaires, notamment de jeunes, qui pourront alors comprendre, expérience faite et explications franchement communistes apportées, qu’une franche insoumission à l’UE passe avant tout par l’affrontement de classes radicalisé et par la force d’un vrai PC renaissant, à la fois patriote et internationaliste. Mais à l’inverse, pourquoi parier sur la fatalité de la trahison avant même d’avoir tenté ensemble, en faisant un véritable travail communiste organisé, unitaire, minutieux, d’avant-garde en un mot, d’infléchir ce mouvement de masse, le seul existant à l’heure actuelle, qui s’est formé sur la base d’une dynamique eurosceptique, anti-OTAN, anti-FN et anti-PS, dans le sens de l’euro-rupture progressiste et de l’affrontement avec le grand capital ? Bien évidemment il y aura – il y a déjà – dans les rangs de ce mouvement, un sourd affrontement entre les tendances petite-bourgeoises et euro-compatibles et les tendances plus rouges, plus « tricolores », franchement euro-critiques et 100% antifascistes. Mais en quoi ce type de contradiction, inévitable en tout front progressiste où la petite-bourgeoisie et le prolétariat ne peuvent manquer de rivaliser pour la direction politique et l’hégémonie culturelle, devrait-il effrayer de vrais communistes qui tableraient sur la classe ouvrière et qui s’organiseraient méthodiquement pour mettre les forces les plus anti-UE à l’avant-garde du front progressiste et patriotique ? Rester en retrait, regarder passer le train en ronchonnant sur sa trahison inévitable en attendant le moment béni où l’on pourra dire « je vous l’avais bien dit », en un mot se draper dans une dignité « marxiste » d’apparat, tout cela n’a rien de léniniste, ni même de très politique… A l’adresse de certaines Cassandre « marxistes » d’alors, qui comptaient les points en prédisant les défaites, Lénine avait coutume de rappeler ironiquement le proverbe allemand : « qui craint le loup n’aille pas en forêt »…

Concernant la tactique des luttes

Concernant la tactique des luttes , il faut cesser d’opposer les « luttes sociales », dont les états-majors syndicaux auraient l’apanage, aux « luttes politiques », qui se résumeraient aux campagnes électorales.D’abord, il faut constater que les états-majors syndicaux, qui nous ont conduits de défaites en défaites depuis décembre 95 (nos seules victoires nationales furent le Non à la constitution européenne (2005), où le Non cégétiste fut un grand acte politique, et la victoire des jeunes sur le CPE (2006), où la jeunesse était à l’initiative), sont mal placés pour revendiquer le monopole du combat social… Plus inacceptable encore est la fausse opposition entre syndicalisme et politique que nous servent régulièrement les mêmes directions. Que les syndiqués doivent eux-mêmes diriger démocratiquement les syndicats, nul n’en disconvient. Que les syndicats doivent totalement préserver leur indépendance, on aimerait que cette exigence incontestable ne fût pas seulement rappelée quand il s’agit de combattre de front des contre-réformes avec des forces politiques progressistes alors que certains dirigeants syndicaux trouvent tout naturel d’obtenir du gouvernement des sinécures (Notat, Thibault, Le Paon… bientôt Mailly ?) quand ils arrivent à l’âge de la retraite. Étranges « indépendants » dont certains, et non des moindres, ont dénoncé… Mélenchon durant les présidentielles tout en appelant en cœur au second tour à voter au second tour pour l’ « antifasciste » bien connu Macron, qu’ils disent aujourd’hui combattre !

Quant à Lénine, il n’a cessé de rappeler que « les réformes sont la retombée des luttes révolutionnaires », en clair que les gouvernements bourgeois ne cèdent jamais que lorsqu’ils sont confrontés à une contestation de masse du pouvoir capitaliste. Et notamment, à des partis communistes alliés à des syndicats de classe dont l’action convergente risque à tout moment d’ébranler le pouvoir de classe. Rappelons qu’en 1936, la victoire électorale du Front populaire et les occupations d’usine se sont conjuguées pour permettre les grandes avancées sociales de juin. En 68, la remontée du vote communiste (22%) et de l’opposition de gauche au pouvoir gaulliste (législatives de 1967), combinée aux multiples luttes CGT de 67 pour défendre la Sécu avaient préparé le terrain pour la plus grande grève de notre histoire. Celle-ci s’est rapidement politisée (« dix ans, ça suffit ! », « gouvernement populaire ! » criaient les manifestants) a abouti à de fortes augmentations de salaires et à la légalisation de la section syndicale d’entreprise…  On mesure ici la terrible responsabilité du PCF qui a pris l’initiative sous l’impulsion du pathétique Robert Hue de saborder les cellules d’entreprise, véritables chevilles ouvrières du lien entre syndicalisme et politique dans l’intérêt des travailleurs.

