La résolution du Parlement européen sur la mémoire de l’Europe de la seconde guerre mondiale : lorsque le Parlement européen change à sa façon l’histoire !

par Romain Stark pour le blog des JRCF – Le 19 septembre 2019 à l’occasion du 80e anniversaire du début de la Seconde Guerre mondiale, l’ a fait voter une [1] sur la mémoire de la Seconde Guerre mondiale en . Cette résolution consiste à assimiler le communisme au nazisme. Ainsi, l’Union européenne a décidé de modifier l’histoire : a-t-elle oublié que l’URSS communiste fut la première arrivée à Berlin ? En abattant totalement l’Allemagne hitlérienne le 8 mai 1945, l’URSS libéra l’Europe. Cette résolution nous dit aussi que le « pacte » germano-soviétique (ou traité Molotov-Ribbentrop) fut le déclencheur de la Seconde Guerre mondiale : l’Union européenne aurait-elle oublié que l’URSS, à plusieurs reprises, avait demandé à la France et au Royaume-Uni de former une alliance pour pouvoir battre Hitler en cas de déclaration de guerre ? A-t-elle aussi oublié qu’Hitler, lors de ses campagnes électorales, disait vouloir agrandir l’« espace vital » allemand vers l’est et aspirait à venger la défaite allemande de la Première Guerre mondiale ? Dans cet article, je vais vous expliquer en quoi cette résolution n’a pour seul objectif que d’attaquer le communisme tout en faisant preuve d’une étrange complaisance envers le nazisme.

Le traité de non-agression ne fut pas une alliance entre l’URSS et l’Allemagne nazie[2].

La résolution de l’Union européenne – votée le 19 septembre 2019 – affirme que le « pacte » germano-soviétique fut une alliance. Non, le « pacte » germano-soviétique est un traité de non-agression et ne fut en aucun cas une alliance. Le camarade Staline, en signant ce pacte, voulait retarder la guerre entre l’Allemagne nazi et l’URSS : l’Armée rouge n’était tout simplement pas prête à affronter l’armée allemande. Mais comme je l’ai dit en introduction, l’URSS a tenté à plusieurs reprises de faire alliance avec le Royaume-Uni et la France pour contrer la menace de l’Allemagne nazie et les deux pays ont préféré jouer l’apaisement et signer un accord avec Hitler afin d’éviter une nouvelle guerre[3]. Toutes les tentatives visant à former une alliance en prévision de la guerre souhaitée par les dictateurs fascistes Hitler et Mussolini furent un échec. Face à ce constat, et sachant que l’Armée rouge n’était pas prête à affronter l’armée allemande, le camarade Staline se vit obliger de signer un traité de non-agression le 23 août 1939. La France et l’Angleterre bourgeoises, impérialistes et antisoviétiques auraient préféré laisser Hitler envahir la Pologne puis l’URSS, mais ce pacte a permis de retarder la guerre contre l’Union soviétique. Ce gain de temps permit à l’Armée rouge de mieux se préparer à l’affrontement et de mieux sécuriser l’Union soviétique. Dans l’ouvrage Un autre regard sur Staline, Ludo Martens[4] cite une déclaration de Winston Churchill (qui est un antisoviétique convaincu) :

« Le fait pour les armées russes de se tenir sur cette ligne est clairement nécessité par la sécurité de la Russie face à la menace nazie. En tout cas, la ligne est là et un front de l’Est a été créé que l’Allemagne nazie n’ose pas attaquer. »

Churchill

Cette déclaration révèle clairement l’objectif de la signature du traité par l’URSS. Cette dernière cherchait à renforcer le front de l’Est en renforçant ses villes les plus importantes. La France et l’Angleterre ont ensuite déclaré la guerre à l’Allemagne nazie, et c’est ainsi que débute la tristement célèbre « drôle de guerre ». La France, se pensant protégée par la ligne Maginot, adopta une stratégie défensive plutôt qu’offensive qui causa sa défaite. Lorsque les journaux parlèrent de ce traité et que les Français déclarèrent la guerre à l’Allemagne nazie, le gouvernement français mena une véritable guerre politique contre le communisme. Ainsi, le 26 septembre 1939, le Parti communiste français et plusieurs de ses militants furent arrêtés et mis en prison. La propagande anticommuniste assimilant le nazisme et le communisme apparut alors. Le traité de non-agression entre l’Union soviétique et l’Allemagne, fut l’un des éléments qui permit la libération de l’Europe le 8 mai 1945.

Stop au mythe des jumeaux totalitaires[5] !

