ÉCHANGES COMMUNISTES  : un bulletin dont l’objectif est la Reconstruction Communiste en France :

Ce bulletin Échanges Communistes est une étape nouvelle dans le travail commun de quatre organisations communistes que sont le Pôle de Renaissance Communiste en France (PRCF), , le Rassemblement Communiste (RC), le Parti Communiste Révolutionnaire de France (PCRF), l’Association Nationale des Communistes (ANC), pour reconstruire en France le parti communiste dont la classe ouvrière, le monde du travail et le peuple ont besoin. Ce bulletin est un outil commun pour traiter des sujets et problématiques de la lutte des classes, en confrontant les points de vue.

Dans ce premier numéro, vous lirez donc comment chacune de nos organisations traite la question de l’UE et de la Révolution socialiste en France en Décembre 2021

Au sommaire :

  • Union Européenne et Révolution Socialiste – RC
  • Brexit, Frexit, sortie de l’U.E.: Un regard communiste – par Francis Arzalier et Bruno Drewski (ANC)
  • De la signification révolutionnaire de la dialectique du « Frexit progressiste » et du socialisme – PRCF
  • Les communistes face à l’U.E. – PCRF

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De la signification révolutionnaire de la dialectique du « Frexit progressiste » et du socialisme

par le PRCF  – Pôle de Renaissance Communiste en France

Reprenant sous une forme inversée les vieilles thèses social-démocrates et trotskistes qui subordonnent la construction du socialisme à l’émergence du fédéralisme européen [1], certains camarades qui se réfèrent au léninisme regardent de haut le mot d’ordre de Frexit progressiste (FP), c’est-à-dire l’engagement militant à sortir la France de l’UE supranationale par la voie progressiste et dans la direction du socialisme. De fait, ces camarades semblent opposer le Frexit progressiste, ce moyen stratégique, à l’objectif de la révolution socialiste, cet objectif final de l’action communiste alors que ces deux moments d’une seule et même dynamique populaire sont dialectiquement et objectivement liés. Or, dans les conditions présentes où la France est à la fois menacée d’euro-dislocation (dans le cadre du « saut fédéral européen » cher à Macron, Pécresse, Hidalgo, etc.) et de fascisation, refuser de lutter haut et fort pour le Frexit Progressiste (FP), donc d’associer la reconquête de l’indépendance nationale et la marche révolutionnaire au socialisme, c’est à la fois livrer aux usurpateurs fascistes la thématique patriotique et baisser les bras devant le social-européisme contre-révolutionnaire (avec son thème faisandé, en réalité social-impérialiste, de l’« Europe sociale »).

Cette façon antidialectique de disjoindre ces moments complémentaires est si insoutenable qu’une manière moins pesante d’en désamorcer la dynamique révolutionnaire consiste à feindre de dissoudre le FP dans l’objectif général du socialisme en disant en substance, et de manière faussement « radicale ». Faisons donc la révolution socialiste (comment ?), instaurons la dictature du prolétariat (comment ?), et nous aurons, « chemin faisant », déconstruit l’UE sans avoir eu à militer concrètement pour le Frexit Progressiste (FP…

Pour faire simple, les uns clament, sur la gauche : pas besoin de Frexit, Socialismo Subito ! tandis que les autres, sur la droite, leur font écho en s’écriant : plus besoin de socialisme à notre époque, un bon Frexit se suffirait à lui-même ! Dit autrement, pendant que les uns déclarent « Frexit immédiat, le socialisme est une vieille lune ! », les autres leur répondent : « le socialisme maintenant, le Frexit on verra chemin faisant… ou mieux, on s’en passera ». A l’arrière-plan inconscient de ces conceptions qui opposent métaphysiquement l’affranchissement national à l’émancipation sociale, on trouve l’idée que le cadre national serait « devenu trop étroit », que l’indépendance nationale est derrière nous [2], et que l’on ne pourra rien faire de sérieux sans une révolution paneuropéenne dont on ne dit jamais hélas, depuis 120 ans que les trotskystes la ressassent, d’où elle sortira.