Par conséquent, les militants franchement communistes ont raison d’affronter sereinement le sectarisme et d’aller A LA FOIS aux manifs CGT et à la « marche » insoumise, non pas pour « suivre » passivement qui que ce soit, mais pour apporter leurs propositions propres (tracts, affiches, banderoles, slogans…) et les soumettre démocratiquement aux travailleurs en lutte. Sur le plan des principes, la question pour les syndicats est moins d’être abstraitement « indépendants » que de s’émanciper du patronat, de l’UE et des gouvernements capitalistes, tout en travaillant avec toutes les forces politiques, associatives, culturelles, étudiantes, car face au grand patronat uni et adossé au gouvernement et à l’UE, il n’y a qu’une classe travailleuse dont les combats politiques, syndicaux, associatifs, doivent s’articuler pour avoir une chance de vaincre le pouvoir.

Pour construire le tous ensemble sans lequel nous serons tous battus séparément et l’un après l’autre, il faut évidemment, non plus des « journées d’action » saute-mouton, le plus souvent accompagnées de déclarations démobilisatrices proclamant que « la grève générale ne se décrète pas » (mais elle se construit, et pour cela, le minimum est que les dirigeants confédéraux cessent d’en parler avec commisération !), mais de véritables plans d’action articulant grèves et manifs, se centralisant – de préférence pas à la fin du printemps comme ce fut le cas en 2016 ou comme en 2003, à un moment où les grèves deviennent impossibles ! – dans une grande manif centrale de combat appelant toute la classe à la grève générale reconductible, et pourquoi pas, au blocage du profit capitaliste, sous le contrôle d’AG inter-pro (lesquelles, menées de manière combative, permettent de revaloriser le rôle des syndicats de classe), tout en menant une intense campagne d’explication pour mettre en lutte les étudiants, les chômeurs et les retraités qui sont tous membres présents, passés ou à venir de notre classe. Et l’un des points majeurs est de faire comprendre la cohérence institutionnelle de Macron, cet anti-Ambroise Croizat. Rappelons en effet que le gouvernement issu de la Résistance et à participation communiste de 1945 a mis en place en moins de deux ans un ensemble tout-à-fait cohérent :

  • Thorez et Duclos, dirigeants du PCF

    la Sécurité sociale, cette immense mutuelle socialisant le salaire différé des salariés, les retraites par répartition, le nouveau droit du travail, les comités d’entreprise (auxquels Croizat n’a pu donner un rôle de contrôle de la gestion, faute d’un rapport des forces suffisant), et la généralisation des conventions collectives de branche gagées sur les qualifications délivrées par l’Education nationale (certificat d’études primaires, brevet, CAP, bac maintenu comme premier diplôme universitaire, etc.) qui permettent (au moins dans le principe) aux salariés de négocier ensemble, nationalement, solidairement avec le patronat, afin d’obtenir le même salaire d’un bout à l’autre du pays, de bénéficier d’une carrière, et d’éviter le chacun pour soi dévastateur qui aboutirait rapidement à un effondrement salarial généralisé, etc.

  • les statuts du mineur et du fonctionnaire (Thorez). Ce dernier permet au fonctionnaire, idéalement recruté sur concours national anonyme, d’être au service du public en toute indépendance du gouvernement (ce n’était pas exactement le cas, comme on sait, sous Vichy et avant-guerre…) et du patronat (d’où la garantie de l’emploi) tout en garantissant l’égalité des usagers devant le service public, sa neutralité religieuse, son égale répartition sur tout le territoire national…
  • les nationalisations, portées par Marcel Paul, Charles Tillon, François Billoux, qui permirent de construire l’immense réussite industrielle et sociale que fut longtemps EDF-GDF au service des usagers domestiques et du produire en France, sans parler de Renault, de la SNECMA, des Charbonnages de France… sans lesquels la France exsangue de 1945 n’eût pu être rapidement reconstruite
  • la recherche publique avec l’apport pionnier de Frédéric Joliot-Curie, la relance du CNRS créé par le Front populaire, etc.
  • l’effort, notamment porté par Henri Wallon (le premier ministre de l’Education nationale après la chute de Vichy) pour construire une école publique, laïque et démocratique de qualité pour tous.

