Vidéo : Intervention de Georges Gastaud aux rencontres communistes de Vénissieux .

Le 30 avril se tenait à l’initiative des camarades de   les rencontres communiste de Vénissieux, rassemblant une centaine de militants communistes dans ce bastion ouvrier. Initiative Communiste et une délégation de militant du PRCF ont bien sûr répondu présent avec plaisir à l’invitation des camarades de Vénissieux.

, philosophe marxiste et secrétaire national du PRCF, était l’un des invité de la table ronde organisée l’après midi ayant pour thème “Face au capitalisme, le défi communiste”.

Voici le texte support de l’intervention de  Georges Gastaud.

www.initiative-communiste.fr reviendra plus largement, en vidéo, sur cette réunion.

Georges Gastaud aux rencontres de Vénissieux, 30 avril 2016

georges gastaud conférence nationaleChers camarades,

Il  est malaisé de parler théorie marxiste après l’ami Jean, mais je vais quand même essayer.

J’offenserais mes camarades de lutte si je taisais ici mes responsabilités militantes au PRCF tant les idées que je vais développer portent la marque, comme il se doit pour un marxiste, d’une pratique, d’une organisation et d’une élaboration collectives de plus de vingt-cinq  années, d’abord au sein du Comité Erich Honecker de Solidarité Internationaliste et de la Coordination communiste du , puis de la FNARC et du Pôle de Renaissance Communiste en France.

Puisque j’ai à traiter de stratégie révolutionnaire, j’évoquerai d’abord les principes léninistes sans lesquels une ligne politique n’est rien d’autre qu’un bricolage à la petite semaine.

Concernant la classe ouvrière, il faut commencer par écarter deux erreurs symétriques à son sujet. L’erreur du révisionnisme qui, sous prétexte que les gouvernements maastrichtiens ont ravagé l’industrie en France, que la production industrielle a été partiellement robotisée, que les activités classées services ont proliféré, en arrivent à oublier…

  • ·         que la classe ouvrière industrielle s’est fortement accrue dans les pays dits émergents,
  • ·         que nombre d’activités classées services relèvent de la production,
  • ·         que mainte activité de conception à forte valeur ajoutée est largement prolétarisée,
  • ·         que les millions d’ouvriers au chômage, d’ouvriers retraités, de jeunes de milieu ouvrier présents en lycées techniques, etc. ne se sont pas envolés pour autant,
  • ·         que nombre de prétendus « uber » et autres auto-entrepreneurs répondent à la définition que Marx donnait du prolétaire, ce travailleur qui est « détaché de tout, sauf du besoin »,
  • ·         et enfin et surtout cette évidence que derrière chaque objet que nous consommons, aliment, vêtement, maison, voiture, il y a toujours en dernière analyse un ouvrier ou un paysan.

L’autre erreur, gauchisante, consisterait à ne voir la classe ouvrière que dans les activités « col bleu » en confondant la classe sociale avec le métier, le travail productif avec le travail industriel, même si le cœur du prolétariat reste bien les ouvriers de l’industrie, des chantiers, de l’énergie et des transports. Permettez-moi une comparaison avec le domaine de la physique. Au début du 20ème siècle, polémiquait avec certains philosophes idéalistes qui, prétextant du fait que la physique découvrait alors des formes de plus en plus étranges de matérialité, électrons, champs, photons, etc., en concluaient à tort la niaiserie suivante : « la matière disparaît, la matière s’évanouit ». En fait, il faut articuler les catégories de forme et d’essence ; de même que l’idée de matière est plus large que ne le croyait la physique classique, de même la classe ouvrière demeure une en son essence, bien qu’elle se diversifie de plus en plus, que la prolétarisation s’étende… et que l’antagonisme capital/travail demeure politiquement stratégique.

La question se pose pourtant : étant donné la déstabilisation que la classe ouvrière a subie en France – principalement en raison de la « construction » européenne, du partage des rôles que se sont fixé les impérialismes français et allemand après la grève française de 68 et de la stratégie patronale d’éradication du produire en France et de l’Etat-nation – notre classe a-t-elle encore la force d’assurer son rôle dirigeant dans la transformation sociale ?