Le « mythe des jumeaux totalitaires » imprègne autant les manuels et ouvrages scientifiques étudiés dans les établissements scolaires que les essais vendus en librairie. Les auteurs anticommunistes, au premier rang desquels figurent Stéphan Courtois et Hannah Arendt, ont amalgamé le communisme au nazisme, tous deux rangés dans la catégorie du « totalitarisme ». C’est que les anticommunistes ne doivent pas connaître la définition du totalitarisme, qui est « un système politique dans lequel l’État, au nom d’une idéologie, exerce une mainmise sur la totalité des activités individuelles ». Selon cette définition, au sein d’un État totalitaire, le peuple n’a pas le pouvoir et est soumis à une idéologie. L’Allemagne nazie était un régime totalitaire fasciste, le peuple allemand était soumis à l’idéologie du national-socialisme, tandis qu’Hitler avait supprimé toute concurrence politique en envoyant socialistes et communistes dans les camps de concentration. Pour l’URSS, le peuple n’était en aucun cas soumis au communisme : en octobre 1917, il avait fait le choix révolutionnaire et s’engageait sur la voie du progrès économique, social et sociétal, de l’antifascisme, de l’anti-impérialisme. Pour des centaines de millions de personnes, l’URSS fut le symbole d’une vie meilleure. Jamais les travailleurs et les classes populaires n’avaient autant été au premier plan de la vie politique. Face à un tel constat, on aurait du mal à comprendre en quoi l’URSS s’apparenterait davantage à un État totalitaire que ne l’ont été les « démocraties libérales ». La résolution de l’UE, elle, amalgame les crimes de l’Union soviétique communiste à ceux du nazisme ; mais de quels crimes soviétiques parle-t-on ? Les goulags n’ont rien à envier au système pénitentiaire américain, et en tant que camps de travail, n’ont rien en commun avec les camps d’extermination nazis. Dans Le mythe des jumeaux totalitaire : fascisme méthodique et renversement du communisme, Michael Parenti rappelle qu’en janvier 1939, vers la fin des Grandes purges, l’ensemble de la population des camps de travail était de 2 022 976 personnes. Parenti rappelle que les goulags n’étaient pas des camps de la mort : annuellement, 20 à 40% de prisonniers étaient libérés. Les prisonniers politiques sont loin d’être une majorité : toujours selon Michael Parenti, les prisonniers politiques ne comptent que pour 12 à 33% de la population carcérale, la grande majorité étant composée de criminels de droit commun. Ces seules indications, non exhaustives, nous permettent de comprendre que les « 100 millions de morts du communisme » ne sont pas une réalité. L’amalgame entre nazisme et communisme qui est fait au sein de la résolution parlementaire européenne est infondée et mensongère.

Cette résolution, combat plus le communisme que le fascisme.

Peut-on vraiment être surpris par cette résolution lorsque l’on sait que l’Union européenne s’est construite sur l’anticommunisme[6], alors que cette même Union reste étrangement silencieuse à propos du fascisme qui gagne de plus en plus du terrain en Europe de l’Est ? L’Union européenne a-t-elle condamné le massacre d’Odessa[7], lors duquel de nombreux de camarades communistes et syndicalistes ont été tués? Non. Et je n’oserai même pas évoquer le silence des grands médias ! Cette résolution européenne nous montre l’urgence qu’il y a à sortir de l’UE. En effet, l’anticommunisme ne grandit pas seulement en Europe de l’Est, mais aussi dans l’Ouest, où la popularité des partis d’extrême droite est plus qu’inquiétante : elle est terrifiante. En France avec le Rassemblement National, comme en Italie avec la Ligue du Nord de Matteo Salvini, nous constatons que l’extrême droite est pro-européenne malgré ses paroles. Est-ce une surprise ? L’Union européenne, lors de sa création, a toujours eu pour objectif de faire disparaître le communisme. Lorsqu’on connaît les véritables origines de la construction européenne, on peut constater que cette résolution est dans la continuité de la propagande anticommuniste de l’Union européenne qui déteint sur les manuels d’histoire promus par l’Éducation nationale. C’est pour cela que la jeunesse doit se battre face à la montée du fascisme en Europe, face à l’UE et face à toute modification de l’histoire. Les réseaux sociaux peuvent être utilisés pour rappeler les véritables faits historiques du communisme. Rappelons finalement que l’écriture de l’histoire se fonde sur une méthode scientifique, en opposition totale avec la soumission de l’histoire à des constructions idéologiques.

La jeunesse communiste doit résister face à l’anticommunisme réactionnaire, fasciste et capitaliste.

Comme on le voit, cette résolution du Parlement européen votée à la majorité sert une propagande bourgeoise qui vise à transformer la véritable histoire de l’URSS et du socialisme. La jeunesse communiste doit résister face à l’UE et combattre ses nombreuses attaques anticommunistes et réactionnaires. Comme je l’ai dit, l’histoire est une science appuyée sur des faits, et donc manipuler l’histoire ne peut servir que ses propres intérêts. Je vais conclure en citant un extrait du livre Révolution et contre-révolution au XXe siècle écrit par Georges Politzer, qui compte parmi les meilleures ripostes à opposer à toute personne ou institution qui tente de transformer l’histoire.

« Déformer l’histoire, c’est refaire l’histoire du passé selon les besoins du présent ; c’est subordonner l’histoire aux exigences d’une propagande. » Révolution et contre-révolution au XXe siècle de Georges Politzer p.18.

Romain Starkhttp://jrcf.over-blog.org/2020/07/la-resolution-du-parlement-europeen-sur-la-memoire-de-l-europe-de-la-seconde-guerre-mondial-lorsque-le-parlement-europeen-change-a-s


Sources :

[1] Le texte de la résolution du parlement européen https://www.europarl.europa.eu/doceo/document/TA-9-2019-0021_FR.pdf

[2] Article de IC https://www.initiative-communiste.fr/articles/culture-debats/il-y-a-80-ans-le-pacte-germano-sovietique-un-symbole-de-lhistoire-detournee-par-les-reactionnaires/

[3] La conférence de Munich du 29 au 30 septembre 1938 https://fr.wikipedia.org/wiki/Accords_de_Munich

[4] Un autre regard sur Staline de Ludo Martens http://marxisme.fr/download/Ludo_Martens_Un_autre_regard_sur_Staline.pdf

[5] Le mythe des jumeaux totalitaires de Michael Parenti des éditions Delga  https://editionsdelga.fr/portfolio/michael-parenti-4/

[6] L’histoire de la construction européenne

[7] Le massacre d’Odessa, pour en savoir plus : https://www.youtube.com/watch?v=qc2nX6eDr3c&t=345s

Commentaire de lecteur “La résolution du Parlement européen sur la mémoire de l’Europe de la seconde guerre mondiale : lorsque le Parlement européen change à sa façon l’histoire !