Virer la mondialisation virale – par Georges Gastaud #Covid19-fr

La pandémie en cours montre que la capitaliste a tout d’un fleuve en crue rompant ses digues et arasant tout sur son passage. L’alternative à la désegmentation sauvage et néolibérale du monde n’est pas dans la juxtaposition nationaliste d’étangs d’eau croupie (=l’emmurement du “on est chez nous !” lepéniste), mais dans un internationalisme re-segmentant rationnellement le monde à la manière d’écluses canalisant un fleuve. Le but est de permettre l’échange durable par la mise à niveau égalitaire des dénivelés territoriaux existants : la coopération égalitaire d’États souverains et solidaires planifiant leur sortie du capitalisme et s’orientant vers un communisme de nouvelle génération.

Georges Gastaud dénoncé déjà en 1997 le danger exterministe du système capitaliste mondialisé. Une alerte dont les terribles dangers se vérifient tragiquement aujourd’hui

La pandémie du Covid-19 dénude et aiguise les contradictions déjà explosives de la mondialisation capitaliste et de sa déclinaison régionale, l’ conçue comme une « économie de marché ouverte sur le monde où la concurrence est libre et non faussée ». Le vernis rosâtre, « moderne », « ludique », « festif », « djeun’ », dont les médias et les couches privilégiées des métropoles capitalistes recouvrent ordinairement l’horreur de cette mondialisation, est en passe de craquer. Bien entendu, tout citoyen conscient fera le nécessaire pour respecter et propager le confinement provisoirement indispensable pour ralentir la pandémie. Il n’empêche que, dès aujourd’hui, et bien plus encore demain, quand la crise mondiale de la très chancelante et injuste économie capitaliste aura produit son raz-de-marée antisocial, il faut se préparer aux affrontements de classes qui ne manqueront pas de surgir mondialement et nationalement. Sachant que le souci premier des classes dominantes ne sera pas alors de sauver l’humanité, encore moins de renforcer les services publics qui sont à pied-d’œuvre pour sauver le pays, mais de préserver leur ploutocratie planétaire. Quitte pour le coup à tomber le masque pseudo « antitotalitaire » de leurs prétendues « valeurs démocratiques et humanistes ». Pour cela nous invitons à méditer sur plusieurs points majeurs.

1°) Le virus ne serait rien sans le terrain planétairement miné de la mondialisation néolibérale

Si le virus a « pris » si vite et si fort, c’est que, dans le cadre de la mondialisation néolibérale qui a succédé au monde bipolaire de l’après-guerre, la Chine et l’Asie du Sud-Est sont devenues les « ateliers du monde » ; ce monde que les traités néolibéraux européens, transatlantiques (CETA…), sud-américains (ALENA, Mercosur), asiatiques, ont « désegmenté » à la sauvage et dont, à coup de délocalisations, de privatisations et d’absence de protection, l’oligarchie a fait sauter toutes les digues existantes : barrières nationales, diversité culturelle (un seul marché, donc un seul mode de consommation, l’ « American Way of Life » et, de plus en plus, une seule langue, le Globish !), digues sociales et environnementales. L’orgie spéculative et commerciale ininterrompue du capital imposant à la sauvage ses quatre « libertés de circulation » (des capitaux, des marchandises, de la main-d’œuvre, des services) n’a pas seulement démoli le cadre de vie, empoisonné l’air, l’eau et la Terre, dérégulé le « feu » (privatisation de l’énergie), aggravé le moins-disant social et environnemental sur toute la planète ; elle permet aussi, quand un virus émergeant commence ses ravages au cœur de l’Asie, que soient presque aussitôt infectés l’Italie du Nord, l’Europe ou le Canada. Joli « sans-frontiérisme » en vérité qui nous apporte le confinement et la mise en quarantaine de millions de gens enfermés chez eux ! C’est un comble, car de manière orwellienne, la mondialisation conduit ainsi nécessairement, avec un coût maximal, à son contraire apparent : l’enfermement à domicile et le cadenassage derrière les postes-frontières !

