Guerre au Haut-Karabakh : “les Soviétiques des quinze Républiques vivaient en paix dans le cadre de la Fédération multinationale qu’était l’URSS” Entretien avec Georges Gastaud, co-secrétaire national du PRCF.

Alors que les armes ne se taisent toujours pas dans les montagnes du Haut-Karabakh, , co-secrétaire national du PRCF a accepté de répondre aux question d‘Initiative Communiste.


INITIATIVE COMMUNISTE : – Que pensez-vous du conflit entre l’ et l’, deux ex-Républiques fédérées de l’URSS, à propos de l’enclave du Haut-Karabakh?

GEORGES GASTAUD :  De nombreux Français d’origine arménienne vivent dans l’angoisse à ce sujet, et la manière dont le gouvernement de Bakou, surarmé et surexcité par , frappe sans répit la population civile de Stepanakert est à la fois illégale et inhumaine. On ne peut que s’inquiéter du rôle de fauteur de guerre international que joue le régime fascisant d’Erdogan, oppresseur de la classe ouvrière et des minorités de , destructeur de la république laïque turque construite par Atatürk, exportateur et financeur de djihadistes sanguinaires de la Syrie au Sahel en passant par la Libye, occupant illégal de Chypre depuis des dizaines d’années, provocateur de conflits navals à répétition dans tout l’Est méditerranéen. Incapable et irresponsable est la grande presse française qui a longtemps présenté Erdogan, ce nostalgique du sultanat ottoman, comme un “musulman modéré”. Rappelons en outre qu’aucun gouvernement turc n’a jamais consenti depuis 1915 à prononcer la moindre autocritique à propos du génocide anti-arménien perpétré en 1915. On comprend donc l’angoisse de la population arménienne et franco-arménienne qui a l’impression d’être brutalement reportée 105 ans en arrière!

INITIATIVE COMMUNISTE : Durant des décennies Arméniens et Azéris ont vécu en bonne entente au sein du même pays, l’URSS. Cette Union soviétique qui d’ailleurs garantissait l’autonomie aux Arméniens de l’Artsak au sein de la RSSA. Vous qui avez pu voyager dans la région au début des années 1980, quelle est votre analyse sur ceux qui voudraient imputer à l’URSS les causes du conflit actuel ?

GEORGES GASTAUD : – 
Effectivement je connais un peu cette région de l’Union Soviétique où j’ai eu l’occasion de voyager au début des années 1980. ….
 
On ne peut pas à la fois dire que l’URSS était une “prison des peuples” et ajouter que c’est encore par sa faute, a posteriori et trente ans après son démantèlement par Eltsine, si deux Républiques caucasiennes qui ont rejeté l’U.R.S.S. en faisant alors l’une et l’autre assaut d’anti-communisme et de russophobie, s’entretuent présentement. Sauf à croire aux revenants, il est illogique que ceux qui ont contribué à tuer quelqu’un accusent ensuite le défunt de les persécuter ici et maintenant ! En clair, on ne peut pas dire à la fois, quand on refuse de payer ses dettes: “je ne te rendrai pas ce que tu m’as prêté” et “tu ne m’as jamais rien prêté du tout”!

À 75% les Azerbaïdjanais s’étaient prononcés pour le maintient de l’URSS, le référendum n’avait pas été organisé en Arménie

En réalité, si ce n’est à l’époque, déjà plus qu’indolente sinon déjà décadente, de Brejnev (lequel a  laissé les fractures nationales entre peuples soviétiques s’aggraver à la fin des années 1980 tout en abandonnant l’Azerbaïdjan à ce que les Soviétiques appelaient déjà la “mafia d’Aliev”), et plus encore à l’époque de cette décomposition organisée de l’URSS qui s’est auto-proclamée “perestroïka”, les Soviétiques des quinze Républiques vivaient en paix dans le cadre de la Fédération multinationale qu’était l’URSS et un haut niveau d’emploi, d’études, de sécurité, de paix civile et de protection sanitaire leur était garanti. L’implosion contre-révolutionnaire de l’URSS a ravivé les haines nationales recuites que le socialisme avait circonscrites, sinon éteintes tout-à-fait; car fort mauvais lecteur de Marx et de Lénine, voire de Staline, serait l’individu qui s’imaginerait que la question nationale n’est qu’une illusion et que la révolution socialiste peut en faire table rase en un tournemain!

