Luttes sociales, élection présidentielle et anti-impérialisme dans une France en crise, le point de vue d’un communiste

De la même façon que dans le reste de l’Europe, certains bouleversements avec l’élargissement de la crise du capitalisme impriment une marque indélébile dans le paysage politique français. La campagne électorale pour les élections présidentielles prochaines du 23 Avril est développée dans un contexte profondément influencé par l’effondrement du Parti socialiste au gouvernement Hollande, submergé par des scandales constants et qui a appliqué des mesures de boucheries sociales au printemps 2016, déclenchant un cycle de luttes de la classe ouvrière avec une radicalité peu commune dans le Vieux Monde, l’un des premiers du XXIe siècle. Les difficultés que traverse la droite de « gouvernement » de François Fillon, le protagoniste avec le Parti socialiste du régime d’alternance qui a dominé la France depuis 1958, vient compléter la crise du bloc politique néo-libéral avec l’Union européenne et l’axe Atlantique avec les États-Unis. L’émergence d’Emmanuel Macron et son mouvement En marche! n’est rien de plus qu’une tentative de revenir à la doxa de l’euro-libéralisme et prolonger de cinq ans, le développement des politiques d’austérité exigées par le capital monopoliste et ses institutions. Plane aussi l’ombre du fascisme  sur le pays transalpin, incarné par le Front National de Marine Le Pen dans une ascension tumultueuse, compensée par l’approfondissement du débat à gauche sur la démocratisation de la société et la rupture avec les institutions euro-américaines du  bloc impérialiste : l’expression de ce phénomène, le consensus croissant recueilli par la candidature de Jean-Luc Mélenchon et son mouvement la France Insoumise (littéralement « non soumis »).

Pour approfondir les racines et les perspectives de la situation française, nous avons interrogé , philosophe et secrétaire national du Pôle de renaissance communiste en France (PRCF). Le PRCF est une organisation politique créée par le refus des militants, des intellectuels et des personnalités historiques du Parti communiste français de poursuivre leur militantisme dans un PCF maintenant entièrement converti au réformisme et l’européanisme, qui est responsable à plusieurs reprises d’accords gouvernementaux vers le bas avec la social-démocratie qui ont compromis sa crédibilité et dissous le bloc social de référence, en fait, en ouvrant le chemin d’involution réactionnaire dont la croissance FN est l’une des conséquences.

Le PRCF a apporté son soutien critique au candidat Mélenchon, sans pour autant renoncer à critiquer les limites et à travailler pour une radicalisation de l’environnement politique qui, par la rupture de la gauche avec l’UE ( « Frexit progressiste ») et par la sortie unilatérale de l’OTAN, construit les conditions d’un saut qualitatif pour la lutte vers le socialisme

(traduction depuis l’italien, JBC pour www.initiative-communiste.fr)


L’élection présidentielle s’approche et le PRCF a exprimé son soutien critique à la candidature de J.-L. Mélenchon. Quelles sont les raisons de votre choix et quels sont les points critiques que vous identifiez dans le discours de Mélenchon?

Georges Gastaud. : Mélenchon et le « Parti de gauche » n’ont cessé ces dernières années de s’éloigner par la gauche du PS néolibéral. Ce gauchissement résulte à la fois de l’expérience – désastreuse ! – que les militants de gauche ont fait de la social-démocratie au pouvoir, et du travail de masse méthodique des militants franchement communistes à propos du Frexit progressiste, de la guerre et de la paix, de l’unité combative du drapeau rouge et du drapeau de la Révolution française, etc.

D’abord, Mélenchon porte courageusement la proposition d’une rupture unilatérale de la France avec l’OTAN, ce qui est vital dans une période où l’Alliance atlantique prépare une guerre d’agression contre la Russie. Ensuite, Mélenchon déclare « l’UE, on la change ou on la quitte ! » ; il propose un plan A, la refondation sociale de l’UE, et en cas de refus par Merkel et Cie, un plan B : la sortie unilatérale. En clair, il ouvre un débat de masse sur le Frexit progressiste même s’il ne répond pas aussi clairement que nous, PRCF, à la question qu’il soulève.

