La CGT Air Liquide se bat contre la désindustrialisation de la France – entretien avec les délégués CGT de Vitry-sur-Seine et Champigny-sur-Marne.

crédit photo CGT Air Liquide

La CGT Air Liquide se bat contre la désindustrialisation de la France, une bataille qui concerne chaque travailleur et l’avenir de la Nation. La crise sanitaire n’a-t’elle pas démontré l’importance vitale de produire en France, et que c’est bien les ouvriers qui en première ligne font fonctionner le pays ?

Entretien avec des élus CSE[1] et délégués syndicaux des sections CGT Air Liquide de Vitry-sur-Seine et Champigny-sur-Marne, réalisé le 08 décembre 2020 par les camarades du PRCF 94 pour www.initiative-communiste.fr . A retrouver également sur la page facebook du PRCF 94.


Initiative communiste : La direction de la filiale Ingénierie et construction d’Air Liquide a annoncé des suppressions de postes sur le site de Vitry-sur-Seine. Quelle est la situation ?

Le site de Vitry regroupe deux établissements : l’un qui a plus d’un siècle, quai Jules Guesde, et l’autre rue des fusillés, qui date des années 1980.  La direction a décidé de vendre l’un des deux emplacements pour regrouper l’activité sur le seul site de la rue des fusillés. Dans la manœuvre, il est prévu environ 35 suppressions de poste, en partie sur des postes vacants, notamment des départs à la retraite pour la partie fabrication. Pour les emplois de bureau, ce seront au maximum des mobilités internes au groupe. Il y aura également quelques requalifications de personnes sur le site, mais très peu.

l’usine Air Liquide de Vitry-sur-Seine, quai Jules Guesde, menacée de fermeture et de délocalisation

Initiative communiste : Combien de personnes le site emploie-t-il actuellement ?

Le site a employé jusqu’à 300 personnes. Mais il y a eu des plans successifs de réduction de l’activité. Le dernier était censé rabaisser le nombre de postes à 115, mais en pratique ils ne l’ont pas respecté. On s’est retrouvés à 80. Ce nouveau nous ramènerait à 45 salariés.

Initiative communiste : Quel est l’objectif d’Air Liquide ?

Le groupe poursuit sa politique de destruction des emplois industriels en France, réduisant les débouchés pour les écoles de formation de la région. A Vitry, avec ce nouveau plan, il devrait rester une dizaine d’ouvriers, une quinzaine peut-être, alors qu’il y avait plus de 100 personnes à l’atelier avant. Il y a déjà eu une externalisation de la fabrication, en partie en Chine puisqu’on a un site qui fait notamment des études. Ce qui était fabriqué à Vitry en particulier a été pour l’essentiel transféré dans les Emirats-Arabes-Unis. Ce ne sont bien sûr pas les mêmes conditions de travail qu’en France. D’ailleurs ils n’emploient pas de main d’œuvre locale mais des salariés expatriés, principalement d’Inde et de Malaisie.

On verra s’ils arrivent à nous convaincre qu’un projet industriel peut sortir de ce PSE mais on craint malheureusement qu’avec la vente du site du quai Jules Guesde et le peu de salariés qui vont rester, cela mène à la fermeture totale du site à terme.

Nous fabriquons des colonnes échangeurs cryogéniques pour Air Liquide. Le « quai Jules Guesde » est le site de fabrication historique ; c’est celui qui possède le plus d’équipements et d’ateliers avec des moyens de manutention. L’établissement menacé de fermeture héberge un portique d’une quinzaine de mètres de haut. En abandonnant cet établissement, la fabrication va perdre tous les moyens de manœuvre en hauteur qui permettent de monter les colonnes efficacement. Il n’y aura plus que deux malheureux ponts roulants et un espace très réduit, et tout devra se faire en horizontal. Le choix de vendre le terrain du quai Jules Guesde plutôt que rue des fusillés n’est pas lié à des questions industrielles. C’est simplement qu’ils vont en tirer une bien meilleure plus-value foncière car il se trouve dans la continuité de l’aménagement des bords de Seine. A Ivry déjà, toutes les activités industrielles ont été liquidées, Vitry c’est la suite. L’emplacement rue des fusillés, lui, est enclavé au milieu d’entreprises. Ça montre bien le peu d’intérêt qu’ils ont pour le maintien de l’industrie sur ce site.

