Editorial d’IC n°278 – Mélenchon a pris de vitesse ses rivaux de la gauche socialatlantique et de la « gauche de la gauche » euro-compatible en
annonçant le premier sa candidature à l’Élysée. Son pari est clair : accéder enfin au second tour, éliminer le PS ainsi que les candidats du bloc « central », puis battre le RN. Une perspective qui peut séduire face à la menace d’un président ouvertement fascisant ou d’un nouveau Macron.

Il faut d’ailleurs reconnaître à LFI son soutien à Gaza, sa défense de la retraite à 60 ans et le fait que les Insoumis soient devenus la cible
privilégiée des forces réactionnaires. Mais il y a loin de la coupe aux lèvres.
Il paraît peu probable que le monde du travail se mobilise massivement pour Jean-Luc Mélenchon si LFI continue d’entretenir l’ambiguïté sur plusieurs
questions décisives.
D’abord sur l’OTAN. Oui ou non, JLM maintient-il l’objectif de sortir rapidement de l’Alliance atlantique qu’il défendait en 2017 ? Oui ou non
condamne-t-il l’économie de guerre et entend-il rendre aux services publics et aux salaires populaires les 410 milliards prévus par la loi de programmation militaire ? Une clarification est indispensable alors que l’eurodéputée LFI Manon Aubry plaide ouvertement pour que la France soit prête à entrer en guerre avec
l’OTAN si « la Pologne est attaquée ». L’OTAN demeure pourtant un bloc militaro-capitaliste dirigé par Trump.
Ensuite sur l’Union européenne. En 2017, JLM affirmait : « L’UE, on la change ou on la quitte ! » Cette position, déjà prudente, avait au moins le mérite
d’ouvrir le débat sur une rupture avec les traités européens. Mais depuis, LFI a abandonné cette orientation pour revenir à la promesse de « réorienter
l’UE dans un sens social ». Or les traités européens consacrent « une économie de marché ouverte où la concurrence est libre et non faussée ».
Cette logique mène aux privatisations, aux délocalisations et à l’austérité permanente.
Comment prétendre transformer la France sans être clair sur l’UE ? Et comment éviter de reproduire le scénario d’Alexis Tsipras qui, après
avoir promis de changer l’Europe « de l’intérieur », finit par capituler devant Bruxelles ?
Ces interrogations concernent aussi Fabien Roussel, dont l’alliance constante avec le PS et l’attachement à une hypothétique « réorientation
progressiste » de l’UE prolongent la mutation euro-réformiste du PCF. À quoi servirait une candidature communiste si c’est pour rester aussi
flou que LFI sur l’Union européenne et, ensuite, faire élire des députés socialistes qui rallieront de nouveau le pouvoir macroniste ?
Ces questions ne visent pas la polémique mais la clarté. Car sans ligne nette sur l’OTAN, l’UE et la souveraineté populaire, le camp
populaire ne pourra ni battre Bardella ni accéder au pouvoir. Pour changer la France et préserver la paix, il faut oser dire qu’aucune politique réellement
sociale ne pourra se mener dans les chaînes de l’Union européenne et de l’OTAN.
Dans cet esprit, le PRCF continuera de dialoguer avec tous les progressistes tout en appelant le monde du travail à ce qui compte autant que les élections
: l’action de masse.
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