Dans le champ de ruines qu’est aujourd’hui la gauche française, en un moment où le PCF officiel défend mordicus le sacro-saint principe de la « construction européenne » et de la ruineuse monnaie unique, alors que le FN, l’État-policier et l’euro-dissolution de la nation avancent à pas de géant, de vrais communistes ne doivent pas faire la fine bouche sur la possibilité qu’enfin, une gauche euro-critique puisse (peut-être !) dépasser le PS pro-Maastricht en maintenant ouvert un espace politique progressiste indispensable aux luttes sociales. D’autant que cet espace est très menacé : à la suite des grandes luttes ouvrières contre la Loi Travail (la directive européenne qui s’est traduite chez vous par le « Jobs Act » et en Belgique par la Loi Peters), plus de deux mille syndicalistes CGT et SUD sont actuellement poursuivis devant les tribunaux…

Bien entendu, Mélenchon n’est pas communiste et a peu de chances de le devenir ; ainsi des illusions « alter-européistes » subsistent-elles dans le P.G., ce dont témoigne l’illusion d’un plan A (renégociation à 27 des traités européens !). En outre la mouvance « insoumise » véhicule toutes sortes d’illusions pseudo-« modernes » sur le mouvementisme, le spontanéisme, le rejet du « léninisme », le refus de faire toute sa place à un vrai parti communiste, l’idée que le changement progressiste doit entièrement se tenir sur le terrain électoral et légal, l’idée que la violence révolutionnaire est obsolète (comme si c’était le peuple et lui seul qui en décidait, et non la très violente et « versaillaise » bourgeoisie française, disposant du recours lepéniste et aiguillonnée par Berlin et Washington.

Mais que doivent faire de vrais communistes face à cet état de fait ? S’enfermer dans le sectarisme en attendant que la révolution mûrisse toute seule ? Restaurer sournoisement l’« union de la gauche » avec le PS néolibéral pour sauver des places d’élus sur n’importe quelle base programmatique ? Ou bien travailler de concert à la renaissance d’un vrai parti communiste (ce qui signifie un travail approfondi en direction des ouvriers et une « main tendue » permanente aux communistes extérieurs au PRCF, y compris bien sûr aux membres encore communistes du PCF) ET à la construction d’un large Front antifasciste, patriotique, progressiste et écologique dont la France Insoumise de Mélenchon peut être une esquisse ? Reconstruire le parti communiste, soutenir le syndicalisme de classe renaissant, forger le Front populaire et patriotique destiné à isoler le grand capital, à contrer la droite dure (Fillon), la nouvelle droite néolibérale (Macron) et la « France en ordre » fasciste de Le Pen, et à briser le carcan euro-atlantique, tous ces combats différent, certes, mais ils ne s’opposent nullement et notre travail de communistes est de les articuler sans les confondre. C’est ce que nous ont appris, dans des conditions différentes, non seulement Lénine, mais Thorez en France, Togliatti en ou Georges Dimitrov quand il définissait les conditions de principe d’un Front populaire antifasciste, patriotique et pacifique devant le 7ème congrès de l’Internationale communiste.
Parmi les raisons de votre choix, il y a les positions exprimées par Mélenchon à propos de l’Union européenne. Pensez-vous que ces positions soient suffisantes pour ouvrir un débat sérieux à gauche à propos de la rupture avec l’UE et l’euro, capable de se connecter aux sentiments et aux besoins des classes laborieuses?

Georges Gastaud. :Ces propositions portent pour la 1ère fois à cette échelle (n’oublions pas que Mélenchon a obtenu 4 millions de voix en 2012) le débat sur le frexit progressiste. Cependant, comme je l’ai dit, la France insoumise est un mouvement très composite, des milieux petits bourgeois y jouissent d’une influence très importante et de ce fait, pour le moment, la campagne de Mélenchon ne nous semble pas encore suffisamment ciblée contre l’UE, contre l’OTAN et pour la paix, sur les conditions de vie de la classe ouvrière et du peuple. Selon nous il faut faire systématiquement le lien entre la « construction » européenne, la marche à la guerre, la fascisation, la casse des libertés syndicales et surtout, l’austérité salariale, le démontage des services publics, les délocalisations industrielles, l’appauvrissement des couches populaires et moyennes. C’est dans cet esprit que nous avons publiquement interpellé Mélenchon, non pour surenchérir de gauche sur ses propositions mais pour lui dire : si vous voulez dépasser électoralement le Parti socialiste de Hamon et les néolibéraux de Macron (le « Renzi » français), si vous voulez également dégonfler le vote ouvrier en faveur du Front « national », il faut privilégier l’adresse au monde du travail, ouvrir grand le débat sur le Frexit progressiste en permettant un large débat entre ceux qui croient encore qu’on peut « changer l’UE » et ceux qui, comme nous, démontrent que l’UE est une prison des peuples et que la souveraineté nationale ne se négocie pas : elle se prend pour engager d’emblée, sans attendre quelque négociation avec Merkel que ce soit, les réformes progressistes que notre peuple ne peut plus se permettre d’attendre bien gentiment.

