Derrière l’affaire CGT Renault Sandouville, la recherche de profits immédiats et la lutte des classes.

« Irresponsable » : c’est le mot qu’ont à la bouche tous les syndicalistes d’accompagnement, les éditocrates, les médias et autres politiques, contre le syndicat CGT de Sandouville, et plus largement contre toute la CGT.

Son crime ? Avoir obtenu de la justice la non réouverture de l’ Renault Sandouville, car le plan de reprise d’activité de l’entreprise ne garantissait pas la sécurité des travailleurs. En un mot : l’horreur!

Après ce jugement, qui fut le premier à dégainer ? Christophe Barbier ? Non. Jean-Michel Apathie ? Et non. Agnès Verdier Moliniè ? Non plus. Édouard Philippe alors ? Toujours pas. Macron lui-même ?! Perdu ! C’est l’usurpateur en chef, le secrétaire général de la CFDT, Laurent Berger : il a encore frappé !

« La posture de la CGT est irresponsable et infondée. Moi, je suis pour qu’on valorise le dialogue social de proximité et qu’on sorte des rapports de force stériles. »[1] Irresponsable la CGT, face à la très responsable CFDT. Responsable de l’accompagnement de la casse de l’hôpital public comme de tous les services publics, responsable de l’accompagnement de la casse du code du travail, responsable de l’accompagnement de la désintégration de la France dans l’Union européenne et l’Euro. Si c’est cela être responsable, c’est-à-dire s’aligner sur le patronat et interdire aux syndicats d’être indépendants et de défendre la sécurité des ouvriers au moyens d’armes parfaitement légales, mieux vaut parfois être irresponsable!

En tous cas, le La étant donné, tout le monde pouvait s’y mettre et jouer de concert. C’est d’abord la fédération des métaux de Force Ouvrière qui déclarait rien moins que c’est « une prise d’otage par la CGT et la justice des 2.000 salariés et 700 intérimaires de l’usine. » [2], reprenant à son compte la bonne vieille rengaine de la « prise d’otage », tant de fois serinée… contre l’action syndicale ! Les militants sincères de FO apprécieront…

, une caricature d’aboyeuse du MEDEF

Vient ensuite Murielle Pénicaud, qui indique que « Tout le monde sait que la situation est très difficile pour le secteur automobile en ce moment. Les conditions sanitaires sont réunies, je trouve cela choquant qu’un syndicat joue contre l’emploi. » [3] Et si c’est la ministre qui a mis à pied un inspecteur du travail au motif qu’il faisait son travail qui le dit, on peut lui faire confiance.

La palme revient à Bruno Lemaire, qui n’a pas honte de déclarer qu’il « regrette la décision de la CGT » [4]. Comme si la CGT avait un quelconque pouvoir décisionnel dans cette affaire.

Bref, l’état de droit c’est cool pour mutiler, éborgner, gazer, matraquer les mouvements sociaux, mais c’est totalement surfait quand il s’agit de préserver la santé des salariés et de laisser une usine à l’arrêt une semaine de plus.

Au passage, faisons remarquer les termes de l’article 434-25 du code pénal :

« Le fait de chercher à jeter le discrédit, publiquement par actes, paroles, écrits ou images de toute nature, sur un acte ou une décision juridictionnelle, dans des conditions de nature à porter atteinte à l’autorité de la justice ou à son indépendance est puni de six mois d’emprisonnement et de 7 500 euros d’amende. ».

Code Pénal – article 434-25

Mais cet article n’est qu’une paille pour un ministre qui critique une décision de justice, c’est juste bon pour les gueux !

Et puis, entre-temps, vient l’affaire dans l’affaire : l’affiche de la CGT info’com, où on y voit Laurent Berger tout de cuir vêtu, collier au tour du cou, avec derrière lui Geoffroy-Roux de Bézieux , une affiche ayant pour titre « Sado et Maso, une production Medefdt ».

Ça y est, cette fois c’est sûr, nos mêmes acolytes pourfendeurs de la non reprise d’activité de Renault Sandouville en sont désormais convaincus ! la CGT est homophobe !

Nous vous passons toutes les prises de positions offusquées, les titres racoleurs de la presse aux ordres, mais aller, juste pour se faire plaisir, celui de (l’im)Monde: « Une section de la CGT publie un montage homophobe […] » [5] Rien que ça !

