La signification historique du quinquennat MACRON et les tâches des communistes et des progressistes de France par Georges Gastaud

De quoi Macron est-il le nom ? Quel est le devoir des communistes, des syndicalistes, des progressistes et républicains, des défenseur de la ? c’est à ces questions que répond , secrétaire national du PRCF, syndicaliste, philosophe dans une tribune pour Initiative . A travers cette analyse fine de la situation, et alors que la campagne des bat son plein sur fond de plan de licenciements dans l’industrie, de postures belliqueuses du président élu Macron, et de préparation d’une blitzkrieg par Macron en application des ordres donnés par le MEDEF et l’Union Européenne contre les travailleurs, chacun peut en responsabilité se saisir des explications et des propositions des militants communistes, et rejoindre dans l’action le PRCF. Pour lancer la contre offensive des travailleurs.


De quoi Macron est-il le nom ? Quel est le devoir des communistes ?

par Georges Gastaud (PRCF) – Le 18 mai 2017

La triste mission historique du gouvernement Macron : enterrer les acquis du CNR et l’Etat-nation issu de la Révolution française

Il ne s’en cache même pas : Macron et son gouvernement de droite ont pour but, même plus dissimulé, de poursuivre et d’accélérer la guerre de classe menée par l’oligarchie contre les conquêtes sociales, culturelles et politiques issues de la part progressiste de notre histoire nationale. En ce sens, le nouveau chef d’Etat, qui veut  cyniquement dynamiter le Code du travail, ubériser tous les rapports sociaux (guerre aux statuts et aux conventions collectives !), remplacer les retraites par répartition issues de la Résistance par la très aléatoire « retraite à points », substituer la concurrence sauvage entre établissements à l’Education nationale (donc aux diplômes et aux qualifications nationales, avec d’énormes dégâts prévisibles sur les salaires…), se situe nettement dans la continuité des Raffarin, Sarkozy et autre Hollande… pour ne pas remonter à Mitterrand-Delors et à Pompidou-Giscard (1) qui leur ont, de longue main, préparé le terrain.

Mais l’essentiel n’est sans doute plus là : Macron, l’ « homme nouveau » porté par la finance internationale, encensé par la « grande presse » et parrainé par le tandem Merkel/Obama, est investi – à tous les sens du mot – d’une mission de classe proprement historique : Macron est en effet mandaté pour substituer à l’Etat-nation français, incurablement marqué par l’héritage jacobin, communard, laïque, dreyfusiste, communiste et résistant, les futurs « Etats-Unis d’Europe », la « reconfiguration » régionaliste du territoire national, l’ « Union transatlantique » (combien de temps le TAFTA mettra-t-il après l’élection allemande pour revenir à l’agenda ?). Il s’agit aussi pour Macron, qui affirme cyniquement que « la langue française n’a pas besoin d’être défendue », d’officialiser le tout-anglais totalitaire que le syndicat patronal Businesseurope veut imposer comme « la langue des affaires et de l’entreprise » (dixit le Baron Seillères, parlant en 2004 au nom de Businesseurope devant le Conseil européen). Tout cela  figurait déjà dans le Manifeste du MEDEF intitulé Besoin d’aire et publié en décembre 2011 par Mme Laurence Parisot, soutien éminent d’En Marche. Et ce paquet fort cohérent de mesures antinationales et antisociales devrait bientôt prendre, tambour battant, la forme du « saut fédéral européen » qui était le véritable enjeu, en forme de revanche sur le 29 mai 2005, de ce second tour de la présidentielle que certains ont cru bon de travestir en « scrutin antifasciste ». Par « saut fédéral européen », on entend très concrètement :