Cela dit, la balle n’est pas que dans le camp de Mélenchon : d’une part il ne faut pas oublier le rôle délétère des dirigeants du PCF qui, tout en feignant de soutenir Mélenchon aux présidentielles, mènent tout un travail de sape dans le pays en appelant à la fusion des candidatures Mélenchon et Hamon (candidat officiel du PS). En oubliant seulement quelques « détails » : que Hamon est 100% pour l’OTAN, pour le renforcement immédiat de l’Europe supranationale (avec un « parlement de la zone euro »), pour porter le budget militaire à 2% du PIB, pour la « défense européenne », ce qui revient à remettre à Berlin la clé de la bombe nucléaire française. Bref en « oubliant », pour de sordides questions de négociations de places avec le PS (en France il n’y a pas de proportionnelle, les élections législatives se font à deux tours avec des négociations entre les partis) que sur la question de l’OTAN, Mélenchon est dans le camp de la paix alors que Hamon (et a fortiori Macron, Fillon et Le Pen) sont dans le camp de la guerre

Enfin une question décisive est celle de l’intervention unitaire des militants franchement communistes, y compris de ceux qui sont encore membres du PCF mais qui ne suivent plus la direction de ce parti affilié au PGE, à l’entrée des usines. Ce n’est pas à Mélenchon, en tout cas pas à Mélenchon tout seul de recentrer correctement les vrais débats. Ce n’est pas lui qui peut faire le lien entre Frexit progressiste, classe ouvrière, lutte pour le socialisme. Ce sont les vrais communistes UNIS dans l’action et dans l’adresse commune au monde du travail. Il faut donc éviter deux attitudes également négatives : la première consistant à « bouder » Mélenchon en disant : « il n’est pas communiste, je reste donc à la maison »… tout en laissant la direction du PCF favoriser « en douce » le candidat du PS, et la seconde consistant à s’inscrire passivement dans la France insoumise et à la suivre. Dans le Front à construire, il faut à la fois unir des couches sociales diverses et surtout, assurer l’intervention INDEPENDANTE des communistes. Car sans conquête du rôle dirigeant de la classe ouvrière à l’intérieur du FRont Antifasciste, Patriotique, Populaire et Écologique, ce que nous nommons le FR.A.P.P.E. !, ce dernier ne pourra ni se consolider, ni mener le FRexit à son terme, ni faire le lien entre l’Europe des luttes et la reconquête de l’indépendance nationale ni a fortiori se saisir des grands affrontements de classes qui en résulteront pour poser la question décisive : celle du socialisme pour la France.

Le renforcement du Front National provoque alarme et interroge sur les conséquences du renforcement du sens commun réactionnaire parmi les couches populaires françaises. Penses-tu qu’un danger fasciste existe en France? Quel type d’antifascisme pratique le

G.G. :Depuis des années le PRCF, et avant lui ses fondateurs, dénoncent la tendance à la fascisation que portent ces deux phénomènes connexes : la restauration contre-révolutionnaire du capitalisme en URSS et en Europe de l’Est et l’accélération de la « construction européenne » qui a permis la revanche de l’impérialisme allemand, la recolonisation et l’annexion de fait des ex-pays socialistes et la criminalisation des partis communistes en ex-RDA, en Pologne, dans les Pays baltes, en Bulgarie, Tchéquie, etc. Dès les années 1990 nous disions que la criminalisation de la Révolution d’Octobre et du pays de Stalingrad ne pourrait que conduire à une réhabilitation rampante des nostalgiques du fascisme, qu’à la confrontation avec la Russie (fût-elle « postcommuniste ») et, s’agissant de la France, qu’à la remise en cause des acquis de la Résistance, voire à ceux de la Révolution française et de ses suites. Nous y sommes et le FN est la partie émergée, l’aile marchante de ce processus de fascisation. Dimitrov expliquait déjà en 1935 que le fascisme n’arrivait jamais au pouvoir sans, d’une part, une fascisation de la démocratie bourgeoise, et d’autre part, sans une confrontation, parfois très violente, avec les partis bourgeois traditionnels (sans parler de la violence anti-ouvrière). Aujourd’hui le FN déclare que la France est « menacée par la guerre civile » à cause de l’ « immigration » et par ailleurs, il se déclare pour « la France en ordre ». A l’évidence la France n’est pas encore un pays fasciste, de fortes traditions démocratiques existent encore chez nous, mais l’élection présidentielle – qui se passe dans un climat délétère, sur fond d’affaires malpropres éclatant de toutes parts et où le FN n’est d’ailleurs pas épargné – peut faire passer au pays un seuil qualitatif dans la voie de cette fascisation.

