À nouveau “l’Europe sociale” ?

Sur le site du Front Syndical de Classe, deux articles parallèles éclairent tragiquement la déroute actuelle du syndicalisme, incapable d’offrir une résistance cordonnée à l’offensive anti-sociale du gouvernement, du MEDEF et de l’UE en laissant toute latitude à l’extrême-droite pour dévoyer la colère populaire malgré la combativité de la base s’exprimant à travers de nombreux conflits locaux.

D’un côté, Philippe Martinez s’exprimait il y a quelques jours à l’occasion d’un meeting honorant la mémoire des soldats et ouvriers qui en Novembre 1918 hissèrent le drapeau rouge sur la cathédrale de Strasbourg :

« Nous avons besoin d’une sociale pour empêcher la mise en concurrence des salariés, lutter contre la fraude fiscale au détachement, œuvrer pour la coordination des politiques de protection sociale, avec la création d’un forfait social européen ».

Reprenant toute la panoplie du syndicalisme rassemblée au sein de la Confédération Européenne des Syndicats, Martinez essaie toujours de vendre l’illusoire Europe sociale alors que l’UE, inamendable en raison même de ses traités, est conçue de A à Z pour être anti-sociale et pro-capital.

Comment s’étonner ensuite de la désaffection des travailleurs pour ce syndicalisme europhile alors qu’ils ressentent durement les dégâts de cette UE dont il y a urgence à sortir ?

La CGT fer de lance du combat contre la

À l’inverse, la CGT a longtemps combattu la construction européenne, quand elle portait si haut les intérêts populaires en défendant la lutte des classes, l’indépendance nationale et populaire et l’internationalisme.

Voici ce que précisait le communiqué du bureau confédéral du 9 janvier 1956 à propos du marché commun :

« Qu’est-ce en effet, fondamentale-ment, qu’un « Marché commun » ?

-La libre circulation des marchandises, donc le déchaînement de la concurrence fondée sur l’infériorité des salaires et de la législation sociale, l’harmonisation par le bas des conditions sociales dans les différents pays, l’opposition renforcée à toutes les revendications des travailleurs…

– La libre circulation des hommes et notamment des travailleurs, donc la pression sur le marché du travail, l’introduction en France du chômage sévissant en Italie et en Allemagne de l’Ouest, des déplacements importants de main-d’œuvre à l’intérieur du marché commun.

– La libre circulation des capitaux, le danger d’évasion des capitaux, de dévaluation et même de remplacement de la monnaie nationale par une monnaie commune.

– Le Marché Commun signifie donc le danger d’une spécialisation, d’une désindustrialisation portant sur des industries ou des régions entières, celui de la subordination de l’économie nationale à des Cartels internationaux, eux-mêmes dominés par les Konzerns allemands, celui de l’aliénation des bases économiques essentielles de l’économie nationale…»

En 1957, avant la ratification par la France du Marché commun, la CGT, par la voix de Jean Duret, directeur du Centre d’études économiques de la confédération déclarait :

« L’enjeu est énorme : le Marché commun conduit infailliblement, à plus ou moins brève échéance, à la disparition des souverainetés nationales, à la création d’un super-État européen, réduisant à sa plus simple expression tout ce qui pourrait subsister d’individuel, de politiquement et économiquement indépendant chez les membres de la Communauté. Ce super-État sera dominé par le pôle d’activité économique le plus puissant : la Ruhr ; par la puissance la plus énergique et la plus dynamique : l’Allemagne de l’Ouest. […] Pour la France, la réalisation du Marché commun c’est l’acceptation de l’hégémonie allemande. Son industrie ne pouvant lutter contre la concurrence d’outre-Rhin tombera sous la coupe des konzerns de la Ruhr. »

Enfin, dans une allocution devant le Conseil Général de la Fédération syndicale Mondiale en 1964, Benoit Frachon expliquait :

« Nous le disons très franchement aux militants des organisations qui participent aux institutions du Marché Commun, nous n’avons aucune confiance dans la possibilité de transformer organismes, de les infléchir vers une politique différente.
Quelles que soient les modifications qui puissent leur être apportées, ils poursuivront leur politique actuelle aussi longtemps que les représentants des monopoles et les gouvernements à leur dévotion en seront les animateurs et les bénéficiaires. Ce n’est ni dans ces organismes, ni au simili parlement de Strasbourg, que sont élaborées les décisions à prendre et les orientations à donner. C’est dans les conseils d’administration des Banques et les hautes sphères dirigeantes des monopoles que tout est réglé selon un principe immuable : servir les intérêts des potentats modernes, même en écrasant tout ce qui s’y oppose. (…) Nous nuirions à la collaboration fraternelle des peuples, nous retarderions l’union ouvrière pour le progrès, pour la liberté et la paix, si nous laissions croire un seul instant que dans l’ que les capitalistes veulent réaliser, il y a la moindre parcelle de cet internationalisme auquel aspirent les travailleurs. Nous devons au contraire démasquer leurs subterfuges et expliquer que les États-Unis d’Europe dont parlent d’abondance les représentants les plus typiques des monopoles, ne seraient qu’une simple association réactionnaire d’exploiteurs unissant leurs efforts pour maintenir les peuples sous leur domination, et empêcher l’évolution de la société vers le socialisme, vers une véritable collaboration fraternelle des peuples. »

L’Union Européenne ne peut pas être sociale, pas plus qu’un crocodile végétarien

Ces paroles, qui se passent de tout commentaire, font  ressortir avec une terrible insistance les reniements de ceux qui, aujourd’hui, ne jurent plus que par la Confédération Européenne des Syndicats et par l’Europe sociale.

Non, l’UE européenne ne peut pas être sociale.

Oui, elle est l’instrument aux mains des grands capitalistes pour détruire les conquis sociaux et la souveraineté des peuples.

Non, il n’y a pas d’autre issue, face à la fois aux faux « progressistes » européens et les faux « patriotes » d’extrême-droite – vrais complices des intérêts capitalistes contre les peuples et les travailleurs – que de rouvrir la bataille populaire pour la sortie progressiste de l’UE (ainsi que de l’, son outil monétaire, et de l’OTAN) permettant de renouer avec le progrès social et la coopération entre les peuples.

Commentaire de lecteur “À nouveau “l’Europe sociale” ?

  1. SNOWDEN
    13 novembre 2018 at 23:58

    Comme en octobre 17 en Russie il faut une Révolution Prolétarienne pour arrêter la tuerie sociale