Qui ne voit que face à cela, l’alternative n’est ni l’accentuation de ce sans-frontiérisme capitaliste effrayant (la rengaine du « toujours plus d’Europe ! » et du « toujours plus de mondialisation ! », que chantent à longueur d’année les euro-libéraux fanatiques), ni le repli protectionniste borné des nationalistes bourgeois, mais la coopération d’États égaux souverains planifiant en commun leur riposte d’essence socialiste-communiste aux phénomènes ravageurs qui menacent de mort l’humanité ? Les hydrauliciens savent ainsi qu’il existe un moyen terme raisonnable entre l’eau stagnante des étangs et les crues dévastatrices de fleuves géants rompant toutes les digues : la segmentation intelligente de canaux scandant et rythmant la fluidité du trafic fluvial en l’entrecoupant d’écluses pour mettre à niveau le dénivelé fluvial et garantir la navigabilité continue de la batellerie. Déjà, dans son discours hallucinant du 11 mars, Macron lui-même a qualifié de « folie » la délocalisation de nos capacités nationales de fabrication des médicaments. Mais qui d’autre que les Raffarin/Mattéi, Sarkozy/Bachelot, Hollande/Valls, Macron/Buzyn et Cie, ont méthodiquement asphyxié l’hôpital en lui infligeant à la fois des cures drastiques d’austérité budgétaire (les suppressions de lits sont criminelles et les ministres maastrichtiens successifs de la Santé devront un jour en rendre compte !) et un mode de gestion cyniquement entrepreneurial qui aboutit aujourd’hui à une retentissante thrombose (comble de libéralisme “anti-étatique”, c’est l’armée française qui installe des hôpitaux de campagne et qui doit transporter les malades en surnombre d’une région à l’autre !). Sans parler de la manière dont ont été traités dans le même temps, euro-critères d’austérité obligent, les services publics essentiels (sapeurs-pompiers, SAMU, urgences hospitalières, mais aussi SNCF, école publique et Recherche scientifique ! Quand clouera-t-on enfin au pilori médiatique les naufrageurs du Point qui, ces dernières années, ont multiplié les “unes” assassines contre ces maudits fonctionnaires “budgétivores” qui sauvent aujourd’hui notre pays après avoir été inlassablement agonis d’injures par les folliculaires de l’ultra-droite patronale ?

2°) L’Union Européenne ne nous « protège » pas. Au contraire, l’euro-austérité et la « concurrence libre et non faussée » nous tuent !

Appel du PRCF à soutenir un appel à la grève pour l’hôpital public, dénonçant l’euro austérité

Non seulement à l’heure actuelle l’UE n’aide en rien les États frappés par le virus (il n’est que d’entendre le très europhile président italien Matarella fustiger l’inertie de Bruxelles !), non seulement l’ « économie de marché ouverte sur le monde » gravée dès l’origine dans les traités européens et dans la “constitution” de l’euro a conduit à délocaliser un maximum de capacités industrielles – y compris celle de fabriquer en France des médicaments et des matériels d’urgence !, non seulement elle a détruit les banques nationalisées, dépecé et privatisé partout le secteur industriel d’État (donc désarmé les capacités de riposte industrielle collective en cas d’urgence), mais sa maudite austérité fixée par Maastricht (les 3% annuels de PIB sans lesquels il n’y aurait pas d’euro !) a miné le système de santé en France, en Italie, en Grèce, en Espagne et ailleurs. Macron est là encore obligé à un rétropédalage piteux quand il fait l’éloge des personnels de santé « héroïques » alors qu’il a lui-même passé son temps à sabrer l’hôpital, à diminuer les remboursements Sécu, à privatiser les biens communs de la nation. S’il s’est trompé sur toute la ligne, que ce monsieur s’en aille tête basse ! Sinon, c’est qu’il ment aujourd’hui de manière cynique pour échapper au jugement du peuple violenté, qui tôt ou tard le rattrapera, comme le lui promettent les « Gilets jaunes » !

3°) La propriété des grands moyens de production et d’échanges est devenue un luxe mortel pour l’Humanité

Qu’est-ce en effet que ces marchés financiers mondialisés que l’on nous présente comme le régulateur central du système néolibéral et qui, dès qu’il y a un souci sérieux pour les humains, s’emballent comme des chevaux fous, spéculent contre l’économie réelle, coulent même certains fonds de pension (les retraites par capitalisation tellement vantées par les sots !), et font montre d’ un « chacun pour soi » et d’un « sauve qui peut » navrants qui sont le contraire de ce que l’on exige à juste titre des citoyens de base ?

Qu’est-ce que ces grandes entreprises du CAC-40, ces labos pharmaceutiques privés et ces « services » de pointe qui sont capables de livrer sans cesse à la partie privilégiée et la plus insouciante de la population d’incessantes « innovations » abracadabrantes, mais qui ne savent plus produire en nombre des appareils respirateurs, des masques de protection, des médicaments vitaux, parce que la seule chose qui intéresse les actionnaires prédateurs, c’est la recherche à court terme du profit privé maximal ?