Quant à l’antifascisme du PRCF il est en quelque sorte génétique. Il suffit d’évoquer le nom de notre président, Léon Landini, fils de communiste et d’antifasciste italien, héros des Francs-Tireurs et Partisans de la Main-d’œuvre Immigrée (les groupes de combat organisés par le PCF clandestin qui se battaient avec les FTPF), et celui de bien d’autres vétérans de notre mouvement. Mais surtout, nous ne détachons pas l’antifascisme de la lutte contre l’euro-dissolution nationale de notre pays. Il ne faut pas tomber dans le piège d’une « union sacrée » derrière le parti social-maastrichtien, encore moins derrière Macron ou a fortiori derrière le bourgeois versaillais Fillon, le « Thatcher » français. Bien entendu, à la base, il faut tendre la main à tous les antifascistes sincères mais sans cautionner pour autant cette construction euro-atlantique qui, en détruisant la France, ses usines, ses services publics, sa protection sociale, son école publique, ses libertés démocratiques et jusqu’à sa langue nationale harcelée par le tout-anglais des milieux dominants, promeut chaque jour le FN tout en l’instrumentalisant pour obliger le peuple à voter pour des politiques qu’il condamne au nom d’un antifascisme de pure parade. En réalité, le PRCF appelle à « briser la tenaille » qui broie notre pays entre les faux progressistes de l’euro-dissolution nationale et les francs réactionnaires et PSEUDO-patriotes du FN et de la droite dure aspirée dans sa mouvance.

Quels sont les rapports du FN avec les classes dominantes et l’appareil d’État français?

G.G. :Pour l’instant, une part importante du grand capital se méfie encore du FN dont le discours « populiste » implique une part de démagogie sociale et d’hostilité affichée à l’UE. Car l’essentiel de l’oligarchie, le MEDEF et le CAC-40 (principales entreprises « françaises » cotées en Bourse) est totalement engagée dans la stratégie d’euro-dissolution qui est consignée noir sur blanc dans le programme du MEDEF intitulé « Besoin d’aire », dans le temps on aurait dit plus franchement « espace vital ». « États-Unis d’Europe », primat du globish sur la langue nationale, régionalisation à l’allemande de notre république jacobine « une et indivisible », « Union transatlantique », le grand patronat ne dissimule même pas que, pour se faire une place au soleil de la mondialisation euro-atlantique, pour écraser la classe ouvrière, désindustrialiser le pays et en faire une zone de logistique improductif et de parasitisme financier et touristique, il est prêt à liquider l’État-nation issu de 1789. Donc si l’oligarchie peut favoriser pour l’instant Fillon ou Macron, ou à la rigueur Hamon (mais surtout pas Mélenchon !), elle ne misera pas immédiatement sur Le Pen. Mais d’une part, le vote peut lui échapper comme lui a échappé le vote sur la constitution européenne. D’autre part et surtout, le FN reste l’ultime cartouche pour « mettre la France en ordre » si jamais Fillon ou Macron suscitent une énorme révolte de masse dont les grandes luttes ouvrières du printemps 2016 donnent un avant-goût. La classe ouvrière, la jeunesse et le monde du travail n’ont pas dit leur dernier mot et n’ont pas oublié sans doute leurs grandes traditions révolutionnaires, voire communistes et c’est bien en France, dans la foulée de la Révolution jacobine, que « notre » Gracchus Babeuf et « votre » Giuseppe Buonarotti ont fondé l’ancêtre des partis communistes, la Conjuration pour l’Egalité. En attendant, le FN tisse sa toile dans la police, de plus en plus brutale, voire raciste (les sondages disent qu’une majorité de policiers voterait déjà FN !) et dans l’armée. Il ne s’agit pas pour nous de dire simplement, comme des anarchistes, « à bas l’armée et les flics », mais, tout en rappelant le rôle des appareils d’État dans la démocratie bourgeoise en voie de fascisation, de prendre appui sur les contradictions d’un appareil d’État qui agit de manière de plus en plus brutale alors qu’il ne cesse de se réclamer de la liberté, de l’égalité et de la fraternité républicaines !