  • Un nouveau pacte supranational hyper-contraignant qui, tout en « sanctuarisant » le noyau dur des traités actuels (austérité sans fin, gestion de l’euro par une BCE régentant les budgets nationaux, Partenariat stratégique de l’UE et de l’OTAN sur fond d’« économie de marché ouverte sur le monde où la concurrence est libre et non faussée ») qui parachèverait le transfert de la souveraineté des Etats-nations vers le « gouvernement de la zone euro ». Un Pacte auquel le « parlement de la zone euro » cher à l’euro-atlantiste Hamon (2) viendrait apporter une apparence de légitimité. Déjà un nouveau traité européen concocté par Merkel et Hollande attend dans les cartons des eurocrates bruxellois. Décidément, le « socialiste » Hollande et le « républicain » Edouard Philippe, et surtout, Mme Merkel, doivent bien rire du farcesque « barrage antifasciste » que toute une partie de la « gauche radicale » s’est escrimé à scénariser pour (se) dissimuler le véritable enjeu de classe du 6 mai : l’obtention du consentement populaire biaisé à la future constitution de l’Etat fédéral européen dont l’écrasante majorité des Français ne veulent pourtant toujours pas ! Il est pourtant très improbable que le Non populaire du 29 mai 2005 et les grandes luttes qu’il a permises (révoltes pour les retraites, contre le CPE, contre la Loi travail…) s’avèrent rapidement solubles dans le brillant numéro d’illusionnisme auquel se livre Macron pour euro-réinitialiser la vie hexagonale…
  • La construction d’une « défense européenne » encadrée par l’OTAN », portant les dépenses militaires à 2% des PIB nationaux (comme l’ont exigé à la fois Trump et Clinton) et dessaisissant la France de sa maîtrise sur l’arme nucléaire. Ce qui, dans les conditions présentes et alors que l’armée française de métier, réduite dans ses moyens de défense nationale, empêtrée dans des missions de maintien de l’ordre et dispersée dans des opérations néocoloniales caractérisées, reviendrait à priver la France – et surtout une future France 100% insoumise à l’ordre dominant – de toute capacité à défendre ses choix contre les diktats de l’Axe Washington-Berlin-Bruxelles et de leurs collabos hexagonaux.

Briser la Nation pour rendre irréversibles la casse sociale…

De la sorte, l’ubérisation générale de la société par Macron, avec n’en doutons pas, le soutien direct ou indirect des LR et du PS peu ou prou débarrassé des « frondeurs », sera en quelque sorte « parée » et « calée » à l’international au sein d’une nouvelle Sainte-Alliance contre-révolutionnaire et « contre-réformatrice » ; car telle est cette «construction européenne » que bénissent dans son principe Pierre Laurent et aussi hélas, les dirigeants des confédérations syndicales affiliées à la Confédération Européenne des Syndicats. Le nouvel Etat fédéral supervisé, de près par Berlin, et de loin par Washington, veillera alors à ce que les énormes régressions sociales, sociétales, culturelles, institutionnelles, pédagogiques, linguistiques même, qui s’annoncent, soient frappées au sceau de l’irréversibilité, et par là même protégées contre une éventuelle «insoumission » française par la conjuration institutionnalisée, voire «constitutionnalisée », des oligarchies euro-atlantiques coalisées par un Super-Maastricht II. Car que pourrait à l’arrivée une France carrément insoumise au MEDEF et à l’UE si dans un avenir proche, toutes les décisions véritables se prenaient officiellement à Bruxelles (et officieusement à Berlin) ? Le peuple français serait ainsi placé sous tutelle pendant que l’approfondissement de la régionalisation (en fait, de la « länderisation » à l’allemande) du pays se poursuivrait « en marche forcée », mettant fin à la « République une, laïque et indivisible » issue de l’An II… et que les négociations sur les conditions de travail, les salaires, les horaires, se mèneraient en fait à l’échelle des entreprises poussées au moins-disant social par la logique de la « concurrence libre et non faussée » ?