Pour le PRCF au contraire, il faut éviter le double écueil consistant, soit à présenter le Frexit – y compris le Frexit progressiste, antifasciste et anti-impérialiste – comme une fin en soi, comme une étape close sur elle-même et dont le contenu de classe serait indifférent (position par ex. d’Asselineau). Soit à imiter de fait le positionnement de LO ou du NPA qui pratiquent un nihilisme national constant, très apprécié de la bourgeoisie bobo, qui sert en permanence de repoussoir idéal aux nationalistes fascisants. Du reste, tout ce petit monde « alter-européiste ne lève pas le petit doigt contre la « construction » européenne ni contre la casse géante connexe, à la fois sociale et nationale, qu’elle permet à l’oligarchie hexagonale d’orchestrer commodément. C’est en effet un leitmotiv de l’« extrême gauche » trotskyste ou anar que de stigmatiser le patriotisme populaire ardent des communistes, que de moquer l’héritage maudit du « socialisme dans un seul pays », ou que de ringardiser le cadre national lui-même [3] et l’idée même de nations souveraines.

Dans ces conditions, les militants du PRCF sont fiers d’associer offensivement, non sans affronter parfois dans les manifs les gauchistes et autres pseudo-antifas, le drapeau rouge international du prolétariat au drapeau tricolore de la Révolution française. C’est ce que firent courageusement dès 1935, durant la Résistance et dans l’après-guerre, y compris au cours des luttes anticoloniales, nos camarades Duclos, Frachon, Thorez, Henri Martin, etc., avant que les Hue, Buffet et autres P. Laurent ne préfèrent à ces deux drapeaux nés de la Révolution française le très clérical « drapeau européen » marial frappé des douze étoiles apostoliques. Unissant le patriotisme populaire à l’internationalisme prolétarien, les opposant tous deux au nationalisme bourgeois comme au cosmopolitisme supranational, le PRCF propose ainsi une stratégie à la fois révolutionnaire, cohérente, émancipée du PS social-maastrichtien et de ses micro-satellites électoraux, et potentiellement majoritaire dans la classe ouvrière en particulier et dans le peuple travailleur en général [4].

Cette stratégie, dont le terme révolutionnaire est l’affrontement sociopolitique généralisé du peuple travailleur avec le grand capital, avec à la clé la révolution socialiste et le socialisme pour la France (conquête du pouvoir d’État, dictature du prolétariat, socialisation des grands moyens d’échange et de production…), passe par la sortie par la gauche de l’euro, ce dispositif calé sur le mark, subordonné au dollar et destiné à perpétuer l’austérité, de l’UE, cette prison des peuples dirigée par Berlin et supervisée par Washington (avec, faut-il le dire la « collaboration » empressée de l’impérialisme français décadent) et structurellement insérée dans l’Alliance atlantique [5]. Une telle rupture ne pourrait naturellement aller à son terme que si elle s’effectue sous l’égide d’un rassemblement populaire dirigé par ce monde du travail dont le « tous ensemble » en gestation ne doit jamais manquer de cibler à la fois l’UE et les oligarques, hexagonaux ou pas, qui la portent. Il s’agit à terme, pour la classe ouvrière et pour ses alliés, d’isoler le capital monopoliste, dont le cœur de stratégie est désormais très explicitement ancré, dans la « construction » euro-atlantique.