Je pourrais répondre, si ce n’est elle, quelle autre classe ? Or il suffit d’examiner les Nuits debout pour constater que les couches moyennes intellectuelles sont impuissantes à tracter un mouvement tranchant. En réalité, l’euro-casse du code du Travail rebaptisée « Loi El Khomri » ne sera pas balayée seulement par des manifs étudiantes ou des débats nocturnes, car même si ces activités sont respectables, c’est seulement quand les prolétaires bloquent l’appareil productif par la grève inter-pro reconductible et par le zonage des gares, des centres commerciaux et des zones industrielles que le patronat recule, comme on l’a vu en mai 68 ou en décembre 95 ; cette puissance du prolétariat, on l’a aussi observée a contrario en 2003 quand Thibault a osé déclarer, je cite : « la CGT n’a pas vocation à bloquer le pays », ce qui n’est pas sans rapport avec la grave défaite qui a suivi cette proclamation de modérantisme syndical.

Mais surtout, la classe ouvrière continue, de manière larvée, invisible, parfois dévoyée faute d’un vrai parti communiste, de jouer sourdement son rôle moteur : elle fut décisive dans le Non à Maastricht de 1992 et 72% des ouvriers ont voté non au TCE ; aujourd’hui, c’est d’abord le monde ouvrier qui met la 5ème République aux portes de l’implosion en s’abstenant massivement aux élections et même parfois hélas – mais la faute à qui politiquement ? – en brandissant le vote FN comme un moyen, certes inadéquat et suicidaire, de chambarder « le système »…

De tout cela ne se déduit aucunement l’idée qu’il faudrait se recentrer sur les « couches moyennes » et autres cols blancs, comme le croyaient Fizsbin ou Garaudy dans les années 70. Au contraire il faut reconstruire le parti d’avant-garde et relancer la CGT de classe sans lesquels le monde du travail ne peut pas mener sa lutte, entraîner les couches antimonopolistes et conquérir le pouvoir politique. Dans mon livre de 1995 Mondialisation capitaliste et projet communiste, j’écrivais en substance : il faut réduire la fracture idéologique que l’évolution réformiste du PCF a creusée entre le mouvement populaire, qui reste somme toute puissant, et sa traduction politique qui restera impossible tant qu’une avant-garde communiste digne de ce nom ne portera pas à nouveau l’exigence de rupture totale avec le mode de production capitaliste et avec l’intégration européenne qui est le cœur de stratégie de la bourgeoisie française. Ce diagnostic s’est hélas vérifié au fur et à mesure que le PCF reniait son identité léniniste, participait aux gouvernements maastrichtiens de Mitterrand et Jospin, liquidait ses cellules d’entreprise, abandonnait les syndicats de classe à leur sort sous couvert d’indépendance et devenait pour finir le pilier du PGE subventionné par Bruxelles ?

J’en viens donc à la question du parti d’avant-garde. Expérience faite d’une lutte interne démarrée pour ma part dès avant le 22ème congrès du PCF (1976), où une majorité d’adhérents du PCF a trouvé des vertus à Soljenitsyne tout en abjurant la dictature du prolétariat, c’est-à-dire l’ADN de la théorie politique de Marx, et après avoir tout tenté du dedans avec mes combatifs camarades Hage, Auchedé et Alleg sans même avoir pu ralentir les dérives du parti, nous avons constaté tristement que la dé-communisation du PCF était achevée au moins depuis le congrès de Martigues, qui n’était pas un début mais une fin ; et ce n’est pas l’abandon congrès après congrès des références statutaires au socialisme, au centralisme démocratique, à la classe ouvrière, au marxisme, à la socialisation des moyens de production, à l’emblème ouvrier et paysan, ni le vote unanime de l’état d’urgence par les députés PCF, encore moins la campagne de P. Laurent pour une primaire commune avec le PS qui nous auront prouvé le contraire.