Bref, si l’on accepte une minute de se mettre dans la tête des oligarques qui méprisent notre vieux pays frondeur et qui se fantasme tous peu ou prou en « traders » anglo-saxons, Macron a reçu pour mission – et le fait qu’il y parvienne ou pas dépendra contradictoirement de sa détermination et de nos résistances ! – de devenir l’homme historique, au sens hégélien du mot, qui, tout en chantant la Marseillaise (les yeux ridiculement clos et la main sur le cœur, à l’américaine !), mettra le point final à l’histoire du trop remuant pays des « Jurées-Communes » et d’Etienne Marcel, de Jeanne d’Arc et des « Jacques », de Marat et de Louise Michel, de Jaurès, de Jacques Duclos et d’Ambroise Croizat. Voire de De Gaulle et de Jean Moulin, ces graines d’« Astérix » devenues totalement insupportables dans le cadre d’une Europe en marche vers le globalisme atlantique… Un projet antinational certes, et qui devrait dresser contre lui tout patriote digne de ce nom, mais aussi un macro-projet terriblement réactionnaire AUSSI à l’échelle mondiale : en effet, l’euro-dissolution finale de ce qui reste du pays de Robespierre dans le bloc militaro-atlantique, viendrait parachever, en ce 100ème anniversaire de la Révolution d’Octobre 1917, les énormes attentats contre le progressisme universel qu’ont été successivement l’implosion contre-révolutionnaire de l’URSS, la mise au pas berlino-formatée du peuple grec et la tentative impérialiste en cours, dans toute l’Amérique latine, visant à déstabiliser les pouvoirs progressistes pour isoler Cuba. Mais n’est-ce pas Lénine qui, dès 1915, qualifiait l’impérialisme, ce « stade suprême du capitalisme », de société « pourrissante, parasitaire, agonisante, réactionnaire sur toute la ligne » ?

Politique de guerre euro-atlantique et « tenaille » politique hexagonale

Pour assombrir encore ce lugubre tableau, il faut en outre considérer deux données majeures :