On peut discuter des heures pour savoir si la Chine est ou non encore un pays socialiste : toujours est-il que c’est en prenant appui sur ce qui, chez elle, est encore socialiste ou qui, du moins, est issu des traditions socialistes (banque et secteur industriel d’État, médecine publique et recherche nationalisée de haut niveau), qu’en peu de temps – après un bref cafouillage initial dû à la nouveauté radicale du phénomène néo-viral, le choix politique du PC chinois a d’emblée été fait : sacrifier pour un temps la production manufacturière et les profits, mobiliser les volontaires du PC chinois, créer ex nihilo des hôpitaux, confiner d’emblée des gens et des provinces entières, bref, limiter à tout prix la contagion pour stopper l’expansion du virus. Alors que chez nous, les belles âmes « humanistes » qui reprochent au “régime chinois” son « totalitarisme », ont toujours réagi avec retard et avec le triple souci frivole de « préserver l’économie » (en réalité, le profit privé), de ne pas trop heurter les bobos (qui ne supportent pas de s’ennuyer trois semaines…)… et d’attendre sans doute (le Premier ministre anglais Boris Johnson l’a cyniquement avoué !), que la majorité de la population soit contaminée de manière à créer une hypothétique immunité de masse contre le virus (tant pis pour les milliers de gens qui y seront passés entretemps : pour eux, on créera, non pas des poumons artificiels, mais des « comités d’éthique » triant les heureux bénéficiaires des soins intensifs sur des critères néo-darwiniens !). De Trump niant sottement la pandémie ou de Xi Jinping prenant des mesures implacables pour la stopper, lequel est le moins en capacité de donner des leçons d’humanisme ?
Vérification a contrario du fait que la propriété privée des entreprises stratégiques est un danger mortel pour la France, le gouvernement ô combien privatiseur de Macron et de Lemaire est forcé “en catastrophe” d’envisager la « nationalisation provisoire » de certains fleurons du CAC-40 pour empêcher les O.P.A. hostiles ou pour conjurer l’effondrement pur et simple !

4°) Les irresponsables ne sont pas ceux qu’on croit !

Concernant le pouvoir français, et même s’il ne faut absolument pas prétexter de cette critique pour affaiblir l’obéissance absolue aux « mesures-barrières » édictées, toujours trop tard (Buzyn elle-même l’a avoué !), par le gouvernement Philippe, il a moins d’excuses que les Chinois, qui ont « essuyé les plâtres » de l’épidémie et qui se sont magnifiquement repris. Macron a moins d’excuses que les autorités italiennes, qui ont « réceptionné » le virus en Europe et sur lesquelles le “temps d’avance” dont nous disposions n’a pas été mis à profit. D’autant plus que notre bon vieux service public centralisé (le “jacobinisme” a du bon !) efface les graves disparités régionales qui accablent la péninsule italienne archi-« décentralisée » et sanitairement très inégalitaire. Car Buzyn a commencé par minimiser la possibilité d’une épidémie en France, puis Macron s’est affiché au théâtre pour encourager les gens à consommer (« croissance » d’abord !). Il a même utilisé un conseil des ministres convoqué sur le thème du coronavirus pour décider de l’usage du 49/3 afin d’imposer la contre-réforme des retraites ! Et même quand Macron eut décidé – enfin, et à juste raison, bien que trop tardivement ! – de « fermer les crèches, écoles, collèges, lycées et universités », le très psychorigide Blanquer a passé un weekend, avec une palanquée de recteurs et de proviseurs sans cœur ni raison – à vouloir à toute force convoquer des centaines de professeurs dans les établissements scolaires (vidés de leurs élèves) au risque de violer les consignes de Philippe, de mettre gratuitement en danger la santé de ces fonctionnaires et de relancer la contagion !

Quant aux usines, celles qui le pourraient ne sont toujours pas réquisitionnées pour produire, par ex., des masques à profusion, et les autres devront continuer à mettre leurs ouvriers en danger (encore combien de temps au moment où j’écris ceci* ?) pour fabriquer des marchandises sans nécessité première alors que le coronavirus tue déjà des centaines de compatriotes dans des suffocations insupportables ?

Si notre pays était un pays socialiste, au sens non social-démocrate du mot, le même mot d’ordre y retentirait que celui qui souleva jadis l’URSS contre l’invasion allemande : « tout pour le front, tout pour la victoire ! » (sur le virus !) et la production serait sur le champ repensée de A à Z pour satisfaire le besoin humain le plus fondamental, celui de vivre, quitte à laisser tomber tout ce qui relève du « capitalisme de la séduction » et de son consumérisme obtusément prédateur. Mais cela serait possible parce que les moyens de production seraient la propriété de la nation, parce que la classe travailleuse serait au pouvoir, parce qu’il existerait des outils de planification industrielle. Et parce que, loin de se faire la guerre les unes aux autres pour le profit maximal, les entreprises auraient l’habitude de converger et de coopérer pour satisfaire les besoins de la population.

5°) La classe travailleuse à l’offensive maintenant !