La crise économique a accéléré la mise en place d’un nouveau processus de division du travail au sein du bloc impérialiste, dont les conséquences se manifestent depuis longtemps en Italie avec le démantèlement de notre système productif pour réduire notre pays au rang de puissance économique de deuxième étage. Quelle est la situation en France? Quelle est la position de la France dans cette redéfinition de la hiérarchie impérialiste?

G.G. :L’évolution de nos deux pays présente plus d’une analogie. Déjà Lénine avait prévu, dans son étude classique sur l’impérialisme, que le capitalisme parvenu au stade du capitalisme monopoliste allait se traduire par une destruction de l’industrie dans les pays du centre, par l’extorsion d’une plus-value massive sur les pays de ce qu’il appelait l’ « Orient » et conséquemment, par une évolution des économies centrales vers le parasitisme économique. Nous y sommes. S’agissant de la France il y a aussi de fortes raisons politiques à l’énorme casse industrielle que nous avons subie depuis les années 1970. Après l’immense grève prolétarienne de 1968, les bourgeoisies allemande et française se sont réparties les rôles. L’Allemagne capitaliste, jugée plus « calme » socialement, a conservé l’essentiel de la grande industrie alors qu’en France on a précipitamment fermé les mines, la sidérurgie, le textile, où la CGT et le PCF étaient bien implantés, ainsi que des secteurs entiers de la paysannerie « rouge », la France bourgeoise développant la finance, le tourisme haut de gamme, les transports et surtout, un très fort complexe militaro-industriel tracté par l’arme nucléaire. Mais bien entendu, comme c’est toujours la plus-value extorquée au travail productif salarié qui est la source profonde de la richesse, le déséquilibre entre France et Allemagne n’a cessé de se creuser. En outre, sur le plan géopolitique, une politique bourgeoise de type gaulliste est devenue bien plus difficile. Cette politique était possible quand le Général De Gaulle pouvait jouer sur la compétition soviéto-américaine pour faire valoir la France bourgeoise comme une sorte d’arbitre international qui, certes, restait fondamentalement dans le camp anticommuniste, mais qui pouvait faire valoir ses relations avec l’URSS ou avec la Chine pour équilibrer l’influence américaine. Avec l’écroulement de l’URSS et la réunification allemande, la servitude volontaire de l’oligarchie française à l’égard, tantôt de Berlin, tantôt de Washington, tantôt des deux, sa subordination à la construction d’un Empire euro-atlantique, n’a fait que s’aggraver. Cela entrait d’ailleurs en résonance avec une très vieille tendance des classes privilégiées de France à se subordonner à de puissants « protecteurs » étrangers pour défendre leurs avantages et tenir le peuple en respect. On a vu cela à l’aube de la construction nationale française, à l’époque de Jeanne d’Arc, quand l’Église catholique vendait l’héroïne populaire nationale à la monarchie anglaise, sous la Révolution française quand les classes privilégiées de l’Ancien Régime passaient avec armes et bagages dans les armées de la Coalition antifrançaise, sous la Commune de Paris, quand Thiers et Bismarck s’associaient pour écraser l’insurrection patriotique et internationaliste des ouvriers parisiens, dans les années trente et quarante où la grande bourgeoisie a fait sciemment le choix de la défaite devant Hitler pour écraser les ouvriers français et liquider le parti communiste, la CGT et les acquis du Front populaire de 1936.