Si l’on peut trouver le visuel de mauvais goût, provocateur et surtout pas très malin, de là à y voir de l’homophobie… D’ailleurs nos censeurs le savent très bien et aucun n’a fait part de son intention de porter plainte contre la CGT pour homophobie, out simplement parce qu’ils savent très bien que la vilaine justice ne les suivra pas sur ce coup là non plus.

Il s’agissait juste de mettre une pression énorme sur la CGT, et surtout salir l’ensemble de ses militants de terrain dévoué à lutte des classes ; militants qui ont redonné dans la dernière période ses couleurs rouges à l’étendard CGT.

On objectera aux censeurs, une fois n’est pas coutume, la prose de… la CFDT. Elle qui déclarait après les attentats de Charlie Hebdo que « Face à la haine, notre message est celui de la paix, de la démocratie, de la liberté de penser et de la liberté d’expression et la lutte contre toutes les formes de totalitarisme ». [6] Des lors, on admira la cohérence de la CFDT. Sauf à ce que le totalitarisme de la bien pensance et de l’idéologie dominante soit l’exception de « toutes les formes de totalitarisme » ?

Cela étant, on ne saurait que trop conseiller à Info’Com, comme à tous les militants de la CGT qui sont choqués par l’attitude de Laurent Berger et de la CFDT, de prendre clairement position pour que la CGT quitte la Confédération Européenne des Syndicats (CES) et rejoigne la très rouge Fédération Syndical Mondiale (FSM) au plus tôt.

On rappellera, une nouvelle fois, que Laurent Berger n’est autre que le président de la CES, CES à laquelle adhère la CGT. Or la verticalité des organisations faisant que la CES et Laurent Berger se situent immédiatement au-dessus de confédération de la CGT, lasituation est de plus en plus intenable pour la CGT. Oserions-nous dire qu’il faut être un tantinet maso pour rester dans cette position ?

Au passage, Laurent Berger était en rendez-vous avec une certaine Ursula von der Leyen, la présidente de la commission européenne, lors de ce 11 mai 2020, dont voici le compte-rendu de son entretien en un tweet: 

« Aujourd’hui, échanges fructueux avec la Présidente de la Commission européenne @vonderleyen. Avec @VisentiniLuca, nous avons appelé à un plan de relance ambitieux pour la sauvegarde de l’emploi, pour une plus sociale et pour un modèle économique plus durable » [7]

Demandons aux Italiens abandonnés par l’UE ce qu’ils en pensent, eux qui dans de nombreux endroits ont changé le drapeau européen par celui de la Chine venue, avec Cuba socialiste, à leur rescousse pour les aider à lutter contre la pandémie. Vanter l’UE sociale et durable, alors qu’elle a fait la démonstration de son caractère totalement patronal et court-termiste, n’est ce pas plutôt dans ces propos que réside l’obscénité?

Mais laissons de côté notre Berger et revenons-en à nos moutons. Dans toute cette affaire, reste une question en suspens: pourquoi cette incroyable pression médiatico-politique contre cette décision judiciaire obtenue par la CGT ?

Après tout, la reprise d’activité n’est reportée que d’une semaine… pas vraiment la mer à boire…

Bien sûr casser du sucre sur le dos de la CGT et surtout sur ses organisations de base n’est jamais perdu. D’autant que les luttes s’annoncent âpres compte tenu des attaques généralisées contre tous les conquis sociaux . Qui plus est dans une période où la CFDT, le syndicat préféré du CAC40, est en perte de vitesse, notamment après sa nouvelle trahison sur la contre réforme de la retraite à point.

Mais pas que. Contrairement à toute la propagande de l’idéologie dominante, le jugement du tribunal du Havre n’est pas uniquement basé sur des erreurs de procédures — procédure qui, de toutes façons, a toute son importance et fait partie intégrante du droit.

En réalité, le Tribunal a jugé que l’évaluation des risques était insuffisante ne garantissant pas une maîtrise satisfaisante des risques spécifiques à la situation exceptionnelle et que Renault devait organiser et dispenser à chacun de ses salariés une formation pratique et appropriée conforme à la réglementation générale incluant les équipements de protection individuelle. [8]

On est donc bien loin de la simple erreur de procédure comme on cherche à nous le faire croire.

