Les Talibans à Kaboul : du fanatisme anti-soviétique au fanatisme islamiste

Un hélicoptère évacue l’ambassade américaine alors que les Talibans entrent dans Kaboul


PÔLE POSITIONS 16 AOÛT 2021 – Par Georges Gastaud
Suite à la débâcle US en Afghanistan, la totalité des commentateurs bien-pensants se lamentent sur cette incontestable victoire de portée mondiale du fanatisme islamiste. Oui les égorgeurs financés par le Pakistan et les pétromonarchies vont à nouveau dévaster un pays entier, lyncher des centaines de milliers d’individus suspects de modernisme, humilier et rabaisser les femmes, exporter dans le monde entier leurs pratiques sanglantes contraires à l’Islam tolérant d’Averroès et de la Nahda.

Mais ne dites pas, Messieurs les antisoviétiques de choc qui avez inlassablement milité pour la victoire des prétendus « combattants de la liberté » (= les seigneurs de la guerre afghans armés par les USA contre les communistes afghans soutenus par l’URSS), « nous n’avons pas voulu cela », comme osait le faire le Kaiser Guillaume II à l’issue des massacres de la Première Guerre mondiale: oui, vous avez voulu cela car votre fanatisme anticommuniste et antisoviétique était tel, dans les années 1978/1992, que vous avez financé, armé, soutenu politiquement et porté aux nues n’importe quel mouvement intégriste, féodal et fanatique pour que tombe le jeune Afghanistan laïque, mixte et progressiste que tentaient de construire les jeunes officiers afghans qui, durant la même période, ont tenté de mettre en place la réforme agraire, le libre accès à l’eau de tous les paysans afghans, l’accès des filles à l’école et à l’Université (en 1980 les filles étaient plus nombreuses que les garçons à l’Université de Kaboul!) et un début très timide de laïcisation du pays.

Mais à l’époque, vos aboyeurs BHL, André Glucksmann et Cie, soutenus par toute la droite, toute la social-démocratie et par une bonne partie de l’extrême gauche « trotskiste » montaient en chaire tous les jours pour appeler à la défaite de l’URSS, à son départ de l’Afghanistan, où l’Armée rouge avait été appelée par le gouvernement légal conformément au traité d’assistance mutuelle existant (c’est-à-dire conformément au droit international: il n’y a jamais eu d’ « invasion » soviétique de l’Afghanistan) selon le prétexte suprêmement fanatique de l’exterminisme capitaliste: « plutôt morts que rouges » ou, plus précisément « plutôt n’importe qui, y compris Ben Laden, que les communistes »!

A l’époque, ce n’est d’ailleurs pas la défaite militaire de l’Armée afghane aidée par l’URSS qui a provoqué la chute du régime laïco-progressiste de Kaboul, c’est la capitulation en rase campagne de Gorbatchev cédant sur tous les terrains aux exigences de l’impérialisme occidental et privant même l’armée afghane des moyens militaires lui permettant de tenir tête aux égorgeurs. A l’époque, Messieurs les humanistes, vous n’avez même pas eu un frisson d’horreur quand notre camarade Najibullah, ultime président « communiste » afghan, et par ailleurs musulman pratiquant, fut publiquement châtré et torturé publiquement par les talibans avant d’être pendu: un communiste, ce n’est évidemment pas une « personne humaine » comme vous les affectionnez… 

Aujourd’hui, ce sont vos amis qui vont subir le pire et nous, communistes, ne nous en réjouissons pas car, loin de pratiquer votre morale inhumaine du « n’importe qui plutôt que les rouges », nous savons que l’anticommunisme mène au pire et que ceux qui livrent les communistes aux bourreaux nazis ici, fanatiques religieux ailleurs, se condamnent eux-mêmes tôt ou tard à subir le même sort. Une phrase célèbre attribuée au pasteur Niemöller a déjà exprimé cette idée moult fois.

Face à la défaite globale des Lumières qui se sous nos yeux à Kaboul, par la faute des impérialistes américains et de leurs petits vassaux européens, l’heure n’est certes pas à un bloc mondial contre l’islamisme et encore moins à un « choc des civilisations » (Occidentaux contre musulmans) qui fait le jeu des pires fanatiques tout en aggravant la fascisation en cours des Etats occidentaux dominants. L’heure est à la renaissance du Mouvement communiste international (y compris, il faut y réfléchir sérieusement tant les dangers sont graves pour toute l’humanité, à l’émergence d’une nouvelle Internationale communiste tenant compte de toute l’expérience historique), à la résurgence du anti-impérialiste pour le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, à la lutte pour les Lumières communes qui sont foncièrement incompatibles avec l’antimarxisme, l’anti-léninisme et l’anticommunisme dominants. 


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