Macron, La République En Miettes ! – par Fadi Kassem

La désintégration de la République en marche !

« Le 12 juillet 2018, à 23h, la majorité de la République En Marche a fait adopter un amendement, en catimini, alors qu’il revient sur le principe fondamental de l’unité et de l’indivisibilité de la loi sur l’ensemble du territoire de la République. Il s’agit de modifier la dernière phrase de l’article 1 de la . Actuellement celle-ci affirme que « son organisation est décentralisée », avec cet amendement, elle dira : « Elle reconnaît la diversité de ses territoires par son organisation décentralisée. » Cette adoption augure de graves conséquences, car sous couvert de décentralisation, l’exposé des motifs indique clairement que cet ajout « cré[e] un droit à la différenciation » entre les territoires. Ce qui veut dire que la loi pourrait être différente selon le lieu où l’on se trouve ! À quand un code de la route par département ?! Voir le texte de l’amendement : http://www.assemblee-nationale.fr/15/amendements/0911/AN/2170.asp »

Ce texte est signé Bastien Lachaudi, député France Insoumise, qui dénonce fort justement le démantèlement pur et simple de la République une et indivisible, que le châtelain Raffarin avait déjà fort entamé en faisant adopter une révision de la Constitution en mars 2003 en insérant dans l’article 1 la phrase suivante : « L’organisation de la République est décentralisée »ii. Une brèche majeure s’ouvrait déjà dans les principes de l’unité et l’indivisibilité de la République, mais au moins cela s’effectuait-il par le biais d’une loi constitutionnelle…

Ici, non seulement les députés à l’origine de cette proposition, dont un certain Richard Ferrand – vous savez, le président du groupe parlementaire qui a des problèmes (non réglés d’ailleurs…) de « prise illégale d’intérêts » avec les Mutuelles de Bretagneiii – procèdent par le biais d’un simple amendement dans le cadre d’une loi visant à rendre la « démocratie plus représentative, responsable et efficace » (triple sic !), mais de plus ils procèdent ni plus ni moins à une VIOLATION FLAGRANTE DE LA CONSTITUTION ! En effet, on découvre dans l’exposé sommaire concernant l’amendement précité que : « La présente révision constitutionnelle franchit un pas supplémentaire, en créant un droit à la différenciation. Décentralisation et différenciation sont des principes qui visent à permettre la prise en compte des réalités propres à chaque territoire»iv Oui, nous ne rêvons pas : c’est tout simplement la MORT DE LA REPUBLIQUE UNE ET INDIVISIBLE qui apparaît à travers l’adoption de cet amendement capital ! De quoi raviver encore davantage les velléités indépendantistes et séparatistes qui ne cessent d’attaquer chaque jour la République française, que ce soit de la part des mouvements corsev, catalanvi ou encore bretonvii… A quand une fiscalité corse, un code de l’urbanisme catalan, un code du travail breton ?!

Les « joies » du « droit à la différenciation »…

Rappelons au passage que le « droit à la différenciation » renvoie au vocable employé par tous les communautarismes – d’essence ethnique ou religieuse notamment – ainsi que par… l’extrême droite fascisante et ethniciste (voire carrément racialiste dans le cas de Pierre Vialviii), à l’image du Groupement de Recherche et d’Etudes pour la Civilisation Européenne (GRECE, dont l’acronyme est déjà tout un programme…), qui a fortement influencé les idées du Front (devenu « Rassemblement ») nationalix et qui, selon le rapport de la «Commission sur le racisme et le négationnisme à l’université Jean Moulin-Lyon III » présidée par Henry Rousso et publié en septembre 2004, « n’est pas un avatar du nationalisme français. Il défend l’idée d’un nationalisme européen, « l’ » signifiant suivant les cas et les périodes, le berceau de la « race blanche », une culture singulière ou encore une civilisation « supérieure », aujourd’hui menacée»x. Et oui, le « droit à la différenciation » ouvre la voie à la valorisation de la « différence », et tout simplement au «différentialisme », en particulier à « l’ethno-différentialisme » promu par la « Nouvelle » (plus et pas si nouvelle dans le fond…) Droite et son théoricien de choc, Alain de Benoist.

Faut-il alors s’étonner des propos de la sociologue Marie Peretti-Ndiaye qui établit un juste lien entre racisme et différentialisme :

« Le nationalisme antimoderne favorise, quant à lui, le racisme différentialiste. […] un racisme plus directement lié à la nécessité, politique, de « faire communauté », dans un contexte marqué par la prégnance, depuis les années 1970, des revendications nationalitaires, se développe. La mise en avant de marqueurs différentiels corses revêt, ici, une importance spécifique et peut donner lieu à des phénomènes de différenciation et de mise à distance susceptibles d’ouvrir un espace au racisme. Le nationalisme corse s’inscrit dans une dynamique propre aux mouvements qui luttent aujourd’hui pour un dépassement du cadre national traditionnel et de nouvelles conceptions de la territorialité. Historiquement, la montée en puissance de ces nouvelles conceptions s’inscrit dans un contexte marqué par l’infléchissement du discours égalitariste au sein de l’État. […] En cristallisant les angoisses liées à une disparition – orchestrée par l’État français – du « peuple corse », ces références ont étayé plusieurs revendications politiques » ?xi