Il serait faux d’en déduire que l’impérialisme français disparaît ou que la France deviendrait un pays dominé. Plutôt un pays vassal volontaire d’impérialismes plus puissants. C’est bien l’impérialisme français, ennemi principal du peuple français et de la nation, qui se subordonne à Berlin et à Washington pour obtenir en contrepartie des « places au soleil » pour l’oligarchie « française ». Laquelle ne parle même plus la langue nationale à ses rejetons, les PDG du CAC-40 vivant pour la plupart à New-York…Après De Gaulle, la France était à égalité avec la RFA, c’était le tristement fameux « couple franco-allemand ». Aujourd’hui la France pourrait devenir le premier des « PIGS » et non plus le second du couple dominant. Cependant une partie de la grande bourgeoisie française cherche à refonder le « couple franco-allemand » en exploitant le Brexit et en jetant sur la table son dernier atout : la force de frappe nucléaire française et la place de la France au Conseil de Sécurité de l’ONU, lesquels seraient mis à la disposition de l’UE… où la RFA n’en serait que plus hégémonique ! Avec d’énormes dangers pour la paix en Europe et sans doute, un calcul secret visant les forces populaires françaises. En effet, les forces militaires classiques françaises ayant été largement dégraissées par l’euro-austérité (en longue période il est impossible d’être fort militairement et faible économiquement : les USA commencent d’ailleurs à « sentir » cette contradiction pour leur propre compte), l’indépendantisme progressiste que portent les vrais communistes et, pour une part Mélenchon, deviendrait alors encore plus difficile à mettre en œuvre. En réalité, le « frexit » progressiste, et plus encore la marche au socialisme, deviendraient de facto, sinon impossibles, du moins extrêmement acrobatiques. Bref, le verrouillage maastrichtien de la France, mais aussi de l’Europe des luttes, qui passe par l’ultime destruction du potentiel révolutionnaire français, deviendrait quasi-irréversible. Il s’agit d’une entreprise impérialiste terriblement réactionnaire. Car après avoir détruit l’URSS et le camp socialiste, écrasé la Grèce mère des Lumières, il ne s’agit de rien moins pour l’impérialisme, cette « réaction sur toute la ligne », que de refermer le cycle historique préparé par la Renaissance italienne, ouvert en grand par la Révolution jacobine française et prolongé par le Risorgimento avec la figure à la fois française et italienne (il était niçois !) de Garibaldi.

Bref, l’enjeu d’une casse de la France par euro-désintégration ou pire, le déshonneur que serait pour notre peuple et pour sa classe laborieuse la facho-lepénisation du pays, constitueraient une nouvelle catastrophe pour le rapport des forces mondial entre les forces réactionnaires et les forces de progrès.

Dans la dernière décennie, nous avons assisté à un renforcement de l’initiative militaire de l’impérialisme français au sein de l’OTAN (Côte d’Ivoire, Libye, Mali, Syrie …): comment interpréter ces éléments? Quelles sont les perspectives, en France, pour développer un mouvement anti-impérialiste et pour la paix cohérente?

G.G. :Classiquement, plus une force réactionnaire est sur le déclin, plus elle devient agressive. Lâche par rapport aux forts, impitoyable à l’encontre des faibles. En réalité, la « Françafrique », c’est-à-dire l’espace néocolonial français, est en pleine crise. Le spectre rouge de Sankara continue de hanter l’Afrique ! Profitant de l’ainsi-dit « Printemps arabe », l’impérialisme français a tenté de contre-attaquer en Libye et surtout en Syrie. Mais à notre époque, cette reconquête néocoloniale qui s’opère sous le masque des droits de l’homme passe par une subordination profonde à l’impérialisme américain. Patriotes, nous disons que l’impérialisme français n’est pas seulement l’ennemi des peuples africains et arabes, il est aussi le principal destructeur de la nation française car un peuple qui en détruit d’autres ne peut que se détruire lui-même, surtout à notre période où toute l’humanité est objectivement solidaire pour le meilleur et le pire. Les communistes français doivent faire revivre les grandes traditions anticoloniales du Parti communiste français, ce n’est pas seulement un devoir internationaliste, c’est aussi une question d’honneur et de survie de la nation.

Les luttes ouvrières de l’été 2016 ont reproposé la France comme «pays traditionnel de la lutte des classes», mais l’absence d’une expression politique de gauche semble comprimer le potentiel de la mobilisation des travailleurs. Comment évaluez-vous le rôle du PCF?

