
Solidarité avec les travailleuses et travailleurs des Papeteries de Condat ! Communiqué de soutien du PRCF Limousin-Dordogne – 4 mars 2026
Le PRCF exprime sa pleine et entière solidarité avec les travailleuses et travailleurs des Papeteries de Condat, au Lardin-Saint-Lazare, en Dordogne, qui apprennent en ce mois de mars 2026 leur prochain licenciement. Ce sont 181 femmes et hommes — soit 90 % des effectifs — qui perdent leur emploi et 210 familles qui sont directement touchées. Un ultime coup de massue pour toute une région, et une nouvelle attaque inacceptable contre la classe ouvrière en Dordogne.
Fondées en 1907, les Papeteries de Condat ont compté jusqu’à 1200 salariés. Elles représentent un savoir-faire industriel de plus d’un siècle, ancrées dans le territoire périgourdin, productrices d’un papier de qualité reconnu à l’international. C’est cet héritage que l’on assassine aujourd’hui, un héritage forgé par les ouvriers et employés qui, à la force de leur travail, ont bati et fait vivre cette usine.
C’est une entreprise florissante qui passe en 1994 sous la coupe d’une transnationale irlando-américaine, Smurfit, avant d’être rachetée par un fonds d’investissement britannique qui le cède au groupe espagnol Lecta en 1998. S’ensuit un scénario tant de fois rejoué pour les industries françaises quand elles deviennent les jouets des mouvements de concentration capitaliste. A l’image de l’usine de La Marque en Corrèze, fleuron industriel tulliste ayant appartenu un temps au groupe Thompson, puis dépecé jusqu’à sa fermeture et au transfert de la production en Hongrie par l’équipementier américain Borg Warner, les papeteries ont subi une lente descente aux enfers. Entre 2007 et 2023, ce sont près de 550 salariés qui subissent les plans de licenciement successifs. Le dernier arrache même aux papeteries leur spécificité en fermant la seule ligne française de fabrication de papier couché deux faces. A l’issue de cette mise en coupe réglée, l’entreprise est placée en redressement judiciaire à l’automne 2025 : » Lecta nous a tués, ils ont exploité notre savoir-faire, ils ont tout pris… » (Frédéric Lestandi, délégué CGT). L’annonce, le 2 mars, de la décision du tribunal de commerce de Bordeaux, d’entériner l’offre de SPB — Société de Participation de la Braye — d’un rachat du site pour la somme symbolique d’un million d’euros, est une exécution : le « repreneur » ne conservera que 21 salariés sur les 202 restants.
Les ouvriers licenciés ne s’y trompent pas et pointent la responsabilité écrasante de l’État dans la poursuite de la désindustrialisation brutale du pays et la promotion de la mortifère concurrence libre et non faussée de l’UE : « L’État est arrivé à ses fins. L’État voulait tuer Condat. L’État y est arrivé » déclare Philippe Delord (délégué CGT).
Condat n’est pas un cas isolé. La papeterie d’Uzerche en Corrèze a subi le même sort. Datant de 1863, elle compte dans les années 1970 jusqu’à 270 salariés. Rachetée elle aussi dans les années 1990 par le même groupe irlando-américain que les papeteries de Condat, elle est sacrifiée en 2007. Entre 2014 et 2023, la filière de la production de papier et carton française a perdu 10 % de ses sites de production et un quart de ses effectifs. Le scénario est toujours le même : l’achat par une multinationale étrangère, des chantages aux licenciements, des subventions considérables de l’Etat et des collectivités territoriales pour aboutir inexorablement à des fermetures, quand les actionnaires se sont largement engraissés sur les aides publiques avant d’aller exploiter ailleurs, avec toutes les facilités procurées par l’UE. Mais partout les ouvriers se battent courageusement pour défendre leur outil de travail sans être dupes des fausses promesses de Macron et de son gouvernement de soutenir les filières qu’ils contribuent à détruire par leur politique de soutien aux milliardaires capitalistes transnationaux et de casse sociale et économique en France et au niveau de l’UE.
L’exemple des papeteries de Condat montre combien les discours officiels sur la « réindustrialisation » sont vains. Comment prétendre rebâtir l’industrie française tout en laissant les mains libres aux groupes financiers étrangers pour démanteler site après site, pour vendre des fleurons centenaires à vil prix, pour délocaliser la production au gré des seuls intérêts actionnariaux immédiat ? La réindustrialisation ne peut pas se réduire à quelques annonces de façade. Elle nécessite une rupture franche avec les logiques et le système – capitaliste et de l’Union Européenne – qui ont conduit à cette dévastation.
Cette rupture passe, d’abord et avant tout, par la maîtrise populaire des moyens de production. Tant que les outils industriels resteront entre les mains de fonds spéculatifs et de groupes étrangers sans ancrage dans nos territoires, tant que les travailleurs n’auront aucun droit de regard réel sur les décisions stratégiques des entreprises qui les emploient, les plans sociaux continueront de s’enchaîner. Produire en France, produire pour le peuple français, exige que les travailleuses et travailleurs soient partie prenante des choix économiques — non pas comme spectateurs d’une annonce en visioconférence, mais comme acteurs souverains de leur avenir industriel.
Cette rupture passe en premier lieu par la sortie de l’Union européenne. Le cadre européen, avec ses règles de libre concurrence imposées comme dogme, avec son dumping social généralisé qui met en compétition les travailleurs français avec ceux des pays aux salaires les plus bas d’Europe et au delà du monde entier de part les dizaines d’accord de libre échange, est structurellement hostile à toute politique industrielle digne de ce nom. Ce sont les directives de Bruxelles qui interdisent les aides d’État efficaces, qui ouvrent les marchés publics à la concurrence étrangère, qui organisent la libre circulation des capitaux au détriment de l’emploi local. L’Union européenne pousse aux délocalisations, et ses traités de libre-échange avec des pays aux standards sociaux et environnementaux bien inférieurs achèvent le travail. Et ce n’est pas que la filière papier qui subit. L’union européenne du capital ou nos salaires, nos emplois et nos vies de travailleurs, oui il faut choisir.
Les conséquences sont sous nos yeux : un déclassement généralisé des ouvriers et de leurs familles, une précarisation croissante, des territoires entiers abandonnés par l’industrie et donc par la République. C’est toute la France des travailleurs qui s’appauvrit, pendant que les bénéficiaires de ces restructurations — actionnaires, fonds de pension, groupes financiers — encaissent leurs profits à l’abri de toute responsabilité sociale.
Le PRCF se tient aux côtés des travailleuses et travailleurs de Condat dans leur combat pour la défense de leurs droits, de leurs indemnités et de leur dignité. Nous appelons à la mobilisation de toutes les forces syndicales et citoyennes pour refuser cette fatalité, et pour porter, ensemble, un projet de réindustrialisation fondé sur la justice sociale, la souveraineté économique et la maîtrise populaire de nos outils de production.
Toute la solidarité du PRCF aux salariés des Papeteries de Condat et à leurs familles. Nos médias, Initiative communiste, et nos réseaux sociaux sont à votre disposition.
![#8mars la guerre contre les femmes, les femmes contre la guerre ! [ #Paix ! #8mars]](https://www.initiative-communiste.fr/wp-content/uploads/2025/03/20250308-8mars-affiche-PRCF-feminisme-350x250.jpeg)