Cela ne signifie nullement que nous sommions qui que ce soit de sortir du PCF, au contraire, nous respectons les camarades du réseau « FVR-PCF » qui mènent une belle lutte interne et qui nous accueillent dans ce bastion de Vénissieux. Jamais nous n’avons fait obligation aux communistes qui rejoignaient le PRCF de sortir du PCF s’ils jugeaient utile y rester, et moins encore de sortir de la JC, en moyenne bien plus rouge que le parti ; au contraire, nous avons toujours aidé ces copains dans la limite de nos moyens ; nous les prions seulement de ne pas se leurrer sur l’irréversibilité de la mutation, de ne pas faire doctrine de rester ad vitam aeternam dans un parti arrimé à Tsipras et à la mensongère « Europe sociale », de ne pas ressasser qu’il resterait éternellement possible de remettre « le parti » sur les rails de la lutte des classes, comme si les avocats de l’euro qui siègent à Fabien ne menaient pas déjà la lutte des classes… du côté européiste ! Aux camarades qui mènent la lutte interne, nous demandons seulement de privilégier l’unité d’action des communistes sur une stratégie de rupture révolutionnaire, que résume l’expression des « 4 sorties » (de l’euro, de l’UE, de l’OTAN, du capitalisme). Pas de tous ensemble des travailleurs sans tous ensemble des orgas et réseaux franchement communistes INDEPENDAMMENT du président du PGE ! C’est en effet en s’adressant ensemble à la classe ouvrière sur cette stratégie d’euro-rupture, et non de réforme illusoire de l’UE supranationale, que les militants franchement communistes, qu’ils soient ou non au PCF, que chacun parviendra à s’affranchir de la tutelle de « Fabien », et, qu’en rompant avec un appareil central euro- et socialo-dépendant, nous ferons tous ensemble le pas décisif vers l’indépendance de classe à l’égard de la démocratie, c’est-à-dire vers la reconstruction tous ensemble du vrai parti communiste, quelles qu’en soient les modalités.

C’est dans le cadre de cette dynamique que l’avant-garde politique fera jonction avec l’avant-garde du combat social, représentée notamment par les Goodyear que je salue ici ; par ex., quelle force si tous les militants franchement communistes pouvaient enfin porter ensemble l’idée d’une énorme manif de combat à Paris pour appeler à la grève générale et au blocage des profits sans épargner l’UE, dont la loi Khomri n’est qu’un sous-produit à l’égal du Job Act italien. Comme l’a démontré le Manifeste du Parti communiste, construire un parti de classe, c’est organiser l’indépendance politique de la classe travailleuse par rapport à toutes les autres classes, y compris de nos jours par rapport à cette bourgeoisie bohème ancrée dans le parasitisme économique des métropoles, com, pub, finance, que courtise l’état-major du PCF. Il n’y a donc pas opposition entre la construction d’une orga communiste indépendante des euro-mutants et l’effort pour regrouper les communistes, sinon dans des Assises du dont chacun ne semble plus également preneur hélas, du moins dans une Convergence d’Action Communiste comme celle qui s’est opérée le 30 mai 2015 et qui aurait eu bien plus d’ampleur si chacun avait mesuré l’urgence du tous ensemble à Paris contre l’UE. Pas d’opposition non plus à agir pour la renaissance du parti et à soutenir les syndicalistes de combat qui, tant dans leur syndicat professionnel qu’en se coordonnant dans un front syndical de classe inter-pro, veulent mettre au pied du mur les états-majors qui, depuis que la CGT a quitté la FSM pour la C.E.S. pro-Maastricht, ont accumulé les défaites à l’échelle nationale et européenne.

Concernant le rassemblement indispensable pour isoler le capital, reprendre l’initiative historique et rouvrir la voie du socialisme, l’Internationale communiste a cent fois rappelé que la classe ouvrière doit unir les couches populaires et moyennes pour isoler le capital monopoliste. Contrairement au révisionnisme qui proclame que le CME s’est mué en ultralibéralisme, l’actuel néolibéralisme, fût-il mâtiné de la pseudo-« concurrence libre et non faussée » – est une forme nouvelle du CME. Piloté par le CAC-40, le MEDEF affiche sa stratégie de classe antinationale dans son manifeste Besoin d’aire : il s’agit de prendre en étau l’Etat-nation entre, d’une part, les hyper-régions et les métropoles, et d’autre part l’UE, l’OTAN et le Traité transatlantique ; la « concurrence libre et non faussée » à l’échelle mondiale est donc un outil monopoliste paradoxal qui sert à la fois  à araser les conquêtes ouvrières et à asservir les PME en phagocytant les marchés national et local. Pour l’oligarchie « française », la mondialisation de ses profits passe par l’Europe fédérale sous domination germano-étatsunienne : traquant les communistes polonais et ukrainiens mais flirtant avec les néonazis de Maïdan, la hideuse « construction » européenne permet à MEDEF et à ses créatures, de Sarko à Macron, de détruire, non seulement les conquis de Croizat et Marcel Paul, mais l’horrifique legs jacobin, voire certains traits progressistes de la construction nationale antérieure à 1789.