Quand LREM accélère l’euro-décomposition de la République

On aurait tort de sous-estimer cette décision capitale qui, de fait, s’inscrit dans une politique très cohérente, pratiquée depuis des décennies et qui s’accélère sous les coups de boutoir du monarque – pour ne pas dire tyran puisque le respect même des lois n’existe pas pour « Jupiter », pourtant « tenant » de la « République exemplaire»xii –, à savoir l’euro-décomposition de la République. À ce sujet, LREM remplit parfaitement les objectifs du « Pacte girondin » fièrement proclamés par « Jupiter », à savoir liquider définitivement l’héritage jacobin et universaliste de la Révolution française. Car comment ne peut-on voir que la « construction européenne », guidée par le principe de « subsidiarité » – c’est-à-dire de transfert de compétences de la vers les échelons infra- et supranationaux afin de détruire cette dernière – censé rendre la « gestion des affaires publiques » plus « efficace » et rapprocher les « pouvoirs » des « citoyens », est le vecteur privilégié de destruction de la souveraineté nationale et populaire, de la démocratie, des services publics et, dans le cas présent, de l’unité et de l’indivisibilité de la République.

Signalons pour s’en convaincre que :

  • L’UE appelle les États-membres à reconnaître officiellement les langues régionales et minoritaires au sein d’une « Charte européenne», ce qui détruirait le principe même de l’unité linguistique de la République autour du français qui, rappelons-le, est la langue d’affirmation de l’unité du peuple autour de la République révolutionnaire et « la langue de la République » selon l’article 2 de la Constitution. Cela pousse des députés LREM (regroupés autour de Paul Molac), mais aussi LR, Modem, UDI ainsi que d’anciens EELV ou des proches du PS, à publier un appel pour la reconnaissance officielle des langues régionalesxiii, ce qui entérinerait à terme l’idée de « peuples » breton, corse, basque, catalan, savoyard, etc., et accélérerait davantage la destruction des États-nations… souhaitée ardemment par ledit Paul Molacxiv. Et en même temps, voici l’occasion de promouvoir le « tout-anglais » comme langue unique au sein de l’UE – au sein de laquelle toutes les langues nationales ont pourtant le statut de langue officielle de l’UE, ce qui n’empêche pas une véritable hégémonie du « tout-anglais » au sein des travaux des institutions !xv

  • L’UE encourage la constitution des euro-métropoles, des euro-régions et de tous les regroupements administratifs (intercommunalités, grandes métropoles, « super-régions » créées par Valls-Hollande…) visant à casser les bases administratives de la République, à savoir les communes, les et l’État. Difficile d’imaginer l’UE ne pas se réjouir de l’attaque de LREM envers l’article 1 de la Constitution…

  • L’UE attaque les fondements de la République sociale – pourtant garantis par la Constitution, à l’image de la Sécurité sociale… que LREM a souhaité enlever comme référence dans la Constitutionxvi – en promouvant toutes les politiques qui détruisent progressivement les services publics, les transportsxvii, la Sécurité sociale ou encore le code du travailxviii.

Une seule solution : FREXIT PROGRESSISTE, ET VITE !

Voilà comment LREM, parti tenant de l’idéologie capitaliste, impérialiste et atlantiste (CIA) et fanatiquement européiste, soumet la France à la dictature de l’axe Bruxelles-Berlin-Washington, tout en poursuivant son œuvre de destruction de la République au service des régionalismes, séparatismes et indépendantistes tous désireux de liquider la « République une et indivisible » pour mettre en application le « pacte girondin » du tyran Macron. Aussi ne pouvons-nous inviter nos camarades de la France insoumise, qui ont tout à fait raison de dénoncer et condamner cette infra-dissolution de la République, de tout autant dénoncer et condamner l’euro-dissolution de la République, et non de cautionner cette UE de malheur en présentant une liste aux élections européennes totalement illégitimes : pas plus qu’il n’y a de « peuple » breton, corse ou catalan (si ce n’est sur des bases ethnolinguistiques), il n’y a et il ne peut y avoir de « peuple européen », donc par construction nullement de « Parlement européen » qui n’est que l’émanation d’une souveraineté.

Aussi pour stopper ce saccage accéléré envers la République une et indivisible, héritée de la Révolution jacobine, mais aussi laïque, démocratique, sociale et universaliste, pas de compromis ni de concession avec LREM et encore moins avec la mortifère UE : FREXIT PROGRESSISTE, ET VITE !

viii Voir la fiche Wikipédia (non exhaustive) sur le parcours et les idées de Pierre Vial : https://fr.wikipedia.org/wiki/Pierre_Vial

x L’intégralité du rapport est disponible au lien suivant : http://media.education.gouv.fr/file/02/3/6023.pdf

xi Marie Peretti-Ndiaye, « Nationalisme et racisme en Corse », chapitre 12, in Manuel Boucher, Geoffrey Pleyers, Paola Rebughini, Subjectivation et désubjectivation. Penser le sujet dans la globalisation, Paris, Editions de la Maison des Sciences de l’homme, 2017. L’article est consultable au lien suivant : https://books.openedition.org/editionsmsh/9874

xii Voir les nombreux articles consacrés à ce sujet sur le site d’Initiative communiste : https://www.initiative-communiste.fr/