Initiative communiste : A quel stade des discussions en êtes-vous ?

On vient de nous présenter le PSE[2]. On est dans la phase initiale de consultation, que la direction voudrait déjà voir terminée. On essaie de négocier un accord de méthode mais elle refuse. La date fixée pour la remise de l’avis du CSE est le 25 janvier, or on a besoin de plus de temps avec la période des fêtes. D’autant plus que le site de Champigny est fermé entre Noël et le jour de l’an. Ils ne veulent même pas prendre en compte cette semaine de fermeture dans le délai alors que des membres du CSE Central seront en congés forcés.

Initiative communiste : Pensez-vous que vous réussirez à obtenir des concessions ?

Pour l’instant la direction cherche à ne céder absolument sur rien. Lors des deux premières réunions, au niveau syndical et au niveau CSE, elle n’a fait que dérouler son Powerpoint. Pour elle, c’est la ligne à suivre, ça n’est pas négociable. Elle refuse de discuter de la réalité des motifs économiques pouvant justifier ce PSE, ce que la CGT dénonce.

En parallèle les organisations syndicales seront en négociation sur les mesures sociales d’accompagnement des salariés, ce qui est différent du projet industriel et des effectifs. On est en désaccord sur un point important : la direction nous demande l’autorisation de contacter les salariés qu’elle entend muter, avant même que nous ayons discuté du projet industriel. Elle cherche à régler les problèmes humains, à sa façon, avant même d’avoir réglé le projet sur l’avenir de l’entreprise.

Initiative communiste : Est-ce que par le passé il y a eu des victoires ?

Nous avons mené des mouvements parfois durs. Il y a eu des blocages de l’usine dans les années 90. Mais globalement on subit ces plans et on recule. La direction a un projet qui est manifestement de supprimer ses activités industrielles dans la région, on ne sait pas jusqu’où. Nous ce qu’on a pu faire c’est retarder. On estime que le gouvernement a une responsabilité dans la désindustrialisation du pays en permettant aux groupes de délocaliser sans contrôle.

Actuellement, nous sommes en train de réfléchir à comment informer et mobiliser les salariés des sites de Vitry et de Champigny en cette période de confinement et de fin d’année.

Initiative communiste : Au Pôle de Renaissance Communiste en France, nous revendiquons la nationalisation des grandes entreprises des secteurs stratégiques, à l’opposé des traités de l’Union Européenne qui font la chasse aux « monopoles publics ». Ces enjeux sont-ils évoqués au sein de votre syndicat et avec les travailleurs ?

La CGT porte l’idée de nationaliser les industries, afin de répondre aux besoins des peuples, ce qui passera inévitablement par une réappropriation des richesses au service de la collectivité pour garantir et développer les secteurs comme l’eau, la santé, le logement, l’énergie, la sécurité.

Si les syndicats CGT Air Liquide de Vitry et de Champigny sont convaincus que la nationalisation est utile et nécessaire, nous revendiquons, aussi, la mise en place d’un bouclier anti-dumping social, où la richesse créée par la délocalisation serait répartie entre les salariés, au lieu d’être captée par le capital augmentant des profits, sans bénéfices pour les travailleurs.


[1] Comité Social et Economique

[2] «  de Sauvegarde de l’Emploi »

les illustrations sont un choix éditorial de www.initiative-communiste.fr


Commentaire de lecteur “La CGT Air Liquide se bat contre la désindustrialisation de la France – entretien avec les délégués CGT de Vitry-sur-Seine et Champigny-sur-Marne.