La classe ouvrière doit donc a contrario fédérer les couches populaires et intermédiaires et soutenir de manière critique la résistance des artisans, des paysans, des médecins, etc. Elle doit le faire sur un contenu progressiste que résume pour nous le sigle « FR.A.P.P.E. ! » (Front Antifasciste, Patriotique, Populaire et Ecologique) que complète l’idée d’un « nouveau CNR ». Il s’agit de cibler offensivement l’UMPS maastrichtien, mais aussi le FN qui s’affiche de moins en moins « indépendantiste » et de plus en plus euro-complaisant. Rappelons en effet que la prétendue « sortie concertée de l’euro » de Mme Le Pen cache le ralliement des bleus marines à l’UE des extrêmes droites. Pour notre part, nous disons CNR parce que le patronat lui-même, par la voie de Denis Kessler, désigne les conquêtes de 45 comme la cible à abattre ; nous disons CNR parce que le contenu de l’alliance doit associer comme hier les nationalisations et la bataille du produire en France au progrès social et à l’antifascisme, mais nous disons aussi NOUVEAU CNR parce qu’il faut prendre en compte des dimensions neuves que ne pouvait guère porter les Jours heureux de 1943, écologie, égalité homme-femmes, décolonisation plénière, coopération internationale remplaçant la guerre économique mondialisée que se livrent les monopoles. Il faut dire Nouveau CNR aussi parce qu’il ne s’agit plus aujourd’hui d’un compromis historique légitime entre la classe ouvrière et les alliés bourgeois d’une coalition antinazie, mais d’un outil politique pour briser l’hégémonie bourgeoise qui détruit la Nation et qui sacrifie la langue française au tout-globish. Nous disons « nouveau CNR » parce que le rassemblement populaire ne passe plus aujourd’hui par la main tendue à un PS qui orchestre l’état d’urgence à perpète, mais par la reconstruction totale du champ politique sur la base d’une double opposition à l’UE supranationale et au Front pseudo-national.

En d’autres termes, la finalité du Front Antifasciste, Patriotique, Populaire et Ecologique est la lutte finale avec le grand capital, la sortie par la gauche de l’UE atlantique, le combat contre le Parti Maastrichtien Unique incluant le FN, la construction de l’Europe des luttes non pas DANS mais CONTRE l’UE, la réouverture sur des bases larges du combat pour le socialisme. Si donc, un peu de souci national éloigne de l’internationalisme, beaucoup y ramène avec toujours au centre le rôle moteur de la classe ouvrière et la visée du socialisme pour notre pays. En dernière analyse, notre patriotisme révolutionnaire est tourné contre l’impérialisme français qui n’est plus seulement aujourd’hui l’agresseur impitoyable d’un max de peuples africains et proche-orientaux, mais qui est aussi le principal ennemi de la nation française elle-même.

Il faut enfin évoquer le front pour ce que Gramsci appelait l’hégémonie culturelle. Il implique la redécouverte décomplexée de la matrice du communisme moderne qu’est le matérialisme dialectique, avec un effort permanent pour ce que, dans mon Cours de philo à la lumière du matérialisme dialectique que publiera Delga, j’appelle les « lumières communes ». Relance du matérialisme dialectique donc, car sans lui, impossible de reconstituer le point de vue de classe matérialiste dans la théorie, par ex. de saisir qu’il n’y a pas le patriotisme contre la solidarité internationale, mais le patriotisme populaire allié à l’internationalisme prolétarien contre le cosmopolitisme capitaliste allié au nationalisme ethnique et au communautarisme intégriste. Face au « retour du religieux », c’est cet effort pour reconstruire une conception dialectique et matérialiste de la nature et de la société qu’entend d’ailleurs promouvoir mon prochain livre à paraître chez Delga, et qui s’intitulera Lumières communes. En effet, notre époque impérialiste étant celle de la « réaction sur toute la ligne », les marxistes doivent prendre la tête sur tous les fronts de larges alliances culturelles antifascistes, progressistes, féministes, pacifiques, laïques, écologiques même, tant il est vrai que Marx fut le premier à déceler que « le capitalisme ne développe la richesse qu’en épuisant ses deux sources, la terre et le travailleur ».

