Économie : démystifions les mesures du Plan Biden, celles du grand patronat américain.

L’annonce des milliards de milliards jetés dans l’économie américaine par le président américain Biden ne cesse de faire les gros titres en France. Jappement de joie et remuage de queues approbateurs, les caniches éditocrates économistes de plateaux télé serviles porte-voix de l’impérialisme américain approuvent avec la même force qu’ils célébraient quelques secondes auparavant l’annonce les vertus des rigueurs les plus austéritaires . À leur coté, on retrouve les voies habituelles du social-libéralisme et de la social-démocratie, reprise sans réelle surprise jusqu’à la tête du PCF-PGE avec les déclarations approbatrices de Fabien Roussel. Le tapage des modestes augmentations d’impôts et du mirage d’une augmentation de la dépense par l’État couvriraient-elles l’action des monopoles capitalistes ? Les USA continuent pourtant d’abriter, du Delaware aux Bahamas, les paradis fiscaux organisant l’optimisation fiscale, tandis que la planche à billets tourne comme toujours au service des monopoles capitalistes et de leur guerre permanente contre les peuples…

Les économistes communistes du PRCF, avec sa commission Économie se sont penché sur le contenu et la nature réels de ce plan de “relance”. Leur analyse et discussion ci-après.

À lire :

Contre Joseph Biden

La seule évocation des politiques étrangère et militaire de Joe Biden suffirait à justifier le titre.

L’envoi de chars d’assaut en Syrie le jour même de son investiture, des sanctions accrues contre le Venezuela, le durcissement assumé du blocus contre Cuba, la poursuite de la guerre au Yémen, le faux retrait de l’Afghanistan, les provocations ukrainiennes aux frontières avec la Russie, le soutien aux extrémistes Ouighours…etc.

Mais il s’agit ici de démystifier ses mesures économiques et sociales qui ravissent à ce point toute la gauche et toute la droite, certains faisant de Joe Biden le plus social des présidents que les États-Unis ont connus.

Il y a 3 plans proposés par le président Joe Biden

A – L ‘American Rescue Act – Acte de sauvetage-

Ce plan de 1.900 milliards de $, voté le 11 mars 2021 s’inscrit pour l’essentiel dans le droit fil des plans de l’administration Trump et ne présente aucune originalité. La politique qui l’inspire -et la pseudo-théorie- est donc la même pour le président démocrate que pour le président républicain.

Il est entièrement financé par endettement.

Ce plan, entrons un peu dans les détails pour l’apprécier, a prévu :

30,5 milliards de financement fédéral pour le système public de transport afin de permettre la vaccination de tout le pays, 26,6 milliards pour les zones urbaines, rurales et ‘tribales’ les plus défavorisées, 50 milliards pour la mobilité des plus âgés et des handicapés et surtout 1.675 milliards pour le programme ‘Capital Investment Grants’.

B – L’American Families Plan – (présenté le 28 avril)

Ce plan de 1.800 milliards de $ devrait se traduire notamment par l’envoi d’un chèque exceptionnel de 1.400$ à 280 millions de personnes, la prolongation des assurances chômage jusqu’à fin août et la distribution de 3.660$ sous forme de crédit d’impôt pour les familles ayant  des enfants de moins de 6 ans et 3,000 $ pour des enfants de 6 à 7 ans à, partir du 1 juillet ; le renflouement de près de 1.000.000 de travailleurs syndiqués qui risquent de perdre leur retraite ; la distribution de 31,2 milliards $ pour les communautés autochtones ; des congés payés supplémentaires lors de la naissance d’un enfant ou pour des raisons médicales, des investissements à hauteur de 109 milliards de $ pour les community colleges ( universités publiques) notamment pour en assurer la gratuité pour tous.

Bref des mesures, certes non négligeables et qui rognent les aspérités les plus tranchantes des politiques suivies depuis Reagan, mais surtout pour faire face à des situations sociale et politique explosives. Et  sans oublier que dans le même temps J Biden a refusé l’augmentation du salaire horaire minimum.

Il n’y a pas ici à se contorsionner pour rattacher ces mesures à une quelconque théorie économique, keynésienne par exemple. C’est le propre des économistes universitaires, et ceci est malheureusement vrai pour le marxisme universitaire, de vouloir s’ériger en juge et raccrocher à tout prix des actes politiques à des théories ou des pseudo-théories économiques de l’économie vulgaire.