  • Sur le plan international, la Trilatérale impérialiste qui domine le monde (USA, Japon, Europe allemande) est à la fois unie pour régler leurs comptes aux BRICS, notamment à la Russie et à la Chine (fût-ce par Corée du nord, Syrie ou Ukraine interposées), et divisée depuis que l’accord inter-impérialiste souterrain entre le dollar et la zone euro (dollar faible mondialisé contre euromark fort régionalisé (3)) a été rompu de facto parl’euro-austérité (1), laquelle a provoqué l’écroulement des débouchés commerciaux sud-européens de la grande industrie allemande : chacun a vu la manière humiliante dont Trump a récemment « accueilli » Mme Merkel, mais personne n’a souligné qu’en amont de cette rencontre et depuis plusieurs années, la Banque européenne de Francfort avait de facto fortement dévalué l’euromark en faisant massivement marcher la planche à billets, le but de la BCE étant de permettre au « made in Germany » d’envahir le marché américain que protégeait jusqu’alors l’euromark fort. Et les guerres impérialistes ont toujours été le moyen pour « réguler » le capitalisme en crise, soit par des conflits inter-impérialistes ouverts, soit par des croisades communes derrière l’impérialisme le plus fort et contre les « Etats voyous » désignés comme boucs émissaires.
  • Sur le plan national, le paysage politique est en pleine décomposition/recomposition. Le FN a certes effectué un bond en avant, notamment en milieu ouvrier, il s’est tristement étendu et banalisé (10 millions de voix au second tour ralliant un fort contingent des voix «versaillaises » de Fillon !), mais en même temps, le parti des Le Pen s’est démasqué en renonçant publiquement à toute idée de rupture avec l’UE et en repoussant aux calendes grecques ses pseudo-réformes « protectrices » (dont l’emblématique retraite à 60 ans) … J.-L. M. a certes obtenu un excellent score, qui constitue un socle progressiste non négligeable pour les luttes futures, mais à l’approche du second tour présidentiel, JLM a fortement tempéré sa critique de l’UE pour finir d e siphonner les voix de Benoît Hamon (n’eût-il pas mieux valu occuper le terrain ouvrier déserté par le FN suite à l’euro-recentrage revendiqué de Marine Le Pen ?) pendant que la direction du PCF rabattait insidieusement sur Hamon, puis appelait sans retenue à voter Macron au second tour en présentant ce vote grossièrement patronal comme un « barrage antifasciste ». Si les vrais communistes continuent de refuser de, tout à la fois, agir pour reconstruire le indépendamment du PCF-PGE en phase terminale, appeler au tous ensemble des travailleurs sans ménager outre mesure les chefs de file des confédérations euro-alignées, porter ensemble, fortement et loyalement, la stratégie innovante des « quatre sorties » et agir à tous niveaux, principalement à l’entrée des usines, pour qu’émerge une France Franchement Insoumise (FFI) à l’UE/OTAN du capital, alors Macron aura tout loisir pour recomposer à sa main le paysage politique et pour dynamiter les acquis sociaux en regroupant tous les euro-fédralistes issus du PS, du MODEM et des LR : et c’est ce qu’il a commencé à faire en regroupant dans son gouvernement tout ce que la France compte d’adversaires (« de droite et de gauche ») des acquis du CNR et de l’indépendance nationale. Pendant ce temps, se reconstitueraient, à droite de la « REM », un rassemblement pseudo-tricolore et même pas euro-critique (autour de Le Pen, de Dupont-Aignan et/ou de Wauquier ?), et à gauche de la REM, une nébuleuse rose vif satellisant les vestiges du PCF, du PS « hamonien » et de la part la plus néo-mitterrandienne de la « FI ». Ce qui, en l’absence de clarté politique sur les questions stratégiques du Frexit progressiste et de la marche révolutionnaire au socialisme, aurait fort peu de chances de bousculer le duopole pseudo-alternatif qui s’est dessiné au second tour de la présidentielle en « opposant » en miroir le Parti Maastrichtien Unique, ce PMU des « élites » post-nationales, au pseudo-rassemblement « patriotique » des bleus-marine chargés de fixer les couches populaires, de les diviser sur des bases racistes et de refermer sur elles la nasse maastrichtienne badigeonnée de tricolore (ainsi font déjà les dirigeants « nationalistes », fascisants et parfaitement euro-compatibles de Varsovie, de Budapest, de Kiev, etc.). Ainsi le monde du travail, cœur du peuple français, serait-il politiquement, culturellement et syndicalement paralysé puisque contraint d’osciller, sur fond d’Etat policier et de guerres impérialistes récurrentes, entre un parti raciste même pas euro-critique… et un parti antinational même pas antifasciste !

Pour la « superposition des cartes » à partir de la contradiction
capital/travail