Mais comme le disait Rimbaud, « il faut être résolument modernes : tenir le pas gagné ». Comment conquerrons-nous le socialisme à venir si nous ne sommes même pas capables, à l’orée du 100ème anniversaire de la Révolution d’Octobre, de contrer la nouvelle vague de fascisation qui, portée par les Stéphane Courtois de tous les pays, va déferler en 2017 en jetant de nouveaux tombereaux de calomnies sur l’URSS, sur le PCF de la Résistance et des luttes anticoloniales ? Il ne s’agit certes pas d’enjoliver le passé et j’ai tenté moi-même, dans Mondialisation capitaliste et projet communiste, de proposer une analyse dialectique des facteurs multimodaux qui ont permis la contre-révolution à l’Est. Mais qui ne voit que laisser dire odieusement que l’URSS de Stalingrad ne valait pas plus cher que le Troisième Reich, conduira à réprimer tous les Rouges d’Europe tout en réhabilitant les nazis, comme c’est le cas en Ukraine, ce ban d’essai de l’euro-fascisation ?

C’est pourquoi dans la lignée du comité Honecker, qui collecta 10 000 signatures en 92 sous son appel « pas de revanche posthume pour Hitler », nous tiendrons un meeting international à Paris en 2017 ; c’est pourquoi nos Rencontres de Vénissieux s’honoreraient d’affirmer leur soutien aux communistes polonais qu’un tribunal de la honte a condamnés aux travaux forcés

Bien entendu, on ne peut faire l’économie d’une réflexion sur le socialisme et le communisme à avenir. Mais pas plus que Lénine n’a mené les bolchéviks à la victoire sans étudier de près la critique constructive que Marx avait produite de la Commune, pas davantage nous ne pourrons construire un socialisme meilleur sans avoir critiqué, mais aussi défendu, sur NOS bases, qui ne sont pas celles du droit-de-l’hommisme hypocrite de BHL, le socialisme passé et sans soutenir le socialisme présent, et tout d’abord celui de Cuba qui continue de construire l’avenir dans les conditions les plus acrobatiques qui soient. Certes il nous faut apprendre à dominer le marché à partir de la maîtrise planifiée des moyens de production, car si on liquide prématurément le marché, il reviendra sous forme du marché et de l’économie noirs pour saper le socialisme du dedans. Mais ce n’est pas là la leçon principale de Cuba. Quand une délégation du PRCF fut reçue au BP du PCC à La Havane, notre camarade Jose BALAGUER avait insisté sur une idée centrale : le socialisme ne peut s’affirmer que s’il vise en permanence le communisme, où la règle n’est plus la répartition en fonction du travail mais en fonction des besoins, et les premiers besoins de l’homme sont, outre les vivres et le domicile, la santé, l’éducation et la culture, notamment le besoin de comprendre le monde qui fait l’honneur de l’homme. Peu avant de mourir, Lénine insistait sur une idée que le socialisme réel, pris en tenaille de mille façons, n’a pas toujours pu exploiter : « le socialisme est l’œuvre vivante des masses ». C’est de cette idée que nous devons repartir, non pour rejeter la dictature du prolétariat et la planification socialiste, etc. mais pour les associer en profondeur à la démocratisation politique, à l’intervention ouvrière à l’entreprise, au développement culturel de tout le peuple, à tout ce que résume pour nous, au-delà du nom de notre mensuel et de son site internet, l’expression « initiative communiste ».