Mais ce que Joe Biden ne fera pas est bien plus important que ce qu’il fait.

La liste de ce qui ne sera pas fait a été dressée par un journaliste états-unien, Chris Hedges *, lauréat prix Pulitzer. Nous le citons pour l’essentiel :

  • Le système de santé reste privatisé ce qui rapportera aux compagnies d’assurance et aux trusts pharmaceutiques des dizaines de milliards de $,
  • Il ne sera pas mis fin aux guerres interminables au Moyen Orient,
  • Les monopoles géants des nouvelles technologies resteront intacts,
  • Les entreprises de combustibles fossiles continueront à détruire les écosystèmes.

 C – Les mesures prévues par le plan: infrastructures

Dans la mesure où ce plan n’existe qu’à l’état de projet et devra faire l’objet de tractations avec les Républicains, nous employons le conditionnel. Sa particularité c’est qu’il prévoit des augmentations d’impôts pour son financement.

Les projets d’augmentation des impôts

  • Le taux d’imposition des sociétés :  Le taux d’imposition passerait de 21 à 28 %.

Si on détaille par secteur d’activité les taux d’imposition médian des sociétés cotées états-uniennes, on constate d’importantes différences dont la source ne peut être que les politiques d’optimisation (fraude) fiscale.

SecteurTechnologies de l’informationSantéMatériauxCommunicationsServices collectifsFinance
Taux en %13,415,717,6181820,3
SecteurConsommation couranteIndustrieConsommation discrétionnaire ?Énergie
Taux21,8222223,1

Puisqu’il s’agit ici de taux médians, il s’ensuit que dans les secteurs dont le taux médian est supérieur à 21%, 50% des sociétés ont déjà des taux d’imposition plus élevés que le minimum proposé.

Enfin il faut souligner que le relèvement de ce taux d’imposition n’a rien d’héroïque. Le taux d’imposition était de 35% avant que le président républicain ne l’abaisse à 21%. Le président démocrate a juste fait la moitié du chemin.

Par ailleurs un taux d’imposition minimal de 21% serait fixé pour les entreprises américaines ayant des activités à l’étranger. Cette mesure n’a rien d’exceptionnelle. D’une part, il ne s’agit que de l’adoption d’une mesure discutée au sein du G 20 et de l’OCDE d’harmonisation de la au sein du monde capitaliste. D’autre part, les taux moyens d’imposition constatés dans le monde sont très proches de ce 21%. – Union Européenne 20,7% ; OCDE 22,9% ; Monde 23,7%- de plus le taux moyen aux États-Unis est déjà de 27% (source Les Échos du 7 avril – KPMG Global).

  • Le taux d’imposition des particuliers : le taux marginal d’imposition serait porté de 37 à 39,6% et un taux plus élevé serait envisagé pour ceux qui gagnent plus de 400.000$/an, mais sans plus de précision.

On reste très loin des taux marginaux d’avant la régression libérale des années Reagan.  Le taux supérieur de l’impôt sur le revenu a atteint 70% entre les années 30 et 80. Et même pendant une courte période 95%. En témoignent entre autres les déclarations du professeur du MIT, Erik Brynjolfsson, faites à Davos

 « Des années 30 aux années 60 environ, le taux supérieur [d’imposition] approchait des 70%. À un moment donné, c’est même monté jusqu’à 95%. Et c’était plutôt une bonne période pour la croissance économique. »

  • La taxation des revenus du capital : les impôts sur les gains en capital seraient portés de 20 à 39,6% pour ceux dont le revenu annuel dépasse le million de $ (0,32% de la population) ce qui avec la surtaxe ‘medicare’ ferait un taux de 43,4%. Mais cette mesure ne vise que les revenus des capitaux à long terme. (Les courts termes sont déjà taxés) et dans certains États (les plus puissants) les taux sont largement au-dessus- New York 52,2% et Californie 56,7%

D’après la banque Goldman Sachs, le surcoût d’imposition pour les entreprises pourrait être de 9%. Mais pour la Wharton School de Philadelphie (très prestigieuse école de commerce), « l’augmentation du taux d’impôt sur les sociétés n’affecterait pas de manière significative le rendement normal de l’investissement ».