Pour ce faire, il faut unir tout le peuple travailleur autour du prolétariat, fédérer les couches populaires et les couches moyennes non monopolistes contre le grand capital et ses alliés des couches supérieures privilégiées [6]. Il faut aussi impulser l’Europe des luttes non pas « dans » l’UE, comme le proposent le PCF-PGE et LFI, mais contre l’UE-euro-OTAN. Cela permettrait d’infliger une défaite politique majeure aux sociaux-maastrichtiens du PS et aux euro-écolos atlantistes, sans ménager pour autant l’état-major « eurocommuniste » socialo-dépendant ni ces directions euro-formatées des confédérations syndicales qui, tout en bénéficiant de cent formes de corruption d’Etat [7], s’abritent derrière l’hypocrisie de l’« indépendance syndicale ». De la sorte, l’affrontement de classes avec l’oligarchie pourrait se mener, non plus comme aujourd’hui de manière dispersée, larvée, sporadique, défensive, voire contre-productive et en ouvrant un boulevard aux particularismes réactionnaires (intégrismes religieux divers, régionalismes séparatistes…) et à la fascisation galopante, mais de manière offensive. Bref, la stratégie du FP vise à remettre concrètement, dans les conditions d’aujourd’hui, « le monde du travail au centre de la vie nationale » comme le proposait sous d’autres formes qu’il ne s’agit pas de copier, le grand PCF patriote et internationaliste justement auréolé du martyre des Fusillés.

Cette marche au FP est bien entendu indissociable de la résistance à la fascisation hexagonale et européenne. Ponctuée et si possible conclue par le saut qualitatif décisif de la révolution socialiste, l’affrontement de classes qu’engendrerait nécessairement le Frexit progressiste aurait également le mérite de rompre à jamais l’actuel tête-à-tête mortifère de la France avec les impérialismes qui dominent l’UE et qui sont l’impérialisme allemand (conforté par la « réunification » de 1991) et l’impérialisme américain, principal vainqueur de la Seconde Guerre froide. La sortie par la gauche [8] de la « Françafrique » néocoloniale devrait s’accompagner d’un nouveau dialogue non paternaliste avec les peuples frères d’Afrique, d’une solidarité affirmée avec les peuples en lutte (Cuba, Palestine, Sahara occidental…), et d’un dialogue anti-hégémonique indispensable avec la Russie et la Chine : car l’impérialisme euro-atlantique est aujourd’hui, n’en déplaise à ceux qui renvoient dos à dos des pays agressés et des États agresseurs, l’ennemi principal de la paix et des peuples. Y compris l’ennemi du peuple français en voie d’euro-démantèlement assaisonné de menace fascisante.

C’est d’autant plus urgent que pendant ce temps, le MEDEF clame depuis la publication de son Besoin d’aire (lire : d’« espace vital ») en 2012, sa stratégie antinationale visant à opérer des « transferts de souveraineté » de Paris vers Bruxelles et Francfort, substituer à la République indivisible (l’« Etat jacobin ») la « reconfiguration des territoires » (Grandes Régions à l’allemande), fondre les communes dans des « métropoles », de dissoudre l’Etat-nation dans les « Etats-Unis d’Europe » (Macron appelle cela le « saut fédéral européen ») et insérer ceux-ci dans « l’Union transatlantique » adossée aux traités du type CETA et TAFTA. Dans le même esprit antinational, le Baron Sellières, ex-chef du MEDEF fraîchement intronisé patron du syndicat patronal européen, informait en 2004 le Conseil européen qu’il ne s’exprimerait plus désormais devant lui qu’en « anglais, la langue des affaires et de l’entreprise ». Déjà en 2007, Kessler, alors idéologue attitré du MEDEF, expliquait la feuille de route de Sarkozy consistait à « démanteler le programme du CNR » fruit d’un « compromis gaullistes-communistes » consenti sous la pression de la Résistance à une époque où « le PCF comptait 30% des voix » et où « l’Armée rouge campait à quelques centaines de kilomètres de Paris ». Bref, l’UE de Maastricht (1992), largement issue de la contre-révolution à l’Est et précipitant la casse socioéconomique engagée depuis (au moins) la CECA, est conçue de A à Z comme une revanche sur le socialisme mondial et, s’agissant de la France, sur la classe laborieuse de notre pays, voire sur le legs sociétal de la Révolution démocratique bourgeoise de 1789-1794. Si l’on ajoute à cela que les très despotiques traités européens successifs font tous obligation aux pays membres de suivre les rails de l’économie de marché ouverte sur le monde où la concurrence est libre et non faussée, on comprend combien Alain Madelin avait raison en 1992 d’observer que le traité de Maastricht est une « assurance tous-risques contre le socialisme ».