G.G. :En France, nous vivons l’ère des contrefaçons. Le PCF est au communisme de Jacques Duclos ce que le PS est au socialisme de Jean Jaurès et ce que les « Républicains » sont au patriotisme gaulliste…En réalité, qu’a encore de communiste un parti qui, depuis plus de quarante ans (l’abandon de la dictature du prolétariat date de 1976), a successivement abandonné ses fondamentaux marxistes-léninistes, salué l’implosion du camp socialiste comme un grand « bouleversement démocratique », rallié la construction européenne impérialiste en proposant de la « réorienter à gauche », participé à deux gouvernements sociaux-européistes (sous Mitterrand, puis sous Jospin), et qui aujourd’hui tient un double langage en feignant de soutenir Mélenchon tout en rabattant vers le candidat du PS en appelant à une « union » avec un candidat proche de l’UE et de l’OTAN ? Fondamentalement, si le FN est si fort aujourd’hui dans la classe travailleuse, n’est-ce pas très largement parce que le parti historique du prolétariat, qui hier encore combattait l’UE, défendait le « produire en France », unissait le drapeau rouge au drapeau national, soutenait le syndicalisme de classe et faisait de la classe ouvrière un sujet central de l’histoire nationale. En ralliant le thème social-européiste de la « réorientation progressiste de l’Europe », en défendant l’euro, en courant sans cesse pour des raisons électoralistes derrière le parti « socialiste » pro-Maastricht, en abandonnant ses cellules d’entreprise, en reléguant au musée son langage marxiste et jusqu’à l’expression « classe ouvrière », les directions successives du PCF ont créé un énorme appel d’air pour les thèmes nationalistes et populistes dévoyés du Front national : ce dernier a d’ailleurs repris le nom de l’organisation unitaire de combat que le glorieux PCF clandestin avait créé pour combattre l’Occupant allemand et le régime collabo de Vichy…

Mais la classe ouvrière n’a pas disparu et au printemps dernier, elle a combattu, y compris parfois physiquement, les forces de répression et leurs provocateurs en affirmant son rôle dirigeant potentiel, en déclenchant une campagne de haine forcenée contre la CGT. Bien entendu, la classe ouvrière a été affaiblie par les privatisations et les délocalisations industrielles, mais ce qui lui manque le plus, c’est surtout un parti d’avant-garde et une orientation syndicale de classe conséquente qui permettent à nouveau à notre classe de redevenir le sujet central de l’histoire nationale. C’est à reconstruire ce parti communiste à partir des luttes, de l’union des communistes, d’une stratégie de rupture de gauche avec l’UE ouvrant la voie à la révolution socialiste que travaillent les communistes du PRCF.

Que pensez-vous qui devrait être fait pour sauvegarder le caractère conflictuel du mouvement syndical français? Quel est le rôle, dans ce contexte, de la direction actuelle de la CGT?

G.G. :Inlassablement depuis plus de trente ans, des militants syndicaux de classe appuyés par les communistes luttent contre la dérive des dirigeants de la CGT qui, tout en parlant sans cesse d’indépendance syndicale, ont suivi la même évolution que celle des dirigeant du PCF. Ainsi la CGT a-t-elle renoncé à ses références à la lutte des classes, à la FSM et à l’expropriation capitaliste pour se rapprocher du syndicat CFDT, qui est peu à peu devenu une courroie de transmission directe du patronat, et s’affilier à la désastreuse Confédération européenne des syndicats qui est aujourd’hui un véritable verrou apposé sur l’Europe des luttes. Par ex. la CES n’a pas apporté le moindre appui aux travailleurs français dans leur lutte contre la destruction du Code du travail lors du printemps dernier alors que la FSM envoyait ses dirigeants défiler à nos côtés.

Cependant, l’expérience des luttes combinée aux explications patientes des militants franchement communistes et du Front syndical de classe a permis des clarifications. En 2015 et 2016, la CGT a été traversée par une crise salutaire qui a vu l’intervention critique de nombreuses bases syndicales rouges. L’ancien secrétaire général, Thierry Le Paon, qui continuait l’orientation défaitiste de « syndicalisme rassemblé » de Bernard Thibault, a été débarqué par les travailleurs. C’est ce qui a rendu possible l’émergence de Philippe Martinez qui a honorablement tenu sa place au front des luttes pendant tout le conflit. Mais pour le moment la CGT reste au milieu du gué. Elle est toujours affiliée à la C.E.S. ; elle se garde bien d’affronter l’intouchable « construction européenne ». Elle continue d’attendre la convergence des luttes des combats de terrain sans véritablement porter une stratégie de « tous ensemble et en même temps ». Lors des élections nationales, elle ne prend pas position contre la social-démocratie qui a pourtant durement réprimé les syndicalistes CGT. Bref, il faut accentuer le combat de classe et les explications des militants « rouges » pour dénoncer la source principale de la désindustrialisation et de la privatisation générale : la « construction » de l’Empire européen du capital.

Votre organisation a été créée pour reconstruire un parti marxiste-léniniste communiste en France aujourd’hui. Quelle est votre position par rapport à l’héritage historique du PCF?