D’après d’autres études, la mesure qui aura les conséquences les plus importantes est celle de la taxation à 21% des à l’étranger. Si on rapproche cette donnée du taux moyen payé par les sociétés, il est clair que l’augmentation du taux moyen d’imposition qui devrait passer de 24,56% à 30,3% sera dû à l’augmentation du taux moyen d’imposition des ‘GAFAM’ dont les profits monstrueux sont presque entièrement cachés dans des paradis fiscaux.

Les investissements dans les infrastructures

Le plan annoncé à Pittsburg, pour bien signifier qu’il s’adresse à moyenne, est celui d’investissements de 2.288 milliards de $ dont 621 pour les transports (174 pour les véhicules électriques) ; 689 pour les bâtiments et les services publics (dont 413 au moins pour les secteurs privés) ; 578 pour les emplois et l’innovation technologique (presque entièrement pour le secteur privé).

Le déroulement du plan est prévu sur 8 ans mais avec un financement sur 15 ans

Il s’agirait donc d’un investissement annuel de 288 milliards de $ (40% du montant des dépenses militaires officielles) et d’un  financement annuel = 153 milliards de $.

Il n’est pas dit comment sera financé le décalage entre dépenses et recettes.

Ces mesures sont celles du grand patronat états-unien

Si on reprend nos constatations sur l’évolution prévue de l’impôt sur les sociétés, celles-ci n’ont pas grand-chose à craindre. En réalité ce sont les grands patrons eux-mêmes qui sont demandé une augmentation des impôts.

Le patron – de fait – des patrons- le PDG de JP Morgan y est favorable pour 2 raisons au monis. 1) le plan d’investissement en infrastructures va conduire à une ère de prospérité pendant plusieurs années et 2) de façon très lucide il s’agit de désamorcer les colères dont la situation sociale est grosse. Citons-le: « Les inégalités de revenu ont empiré. Près de 30% des travailleurs américains gagnent moins de 15$ de l’heure, ce qui est à peine un salaire décent, même quand deux adultes travaillent, dans un foyer de quatre personnes ».

Et pour ce qui est du financement il ajoute : ” les impôts vont devoir augmenter. Vous ne pouvez pas gérer un déficit de 10 à15% pour toujours “.

Mais les banques et l’État c’est tout un. Cela aussi est absolument absent dans le discours des laudateurs. Jamie Dimon- c’est le PDG de JP Morgan- le reconnait lui -même : « le gouvernement a réagi à une vitesse sans précédent. Heureusement, à la différence de la crise de 2008, les banques ont fait partie de la solution ». En effet une grande partie de l’aide a transité par les banques dont les profits ont explosé au 4ème trimestre 2020.

Alors posons la question : combien 2.300 milliards d’aides publiques rapporteront aux banques privées ?

Y a-t-il démonstration plus éclatante de l’existence et de la persistance, même sous des formes renouvelées du Capitalisme monopoliste d’État -CME -, en particulier sous celle de l’imbrication croissante du capitalisme financier et bancaire et de l’État. *

Répétons-nous: il est vain et faux de vouloir caractériser les plans Biden de ‘keynésiens’.

En réalité l’impérialisme américain est confronté à son déclin et ce déclin est inéluctable.

Dans cette phase cet impérialisme doit faire face à deux défis qu’il est incapable de surmonter. Celui des crises politique et sociale à l’intérieur et celui des défis chinois à l’extérieur. Car il y a deux défis chinois. Le premier, celui d’une puissance économique et scientifique grandissante sur fond de réduction des inégalités ; le deuxième d’un monde pacifique et multilatéral concrétisé par l’initiative ‘une route une ceinture’.  

Le climat des tensions sociales exacerbées et qui s’expriment avec une rare violence, est systématiquement occulté par ceux qui trouvent à peine les mots pour louer Joe Biden.

Le plan d’aide aux familles les plus pauvres est clairement une réponse à un premier défi posé par la Chine : celui de l’éradication de la pauvreté et d’abord celle de l’extrême pauvreté. Mais il est tout aussi évident que pour mener leurs aventures guerrières extérieures les États-Unis doivent contenir la menace sociale intérieure. Ce qu’il lâche à l’intérieur, l’impérialisme espère le regagner au centuple à l’extérieur.

