Malgré les persécutions subies par leur parti et le lavage de cerveau anticommuniste que subissent les Hongrois depuis les années 1980/90, les camarades hongrois du parti ouvriers hongrois nourrissent la flamme révolutionnaire au pays de Bela Kun et de Lukàcs.

Voici deux textes qu’ils nous ont fait parvenir. Il est d’autant plus nécessaire de les lire que cette année 2026 va donner lieu à un nouveau déferlement anticommuniste et antisoviétique à propos des évènements de 1956 à Budapest. Pourtant, expérience faite, qui ne voit que ces évènements, qui annonçaient la vague contre-révolutionnaire de 88/90, étaient bel et bien de nature profondément fascisante?
Le fait qu’Orban soit tombé, en grande partie victime du chantage aux subventions exercé par l’UE, ne signifie pas un virage à gauche pour la Hongrie, son successeur n’étant pas moins réactionnaire et n’ayant pour tout « avantage » que d’être plus docile à l’égard de l’UE-OTAN et moins réticent à entraîner la Hongrie dans une guerre contre la Russie.
Gageons cependant que, vu que ce monsieur « Magyar » est pro-européen, l’UE va tout-à-coup « oublier » ses critiques à l’encontre du nationalisme hongrois réactionnaire tant les droits de l’homme, le respect des minorités, etc. ne sont que des prétextes.
Déclaration du Parti ouvrier hongrois sur les élections en Hongrie

Le 12 avril 2026 se sont tenues des élections générales en Hongrie. Elles se sont soldées par une défaite nette du Fidesz conservateur au pouvoir, dirigé par Viktor Orbán, et par la victoire du parti Tisza, formation essentiellement libérale dirigée par Péter Magyar.
Le Parti ouvrier hongrois estime qu’il est nécessaire de souligner plusieurs points essentiels et de tirer un certain nombre d’enseignements de ce scrutin.
1. Cette élection ne s’est pas déroulée hors sol : elle s’inscrit dans la situation générale du capitalisme mondial. L’impérialisme est en crise, ce qui signifie que, pour assurer sa survie, il est prêt à menacer le monde d’une nouvelle grande guerre. La guerre en Ukraine en est l’une des manifestations les plus significatives.
Au sein de la bourgeoisie européenne coexistent plusieurs fractions, qui défendent des réponses différentes à cette crise. L’une d’entre elles plaide pour le renforcement de la bourgeoisie nationale et pour un approfondissement de sa coopération avec le capital financier international, mais selon ses propres conditions. Ce courant défend une Europe composée de nations multiples et la préservation des cultures traditionnelles.
L’autre courant estime au contraire que le capital international doit être renforcé et absorber la bourgeoisie nationale. Il considère que le capital doit disposer d’une liberté d’action absolue et que tout ce qui pourrait faire obstacle à son expansion doit être liquidé, y compris les réglementations nationales, voire les nations elles-mêmes. Les représentants de ce courant plaident en général pour un État européen unifié, pour l’effacement des nations et pour la dissolution des cultures traditionnelles. Le Fidesz appartient au premier de ces camps, tandis que l’essentiel de l’opposition libérale relève du second.
Le gouvernement Orbán a coopéré avec le capital impérialiste européen et américain, tout en cherchant à préserver une certaine autonomie, tant sur le plan financier que politique. Il a favorisé l’expansion des multinationales, mais a aussi investi dans le renforcement du secteur public et dans celui de la bourgeoisie capitaliste nationale.
La Hongrie est restée dans l’Union européenne, tout en cherchant à développer ses relations financières avec la Russie, la Chine et d’autres pays de l’Est. Elle est restée membre de l’OTAN, tout en recherchant une position de neutralité dans le conflit ukrainien.
Le gouvernement a affaibli le mouvement ouvrier au bénéfice du capital étranger, tout en imposant, dans les périodes de crise, certaines limites à ce même capital étranger.
Cette autonomie n’était plus tolérable pour la bourgeoisie européenne. Celle-ci a donc commencé à exercer sur le gouvernement hongrois des pressions politiques et économiques. Finalement, une opposition suffisamment structurée a émergé et, avec le soutien de l’Union européenne, elle est parvenue à obtenir une supermajorité.
Malgré sa défaite lors du scrutin du 12 avril, le Fidesz demeure la force la plus importante et la plus expérimentée du camp conservateur hongrois, ainsi qu’un acteur majeur des processus politiques européens.
2. Il ressort de tout cela que cette élection, comme les précédentes, n’opposait pas le socialisme au capitalisme. Elle mettait aux prises deux fractions rivales du capitalisme.
3. La victoire du parti Tisza a été saluée par les dirigeants de l’Union européenne comme le « retour de la Hongrie dans l’UE et l’OTAN ». On peut désormais s’attendre à ce que la Hongrie s’aligne sur les initiatives de l’Union européenne contre la Russie et la Biélorussie, et rompe ses liens avec la Chine.
Cette évolution peut entraîner un renforcement général des forces libérales dans la vie politique européenne et freiner l’essor des forces patriotiques dans d’autres pays du continent.
