Alors que les attaques antisociales présentes et à venir de Macron se multiplient et que des millions de salariés sont aux financièrement aux abois, le « pschitt » de la énième « journée d’action » CGT sur les salaires (17 mars) confirme le discrédit de l’état-major confédéral CGT auprès des travailleurs.

Pendant ce temps, l’ultradroite caracole électoralement, la gauche établie contourne la question européenne et Macron, fort de l’union sacrée euro-atlantiste construite par les médias à propos de l’Ukraine, accélère la construction d’un ‘ »Etat fédéral européen » que le chancelier Scholz veut rapidement instaurer. Or, ce coup de grâce porté à la France souveraine signifierait la fin irréversible du « produire en France », des services publics d’Etat et des acquis sociaux de 1945. Quant au syndicalisme de classe issu de notre histoire, il serait alors la proie facile du syndicalisme patronal et contre-réformiste caractéristique du DGB allemand et de la Confédération Européenne des Syndicats.

Pourtant, à l’approche du congrès CGT, sa haute direction, dont l’inertie croissante, de Viannet en Martinez en passant par Thibault et Le Paon, a permis à la jaunâtre CFDT de devenir 1er syndicat de France, veut surtout marginaliser, voire écraser – son aile gauche trop « rouge ». Les idéologues de Montreuil auront pourtant du mal à expliquer que la CGT paie aujourd’hui son attachement… d’hier au syndicalisme de combat, son affiliation à la Fédération Syndicale Mondiale (anticapitaliste et anti-impérialiste) et son compagnonnage de lutte avec le PCF des années 1930/1970 (un parti alors marxiste-léniniste!): au contraire, quand la CGT rouge de Frachon, Séguy et Krazucki défendait la paix et l’indépendance nationale avec le PCF de Duclos et Croizat, le camp du travail faisait trembler le Capital et gagnait de nombreux acquis. A l’inverse, le syndicalisme eurobéat actuel n’apporte que des contre-réformes. Avec en prime la dangereuse union sacrée euro-atlantique: quelle honte que de voir les directions CGT et FSU supplier les Etats prédateurs de l’OTAN, c’est-à-dire le grand capital occidental, d’aggraver les sanctions contre le peuple russe! Quelle honte de les voir applaudir le pouvoir ukrainien truffé de nazis, se taire sur l’interdiction des PC ukrainien, baltes et polonais et de les voir ménager l’OTAN et l’UE dont chacun voit désormais qu’il s’agit de soeurs siamoises dangereuses pour la paix mondiale ! Comme s’il n’était pas possible, sans idéaliser en rien le contre-révolutionnaire Poutine, de se souvenir de la parole du député allemand Karl Liebknecht, emprisonné par le Kaiser en 1914 et assassiné en 1919 sur ordre de la social-démocratie : « l’ennemi principal est dans ton propre pays »…

Face à l’euro-dérive qui encourage objectivement la fascisation, la marche à la guerre mondiale, la casse des acquis et l’euro-dislocation de la France (que portent, avec Macron et la fausse gauche, les autonomistes réacs de Corse, Alsace et Bretagne), comment renverser la vapeur? Militants syndicaux nous-mêmes, pour la plupart adhérents CGT, FSU de longue date, nous mettons en débat les pistes suivantes:

  • concernant la guerre : pas un sou, pas un homme pour la guerre, comme l’ont compris les dockers italiens qui refusent de charger le matériel de l’OTAN. Pour une Ukraine souveraine respectueuse des minorités, donc dissociée de l’OTAN et débarrassée des nazis du bataillon Azov, refusons le réarmement de l’impérialisme allemand, l' »armée européenne » de Macron et la préparation par la France du « conflit de haute intensité » planifié par l’état-major français sous l’égide des USA. Car son but n’est pas la vie des enfants ukrainiens (et pourquoi pas Messieurs, si vous êtes sincères, celle des enfants yéménites, saoudiens, palestiniens, sahraouis? Pourquoi pas la fin du blocus anti-cubain?). Le but de l’OTAN, disons-le crûment, c’est le maintien de l’hégémonie US et le repartage de la Chine et de la Russie par « nos » grands capitalistes. Alors, l’argent de la guerre pour la santé, l’école, la retraite à 60 ans, le 100% Sécu !
  • concernant les salaires, augmentation du smic à 2 000 € brut par mois, dégel et rattrapage du point d’indice des fonctionnaires, revalorisation des grilles indiciaires des agents de fonction publique, notamment des agents de catégorie C et B, généralisation du CDI comme seul contrat de travail, renforcement du statut de la fonction publique et rétablissement des statuts démolis par les directives européennes (SNCF, EDF, etc), revalorisation des minima sociaux ;
  • interdiction des délocalisations; suspension sine die de toute euro-privatisation (SNCF, EDF…), abrogation des contre-réformes prévues ou en cours (statut, retraites, statuts, lycée…)
  • débat dans chaque syndicat sur la « construction » européenne; assez d’interdits de discussion émanant d’apparatchiks syndicaux hypocritement « apolitiques », les travailleurs qui ont massivement voté non à la constitution européenne en 2005 (malgré Bernard Thibault!) doivent pouvoir librement débattre de la sortie par la gauche de l’UE de la ruée vers l’Est et de l’euro-austérité !
  • construction à l’inter-pro, au plus près du terrain, du tous ensemble en même temps sur le thème « ils cassent le pays et nos acquis, bloquons leurs profits! ». Travaillons l’idée d’une grande explication entre le monde du travail, tendant la main aux jeunes, aux quartiers populaires, aux Gilets jaunes, aux artisans et petits paysans, et le trio MEDEF-Etat bourgeois-UE; quel que soit le président investi, de grandes luttes sont devant nous !
  • construction par le bas d’une plateforme revendicative intersyndicale offensive fédérant public et privé, actifs et retraités, lycéens, étudiants et apprentis, Français et immigrés: salaires, logement, emploi, services publics, retraites, Sécu, conditions de travail et d’emploi… Opposons notre cohérence sociale, pacifique et démocratique à leur programme euro-atlantiste, fascisant et guerrier ! Et rétablissons la perspective révolutionnaire de la socialisation des grands moyens de production et l’abolition de l’exploitation capitaliste!
  • solidarité avec tous les syndicalistes réprimés, abrogation des lois liberticides empilées depuis sous Sarkozy, Hollande et Macron !
  • et pourquoi pas, très vite, une rencontre nationale des syndicalistes de classe? Car si nous ne surmontions pas nous-mêmes le corporatisme du « chacun dans son syndicat et sa branche », comment impulserions-nous le « tous ensemble » des travailleurs ? Ne tardons pas, le congrès CGT est dans un an et le saut fédéral européen ne laisserait rien de l’héritage des Sans Culotte, des Communards, du Front populaire, de la Résistance et de 68. Bref, à l’initiative résolument, et souvenons-nous du mot de Marx : « l’histoire ne repasse pas les plats! ».

Par Thomas (Finances), Anna (métallurgie), José (construction), Georges (enseignement), Sylvain (alimentation), Gilliatt (transports), Bernard (Livre)