Le plan de reconstruction des infrastructures fait clairement référence au défi que représente pour les États-Unis la Chine.  C’est proprement renversant. Les États-Unis ont plus de 4 siècles de politiques industrielle, scientifique et de développement économique sans jamais avoir pu régler ni le racisme ni les inégalités sociales, bien au contraire.

La Chine actuelle est née en 1949 et n’a que 70 ans d’existence !

Les plans Biden n’ont rien à voir avec une politique de relance keynésienne. Ils ne sont que l’expression des contradictions du capitalisme monopoliste d’État ** dont les USA sont une parfaite illustration et dont la forme particulière tient d’une  part à son stade avancé de pourrissement – que l’on songe à l’activité  spéculative débridée autour des crypto-monnaies ou pire encore aux politiques cupides de trusts comme Pfizer spéculant sur la santé  des populations du monde entier-  –  et à son rôle de leader vieillissant et déclinant du monde impérialiste. Il est désormais clair que le dollar est de moins en moins capable de tenir son rang de monnaie internationale de paiement et de réserve et que le poids grandissant de son endettement déjà fabuleux fait alors peser sur cet impérialisme un danger mortel. Une crise monétaire se prépare que les plans Biden ne pourront conjurer.

Mais ses blessures rendent cet impérialisme dangereux. Comment ne pas voir que le pendant des plans ‘civils’ de Joe Biden sont ses plans militaires? Car les bruits de bottes sont partout : en Europe, avec les provocations ukrainiennes et de l’OTAN ; en Amérique latine, à coup de blocus renforcés et de coups d’État ; au Moyen Orient, à coup de guerres sanglantes ; en Asie, à coup de provocations anti-chinoises et d’émeutes provoquées.

Joe Biden en se rendant à Pittsburg a symboliquement signifié qu’il s’adressait à la classe moyenne. On le comprend.

L’Empire de la Haute Finance’*** a une peur panique de la convergence des luttes sociales malheureusement bien éparses aux États-Unis. Chacun sait que dans ces moments d’extrême tension sociale le basculement des classes moyennes dans le camp de la contestation politique peut s’avérer décisif pour une mise en cause  

Bref, l’État est ici en première ligne pour défendre l’impérialisme financier états-unien et il y met tous ses moyens. Cela fait-il de Joe Biden le président le plus socialement avancé qu’ont connu les États-Unis ? Cela fait-il de sa politique de sauvetage (Rescue !) d’un système agonisant une politique keynésienne? On en doute !

*Chris Heges – site Les crises. Le plan de relance de Biden ne réduira pas les inégalités

**Georges Gastaud :  article à lire sur le site d’Initiative communiste

*** Victor Perlo l’Empire de la Haute Finance


Le débat de la commission éco du PRCF : le plan Biden, Keynes réel ou fantasmé ?

Martin :

Je ne suis pas un spécialiste de Keynes, mais je ne vois pas pourquoi on ne pourrait pas considérer ces plans comme des politiques keynésiennes. Creuser les déficits publics pour relancer la demande, notamment de capital constant ou biens de production, ce qui devrait permettre de soutenir les profits ( Keynes disait plutôt de diminuer le chômage, qui faisait peser un risque de contestation du capitalisme). Je simplifie, mais n’oublions pas que Keynes était impérialiste, ancien cadre de la compagnie des Indes, admirateur de Burke et surtout Malthus, ami de Hayek, membre de Eugenics society…Donc, le keynesianisme s’ inscrit comme une justification au CME, avec un vernis social, dont la couche a augmenté. 

Michel :

Keynes a marqué son époque par une théorie accompagnant une phase encore ascendante du CME. Cette phase est derrière nous et Keynes aussi. Je pense que requalifier de keynésiennes des politiques actuelles est un anachronisme.

J’ai tenté  de montrer  que, de plus, les économistes universitaires (et même ceux qui se réclament plus ou moins de Marx) ne peuvent plus penser une situation concrète et qu’il faut qu’ils se raccrochent à une théorie, fût-elle totalement inadéquate.

Les plans Biden, soutenus par la haute finance faut-il le rappeler, ne sont qu’un modeste rééquilibrage des politiques de pillages financiers rendu nécessaire par les crises  sociales et politiques très profondes. Je ne vois là  rien de keynésien.  Il ne faut jamais oublier la réflexion d’Engels à propos de l’ornithorynque!