La progression du libéralisme politique, le retour de l’ère de la cancel culture, le culte de la violence et le recours à des méthodes fascistes pourraient infliger de graves dommages aux peuples d’Europe.
4. Le Parti ouvrier hongrois, en coalition avec le Parti de la solidarité, a participé à ces élections. Malgré des conditions défavorables, il a porté devant le peuple hongrois une troisième voie : celle de la construction du socialisme. Cette option n’a pas été expressément rejetée ; elle a surtout été occultée par l’affrontement entre cliques bourgeoises.
Nous ne savons pas encore exactement ce qu’il faut attendre du nouveau gouvernement Tisza, sinon qu’il sera plus docile à l’égard des impérialistes de l’Union européenne. Il peut constituer une menace grave pour la souveraineté de la Hongrie. Les valeurs nationales hongroises, la langue et la culture du pays peuvent se trouver mises en danger.
Il est probable que de nouvelles restrictions économiques et sociales soient imposées, et que le poids des difficultés économiques soit reporté sur les masses laborieuses.
Tout indique que le Parti ouvrier hongrois sera plus nécessaire que jamais. Nous avons en effet de sérieuses raisons de penser que les mesures de protection sociale seront démantelées et que le désenchantement populaire ira croissant. Le gouvernement Tisza peut s’effondrer, laissant l’avenir du pays dans l’incertitude.
La plupart des partis d’opposition se réclamant de la gauche ont disparu. Le Parti socialiste hongrois ne s’est pas présenté à l’élection. La Coalition démocratique, quant à elle, n’a remporté aucun siège au Parlement.
Les forces libérales peuvent recourir à la violence et tenter d’interdire le Parti ouvrier hongrois, comme cela a déjà été le cas pour nos camarades polonais et ukrainiens.
Une chose, en revanche, est certaine : le Parti ouvrier hongrois continuera de défendre les travailleurs, de lutter contre le fascisme et pour un nouvel ordre mondial. Nous lutterons pour les travailleurs hongrois et accomplirons notre devoir au service d’un avenir communiste.
Budapest, le 14 avril 2026 – Parti ouvrier hongrois
Chaque décision a un prix ! – Par Gyula Thürmer, président du Parti ouvrier hongrois

« La contre-révolution a éclaté ! » Quelqu’un m’a appelé lundi matin, presque en pleurs. Une autre personne, ce qui est plus grave encore parce qu’il s’agissait d’un jeune, m’a annoncé que « le Parti ouvrier avait perdu le soutien du peuple » et qu’il quittait donc le parti.
Mettons les choses au clair. Il n’y a pas eu de contre-révolution. Sous le Fidesz, ce n’était pas le peuple qui exerçait le pouvoir, mais le capital.
Le peuple hongrois n’a pas eu à choisir entre capitalisme et socialisme, mais entre deux formes de capitalisme. Il n’a pas changé de système ; il a simplement remplacé une fraction de la classe capitaliste par une autre.
Le Parti ouvrier n’a jamais pensé que les forces du socialisme pouvaient l’emporter dans cette élection. Nous avons porté l’alternative d’une nouvelle société, d’un nouvel ordre social, avec la conviction que les masses finiraient, tôt ou tard, par en comprendre la nécessité.
La coalition entre le Parti de la solidarité et le Parti ouvrier a réussi à présenter 58 candidats dans les circonscriptions uninominales. Ils ont été accueillis avec confiance, et ce n’est pas rien. Cela ne suffit pas encore pour gagner, mais cela constitue un point d’appui et un encouragement pour la suite.
Le 12 avril, ce n’est pas nous qui avons perdu : c’est une fraction de la classe capitaliste hongroise qui a été battue par une autre. Ce n’est pas le moment de baisser les bras, mais de poursuivre le combat.
Viktor Orbán a perdu la bataille. Non pas face au mouvement Tisza, mais face au capital multinational et à l’Union européenne qui en est l’instrument.
Orbán raisonnait dans la tradition d’István Széchenyi, homme d’État et réformateur hongrois du XIXe siècle, ou de Lajos Batthyány, premier chef du gouvernement hongrois en 1848. Il croyait qu’un capital national hongrois consolidé pourrait devenir le partenaire du capital allemand et français, et plus largement des multinationales.
Mais le capital occidental n’y voyait pas un partenaire ; il y voyait un concurrent, voire un ennemi. Le succès d’une voie capitaliste nationale aurait menacé la domination européenne, et même mondiale, du capital multinational. Voilà pourquoi il a été décidé d’écraser à tout prix la « rébellion des colonies ». Il ne pouvait être question de partenariat, ni d’Europe des nations, ni de rien de semblable.
Orbán pensait que les crises avaient affaibli l’Union européenne et qu’après ses revers, elle serait prête à composer avec le capital hongrois, un peu comme l’aristocratie autrichienne l’avait fait en 1867 après sa défaite face à la Prusse, lorsqu’elle conclut un compromis avec l’aristocratie hongroise. Mais il n’en est rien. Le capital franco-allemand saigne de toutes parts, mais il n’est pas à terre. Bien au contraire.