Concernant enfin ce que nous appelons l’internationalisme prolétarien de nouvelle génération, nous observons que la solidarité de classe internationale ne peut que jouer un rôle croissant vu l’expansion des transnationales, vu la mondialisation des échanges, vu la nécessité, si la France venait à rompre la première la chaîne impérialiste de l’UE-OTAN, de la solidarité des autres travailleurs d’Europe, prolétariat allemand en tête, vu l’urgente nécessité que renaisse un grand Mouvement communiste international que, bien avant Robert Hue, la direction du PCF ralliée à l’eurocommunisme avait déclaré obsolète. Car comment les forces réactionnaires seraient-elles toutes organisées à l’échelle planétaire alors que les communistes se glorifieraient de cultiver le repli rosâtre, type PGE ou CES, sur la forteresse Europe ?

Au-delà de l’internationalisme prolétarien proprement dit, c’est à la renaissance du camp anti-impérialiste mondial qu’il faut œuvrer sans rabattre ce front très large sur celle d’un nouveau MCI, car confondre les deux niveaux d’organisation, ce serait à la fois, n’en déplaise aux théoriciens de la 5ème Internationale, édulcorer le contenu de classe d’une éventuelle Internationale communiste et symétriquement, ce serait réduire le front anti-impérialiste qui doit absolument intégrer des mouvements patriotiques et progressistes non communistes.

Enfin, idée qui m’est chère et qui structure l’ultime discours prononcé par Fidel, le communisme contemporain doit, sans renier ses combats de toujours, prendre une dimension anti-exterministe. Par exterminisme j’entends cette idée que la survie du capitalisme est incompatible à terme avec la survie de l’humanité, quitte à provoquer la croisade nucléaire contre l’URSS, comme en rêvait Reagan, quitte à semer le chaos au Proche-Orient, quitte à vomir les Bêtes immondes de Kiev ou de  Daëch, quitte à saccager les ressources terrestres. N’en concluons pas comme le liquidateur Gorbatchev que face au danger exterministe il faudrait « préférer les valeurs universelles de l’humanité aux intérêts de classe du prolétariat ». Au contraire, seul le combat de classe prolétarien peut seul sauver l’humanité car c’est en combattant l’exploitation capitaliste que l’humanité pourra vivre dignement, et pour commencer, survivre à la mondialisation des guerres et à la déchéance du tout-profit. En un mot, comme le dit Fidel, « Patria o muerte, socialismo o morir », ce qui ne signifie pas seulement qu’il faut savoir mourir pour la cause du peuple, comme le firent nos Sans Culottes ou nos FTP-Moi, mais que sans la remontée du combat anticapitaliste tous azimuts, l’humanité ne sauvera ni sa dignité, ni peut-être même sa peau.

Chers camarades, puisse ce débat, dont je remercie le PCF et la mairie de Vénissieux, émerger une convergence d’action communiste porteuse d’un large rassemblement tourné à la fois contre l’UE et contre le FN. Puisse notre rencontre contribuer à relancer le marxisme-léninisme, socle théorique de notre contre-offensive sociale, politique et culturelle, tout en liant cette construction théorique aux combats généreux de la classe ouvrière qu’incarne les Goodyear, les Air-France et les jeunes courageux qui prennent tous les risques en bloquant leur lycée pour débloquer leur avenir..

Tel est le nouveau défi léniniste que TOUS ENSEMBLE, nous pouvons gagner !

Georges Gastaud – 30 avril 2016 – Vénissieux

3 Commentaires de lecteur “Vidéo : Intervention de Georges Gastaud aux rencontres communistes de Vénissieux .

  1. alain harrison
    2 mai 2016 at 23:09

    Bonjour.

    «« que résume l’expression des « 4 sorties » (de l’euro, de l’UE, de l’OTAN, du capitalisme) »»

    Il n’y a pas d’autres choix, si la France veut reprendre son autonomie et refaire des liens sociaux-économiques avec les pays de son choix, sur des bases saines, complémentaires, solidaires et coopératives respectant le statu politico-économique choisit par le Peuple, ce dernier restant à faire par les révolutions internes sans ingérences externes.

    Il faut bien voir la complexité en ce qui concerne le passage du capitalisme au coopératisme.

    Pourquoi mettre en opposition ces deux termes.

    Et bien regardons l’emploi en privé-patron versus l’emploi en coopérative autogérée.