Il est donc absurde d’opposer l’objectif de sortir du capitalisme à celui de sortir par la gauche de cette UE conçue de A à Z pour détruire les conquêtes passées, briser la souveraineté, voire l’existence nationale des peuples (dont les langues nationales), emprisonner les ex-pays socialistes européens et… conjurer les révolutions sociales à venir. Qui veut donc rétablir ces souverainetés et marcher au socialisme doit donc, réciproquement, sortir de l’UE. Pour pasticher Lénine, « on ne peut avancer d’un pas vers le socialisme si l’on craint de sortir de l’Union européenne » !

Pour comprendre l’unité du Frexit progressiste et de la révolution socialiste en France, il faut avoir en tête que le grand patronat, symétriquement, associe unité stratégique de la casse sociale et de la casse nationale sur fond de projection impérialiste transcontinentale de l’impérialisme « français », par ailleurs de plus en plus décadent et en difficultés géopolitiques croissantes partout, de l’Afrique à l’Océanie, des Antilles à l’Indopacifique. En effet, pour araser toutes ces conquêtes démocratiques, laïques et sociales ancrées dans notre histoire qui forment ce que le MEDEF appelle avec mépris l’« exception française », pour mater la classe laborieuse et stranguler encore davantage le petit et moyen capital, pour extirper tous ces points d’appui que notre peuple a arrachés aux dominants de 1789 à 1968 en passant par 1793, 1905, 1936 et 1945, l’oligarchie, qui n’en est pas à un « choix de la défaite », voire de la défaisance près, déconstruit et recycle en permanence le cadre national déclaré « obsolète » au profit de ce que le Parti Maastrichtien Unique (LREM, LR, PS, EELV et leurs forces d’appoints… sans oublier Zemmour et le RN euro-ralliés) nomme l’« Empire européen ».

L’euro-dislocation en marche que la présidence Macron de l’UE va précipiter, est parfaitement compatible avec l’exaltation, non pas du patriotisme républicain progressiste (Robespierre est honni, le rôle des FTP dans la Résistance est nié), mais du nationalisme réactionnaire mythifiant l’histoire contradictoire de la nation et trahissant la patrie comme en 1792, en 1871 (Thiers) et en 1940 (Pétain). Il est frappant qu’un Bolloré, qui nourrit le séparatisme breton et l’intégrisme catholique, soit également un ponte de la Françafrique lié à Le Drian (= le complexe militaro-industriel hexagonal) et le sponsor d’Éric Zemmour sur la scène nationale… Euro-dislocation et fascisation, à la fois hexagonale et européenne, marchent du même pas et ont les mêmes racines de classe. Or ces questions territoriales et culturelles ne sont nullement négligeables pour des marxistes. Gramsci, linguiste de formation, a souligné l’importance de l’unification linguistique dans la construction de la nation italienne et longtemps, avant de s’écrier « PCF is back ! » avec Sir Fabian Russell, le PCF a su se faire un drapeau de la langue et de la littérature françaises en éditant Les Lettres françaises clandestines sous l’Occupation. Sur le plan territorial, l’économisme primaire de L.O. qui, pour éluder le combat anti-UE, ressasse l’idée fausse que « le cadre territorial où l’on est exploité importe peu », manque au B.A.-BA de toute réflexion stratégique qui consiste à choisir, autant que possible, le lieu où l’on peut le mieux se battre. Il est clair que si le cadre territorial – République indivisible ou Europe des Länder – lui était indifférent, le capital ne se battrait pas avec acharnement pour qu’advienne cet État fédéral européen que prétendait dessiner, fût-ce en pointillés, la Constitution européenne. Alors que nous, communistes, avons toujours défendu la souveraineté de notre pays (et celle des autres nations) tout en pratiquant l’internationalisme à l’échelle du monde, les forces de réaction – y compris avant 1789 quand les Capétiens disputaient aux grands feudataires l’exercice centralisé du pouvoir – ont toujours préféré la dispersion de la France en provinces féodales, les Empires germaniques romains régnant sur l’Europe, l’Empire bonapartiste oppressif phagocytant la République, sans parler de la Grande Europe raciale, donc antinationale, de Hitler. En réalité, il est capital de savoir dans quel cadre territorial on se bat pour conquérir le pouvoir, Empire transcontinental dominé par quelques États puissants, ou nations souveraines échangeant sur des bases égalitaires, comme s’y efforçaient Fidel Castro et Hugo Chavez au démarrage de l’Alba !