Or, cette recomposition, certes encore bien floue, du spectre politique français, ne permettrait évidemment pas d’opérer la seule tâche stratégique qui vaille pour de vrais communistes, pour des militants ouvriers de classe, et pour des patriotes antifascistes, en un mot pour tous ceux qui gardent au cœur la République sociale, fraternelle et souveraine œuvrant pour la paix et pour la coopération internationale : dans un texte précédent déjà publié par IC, nous désignions ce problème politique en employant l’expression «superposition des cartes ». Tout montre en effet que, contrairement à ce que l’on raconte ici et là, la carte de l’opposition euro-élitisme / patriotisme populaire n’a pas été effacée, mais fortement réactivée par le 1er tour de la présidentielle (les candidatures franchement européistes sont minoritaires) : bref, la scission socio-territoriale issue du 29 mai 2005 ne s’est pas cicatrisée, bien au contraire, et cela n’a rien d’étonnant quand on voit ce que la « construction » européenne a produit depuis 2005 en termes de destruction du lien social français. Par ailleurs, la carte du clivage droite/gauche n’est pas effacée, quoi qu’en disent les observateurs superficiels ; car d’une part, le vote JLM lui a rendu une nouvelle vigueur (même si le discours de JLM est hélas très fluctuant sur ce sujet faute d’une approche de classe de l’idée de peuple) ; pour le meilleur ou pour le pire, ce clivage reste un levier très important. C’est en effet sur sa base que, consciemment ou pas, des millions de gens qui se sentent « de gauche » ont naïvement voté Macron pour « faire barrage » à Fillon au 1er tour, puis pour « faire barrage » au FN au second tour. Qu’il s’agisse là d’une illusion ou d’une manip, c’est une chose sur laquelle il faudrait d’ailleurs discuter ; mais que ce clivage hérité de la Révolution française, des combats ouvriers et républicains des 19 et 20èmes siècles (Trois Glorieuses,insurrections de 1848, Commune de Paris, dreyfusisme, combats laïques, Congrès de Tours, Front populaire, ancrage progressiste du CNR – où le PCF de Jacques Duclos était central et dont le patronat et l’ultra-droite collabos s’étaient par avance exclus –, combats anticolonialistes, grève de Mai-Juin 68…) continue de structurer en profondeur l’électorat, c’est ce qu’on ne tardera pas à voir quand l’énorme plan d’euro-ajustement structurel de la France présenté par Macron déclenchera d’explosifs affrontements de classes bousculant la REM (faut-il dire la Rupture Euro-Médéfienne ?), ce conglomérat confusionniste construit pour brouiller les cartes et faire passer en douceur (pour commencer !) son blitzkrieg anti-CNR. Car hormis l’intelligent politiste Jérôme Sainte-Marie, lequel redessine le spectre de la lutte des classes derrière le prisme déformant des cartes électorales, c’est bien l’affrontement capital/travail, surdéterminé par la confrontation entre l’oligarchie et le front antimonopoliste, qui peine à se former autour du mouvement ouvrier. C’est en définitive en prenant appui sur cette contradiction centrale, (infrastructurelle pour parler comme la tradition marxiste), celle qui oppose le travail au capital et, plus sourdement, c’est en activant l’alliance des couches populaires et moyennes contre le capital maastrichtien, que les militants d’avant-garde parviendront à dissoudre l’opposition délétère d’un pseudo-patriotisme réactionnaire (le FN et ses satellites) et d’un pseudo-« internationalisme » euro-atlantique et ultra-militariste.

C’est pourquoi les propositions stratégiques que le PRCF ne cesse d’avancer (avec une écoute croissante en classe ouvrière, soit dit en passant) ne sont ni des « lubies » ni des « préférences » subjectives. Si l’on veut à temps, – avant que la « France des travailleurs » chantée par Jean Ferrat n’ait sombré dans les eaux glaciales de l’Empire euro-atlantique, si l’on veut briser à la fois la « macro-recomposition » fédéraliste et la fausse alternative REM/FN, si l’on veut qu’une future insurrection populaire contre les Ordonnances Macron ne finisse pas comme s’est achevée la révolte contre la Loi Travail (où, sans parler de la CFDT jaune, les confédés en lutte se sont égosillées pendant six mois contre l’inexistante « Loi El Khomri » tout en épargnant l’euro-directive qui cadrait à la fois la Loi Travail (France), le Jobs Act (Italie) et la Loi Peters (Belgique)), si l’on ne veut pas en outre que le FN achève de tisser sa toile sur la France d’en bas menacée de déclassement massif, alors, il n’y a d’autre solution progressiste (qu’on essaie de prouver le contraire ! ) que de :