Orbán comptait aussi sur un appui venu des États-Unis pour freiner les offensives de l’Union européenne contre cette voie capitaliste nationale. Cela ne s’est pas produit. Le 12 avril, l’Amérique de Trump a elle aussi essuyé un revers.
Il espérait encore que la menace de guerre et le spectre d’une perte d’indépendance suffiraient à forger l’unité nationale des Hongrois. Cela non plus ne s’est pas produit. Le combat du Fidesz ne s’est pas transformé, pour le peuple hongrois, en guerre d’indépendance anti-occidentale.
Pourquoi ? À cause des illusions auxquelles on s’accroche depuis des décennies. Beaucoup ont craint qu’à cause d’Orbán, ils ne puissent plus travailler ou voyager à l’Ouest. Ils vivaient encore dans l’illusion qu’un jour nous vivrions comme les Allemands ou les Autrichiens. Ils ont préféré fermer les yeux, refusant de voir que même les Allemands et les Autrichiens ne vivent plus comme autrefois.
Orbán ne voulait pas en finir avec le capitalisme, mais avec le socialisme. Il considérait la transition capitaliste comme la grande œuvre de sa vie et, avec le temps, il n’a cessé de grossir le rôle qu’il y avait joué. Son anticommunisme permanent a peut-être resserré les rangs dans son propre camp, mais il a aussi jeté beaucoup de gens dans le camp d’en face.
Nous ne nous réjouissons pas de la défaite du Fidesz, mais nous n’en portons pas non plus la responsabilité. Ce n’est pas nous qui étions au pouvoir, c’étaient eux. Nous les avons critiqués souvent, sur de nombreuses questions, mais ils ont choisi de ne pas entendre.
Nous ne nous réjouissons pas davantage de la victoire du mouvement Tisza. Chaque décision a un prix, et celle-ci aussi, il faudra la payer.
Le Fidesz est allé jusqu’à la limite de ce qu’il pouvait faire. Il aurait pu donner davantage au peuple, mais cela n’aurait plus été du capitalisme. Il aurait pu prendre davantage au grand capital, mais cela aussi est impossible dans le cadre capitaliste. Il aurait pu rompre avec l’Union européenne, voire avec l’OTAN, mais cela aussi aurait dépassé les bornes du capitalisme.
Tisza n’est pas issu de la réalité hongroise. Il a été fabriqué par le capital multinational et par l’Union européenne. Il a été créé et financé pour servir leurs intérêts. Sa mission est d’ouvrir grand les portes au capital multinational : plus de limites nationales, plus de nationalisations, plus de blocage des prix, plus de baisse des tarifs publics. En réalité, plus de nation hongroise du tout ! Et l’ « indépendance » devrait désormais signifier l’application docile et enthousiaste des consignes venues d’Occident.
Et nous ne pouvons qu’espérer que le nouveau pouvoir ne piétinera pas tout sur son passage, comme Zelensky l’a fait en Ukraine ou Tusk en Pologne.
Je sais que beaucoup ne le croient pas. Ils ne le croyaient déjà pas avant les élections. En 1990, nous l’avons répété d’innombrables fois : ne votez pas pour le changement de système. Le socialisme avait ses défauts, mais il apportait davantage au peuple que n’importe quelle forme de capitalisme. On ne nous a pas crus. Aujourd’hui, beaucoup maudissent le capitalisme, mais comme le disait Géza Hofi, le grand humoriste et satiriste politique hongrois : « une fois qu’on a tout gâché, on peut toujours continuer à découper ensuite ».
Nous avons également dit que le gouvernement Fidesz avait commis bien des fautes, mais qu’au moins il y avait de l’ordre, que nous n’étions pas en guerre et que, dans l’ensemble, nous ne vivions pas si mal. Ne jetons pas cela par-dessus bord, surtout quand nous savons que les libéraux — Gyula Horn et Ferenc Gyurcsány, anciens Premiers ministres socialistes — ont déjà conduit une fois le pays au bord du gouffre.
Cette élection ne portait pas sur le socialisme. Le mouvement Tisza a maintenant convaincu le peuple hongrois que les problèmes de la Hongrie ne viennent pas du capitalisme, mais uniquement d’Orbán et du Fidesz. Qu’il suffirait de les chasser, qu’il suffirait de gérer autrement le capitalisme, pour que tout rentre dans l’ordre.
Croyez-moi : nous verrons bientôt qu’il n’en est rien. On ne résout pas les contradictions du capitalisme avec encore plus de capitalisme. Ce qu’il faut, c’est un monde nouveau : une nouvelle société, un nouveau pouvoir populaire.

![Vidéo – L’ÉCOCIDE CAPITALISTE – avec Alain BIHR [ Café Marxiste]](https://www.initiative-communiste.fr/wp-content/uploads/2026/04/maxresdefault-3-350x250.jpg)