Il suffit d’étudier ce qui s’est passé en URSS lors de la contre-révolution des années 1989-1993 : les contre-révolutionnaires ont d’abord dépecé le camp socialiste (départ de la Hongrie et de la Pologne, annexion de la RDA), puis disloqué la Fédération soviétique (en bafouant le référendum de 1990), la Russie d’Eltsine a proclamé unilatéralement sa souveraineté par rapport à l’URSS et c’est une fois le socialisme détruit dans plusieurs États séparément qu’une recomposition s’est opérée, sur des bases capitalistes, sur le territoire de la « CEI » établie sur une partie de l’ex-URSS. De même, il est vraisemblable qu’un ou plusieurs pays passant au socialisme en Europe seraient préalablement sortis de l’UE – quitte, par la suite, à former entre eux une nouvelle Union aux objectifs sociaux diamétralement opposés à ceux de l’UE. Lénine avait donc raison de dire que le mot d’ordre des États-Unis socialistes d’Europe est utopique ou réactionnaire ; et si demain, après avoir reconquis l’indépendance nationale et s’être dirigée vers le socialisme, la France devait s’associer à d’autres États progressistes, rien n’indique qu’elle devrait s’enfermer dans le cadre « blanc », européen, « chrétien » et impérialiste de la sacro-sainte « Europe », et non pas se tourner AUSSI vers la Méditerranée, les Balkans, voire vers la Russie (où les communistes marquent des points), l’Asie, l’Amérique latine, etc., sans s’enfermer a priori dans un cadre territorial très marqué et de tradition massivement impérialiste.

Voilà pourquoi le PRCF promeut l’Alternative rouge et tricolore, pour laquelle nous avons déjà diffusé de nombreux tracts, affiches et autocollants dans nombre de départements, posant des tâches concrètes aux communistes qui doivent œuvrer à la renaissance d’un Parti de combat et, plus globalement, à l’émergence d’un Front Antifasciste, Patriotique, Progressiste et Écologique (que le PRCF nomme le FR.A.P.P.E.), a contrario d’un PCF euro-soumis et arrimé au PS tout en ayant renoncé à l’indépendance de la France. Euro-soumission, socialo-dépendance, social-démocratisation du PCF et fascisation marchent du même pas, si bien qu’avancer le mot d’ordre tranchant de FP est la meilleure façon de se démarquer du PCF-PGE, de son mentor socialiste et de rompre pour du bon, en pratique, avec le réformisme et la social-eurocratie. La revendication du Frexit progressiste permet aussi aux communistes (et aux syndicalistes de classe qu’ils sont par ailleurs) de se démarquer clairement sur une question hautement sensible à la classe ouvrière, celle de l’indépendance nationale et de la paix, non seulement du PS et de ses forces d’appoint électorales, mais aussi des états-majors euro-formatés des confédérations syndicales. Le PRCF et ses prédécesseurs, notamment la FNARC, s’honorent d’avoir dès longtemps avancé le mot d’ordre de rupture totale avec la C.E.S. et de retour des syndicats de classe à la FSM !