  • Fédérer les républicains patriotes et antifascistes autour de l’objectif du Frexit progressiste et d’un programme de nationalisation démocratique des secteurs-clés de l’économie, de constitution d’une nouvelle République conférant aux forces populaires des moyens d’intervention sans précédent, de mise hors d’état de nuire des fascistes, de reconstruction du progrès social, de coopération internationale avec tous les continents, sans exclure les bonnes relations avec l’ALBA, la Russie, la Chine, l’Afrique, et en jouant à fond la carte d’une Francophonie internationale résistant au tout-anglais et tournant le dos à la « Françafrique ». Cela impliquera de mener ensemble une lutte idéologique de masse pour prouver que, comme nous le disons au PRCF, « c’est si on reste dans l’UE qu’on « y restera ! », et c’est au contraire si l’on en sort qu’on « s’en sortira » ! ». Les forces euro-critiques qui portaient peu ou prou cette idée (fût-ce hypocritement pour certaines) durant la campagne électorale s’étant finalement dérobées au fur et à mesure que montait la pression des eurolâtres, ce combat pour la sortie de l’UE/OTAN/Euro devra désormais être porté par des forces franchement progressistes qui ne se laisseront pas hypnotiser par les péripéties électorales : en un mot, par des forces œuvrant pour une France Franchement Insoumise (FFI) à l’UE/OTAN. Des forces ne craignant pas, sinon de lutter toutes pour le socialisme, du moins d’agir pour que le peuple français ait de nouveau le droit de construire une société socialiste s’il en décide ainsi. Car, comme nous l’avons maintes fois démontré, à la différence du Brexit tourné vers l’Oncle Sam, le Frexit sera progressiste, orienté vers le socialisme, ou bien il ne sera pas. A cet objectif émancipateur, qui peut souder le combat pour le socialisme au droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, les militants ouvriers conséquents ne peuvent que souscrire ; mais des citoyens non communistes qui se définissent comme « jaurésiens », « gaullistes de progrès », écolos citoyens, croyants laïques, etc. devraient eux aussi s’y rallier pour peu qu’ils préfèrent la France et la démocratie aux intérêts de classe bourgeois qui parlent trop souvent plus fort que patriotisme et justice sociale. C’est dans cet esprit qu’il faudra bien construire un Front Antifasciste, Patriotique, Populaire et Ecologique, un « FRAPPE », et que pour cela, il faudra tendre loyalement la main aux militants de la France insoumise, sans oublier les communistes que heurte l’opportunisme extrême d’un Pierre Laurent. A tous ces insoumis de cœur et d’action d’affronter sans frilosité le débat de fond sur la phrase écrite sur les affiches de J.-L. M. : « l’Europe de Merkel, on la change ou on la quitte ! ». Pour leur part, les militants de la renaissance communiste sont en capacité de prouver que, la « construction » européenne étant génétiquement conçue pour briser les acquis sociaux, la souveraineté des peuples et leur diversité culturelle, on ne peut pas « changer l’UE de Merkel (5) » si bien qu’il faudra bien en sortir unilatéralement, comme il faudrait d’emblée sortir de l’OTAN pour échapper aux entreprises prédatrices de Washington : la souveraineté du peuple étant inaliénable, comme l’a montré Rousseau