Le PRCF, et avec lui Initiative Communiste, respectueux de la souveraineté de chaque militant du PCF, s’est gardé, par principe, de toute immixtion dans le processus interne qui a conduit les communistes aux urnes ce week-end pour choisir la base commune de leur 40e congrès, dont le congrès national se tiendra à Lille les 3, 4 et 5 juillet prochains. D’autant qu’il n’attend pas les temps des congrès pour faire savoir les propositions et analyses franchement communistes, à disposition de chaque militant communiste quelque soit sa carte. Au soir du 7 juin, alors que les résultats publics du texte de congrès sont publiés, Initiative Communiste publie comme toujours pour la bonne informations de tous ces premiers résultats publics.
Le calendrier du 40e congrès en quelques dates :
Depuis le 10 janvier les adhérents du PCF étaient appelés à contribuer aux textes de congrès du PCF. Le 28 et 29 mars, le CN du PCF a adopté le texte de la base commune [ Un communisme de conquêtes), tandis que le recueil – sur la base de 300 signatures d’adhérents – permettaient jusqu’àu 10 mai de déposer des textes d’opposition. 3 textes d’oppositions ont été validés. Cela permettra aux adhérents du PCF de débattre en congrès de section de ce texte de congrès les 13 et 14 juin, puis en congrès départementaux les 20 et 21 juin, préparant ainsi la désignation des délégués en congrès national programmé du 3 au 5 juillet 2026. De fait, le vote de ce 6 et 7 juin sécurise d’ores et déjà le sens du congrès pour la direction emmenée par Fabien Roussel.
Un premier enseignement factuel et chiffré : le PCF combien de militants ?
Le premier enseignement de ce scrutin, avant même toute discussions des résultats par textes, est quantitatif et profondément politique : il tient dans le nombre total d’adhérents appelés à voter. Lors du 38e congrès, en octobre 2018, ce sont 49 231 communistes à jour de cotisation qui étaient inscrits selon les publications officielles, et 30 841 d’entre eux ont voté. Au 39e congrès, en janvier 2023, le corps électoral interne s’établissait à 42 237 inscrits, pour 29 898 votants. En huit ans, entre le 38e et le 40e congrès, la base cotisante du PCF aura donc connu une réduction substantielle. C’est 37 286 cartes qui sont ainsi revendiquées, pour 24 608 votants. En huit ans c’est une baisse de 12% qui ne peut être regardée sans signification politique.
Au delà de cette variation, il est tout aussi factuel qu’avec ces chiffres, le PCF démontre qu’il demeure une des premières forces politique organisée en France, dans un contexte générale de dépolitisation et d’affaiblissement général des partis. Et c’est bien à la mesure de cette force que doivent être regardées ces responsabilités.
Rappelons qu’à l’occasion de son 28e congrès, le RN a revendiqué 36 673 adhérents et mobilisés 25218 votants. Le PS lors de son congrès de mai 2025 a revendiqué 39 829 adhérents mais mobilisé 24 547 inscrits. Les LR ont revendiqué en 2025 121617 inscrits pour leur congrès et 98 110 votants. Renaissance (ex En Marche) le parti de Macron et Attal a longtemps revendiqué 30 000 adhérents. Au mois d’octobre 2024, il ne revendiquait plus publiquement que 8500 adhérents.
Le PCF est donc toujours, en dépit de la baisse de son nombre d’adhérents l’une des toutes premières forces politiques en France, probablement le 2e parti de France. C’est là une réalité factuelle et indéniable, qui traduit l’héritage du PCF de classe et de masse d’avant la mutation.
Le débat réduit à la question de la candidature présidentielle
Quatre textes étaient soumis au vote : la base commune du Conseil national, intitulée Un communisme de conquêtes, et trois textes alternatifs — Pour battre l’extrême droite et ouvrir l’espoir : Communistes à l’offensive, Stratégie Communiste : la lutte des classes comme boussole, le socialisme comme programme, et Résister et construire, une nouvelle page du communisme.
Au cœur des mois précédant le vote, la direction sortante avec Fabien Roussel a annoncé sa volonté d’être à nouveau candidat à l’élection présidentielle, et ce dès avant les décisions de congrès. Provoquant, avant même le congrès et un éventuel débat programmatique et de ligne, un fait accompli renvoyant au bilan de 2022. Une élection qui avait vu du moins selon le seul principe de l’arithmétique, l’échec de la candidature Roussel permettre d’interdire à la candidature de Mélenchon de sortir Le Pen et le RN du second tour de la présidentielle. C’est sous ce prisme, que d’aucun qualifieront de réducteur politiquement, que la question de la participation du PCF à la présidentielle 2027 sous une candidature propre a surdéterminé l’ensemble du débat entre les quatre textes.