Le reproche récurrent qu’adressent aux partisans du FP les euro-trotskistes et autres social-européistes, est le risque de nous subordonner aux nationalistes fascistes. Or, c’est l’inverse qui est vrai : les principaux courants fascisants du pays sont ANTI-Frexit, aussi bien Zemmour, Le Pen, Ciotti et Dupont-Aignan. Tous ne cessent de jurer qu’à aucun prix ils ne sortiront de l’UE, de l’euro, et bien sûr, de l’OTAN ; Le Pen vient même d’affirmer qu’elle resterait dans Schengen si elle est élue ! Quant aux dirigeants national-fascisants (patriotes en paroles, fascisants en réalité eût-dit Lénine) de Pologne, des Pays baltes, de Hongrie, etc., leur « nationalisme » est seulement tourné contre les migrants, ils restent dans l’UE ou aspirent à y entrer et sont même la pointe avancée de la « Grande Europe » en marche, derrière l’OTAN, vers la grande revanche contre la Chine et/ou contre le pays de Stalingrad ! C’est pourquoi il faut expliquer aux masses que, le RN refusant la sortie de l’UE, il ne pourra tenir ses promesses sociales (par ex. la retraite à 60 ans : l’UE met la barre à 67 ans depuis les Accords de Barcelone de 2002 !), et pas davantage restaurer la souveraineté française, ni même préserver une défense « nationale » vouée à se fondre dans l’Armée européenne en gestation. Confondre le patriotisme populaire et républicain qui inspire le concept de Frexit progressiste avec le « nationalisme d’extrême droite » est donc, pour des marxistes, une faute aussi virtuellement grave que celle qui eût consisté, sous l’Occupation, à confondre le « nationalisme » raciste et collabo des antisémites Pétain-Laval avec l’engagement du PCF clandestin, immigrés de la FTP-MOI en tête, à l’AVANT-GARDE du combat patriotique. Un combat qu’il ne faut à aucun prix confondre, sous peine d’aider les fascistes, avec le RACISME et la haine antimusulmane des fascistes et autres xénophobes. Ajoutons que l’UE étant constitutivement arrimée à l’OTAN, une bataille conséquente pour la paix et contre l’OTAN doit forcément s’accompagner d’une bataille pour la sortie de l’UE par la gauche.

En fait de « repli national », un FP à l’initiative de la classe ouvrière provoquerait une onde de choc en Europe et au-delà. Le FP commencerait par porter un coup fatal à l’UE, il déstabiliserait l’OTAN et ses préparatifs guerriers, il impulserait probablement une contre-attaque générale des salariés d’Europe et, à terme, il ouvrirait la voie à l’union de peuples enfin libres coopérant à égalité sur la base d’échanges égalitaires entre États souverains court-circuitant le dollar et l’euromark. Ainsi pratiquaient entre eux les pays de l’ALBA, Cuba en tête, avant que les Etats-Unis ne parviennent à déclencher contre eux leur série de coups d’État et de blocus inhumains. Loin de rabougrir la France, le FP permettrait d’« aérer la maison » France, de faire du neuf avec l’Europe du Sud et avec l’Europe de l’Est, de révolutionner les rapports avec l’Afrique, de construire une nouvelle Francophonie dynamique et recentrée sur le Sud (la plus grande ville francophone du monde est Kinshasa !) et sur l’Ouest (Québec). En France, la politique du FP permettrait aussi aux communistes, s’ils la portent ensemble de manière offensive, d’ouvrir un large dialogue avec toutes les forces syndicalistes, patriotiques et républicaines non communistes, pourvu qu’elles rejettent à la fois l’euro-dislocation et la fascisation, le Parti Maastrichtien Unique et les extrêmes droites euro-nationalistes.

Nous ne disons pas « sortons et tout ira bien » (bien qu’on soit toujours mieux hors d’une prison que dedans) ; nous ne faisons pas plus de « l’étapisme » qui, le coupant de son débouché révolutionnaire, ferait du FP un moment clos sur lui-même et suffisant pour régler les problèmes du peuple. Nous disons : sortons pour créer les conditions de construire le socialisme en expropriant et nationalisant démocratiquement les secteurs-clés de l’économie, en rétablissant la souveraineté nationale et populaire, en réduisant drastiquement les inégalités, en rétablissant et élargissant les conquêtes sociales de 1936 et 1945, en décolonisant les DROM et mettant en place une nouvelle politique franco-africaine fondée sur l’égalité, en reconstituant un large secteur public industriel orchestrant la réindustrialisation et aidant l’agriculture paysanne, en mettant le peuple à l’offensive et brisant la fascisation de l’appareil répressif d’État, voire in fine, comme ce fut le cas à Cuba ou au Venezuela dans un premier temps, pour armer les travailleurs-citoyens, etc. En un mot : sortons pour affronter clairement, en la coupant au maximum de leurs mentors et alliés supranationaux, NOS grands capitalistes, ennemis principaux de notre peuple. Soit tout le contraire du Brexit réactionnaire.

