Mélenchon condamne l’emprunt Merkel Macron qui accélère la destruction de la France : souveraineté du peuple ou UE, il faut choisir !

Alors que dans une vidéoconférence avec Macron, Merkel annonçait que l’ allait lancer un bien dangereux , à l’assemblée nationale, le député Mélenchon prononçait un discours fustigeant cet emprunt Merkel Macron qui plombe la souveraineté et l’unité territoriale de la France, dont on retrouvera la vidéo et le verbatim en bas de cette page. Georges Gastaud secrétaire national du PRCF propose un commentaire et une analyse de ce que révèle à nouveau la situation politique.
Afin de lever toute ambiguïté et loin de la mensongère propagande médiatique alimentant la présentation de cet emprunt comme un succès de Macron face à Merkel, il est utile de rappeler les éléments factuels suivant :

  • il s’agit bien d’un emprunt, obtenu sur le marché financier spéculatif, et non d’un financement par la banque centrale européenne. Répondant ainsi aux ordres données par la cour de Karlsruhe (lire ici), interdisant de fait les coronabonds ;
  • Emprunt signifie remboursement : ce n’est pas des subventions contrairement à ce qui est avancée un peu rapidement. Les Etats qui recevraient ces fonds devront donc les rembourser. Il n’y a donc en réalité aucun transfert ni solidarité. C’est exactement le même cadre que celui des plan d’ imposé à la Grèce pour ne donner que cet exemple…
  • … à tel point, que le plan Merkel prévoit que les fonds ne seraient remis aux Etats demandeurs que sous conditions de souscriptions à un ambitieux programme de réformes structurelles (ie privatisations, austérité, casse des droits sociaux et salaires…)
  • dernière chose : si l’on comprend bien l’intérêt des banques privées à pouvoir délivrer ces prêts à une entité solvable tel que l’UE plutôt que directement à des Etats affaiblis sous le joug de l’Euro – confortant ainsi leurs fonds propres pour être ainsi encore plus à l’offensive dans la spéculation internationale grâce à l’effet levier de la création monétaire – pour l’Allemagne qui protège ainsi sa zone monétaire et la solvabilité à court terme de ses marché d’exportation les pays du sud de l’UE alimentant l’essentiel de sa balance commerciale, quel intérêt pour la France ? Plus grosse contributrice par habitant au budget de l’UE, c’est bien les travailleurs de France qui seront comptables des plus gros remboursements, eux qui payent 10% de plus que les Allemands pour abonder le budget de l’UE. Sans bénéficier aucunement d’ailleurs de l’emprunt, rappelons que la France emprunte ces derniers mois … à taux négatifs.

Construction européenne et souveraineté du peuple français sont comme l’eau et le feu

par Georges Gastaud – 20 mai 2020

Les  visiteurs d’Initiative communiste écouteront avec plaisir cette allocution très digne de Jean-Luc Mélenchon, publiée ci-dessous.

Il y remet en cause sur son principe même le futur emprunt de 500 milliards que Merkel et Macron somment la Commission européenne de contracter auprès des marchés. Rappelons que de son côté, la BCE vient d’être rappelée à l’ordre par la Cour constitutionnelle de Karlsruhe (pas touche au monétarisme austéritaire consubstantiel de la zone euro-mark !). Dans ce discours franchement républicain, Mélenchon montre que “construction” européenne et souveraineté du peuple français sont comme l’eau et le feu : en réalité, le futur emprunt européen destiné aux “régions sinistrées d’”, en passant par-dessus la tête des Etats-nations (que la “République française une et indivisible” est encore, même si le “pacte girondin” et le « saut fédéral européen » de Macron sapent ce pilier constitutionnel pour aligner notre organisation territoriale sur celle de la République fédérale allemande) ne fera qu’…

  • aggraver la destitution du peuple français et sa mise sous tutelle à celles de Berlin et des marchés financiers
  • accroître la concurrence entre régions françaises, miner l’idée même de territoire national (comme le fait déjà la récente proclamation de la “collectivité européenne d’Alsace” et de « l’euro-département » de Moselle)
  • nous mettre encore plus à la merci de Berlin : la RFA, qui bénéficie des colossaux excédents budgétaires que lui rapporte la zone euro, sera le vrai garant de l’emprunt et dictera à la France et aux autres pays “bénéficiaires” une austérité renforcée sur les salaires, les acquis sociaux et sur ce qui reste des services publics : bienvenue aux futures pandémies virales!