    Si le socialisme et/ou le communisme ne pointe pas résolument vers le coopératisme autogérée par les travailleurs citoyens (le prolétaire), je me demande ce que signifie le mot prolétaire.
    Si le mot prolétaire est pris dans un sens absolu, sans termes relatifs, comme de donner le même sens au terme travailleur, prolétaire, travailleur-citoyen et par extension au terme d’employé et comprenant toutes les catégories de professions entendu comprenant le menuisier, l’hôtesse, le médecin, le chômeur, le retraité, etc., et bien vous vous enfermez dans le passé et sa projection.

    Il faut mettre en relief que tout le monde du travail a ceci en commun: un patron.
    Que l’état de droit et le privé sont le tandem.
    Que le coopératisme (autogérée par les travailleurs) et l’état démocratique (démocratie directe) sont des concepts comparatifs utilisables et qui mettent en perspective la mentalité d’aujourd’hui.

    Je ne vois aucune innovation contemporaine chez vous.

    Le néo-capitalisme sauvage sait jouer des nuances four tout.

    Je reviens sur leur jeu de cartes. Et ils ont des atouts.

    Juste un qui est en filigrane, mais qui est de plus en plus systématisé de façon éparse mais qui a son efficacité.
    Pas parce qu’il est bien visible, mais parce qu’il sert au travail de fond auprès de populations visées (étudiants….). Le néo-capitalisme sauvage depuis la fin de la 2e guerre a su répandre le consumérisme.
    De même, hollande a lancé la promotion de l’individu-entrepreneur qui transparaît dans la nouvelle loi du travail.

    10 avantages de se lancer à son compte

    Plusieurs salariés se demandent s’ils devraient quitter leur emploi pour devenir travailleurs autonomes. En fait, il y a tellement d’avantages à travailler à son compte qu’on se demande pourquoi cette alternative n’attire pas plus de monde. Peut-être que ces dix avantages en convaincront quelques-uns.

    9. Vous avez plus de temps pour vous

    En travaillant de la maison, vous pouvez à tout moment prendre une pause pour faire le lavage, préparer le souper ou nettoyer le réfrigérateur. Peut-être que ça fait en sorte que vous accomplissez plus de tâches ménagères que les autres membres de votre foyer, mais ça fait plus de temps que vous pouvez passer avec vos proches le soir et la fin de semaine. En étant travailleur autonome, vous pouvez aussi décider de transformer une pause café en pause jogging, une pause cigarette en pause yoga. Bref, votre corps vous en remerciera.
    http://www.msn.com/fr-ca/finances/entrepreneuriat/10-avantages-de-se-lancer-%c3%a0-son-compte/ss-BBoNIc#image=2

    Ne sous-estimez pas cet appel individuel.

    La gauche, qu’a-t-elle de concret ?

    Le capitalisme sait faire passer son rêve en lieu et place du réel. Le truc c’est faire miroiter le futur prospère…

    Est-ce que l’entreprenariat va faire disparaître la pauvreté à moyen terme ?

    Est-ce que le revenu de base ferait disparaître la misère à court terme dans un premier temps et dans un deuxième temps initier le passage du privé au coopératisme mettant fin à la pauvreté ?

    Un programme sans une stratégie progressive et systématique de mise en place et sans le concours des travailleurs citoyens comme maître d’oeuvre, n’est-ce pas fondamentalement l’objectif du marxisme.

    Et ne rejoint-il pas une des figures françaises les plus symboliques et crédibles:

    Jean Jaurès et le supplément d’âme
    Pour Jean Jaurès, la révolution socialiste n’est concevable que dans le cadre de la légalité démocratique, c’est-à-dire par une conquête graduelle et légale par le prolétariat des institutions parlementaires et de la puissance de la production.

    7 juin 2014 |Robert Tremblay Chercheur autonome, Ph. D. (histoire)|

    Le Devoir de philo
    http://www.ledevoir.com/societe/le-devoir-de-philo/410354/le-devoir-de-philo-jean-jaures-et-le-supplement-d-ame#reactions

    L’Amérique Latine a su subordonné le marxisme au Bolivarisme.
    Le Bolivarisme est un courant politique que l’on retrouve en Amérique du Sud. Selon ses partisans, il se fonde sur les idées du libérateur Simón Bolívar, notamment en ce qui concerne la justice sociale, la liberté et l’égalité des droits. …

    Mais vous restez dans la mentalité du Vieux Monde, c’est tout ce que je peux dire, la division va continuer de déchirer la gauche.