Le FP accélérera un affrontement de classes qui, parvenu à un certain SEUIL devra être tranché : soit par le retour brutal à la domination du grand capital, soit par la conquête décisive du pouvoir d’État par le prolétariat, par le « saut qualitatif » qui accompagne toujours le basculement d’un mode de production sociale à un autre mode de production. Loin d’éliminer la question du double pouvoir, de la rupture des appareils répressifs d’État, de l’auto-organisation des masses et de l’armement du prolétariat. Tout ce que Marx a analysé dans La Critique du programme de Gotha et que Lénine a développé dans L’État et la révolution, la bataille du FP ne fera que mettre ces questions au cœur de la problématique concrète.

Le Frexit progressiste, totalement distinct du nationalisme réactionnaire bourgeois et d’on ne sait quel « étapisme », constitue une proposition sérieuse, forte et construite. La question n’est certes pas de crier « Frexit progressiste », en sautant comme des cabris. Mais il constitue la seule alternative de classe et de masse face, à gauche, aux deux fausses alternatives de « l’union de la gauche » (dont se rapproche l’actuelle « Union populaire » de Mélenchon, bien loin du discours en réalité plus radical de la France insoumise de 2017 qui affirmait : « l’UE, on la change ou on la quitte ! ») d’une part, de l’attente passive de la part des euro-trotskistes en faveur d’utopiques « États-Unis socialistes d’Europe » d’autre part.

Notre pays se disloque de cent façons. Alors offensivement, que les organisations franchement communistes et les syndicalistes de classe s’engagent franchement, sans souci des criailleries de la petite bourgeoisie « alter » et de l’euro-trotskysme, pour que la France sorte par la voie progressiste, et dans la direction affichée du socialisme, de l’euro, de l’UE, de l’OTAN et du capitalisme !

[1] … Ces États-Unis socialistes d’Europe que Lénine déclarait déjà « utopiques ou réactionnaires » en 1915, alors qu’au contraire, le droitier Kautsky et le gauchisant Trotski s’y référaient à l’unisson…
[2] Ou de manière plus pateline que l’indépendance c’est pas mal (traditions communistes obligent !), mais sans Frexit de préférence. Ce qui bien entendu, ne veut strictement rien dire, de même que ne signifie rien la « sortie des traités européens sans sortir de l’UE » chère au PCF.
[3] En novlangue euro-politiquement correcte, il faut dire comme le NPA : « prenons-garde-au-repli-national !» … et acceptons de réduire l’internationalisme par essence MONDIAL des communistes aux réduit européen et à sa projection euro-atlantique.
[4] 80% des ouvriers, 65% des employés, 62% des 18/25 ans, la majorité des artisans et des paysans, ont voté Non à la constitution européenne.
[5] UE et OTAN sont structurellement indissociables au point que l’on ne peut sortir de l’OTAN sans sortir de l’UE.
[6] Notamment les « bobos » des métropoles, aile marchante du sociétal-libéralisme, qui squattent l’économie impérialiste parasitaire, « pub », « com », finance, etc.
[7] Cf l’édifiante brochure de Stéphane Sirot « Que sont-ils devenus ? ».
[8] Une rupture non « cartiériste », du nom de cet idéologue réac qui, dans les années 60, dénonçait les « cadeaux » de la France aux « rois nègres » et clamait dans Paris-Match, devenu depuis le journal de Bolloré et de la Françafrique, « la Corrèze avant le Zambèze » !