Est-ce ainsi que Macron, qui a déjà renforcé l’asservissement de la France dans le cadre du traité d’Aix-la-Chapelle – tout un symbole de l’impérialisme germanique ! – du 22 janvier 2019, tire les leçons de la casse euro-austéritaire de l’hôpital public en France ou en Italie ? Est-ce en s’abandonnant à l’UE, aux usuriers des “marchés” et au protectorat financier de Berlin que la France remédiera à sa désindustrialisation qui ne nous a même pas permis de produire en masse des masques et des tests de dépistage – malgré les mensonges répétés de Macron, Philippe et leurs laquais –, alors que cela a été possible outre-Rhin (la zone euromark a énormément servi l’industrie de la Ruhr et les exportations allemandes) ?

Le PRCF rejoint sur cette idée que la proposition franco-allemande d’emprunt viole les principes constitutionnels français et qu’elle accélère la dissolution de notre pays dans conglomérat européen dominé par Berlin. Mais alors, pourquoi la France insoumise a-t-elle fait silence durant la campagne européenne sur son mot d’ordre présidentiel de 2017, “l’UE, on la change ou on la quitte“, la tonalité de la campagne de Manon Aubry ayant été clairement européiste (avec les résultats piteux qu’on sait, car les classes populaires rejettent, à bon droit, la “construction” européenne qui les dépouille) ?

Qui ne voit aujourd’hui que l’UE est verrouillée, non seulement par ses traités léonins modifiables seulement à l’unanimité des Etats-membres, mais par le primat exceptionnel que s’accorde l’Allemagne sur les institutions européennes ? Des institutions que la Cour de Karsruhe morigène dès qu’elle craint une amorce de mutualisation des déficits. Si bien que l'”empire” européen revendiqué par Bruno Lemaire et par DSK (PS) affiche une asymétrie flagrante dans l’application de ses règles (en France, le conseil constitutionnel considère la moindre directive de l’UE comme supérieure en droit à notre constitution…). En réalité, l’UE n’est pas une “union” mais un empire, et dans tout empire, les lois imposables aux périphéries – dont fait de plus en plus partie la France surendettée et désindustrialisée – ne sont pas celles que s’impose ou pas selon les circonstances le “centre” politique véritable. 

“Il faut sortir d’urgence de l’Euro et de l’UE”

Appréciant l’orientation franchement républicaine de son propos mais suggérant à son auteur d’en tirer vraiment les conséquences politiques, le PRCF est prêt à rencontrer Jean-Luc Mélenchon pour lui proposer d’appeler à une grande campagne populaire sur l’idée qu‘il faut sortir d’urgence, par la porte à gauche, celle des nationalisations démocratiques, de la démocratie sociale et des coopérations internationales, de ces étaux mortels que sont l’euro et l’UE

De l’UE, les syndicats ouvriers, paysans, étudiants et enseignants que n’a pas totalement anesthésiés la Confédération Européenne des Syndicats (présidée par le jaune Laurent Berger), ne peuvent attendre qu’un énorme plan d’ajustement structurel balayant ce qui reste des conquêtes sociales et démocratiques des peuples en général et du peuple français en particulier.Dès lors, ceux qui ne condamneraient pas les manigances européennes de Macron-Merkel seront complices par omission de l’énorme agression qui se prépare contre les travailleurs ! Car de l’UE, si la France n’en sort pas à temps, elle “y restera”!

A la veille du 29 mai 2020, 15ème anniversaire du référendum par lequel le peuple de France a dit non à la constitution européenne, il est temps de construire une alternative populaire plurielle. C’est ce que diront des démocrates de différents horizons lors du meeting informatique qui se tiendra le 29 mai prochain et auquel participera le PRCF. Pour une nouvelle République sociale, souveraine, fraternelle et en marche vers le socialisme, pour une Europe des luttes sociales, démocratiques, écologiques et pacifiques, sortons par la porte à gauche de l’euro, de l’UE, de l’OTAN… Et du capitalisme!

Georges Gastaud, secrétaire national du PRCF 


Intervention de Mélenchon

https://www.youtube.com/watch?v=jY52Jf2oBwc

Intervention de Jean-Luc Mélenchon à l’Assemblée nationale le 19 mai 2020. Retrouvez ci-dessous la retranscription intégrale de cette intervention. Seul le prononcé fait foi. 