Le danger imminent de guerre mondiale, le rôle structurel fondamental de l’Union Européenne du Capital dans cette marche à la guerre – en tant qu’alliance impérialiste, en tant que bloc militaire, en tant que moteur de la marche forcée à l’économie de guerre, et en tant qu’expansionnisme impérialiste confrontant la Russie sur ces frontières même. Les moteurs de la fascisation – et là encore la part décisive de cette superstructure capitaliste qui dans un même mouvement criminalise le communisme, active via la confédération européenne des syndicats la liquidation des organisations syndicales de classe, et impulse via son dumping antisocial l’écrasement des travailleurs par une mise en concurrence effrénée des peuples à l’échelle mondiale – ne sont pas abordés, où lorsqu’ils le sont – par la base commune ou le texte Stratégie communiste – de façon secondaire. De fait, la question qui semble avoir focalisé l’attention des textes c’est celle du pour ou contre la candidature Fabien Roussel.
Le texte Communistes à l’offensive rassemble, autour notamment des forces issue de la mutation, sur la base d’un argument simple : face au risque désormais majeur d’accession au pouvoir de l’extrême droite, la gauche ne peut plus se payer le luxe de la dispersion. Ceux là revendique le rassemblement dès le premier tour. Si certains imaginent que c’est d’évidence derrière Jean Luc Mélenchon, cela n’apparait pas si certain. Ce texte tout en se revendiquant du « combat de classe » postule « tout faire pour empêcher la prise de pouvoir du RN » et donc pour cela invite à « une grande audace de rassemblement ». Entretenant le flou, ce texte défend une candidature ouverte potentiellement jusqu’au PS. Ce texte défend « une candidature communiste sans hypothéquer les chances de construction d’une large candidature commune à même de l’emporter », et appelle à « travailler à faire émerger un pacte commun » législatif, refusant la thèse des « gauches irréconciliables ».
C’est précisément autour de ce texte que s’est structurée la plus forte opposition interne à la ligne de la direction Roussel. A l’inverse, la base commune revendique de « donner au PCF les moyens de faire entendre sa voix ». De facto la direction reste délibérément floue sur la question présidentielle. Elle évoque la « conquête des pouvoirs » sans se prononcer clairement sur la forme de participation du PCF à la présidentielle de 2027 — ce qui, dans le contexte où Fabien Roussel a annoncé sa volonté d’être à nouveau candidat, revient à valider implicitement cette option. Sur le fond, la base commune veut « rassembler le monde du travail et le peuple autour d’une politique de classe » tout en restant ouverte à des alliances larges, sans définir de conditions programmatiques précises.

Résister et reconstruire, le texte des réformateurs les plus mutants, se positionne pour une candidature PCF lui aussi mais pour cibler un rapport de force dans une négociations ciblant d’avantage les législatives 2027 que la présidentielle. Ce texte rappelle surtout que c’est sur cette base, d’alliance entre identitaires et rénovateurs, qu’ils avaient appuyé la mise en place de la direction Roussel à la suite de la direction Laurent. Résister et construire défend une candidature communiste qui permettrait un « débat public » et une politisation des luttes, mais prévoit une « conférence nationale en janvier-février 2027 » pour décider collectivement de la stratégie la plus efficace — introduisant ainsi un mécanisme de délibération démocratique différé que les autres textes ne prévoient pas.
Enfin le texte « stratégie communiste » fait forte part à une affirmation identitaire en revendiquant de faire retrouver au PCF une ligne de classe et un programme révolutionnaire tout en faisant un bilan d’échec des suites des 38 et 39e congrès ( « le regain de visibilité depuis 2018 n’a pas permis de reconquérir un électorat, le retour des communistes à l’entreprise n’a pas eu lieu, la parti continue de perdre élus et adhérents ». Assumant donc que le PCF n’est plus, en large part, communiste. Ce texte postule à la fois la revendication d’une candidature unitaire à la présidentielle issus du mouvement social, mais se positionne en pratique pour que le PCF présente un candidat, à moins qu’une candidature de rassemblement accepte le programme minimal à déterminer par le PCF. Une position qui pourrait être comprise sur ce point comme intermédiaire entre la base commune et le texte Communistes à l’offensive : le PCF présenterait une candidature communiste issue du dialogue avec le mouvement social, mais celle-ci ne se désisterait qu’à deux conditions précises — un programme minimal respecté, ou une décision des communistes eux-mêmes que le désistement est indispensable pour barrer la route au RN.
La lecture des résumés de ces 4 textes illustre la place centrale de ces questions dans le débat, et l’effacement ou la minoration à l’extrême des questions politiques pouvant, en confrontant les superstructures du capitalisme, orienter et faire avancer la lutte des classes. A commencer par celle concernant l’Union Européenne qui établi pourtant 80% des lois s’appliquant en France et pour le 20% restant leur cadre, et pour 100% le cadre budgétaire des politiques publiques.