Il est aisé de voir que c’est l’ensemble fort cohérent de ces conquêtes, qui prolongeaient le Front Populaire et au-delà, les lois sociales et laïques de 1901/1905 (associées notamment à l’effort de Jaurès), plus lointainement, les avancées sociales éphémères de la Commune de Paris, de la Révolution de 1848 et de la République robespierriste, qui est aujourd’hui attaqué morceau par morceau sous l’égide de la « construction » européenne, dont « l’économie de marché ouverte sur le monde où la concurrence est libre et non faussée » est diamétralement opposée au principe d’une République sociale, souveraine, universaliste, travaillant à la liberté, à l’égalité et à la fraternité de tous les hommes. C’est pourquoi ceux qui dissimulent aux travailleurs en lutte la dimension européenne de la casse sociale portent une écrasante responsabilité. C’est pourquoi les militants politiques progressistes et les syndicalistes fidèles à leur classe doivent absolument montrer qu’il y a cohérence à défendre tous ensemble, que l’on soit du privé, du public, de Pôle emploi, pensionné, étudiant, en précarité, A LA FOIS :

  • le droit du travail national que détruisent les ordonnances Macron après la 1
  • les conventions collectives et la négociation nationale de branche sur les salaires, les conditions de travail, etc.

le bac national attribué sur examen anonyme, donnant accès directement à l’université de son choix sans droits d’inscription exorbitant, avec éventuellement allocation d’études sur critères sociaux puis académiques. Cette question est capitale car pour casser les conventions collectives, et à travers elles les salaires et le « coût du travail » (sic), Macron doit casser l’Éducation NATIONALE et les diplômes NATIONAUX, base des qualifications reconnues de Dunkerque à Ajaccio. À l’inverse, le bac est régional en RFA et en pays anglo-saxon les « compétences », pas obligatoirement reconnues par le patronat, sont provisoires, « rechargeables », ce qui institue la précarité permanente et l’inégalité, y compris chez les salariés « installés » (la « formation tout au long de la vie » dont la responsabilité est renvoyée sur les individus isolés et culpabilisés). Ce n’est pas pour rien que c’est le bac national que Macron veut encore dévaluer (il l’est déjà hélas, mais pour de tout autres raisons que son caractère national et anonyme !) en le transformant en diplôme principalement délivré sur contrôle continu à l’intérieur d’établissements mis en concurrence. Le diplôme n’aurait plus au final d’autre valeur sur le marché du travail que celle qui sera ou pas reconnue à l’établissement (à la région, à la ville, ouvrière ou bourgeoise…) qui l’aura délivré : comme le dit un camarade syndicaliste « ch’ti », « avec un bac Spécial bassin minier, té vas pouvoir t’aligner »… Énorme chute des salaires en vue si ce système s’impose, bond en avant de l’exploitation capitaliste, si bien que la défense de l’Education, des diplômes, des statuts nationaux est un énorme enjeu de classes pour les salariés du privé et que symétriquement, la défense des conventions collectives est un énorme enjeu scolaire pour les enseignants et pour les lycéens.

Conclusion d’étape

Coupables ou bien frivoles sont donc les appareils syndicaux euro-formatés et les partis pseudo-progressistes affiliés à l’UE maastrichtienne, qui ne soulignent pas ce lien fondamental, les diplômes nationaux, entre les luttes des salariés du privé, celles des fonctionnaires et celles des étudiants et lycéens. Mais ces états-majors veulent-ils vraiment ce « tous ensemble » que nous, lutteurs de base, réclamons depuis décembre 95 sans l’obtenir des directions syndicales prisonnières de la C.E.S. ? Pour parvenir au tous ensemble, encore faudrait-il que nos organisations de classe rappellent la cohérence communiste et nationale des conquis de 45, qu’elles lui opposent la sacro-sainte « construction » euro-atlantique dont se targuent tant d’ « internationalistes » hypocrites ou naïfs, en un mot, qu’elles associent enfin, le combat social au combat patriotique pour émanciper la France de la prison des peuples européenne. Car le combat internationaliste ne consiste pas à laisser liquider les acquis français sous couvert d’alignement européen, mais à prendre appui sur eux, et aussi sur tout ce qui est positif hors de nos frontières, pour construire l’Europe des luttes et pour tirer vers le haut chaque pays d’Europe.

Qu’il soit clair en tout cas que la question vitale du « qui l’emportera ? » des travailleurs défendant leur pays ou de la grande bourgeoisie le bradant à la découpe ne pourra pas se trancher positivement sans que tous les militants progressistes, tous les syndicalistes de combat, tous les patriotes antifascistes tenant à leur pays ne débattent ensemble, et à fond, de toutes ces questions.