dans le Contrat social, il est contradictoire de prétendre en négocier le champ avec Berlin ; en outre, loin de nous isoler de l’UE, la sortie unilatérale de la France ferait d’un coup disparaître l’UE de Maastricht comme la Révolution de 1848 a détruit ce qui restait de la Sainte-Alliance de Metternich en ouvrant la voie à un nouveau « Printemps des peuples ». De tout cela débattons franchement : qu’avons-nous à y perdre que nos dernières illusions, et à y gagner que notre franche et commune émancipation ? Il faudra donc qu’émerge au plus tôt un appel fédérateur pour le Frexit progressiste invitant à une bataille d’idées tenue dans la durée et indépendamment des échéances électorales qui viennent périodiquement saper les efforts des adversaires progressistes de l’UE ;
  • Rassembler les syndicalistes de combat, tous ceux qui rejettent la paralysante Confédération européenne des syndicats, cette courroie de transmission de l’UE, ainsi que la CFDT jaunâtre, cette chambre d’enregistrement du MEDEF. Dans tout le pays du reste, les luttes se multiplient et les déclarations de nombreuses organisations syndicales prouvent la vigueur de l’enracinement de classe et de masse du monde du travail. Pour soutenir les luttes ouvrières et les organisations syndicales de combat, il faut s’attaquer aux cloisons artificielles élevées entre le «politique » et le « syndical » par ceux qui ne se privent pas, eux, de ménager l’UE, de courtiser le PS, rebattre vers Macron et d’ignorer les appels des insoumis à écarter DES LE PREMIER TOUR Fillon, Hamon et Le Pen (3). Car l’indépendance syndicale ne consiste pas à céder à l’anticommunisme et à l’européisme alors que Macron et la social-eurocratie s’évertuent à vassaliser les appareils confédéraux, c’est au contraire quand les militants politiques de la classe ouvrière – les communistes – et quand les militants syndicaux du monde du travail, cégétistes, militants Unité et Action de la FEN (l’ancêtre de la FSU et de l’UNSA), agissaient au coude à coude, sans confondre les modes de décision propres à chacun des deux champs d’action, que notre classe ouvrière a remporté ses plus belles victoires. Souvenons-nous que Marcel Paul, le déporté-Résistant qui nationalisa EDF et qui créa le statut des électriciens-gaziers, était à la fois ministre communiste et secrétaire de la fédération CGT de l’Energie alors que Croizat dirigeait la Fédération CGT des métallos. Les formes de cette coopération entre parti de classe et syndicat de combat doivent évidemment être réactualisées en permanence, mais seule la dynamique fédératrice du combat de classe anticapitaliste peut raviver la véritable indépendance syndicale, qui signifie à la fois indépendance rigoureuse par rapport au patronat, à l’Etat et à l’UE, et dépendance étroite des syndicats par rapport aux revendications sociales et aux luttes des travailleurs !
  • Regrouper les militants franchement communistes indépendamment de l’appareil euro-formaté et socialo-dépendant du PCF-PGE. Et d’abord il faut les unir pour l’intervention unitaire à l’entrée des entreprises, qui demeurent le lieu central de l’affrontement des classes. Pour cela, porter ensemble un programme centré à la fois sur le Frexit progressiste et sur la nécessité du socialisme pour la France.