Martin

Je comprends mieux ton point de vue et je partage ton constat d’une quasi absence de prise en compte  de situation concrète, qui amène à tordre ou ignorer les faits pour qu’ils s’insèrent dans une théorie inadéquate. 

Pour autant, nous visons l’analyse concrète de situations concrètes, nous avons donc besoin de théorie. Sinon, nous risquons de nous aveugler ou d’exagérer l’originalité des événements présents.

Lénine voyait déjà le CME se développer après la 1ere guerre mondiale, dans les pays impérialistes, avec la hausse des dépenses publiques consacrées à l’armement, comme soutien aux monopoles financiers. Lorsque Keynes publie “Théorie générale…” en 1935, plus personne ne croit au mythe de l’autorégulation du marché. Il devient donc le théoricien de l’intervention très délimitée de l’État dans l’économie et s’assure une certaine audience. Cependant, dans les années 30, on ne parlait pas non plus de politique keynesienne pour nommer les plans de relance aux USA ou en Allemagne nazie. Enfin, même dans les années Reagan, Thatcher, je ne crois pas que les dépenses publiques aient diminué aux USA ou en Angleterre, elles se sont réorientées, en renforçant la main droite de l’État. On pourrait donc dire que Reagan et Thatcher étaient keynésiens, alors que tous les keynésiens les dénoncent comme néolibéraux. On touche là à l’hypocrisie des économistes patentés, qui n’avouent jamais en public quels sont leurs véritables objectifs. D’ailleurs, l’amitié entre Keynes et Hayek, qui “partageaient une passion commune pour les livres anciens”(wikipédia) m’amènent à penser qu’ils partageaient une passion commune pour Mandeville. Celui-ci, reconnu par Hayek comme the master mind, encourageait le développement de la “classe” des “worth of them”, vertueux en apparence, vicieux en réalité.

Quant aux économistes français contestataires ( je pense à Éric Toussaint par exemple), je regrette qu’ils se définissent comme keynesiano-marxiste, ce qui ne veut rien dire, alors qu’ils développent des analyses intéressantes à partir de situations concrètes détaillées. Je me désole également quand j’entends un Jacques Sapir dire que le plan de relance de l’UE ne va pas assez vite et qu’il n’est pas assez ambitieux, ou un F. Lordon qui se moque de l’imaginaire Mme Michu qui aurait appris que l’annulation de la dette détenue par la banque de France allait se répercuter sur les finances publiques, puisque le capital de la BF appartient à l’État. `

Antoine

Sans vouloir faire le normand, je voudrais dire que mon point de vue est médian. 

1) je suis d’accord avec Michel pour dire que si l’on entend (comme le langage “courant” l’a accepté) “relance keynésienne” au sens d’un État qui favoriserait la consommation des travailleurs lato sensu, e.g. y compris chômeurs et retraités, (en gros les salaires de fait baisseraient le taux d’exploitation) alors on en est très loin. 

2) en même temps, comme dirait l’autre, je suis aussi d’accord avec Martin pour dire que Keynes n’a jamais été ailleurs qu’au chevet de la bourgeoisie. Keynes prône d’abord et avant tout le soutien à “l’investissement” (y compris par des baisses d’impôts… ce qui a d’ailleurs permis à certains économistes “sérieux” que Trump était keynésien) et en ce sens il est en droite ligne du “ruissellement”. 

Pour le dire vite, je pense qu’il y a le Keynes fantasmé qui, comme le dit l’adage correspondrait à une bourgeoisie qui ferait de nécessité vertu acculée qu’elle était par une classe laborieuse combattante, y compris à l’échelle planétaire (dire “keynésien” permettrait donc de cacher les conquêtes sociales sous le tapi, tout ceci aurait été fait en vue d’augmenter l’efficacité de la production grâce à quelques têtes pensantes bourgeoises), et en ce sens je rejoins Michel, et le Keynes réel, réactionnaire comme un autre (oui, à la hache… mais on peut développer) et en ce sens je rejoins Martin.  En tout cas, il me semble, pour apporter de l’eau au moulin de Georges, qu’une nouvelle fois le Capitalisme Monopoliste d’État revient au galop en toile de fond.