Et c’est bien là que le bât blesse pour un patronat aux abois après près 2 mois de confinement — et bien qu’une grande partie de l’activité non essentielle à l’économie du pays se soit poursuivie — parce que cette décision ne pourrait ne pas être un cas d’espèce, qui ne s’appliquerait donc qu’à cette unique usine Renault. Non, ce jugement pourrait faire jurisprudence et être appliqué dans tous les secteurs et sur tous les lieux de travail. Il est donc vital pour le patronat de pouvoir continuer à nous envoyer au boulot sans garantie de protection, sans avoir trop de contraintes et de faire semblant de protéger ses salariés.

Or, si d’avenir d’autres syndicats utilisaient cette décision ils pourraient, non seulement reporter la reprise d’activité mais en plus exiger des mesures garantissant la sécurité sanitaire des salariés; mesures coûteuses et dont la mise en place peut prendre beaucoup de temps. Et la recherche du profit maximal est totalement en contradiction avec cette logique.

Il fallait donc que la petite machine propagandiste se mette en route, non seulement pour dissuader les syndicats de base d’utiliser l’argumentaire de la Sandouville et le jugement du tribunal du Havre, mais en plus pour mettre une pression maximale sur l’appareil judiciaire — sensé pourtant être indépendant — pour qu’à l’avenir il n’applique pas la loi mais les injonctions de reprises du travail « coûte que coûte » du gouvernement, du MEDEF et de l’UE. Le problème réside donc bien dans la contradiction générale entre travail et capital, ce dernier ne cherchant qu’à relancer la machine à profit. Peu lui importe que les mesures sanitaires ne soient pas optimales et qu’ils envoient des salariés au casse-pipe, le principal étant que la machine à fric soit relancée.

Cette situation est une nouvelle fois la démonstration d’une part de toute la pertinence de la lutte des classes et d’autre part de la forme exterministe du capitalisme. Il est donc plus qu’urgent pour tous les progressistes, pour tous les syndicalistes de classe, de s’emparer du combat contre le capitalisme et ses ressorts, à savoir l’Union européenne, l’euro et l’OTAN.  C’est seulement à ces conditions que la victoire sera possible et que l’espoir changera définitivement de camp.

tom pour www.initiative-communiste.fr


Notes :

[1] https://www.francetvinfo.fr/sante/maladie/coronavirus/fermeture-de-l-usine-renault-a-sandouville-la-posture-de-la-cgt-est-irresponsable-et-infondee-juge-laurent-berger-cfdt_3956241.html

[2] http://www.leparisien.fr/economie/fermeture-de-renault-sandouville-laurent-berger-juge-la-cgt-irresponsable-09-05-2020-8313705.php

[3] https://www.lci.fr/politique/l-interview-politique-du-11-mai-2020-muriel-penicaud-2153474.html

[4] https://bfmbusiness.bfmtv.com/mediaplayer/video/bruno-le-maire-sur-la-fermeture-de-renault-sandouville-je-regrette-la-decision-de-la-cgt-il-y-a-des-responsables-politiques-qui-jouent-avec-le-feu-1246334.html

[5] https://www.lemonde.fr/economie/article/2020/05/10/une-section-de-la-cgt-publie-un-montage-homophobe-mettant-en-scene-le-no-1-de-la-cfdt-et-celui-du-medef_6039248_3234.html

[6] https://www.cfdt.fr/portail/actualites/societe/charlie-hebdo-face-a-l-horreur-rassemblement-et-solidarite-srv2_240050

[7] https://twitter.com/CfdtBerger/status/1259893936744812545

[8] http://www.frontsyndical-classe.org/2020/05/renault-sandouville-bfm-les-echos-la-cfdt-mentent.html

Le jugement du tribunal du Havre

Ordonnance covid-19 CGT Sandouville renault

Commentaire de lecteur “Derrière l’affaire CGT Renault Sandouville, la recherche de profits immédiats et la lutte des classes.

  1. etoilerouge6
    20 mai 2020 at 02:47

    Entre temps, 4 usines RENAULT promises à la casse. Qui peut croire que lors de la partie fine VAN DER LEYEN UE BERGER CFDT ces individus n’en aient pas discuté? Par ailleurs, 3 abattoirs remplis de COVID. Est ce la faute des vaches a pensé la CFDT? Non celle des patrons imposant le travail sans contrôle répondra la CGT. Et le gouvernement de se taire sur cela , une erreur de procédure sans doute?