    Le capitalisme a développer en filigrane la pensée unique, c’est un manipulateur de très haut niveau.
    Et sait utiliser l’outil qu’est le reengineering de tout et de rien. Même si le mensonge est gros comme la verrue qui cache le nez……
    Une métaphore: Il n’est plus nécessaire de faire sonner la clochette pour faire saliver.

    Françoise Dolto “guérissait” l’enfant, elle avait la vision transversale.

    Mais la gauche……………………………

  2. alain harrison
    4 mai 2016 at 02:05

    Je vous soumet un commentaire que j’ai laissé sur le blog de Patrick le Hyaric.

    Arrêter les négociations sur le transatlantique
    Posté le 28 avril 2016

    Répondre

    alain harrison dit :

    3 mai 2016 à 22 h 56 min

    Il faut que chaque pays nationalise la partie de la multinationale sur son territoire, puis l’exproprie pour en faire un vaste réseau coopératif, complémentaire et solidaire.
    Puis,que ce réseau investisse dans la conversion du privé au coopératisme. mondial comme base fondamentale de la nouvelle économie.

    Mais comment y arriver ?

    Attention, nous sommes passés, une partie importante de la population occidentale, de la religion aux idéologies droites, gauches et centristes. Mais il y une chose qui n’est pas remise en question par les progressistes.

    Le modus operandis de l’endoctrinement.

    Le néo-capitalisme sauvage et le centrisme ont choisi le modus operandi du consumérisme qui marche bien jusqu’ici, malgré les crises. Maintenant, profitant de la crise et des remises en questions des avancés sociétales, il fait la promotion de l’individu-entrepreneur, individualisme oblige !?!?

    Les communistes renvoient aux procédés du passé.

    Mais heureusement, il y a le mouvement des initiatives citoyennes qui prend racine et qui sont affranchis dans une certaine mesure des promesses gauches-droites.

    Maintenant, nous verrons toutes les tentatives de récupérer à leur compte ce mouvement, de tout bord.

    Avis à ceux et celles qui sont enfoncées dans l’esprit du Vieux Monde, ou le méta conditionnement (la somme des conditionements individuels).

    Pour Jean Jaurès, la révolution socialiste n’est concevable que dans le cadre de la légalité démocratique, c’est-à-dire par une conquête graduelle et légale par le prolétariat des institutions parlementaires et de la puissance de la production.

    Albert Einstein:

    La folie, c’est se comporter de la même manière et s’attendre à un résultat différent.”

    http://patrick-le-hyaric.fr/arreter-les-negociations-sur-le-transatlantique/

    Le néo-capitalisme sauvage et le futur représentant des US, que ce soit trump, cruz ou Clinton sera orienté sur les intérêts mondiaux des US point.
    Sur CPAC Canada, le discours de trump était truffé de: il dit une chose et son contraire, remarquable., et la salle buvait ses paroles avec quelque raté d’applaudissement.

    Un poisson qui est sorti de l’eau, vous savez dans l’évolution……

  3. alain harrison
    4 mai 2016 at 02:19

    Mais une chose que les communistes peuvent faire.

    Initier le mouvement travailleur citoyen, je dis bien initier, pas endoctriner.

    Expliquer simplement comment le travailleur se fait voler par le boss. Que ça datte pas d’hier.
    Et comment l’état de droit trahit sa mission, de promouvoir, de protéger et de mettre les conditions pour l’épanouissement de la démocratie et donc du Peuple Souverain.

    Car on nous parle déjà du post-démocratie, comme si la démocratie avait atteint un quelconque âge de maturité et avait démontré ses limites comme modus operandi sociétal.
    On rit de qui ?!?!

    Une question, y a-t-il quelqu’un dans votre boîte qui a lu le chapitre 1 du livre de Jean-marie Abgrall, tous manipulateurs tous manipulés ?

    Lu sérieusement, en regardant l’ensemble de sa vie comme témoins. Moi, c’est ma méthode, d’ailleurs la seule, pour cet aspect de notre être qui transparaît chaque jour de nos vies avec nos amis, nos…….