1940 – 1944 : La collaboration, au nom de l’intérêt de classe.

Annie Lacroix Riz les élites françaises entre 1940 et 1944Annie Lacroix-Riz revient sur le parti pris des élites

Après  Industriels et banquiers français sous l’Occupation : la économique avec le Reich et Vichy puis L’intégration européenne de la France : La tutelle de l’Allemagne et des États-Unis ou  De Munich à Vichy : l’assassinat de la Troisième République, 1938-1940, Annie Lacroix-Riz expose courageusement avec Les élites françaises entre 1940 et 1944 de nouvelles avancées dans la recherche historique sur la collaboration de la classe capitaliste française avec l’occupant nazi. Puis en continuité, avec l’impérialisme américain collaboration débouchant sur la “” et l’intégration au bloc agressif qu’est l’. Ce livre profite de l’ouverture de nouvelles sources et archives auxquelles contrairement à bien des “historiens” soigneusement analysées par la chercheuse. Outre le sujet – totalement censuré par l’historiographie française dominante en raison de ses choix idéologiques – c’est bien là l’immense mérite de ce travail de recherche que d’offrir de façon accessible et solidement argumentée, une description et une compréhension robuste, reposant sur des sources directes, puisées aux archives, de cette période de l’ contemporaine dont la est le continuum… C’est sans aucun doute la qualité de ce travail qui provoque l’action des censeurs, avec un silence totale de la presse sur ces travaux, et le silence des mandarins de l’université, qui – faute d’arguments à opposer pour démentir les conclusions des travaux d’Annie Lacroix-Riz – ont choisi cette stratégie de la censure et de la calomnie. Menant une véritable chasse aux sorcières contre Annie Lacroix-Riz et les historiens qui en faisant leur travail bousculent cette “histoire” officielle qui n’est de fait qu’une partie de la structure idéologique protégeant ces élites collaborationnistes, toujours au pouvoir.

JBC pour www.initiative-communiste.fr


Recension du dernier ouvrage d’Annie Lacroix-Riz par Stéphane Sirot parue dans l’Humanité du 11 octobre 2016.

 

Au nom de l’intérêt de classe

Au gré de l’ouverture des archives, Annie Lacroix-Riz poursuit son œuvre.

Après ses livres sur le Choix de la défaite opéré par les classes dirigeantes des années 1930 et l’attitude des industriels et banquiers français sous l’occupation, elle revisite l’uni- vers des élites et «leurs préparatifs précoces du passage de la Blitzkrieg à la Pax Americana ». Dans ce monde de l’entre-soi, les mots de Résistance, d’indépendance et d’intérêt national sont vains. Son univers mental privilégie «l’intérêt matériel et la hargne contre l’adversaire sociopolitique », soit la classe ouvrière et le communisme. L’historienne analyse le rôle des politiques, des journalistes, du haut clergé, des militaires, ainsi que des hommes d’affaires et des grands patrons. Le livre décortique les processus les menant à collaborer, avant d’opter pour le futur vainqueur venu d’outre-Atlantique. Ce nouvel opus confirme la cohérence de la logique à l’œuvre parmi ces classes dirigeantes.

Les liens avec l’Oncle Sam se tissent peu après la défaite de 1940 Acharnées à renforcer leur domination, obnubilées par la recherche du profit, obsédées par la peur du « rouge », elles planifient, y compris au prix de la défaite, la mort d’une République dont le peuple a enfanté le Front populaire. À cette aune, difficile de soutenir la thèse en vogue de leur «accommodement» à une présence allemande à laquelle elles s’étaient préparées. L’ouvrage appelle à réviser la chronologie. Les liens avec l’Oncle Sam se tissent peu après la défaite de 1940. Ils grossissent à mesure que l’effondrement du Reich se précise, même si certains collaborent jusqu’au bout. Au passage, l’auteure bouscule l’idée d’une résistance militairement sans danger. Cette Résistance au socle communiste, conjuguée aux souffrances de la guerre et à la profondeur de la collaboration, gêne le recyclage dans la Pax Americana. À quoi s’ajoutent de Gaulle et ses relations tumultueuses avec les Américains. Mais ces grains de sable dans la chaussure des élites de Vichy ne les empêchent pas de reconstruire une France et une Europe occidentale désormais placées sous les auspices des États-Unis. On l’aura compris, le nouvel ouvrage d’Annie Lacroix-Riz mérite mieux que le silence dont l’entoure la profession des historiens.

Stéphane Sirot – historien