Pour porter cet ensemble cohérent de propositions, le PRCF, ses jeunes des JRCF, son mensuel I.C.et son site internet www.initiative-communiste.fr, sa revue théorique Etincelles, ses commissions nationales de lutte doivent se renforcer sensiblement. Un courant d’adhésion et de sympathie s’est dessiné à l’occasion de la campagne présidentielle où beaucoup ont apprécié le positionnement responsable du Pôle, à égale distance du sectarisme gauchiste et de l’opportunisme des Robert Hue passés et futurs qui achèvent de discréditer le PCF-PGE. Alors, rejoignez maintenant le combat du PRCF, car comme disait Marx, « l’histoire ne repasse pas les plats ».


(1)       La fuite en avant euro-atlantique a été décidée par la bourgeoisie française en réponse à Mai 68 (sans doute la plus grande grève de l’histoire) où l’affrontement de classes entre le pouvoir des monopoles et la classe ouvrière rouge de France (le PCF était alors le 1er parti dans la classe ouvrière, le premier parti de France, le 1er parti de l’ « union de la gauche » qui venait de faire un bond de géant aux élections de 1967, et la CGT dominait également de très loin dans les collèges ouvriers et employés. Froidement, pour des raisons pas seulement économiques, la bourgeoisie a décidé de sacrifier De Gaulle et sa politique d’indépendance par rapport à l’Oncle Sam et au « Marché commun », de rapprochement avec l’URSS et avec la Chine, de soutien aux souverainistes québécois et de semi-soutien aux Palestiniens et aux peuples d’Indochine confrontés au successeur américain du colonialisme français. Elle a aussi fait une croix, par la même occasion, sur la grande industrie française, support matériel du vote rouge et de l’influence CGT. A l’Allemagne, où les communistes étaient interdits et où le SPD imposait sa pesante collaboration des classes, la grande industrie, particulièrement la machine-outil, mère de la production industrielle. Après une persécution en règle des militants CGT de l’usine, cet acharnement anti-ouvrier verra la fermeture finale de l’usine de Renault-Billancourt, cœur de la grève de 1968, qui était le principal centre producteur de machines-outils (et pas seulement de voitures, comme trop de gens le croient encore). De plus en plus, la bourgeoisie française allait promouvoir la « construction européenne » en position subalterne par rapport à l’Allemagne et aux USA, alors que De Gaulle n’acceptait le Marché commun qu’à la condition que la France y donne le la. Avec la chute des pays socialistes européens, la fin de l’URSS et la dissolution du Traité de Varsovie, un important saut qualitatif dans la marche vers l’euro-dissolution de la France fut l’adoption de justesse, par 51% des voix, du traité de Maastricht coparrainé par Mitterrand et Chirac. Le résultat net est la destruction systématique des bastions de la « France rouge », non seulement le charbon, l’acier (qu’étaient censés promouvoir la CECA de Monnet/Schuman !), le textile, la sidérurgie, mais aussi les «monopoles publics » constitués sous le Front populaire et à la Libération, sans oublier la petite paysannerie rouge (notamment les viticulteurs du Languedoc) ou les artisans-pêcheurs (notamment les marins rouges du Guilvinec, du Tréport, etc.) laminés par les « élargissements » européens successifs. De A à Z, la construction euro-atlantique a été une guerre de classe contre le socialisme existant, contre les partis communistes occidentaux (qui firent de leur destruction par l’ennemi une auto-destruction programmée quand ils optèrent pour l’eurocommunisme derrière les révisionnistes en chef Carrillo et Berlinguer), contre le monde du travail des pays européens, contre les peuples de l’Est rendus à leur état semi-colonial d’avant-guerre (pour ne prendre qu’un exemple, il n’y a plus aujourd’hui que… trente salles de cinéma dans toute la Roumanie «libérée » du socialisme !).

(2)       Hamon, c’est-à-dire l’ « homme de gauche » que P. Laurent voulait marier de force à Mélenchon avant le 1er tour : pourtant, JLM voulait sortir de l’OTAN tandis que le candidat du PS réclamait encore plus de frappes américaines sur la Syrie !

(3)      Dans un article récent d’Etincelles, j’ai montré que l’euro fort calé sur le mark avait bien moins à voir avec le « libre-échange » universel qu’avec un accord « crypto-protectionniste » permettant aux USA de maintenir leur emprise monétaire mondiale sur la base du dollar faible et inconvertible tout en permettant à l’industrie ouest-allemande (l’autre n’existe plus !) de dominer l’Europe de l’Est, la France et l’Europe du Sud en interdisant les dévaluations compétitives dans la zone euro. Or cet accord inter-impérialiste inavoué est devenu caduc de fait quand, l’euro-austérité made in Germany ayant asphyxié l’Europe du Sud et la France, la RFA s’est tournée vers le marché US pour écouler ses Mercédès. Et Donald Trump vint !

(4)      C’est ce qui se fût produit si JLM avait atteint le second tour, résultat qui était à portée de main d’une campagne dynamique et plurielle menée sans mégoter par toutes les forces progressistes conscientes des rapports de forces.

(5)      Il suffit pour s’en convaincre d’analyser la structure logique de la France écrite sur les affiches de JLM. Si l’on pouvait changer « l’Europe de Merkel », elle ne serait pas « l’Europe de Merkel »… Et si elle est bien « l’Europe de Merkel », elle est dictatoriale et l’on ne peut pas la changer du dedans. Il faut donc en sortir, CQFD, chers insoumis !