En tout cas, il suffit de regarder un planisphère pour constater que la situation géopolitique de l’Arménie ne lui permet pas, sans risques suicidaires, d’entretenir des sentiments violemment anti-russes. Ceux-ci étaient pourtant largement partagés dans les profondeurs du peuple arménien (j’en en ai été personnellement témoin à Erevan lors d’un match de football entre Ararat Erevan et Dynamo de Moscou en 1982), et le nationalisme droitier de la diaspora arménienne ne cessait de souffler sur la braise par passion anticommuniste. La réalité est qu’aujourd’hui encore, le pouvoir d’Erevan, sur lequel plane l’atroce souvenir du génocide turc de 1915, ne peut se payer le luxe de se fâcher avec la Russie, héritière juridique, sinon politique, de l’URSS. Vladimir Poutine, – qui n’en est pas moins un contre-révolutionnaire et un anticommuniste impénitent -, avait raison de dire au début des années 1990 que, du point de vue des intérêts généraux de la paix et de l’humanité, la destruction de l’URSS était, tous défauts pris en compte, une catastrophe historique pour l’humanité et a fortiori, pour les peuples de l’ex-fédération soviétique ! 

Initiative Communiste : On ne cesse de rebattre en France la propagande selon laquelle l’Union Européenne et l’ ce serait la garantie de la paix. Pourtant il n’y a jamais eu autant de guerre depuis que l’URSS a disparu et que l’OTAN et l’UE se sont renforcées. UE qui est un partenaire privilégié du régime Erdogan, qui, membre de l’OTAN est le principal soutien militaire de Aliev. Quel est le rôle de l’OTAN ? A contrario que faudrait-il faire pour ramener la paix ?

Georges Gastaud : Démonstration est faite derechef que l’OTAN ne sert à rien d’autre qu’à défendre les intérêts impérialistes de l’Oncle Sam dans le monde en général et aux confins de l’Europe en particulier. Alors que la Turquie est membre de l’OTAN, elle ne cesse d’agresser d’autres États membres de la même alliance, notamment la Grèce, de semer le chaos et la mort en Syrie et de rêver d’une restauration de l’Empire ottoman démembré en 1918. 
Ajoutons qu’Erdogan est un usurpateur de la cause arabo-musulmane: en réalité, le régime d’Ankara est “cul et chemise” avec le régime colonialiste anti-arabe de Tel-Aviv, lui aussi pourvoyeur d’armes de l’Azerbaïdjan.

En réalité, l’OTAN ne sert qu’à préparer une guerre de revanche de l’Occident, sous la conduite des USA et de l’impérialisme germain résurgent, contre le peuple russe et c’est à cet objectif, potentiellement pandestructeur de l’humanité, que les maîtres de l’Alliance atlantique soumettent tout le reste de leur politique. Or, s’agissant de ce qu’il appelait “la Russie soviétique”, le général De Gaulle lui-même reconnaissait en 1944, lors d’une visite d’État à Moscou, que les Français lui devaient rien moins que “le rôle principal” dans la défaite de Hitler! 
Alors, sortons de cet asservissement à l’OTAN qui, d’ailleurs, ne fait qu’un avec l’Union européenne, son “partenaire stratégique” (les forces semi-insoumises qui prétendent qu’on doit sortir de l’OTAN mais pas de l’UE, ou seulement au terme de nébuleuses et imprécises négociations, manifestent en l’espèce une inconséquence coupable: nul n’ignore notamment qu’un pays souhaitant entrer dans l’UE doit d’abord s’affilier à l’OTAN! Donc on ne sort pas de l’OTAN sans sortir de l’UE, et qui pense le contraire trompe son monde ou ne connaît pas le sujet: C.Q.F.D.!

En attendant, il faut soutenir toutes les manifestations exigeant la paix au Haut-Karabakh. Aucune confiance à l’égard, ni de l’OTAN, ni de Macron, qui reproche surtout à Erdogan de piétiner les plates-bandes de l’empire néo-colonial français en capilotade et qui n’était pas si regardant quand Erdogan finançait les “révolutionnaires syriens” (le futur Daesh) en leur achetant le pétrole volé au peuple d’Irak!

Il faut au contraire exiger une intervention pacificatrice forte de la seule puissance ayant mandat pour s’interposer entre belligérants, l’Organisation des Nations-Unies, cette O.N.U. qu’essaie précisément de torpiller Donald Trump (en ne cessant de lui infliger des coupes budgétaires énormes!). 

Sur cette base, le PRCF travaillera à établir des liens avec le Parti communiste d’Arménie, à intensifier la lutte pour que la France sorte de l’UE-OTAN, et à tendre la main aux organisations communistes, ouvrières, laïques et progressistes qui sont l’honneur du peuple turc.

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