Une direction du PCF solidement en place, mais une contestation à la base forte
Au soir du 7 juin, les premiers commentaires reflétaient la tension des semaines écoulées. Du côté des partisans de Communistes à l’offensive, regroupant notamment les courants proches de Nos Révolutions, on insistait sur le fait que, quelle que soit l’issue arithmétique du vote, une part considérable des militants s’était clairement prononcée contre toute stratégie d’isolement électoral. Les partisans du texte Résister et construire, portés notamment par des communistes de base proches de Frédéric Boccara, rappelaient que la base commune de la direction n’avait été adoptée en Conseil national que par 74 voix sur 183 membres élus, soit à peine 39% — ce que la direction préfère exprimer en pourcentage des votants (77%), plutôt qu’en nombre absolu, lequel illustre une désaffection préoccupante de l’instance dirigeante elle-même. La division s’exprime d’ores et déjà sur la place publique.
Les résultats officiels du vote sont les suivants :
- Inscrits : 37 286
- Votants : 24 608 – 66%
- Blancs et Nuls : 481 – 1.2% ( des inscrits)
- Exprimés : 24127 – 98,05 % des votants
- Texte du CN : 14810 – 60.18% des votants
- Offensive : 6117 – 24.86% des votants
- Stratégie : 1833 – 7,50 % des votants
- Résister et construire : 1367 – 5,5 % des votants
En clair Fabien Roussel et sa direction réunissent sur le texte un peu moins de deux votants sur trois, et moins de 40% des adhérents revendiqués. C’est une situation à la fois fragile politiquement, mais qui traduit une solide main sur le PCF. Leur permettant de revendiquer dans les colonnes de l’Humanité, être confortés. On rappellera les résultats du vote du 38e congrès du PCF :
- Base du CN : 11 467 et 38% (Pierre Laurent)
- Se réinventer ou disparaitre : 3607 – 11.95% (rénovateurs)
- Pour un manifeste du PC du 21e siècle : 12 719 – 42.14% (Fabien Roussel et faire vivre et renforcer le PCF)
- PCF reconstruire le parti de classe : 2387 soit 7.91% des exprimés
A lire : 38e Congrès du PCF : un bilan plus que mitigé
Quantitativement on remarquera que Fabien Roussel et sa direction maintient une base légèrement plus forte qu’elle ne l’était en 2019, mais bien plus faible qu’en 2023 avec ses 23930 votes et 81.9%. A l’inverse l’opposition identitaire communiste au sein du PCF, du moins en tant que force se comptant par un vote sur un texte, est nettement plus faible, avec près de 50% de perte de voix. Surtout c’est la contestation de la candidature Roussel qui est en pleine croissance, passée de 18% et 5282 voix en 2023 à 6117 voix et près de 25%.
Il ne s’agit pas ici de faire l’exégèse politique de ce que disent ces chiffres, mais déjà, dans un premier temps de les constater en tant que fait.
De fait, ce vote n’épuise pas la question. Pendant que Fabien Roussel diffusait les résultats, comme un symbole Stéphane Peu – le dirigeant du groupe parlementaire du PCF – s’affichait dans la campagne de Mélenchon, notamment à Saint Denis, dont il est député PCF.
Une certitude l’urgence de la renaissance du parti communiste français, franchement communiste
En tout état de cause, le PRCF démontre au quotidien qu’il est un lieu de réflexion, d’action, de polarisation des militants communistes dont la priorité est la reconstruction du parti communiste français dont les travailleurs de France ont un besoin urgent. Un pôle qui n’a jamais été tourné contre le PCF, encore moins contre ses adhérents (comment pourrait il l’être d’ailleurs lui qui est issu des militants historiques du PCF, et qui acceuille dans ses rangs des adhérents PCF), mais qui est résolument engagé pour permettre dès maintenant l’action communiste, dans la bataille idéologique comme dans l’action de terrain, sans se laisser enfermer par les verrous mortels de la mutation. Bref, une organisation nécessaire alors la France des travailleurs a un vrai besoin de communisme, un urgent besoin de parti communiste.
JBC pour www.initiative-communiste.fr
Pour prendre du recul dans ces débats, Initiatiave communiste invite à se souvenir de ce que sont les bases de la mutation
posant déjà comme centrale la détermination des enjeux électoraux, le débat sur le dégré d’alignement ou d’intégration au sein de la sociale démocratie, avant les questions programmatiques
A l’inverse on écoutera aussi les alertes des militants PCF d’alors, qui fonderont ensuite le PRCF, lorsqu’ils seront privés de carte par le PCF.
- https://www.ina.fr/ina-eclaire-actu/video/cac99021765/pc
- https://www.ina.fr/ina-eclaire-actu/video/cab99021640/carte-de-lille-meeting-robert-hue
- https://www.ina.fr/ina-eclaire-actu/video/cab99036555/l-humanite-crise-du-journal




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