Les 5 minutes dont je dispose ne me permettent pas d’exposer ce que j’aurais voulu dire à mes collègues et donc je remettrai par écrit l’analyse que les insoumis se font du moment tout à fait exceptionnel que nous venons de vivre. D’ici là, nous ne participerons ni au numéro d’autoflagellation que certains d’entre vous ,en effet, ont raison de pratiquer compte tenu de leurs aveuglements passés, ni aux lettres au père Noël qui en ce moment s’expriment de tous côtés sous la forme d’un messianisme furieux à propos du monde d’après sur lequel chacun fait d’amples et vastes rêves. C’est ici et maintenant, dans le concret, que les questions qui nous sont posées continuent de se traiter et en particulier celle de la souveraineté. Il serait inouï que je m’abandonne devant vous à une dissertation générale alors même que la souveraineté de la patrie a été remise en cause aussi durement qu’elle l’a été, à mon avis, par la déclaration de madame Merkel et monsieur Macron hier, qui apparemment n’a pas semblé soulever de difficultés pour beaucoup d’observateurs, mais énormément pour moi. Madame Merkel et monsieur Macron ont décidé que les prétendus 500 milliards d’aides européens seront attribués aux régions et aux secteurs de l’économie. En République française, la souveraineté du peuple n’est pas divisible. De quel droit certains recevraient des fonds et ensuite le peuple tout entier aurait à rembourser sans que ses représentants les aient attribués. La République française n’est pas une République fédérale, les régions françaises ne sont pas des Länder.  Madame Merkel et monsieur Macron ont autorisé la commission à émettre des emprunts. Ceux-ci seront payés par les États et leur peuple. Mais en cas de défaut d’un des pays garants ou utilisateurs de ces emprunts, le peuple français devra payer à sa place.  De quel droit monsieur Macron et madame Merkel peuvent-ils les y engager sans que le peuple ou ses représentants se soient prononcés. Par ailleurs, de quel droit la France renoncerait-elle, du mois, à la souveraineté sur sa dette ? Madame Merkel et monsieur Macron ont autorisé un plan de relance dans lequel l’Allemagne bénéficiera de 57 % des aides versées aux entreprises, 1 000 milliards contre 200 milliards pour la France.  C’est, permettez-moi de vous le dire avec le sourire, une grave altération du traité de Lisbonne, auquel je suis hostile, concernant la concurrence libre et non faussée comme l’a déclaré le commissaire Josep Borrell et qui est décidée sans vote ni des Parlements ni des peuples.  De même pour la règle des 3% maximum de déficit autorisé qui a été abolie pour la période, fort heureusement ! Nous sommes donc entrés, sans crier gare, dans une sortie partielle des traités européens sur des points essentiels. Je m’en réjouis.  Mais cela prouve que ces règles sont inapplicables en cas de péril commun. En rejetant le traité constitutionnel européen de 2005, les peuples français et hollandais avaient donc raison, et vous venez de l’avouer ! La souveraineté de leur décision va-t-elle être désormais mise en œuvre ? Et nous sommes obligés de dire que ce qui est à l’horizon, c’est la sortie permanente des traités. Cinquièmement, au mépris du statut de la Banque centrale européenne fixé par les traités pourtant signés par l’Allemagne elle même, la cour Constitutionnelle de Karlsruhe s’est permis d’interpeller la Banque centrale européenne pour lui demander des comptes à propos de sa politique de rachat des dettes des États dans les banques privées. Cette Cour a donc assumé, dans le silence du gouvernement allemand, le risque de provoquer une hausse des taux d’intérêts dans les pays les plus lourdement endettés et qui sont les concurrents commerciaux de l’Allemagne comme l’Italie et la France qui continuent pour leurs parts à payer par leur dette le coût de la réunification allemande.  La Cour a donc mis en cause la souveraineté des Français et de leur Parlement qui a voté le statut de cette banque – mais pas moi, c’est le paradoxe de la situation. Mais elle l’a fait aussi en cherchant a provoquer la diminution des moyens d’action financier de notre peuple. Sixièmement, en République et dans la tradition française et universelle, depuis jean Bodin au 16éme siècle, Jean-Jacques Rousseau au 18ème et la grande Révolution de 1789, la souveraineté est indivisible. Son dépositaire exclusif est le peuple et lui seul. Cette souveraineté s’exerce sur un territoire et sur un peuple. L’Union européenne n’a pas de peuple politiquement constitué.  Elle n’a pas non plus un territoire qui la définisse mais plusieurs territoires sous administration différentes : l’espace Schengen, le marché unique, la zone euro, la Pologne qui ne participe pas à la charte des droits fondamentaux, le Danemark qui ne participe pas à la politique commune de sécurité et de défense, l’Autriche qui est neutre.  Enfin l’Organisation pour la Sécurité et la Coopération en Europe, compte 57 États membres parmi lesquels il n’y a pas tous les membres de l’union européenne.  Le territoire européen est donc introuvable. Et sa souveraineté de même. La souveraineté ne peut exister que là où le territoire et le souverain se recoupent.  Dans ces conditions, le seul cadre à la disposition du peuple souverain est l’État nation dont nous sommes les dépositaires. Je finis sur cette phrase. De quel droit, sans vote ni du peuple ni du Parlement et sans mandat, le président et le gouvernement admettent que la forme des pouvoirs en France, les traités et les pactes d’amitiés que le pays a signé soient remis en cause ? Car telle est la question de notre souveraineté à cette heure.

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