Décidément, cette classe capitaliste avide et ses mandants, les Macron, Buzyn, Valls et autres Mattéi (le ministre de la santé de Chirac qui avait mis quinze jours à comprendre que des milliers de gens étaient en train de mourir pendant la canicule de 2003 !), ne peuvent plus, ne savent plus diriger le pays. De plus en plus, la classe capitaliste – qui croit sans doute, comme les “survivalistes” yanquis, qu’elle pourrait s’en tirer si l’humanité laborieuse toute entière s’écroulait ! – est le support social d’un système proprement exterministe, l’obsolète capitalisme-impérialisme. Sa maintenance de plus en plus coûteuse peut désormais – qui ne le voit ? – conduire l’humanité à sa perte rapide, que ce soit sous l’impact des pandémies, sous celui des prédations environnementales, ou sous les chocs répétés des guerres impérialistes qui incendient déjà la planète en vingt endroits différents ?

À l’échelle mondiale, face à une euro-mondialisation capitaliste que les peuples rejetteront de plus en plus avec colère – il faut donc imposer un tournant révolutionnaire qui tout à la fois dynamisera un internationalisme prolétarien de nouvelle génération, réveillera le droit inaliénable de chaque pays à se développer (sans « critères de Maastricht » et autre loups-garous budgétaires désormais indéfendables !), et la coopération planifiée entre États libres, égaux et solidaires.
Car ce ne sont pas l’Europe supranationale et la mondialisation néolibérale qui s’opposent dans leur principe au « repli national » moisi des Le Pen et Cie, c’est au contraire ces deux visages du Janus capitaliste, sa face euro-libérale incarnée par Macron et sa face pseudo-nationale personnifiée par la dynastie Le Pen, qui s’opposent ensemble à la perspective révolutionnaire de peuples libres, égaux et fraternels co-construisant le socialisme-communisme du troisième millénaire.
Au niveau national, l’heure n’est donc pas à l’union sacrée derrière ce régime en faillite sanitaire et sociale, mais à l’affirmation du rôle d’avant-garde des travailleurs, et parmi eux, des militants communistes, des citoyens franchement progressistes et des syndicalistes de terrain pour :

• Défendre et propager dans le peuple les mesures de protection conseillées par le corps médical, organiser la solidarité populaire avec les démunis, personnes âgées, malades, mal-logés, pauvres, soutenir les services publics, etc.

• Exiger des milliards tout de suite pour les hôpitaux, la recherche et le système de soins;

• Exiger la suspension sine die des contre-réformes qui divisent notre peuple (retraites, E3C, Parcoursup, privatisations, indemnisation du chômage, euro-fusion de PSA, etc.)** dans la perspective maintenue et renforcée d’une lutte pour leur retrait pur et simple;

• Exiger la réquisition des usines capables de produire les équipements nécessaires à la survie des personnes infectées;

• Exiger le paiement complet des journées chômées, l’application du principe de précaution dans toutes les entreprises et services;

• Réquisitionner les immeubles vides pour qu’aucun sans-abri, aucun migrant ne suffoque dans la rue durant l’épidémie;

• Exiger que les milliards dépensés à cette occasion soient prélevés sur les grandes fortunes et sur le grand capital. Les pollueurs de santé mondiale du grand capital devront payer la crise et il faudra appliquer strictement le principe proprement communiste qui présida à la création de la Sécurité sociale par le ministre du Travail de 1945, le métallurgiste communiste Ambroise Croizat : « de chacun selon ses moyens, à chacun selon ses besoins ».

Conclusion

La crise du coronavirus ouvre un nouveau cycle historique de lutte entre les partisans d’un système obsolète, le capitalisme-impérialisme-exterminisme, et les porteurs d’un mode de production tourné vers l’homme, le socialisme-communisme. Après une période d’abattement prévisible, où il faudra surmonter la tentation du chacun pour soi et résister à la tentation de fascisation du système capitaliste en faillite, des millions de gens se mettront inévitablement en mouvement contre la mondialisation capitaliste, contre la « construction » européenne et contre l’oligarchie capitaliste ; tous les révolutionnaires, tous les progressistes doivent s’y préparer par la réflexion et l’organisation sans se leurrer sur l’extrême dureté des temps qui viennent. Pour que la vie humaine soit placée au-dessus des profits, plus que jamais doit retentir le double mot d’ordre de Fidel et du Che « la (les) patrie(es) ou la mort, le socialisme ou mourir, nous vaincrons ! ».


*les firmes automobiles annoncent l’arrêt des chaînes. Il est vrai qu’elles vont cesser d’être approvisionnées…

**alors que la gauche établie ne savait que faire pour s’afficher partie prenante de l’union sacrée “en marche”, le PRCF a d’emblée demandé la suspension immédiate des contre-réformes, dont les députés-godillots de LAREM venaient d’adopter le passage à coup de 49/3…

18 mars 2020

https://www.legrandsoir.info/virer-la-mondialisation-virale.html