G.G. :Nous assumons tout ce grand héritage du Congrès de Tours à la « mutation », y compris certains aspects de la lutte patriotique qu’a encore menée le dirigeant ouvrier Georges Marchais, malgré déjà, ses nombreuses dérives vers l’ « eurocommunisme ». Le Congrès de Tours, où le PCF s’est séparé du PS à la suite de la Révolution d’Octobre : sous des formes nouvelles, un tel congrès serait bien nécessaire de nos jours pour, tout à la fois, regrouper tous les vrais communistes, où qu’ils militent aujourd’hui (exceptés les partis trotskistes), et les séparer sur le plan organisationnel des dirigeants euro-réformistes du PCF. Toute la période du Front populaire, de la Résistance antifasciste, de la Libération, des grandes réformes portées alors par les vrais ministres communistes de 1945/47, des luttes anticoloniales, appartiennent à notre héritage. Cela ne signifie pas que le PCF n’ait commis aucune erreur, mais globalement, il est toujours resté du côté des opprimés, de l’indépendance nationale, de la démocratie et de la paix. Bref, nous mettons en pratique ce que Lénine appelait « l’assimilation critique de l’héritage ». Bien sûr comme dans tout héritage, et cela vaut aussi pour notre rapport aux pays socialistes et à l’Internationale communiste, il y a de l’actif et du passif. Mais pour faire le tri dans l’héritage, c’est une règle anthropologique, il faut d’abord l’ASSUMER, à la différence des révisionnistes de droite ou de gauche qui renient leur passé et le critiquent d’un point de vue bourgeois ou petit-bourgeois. Il faut donc dépasser ce que Domenico Losurdo appelle l’ « auto-phobie communiste » et aussi d’ailleurs, s’agissant de nos deux grands partis de référence, qui furent à la fois si patriotes et si internationalistes, dépasser aussi radicalement l’auto-phobie nationale, sœur de la xénophobie, que la grande bourgeoisie et la social-eurocratie voudraient instiller dans nos têtes en nous faisant confondre le nationalisme impérialiste avec le mépris autophobe pour nos peuples, nos langues, nos histoires respectifs. Mais comment faire la révolution avec son peuple si on le méprise ? Le Manifeste du parti communiste qui se conclut par le vibrant et plus juste que jamais « prolétaires de tous les pays unissez-vous », ne demandait-il pas aux différents prolétariats nationaux de « devenir la nation » ?

Quels sont les résultats que vous avez déjà atteints et quels sont vos objectifs dans la phase actuelle?

G.G. :Nous avons réussi à consolider une organisation encore petite mais très cohérente, combative, fraternelle qui publie un mensuel, Initiative communiste, une revue théorique, Étincelles, dispose d’un site électronique performant (le 10ème site politique de France), de relations internationales relativement étendues, d’une recherche non négligeable sur l’économie et le matérialisme dialectique, d’un travail constant et acharné contre la criminalisation du communisme historique et des révolutions. Nous mettons en avant une stratégie novatrice qui reprend le meilleur des principes du Front antifasciste, populaire, patriotique prôné par Dimitrov : non plus aujourd’hui, AVEC les partis sociaux-démocrates totalement asservis à l’UE, mais contre eux et sur la base d’un large rassemblement antimonopoliste centré sur le monde du travail. L’idée du « Frexit progressiste » qui n’était guère portée que par le PRCF lors de sa fondation en 2004, progresse largement dans la gauche radicale et chez les communistes comme nous l’avons vu plutôt. Nous devons encore plus montrer l’unité du Frexit progressiste et de la révolution socialiste en combattant ceux qui veulent une rupture bourgeoise avec l’UE et ceux qui à l’inverse, dédaignent le combat démocratique contre l’UE et ne jurent que par « le socialisme tout de suite, sinon rien ». En réalité, il n’y aura pas de Frexit si la classe ouvrière ne se porte pas à sa tête en faisant le lien entre l’indépendance nationale et le progrès social. Et si le Frexit se fait sur les bases progressistes pour lesquelles nous combattons, les affrontements de classes nationaux, voire internationaux qui en résulteront étant donné la place de la France en Europe, poseront vite la question de qui commande en France : la classe ouvrière et ses alliés ou l’oligarchie et ses suiveurs. Bref, il existe un lien dialectique entre le Frexit et le socialisme, c’est ce que nous nommons la politique des « quatre sorties », de l’euro, de l’UE, de l’OTAN et du capitalisme.

Quelles sont, à ton avis, les similitudes entre la situation italienne et la situation française? Quels éléments existent pour une réflexion commune entre communistes italiens et français sur la reconstruction du parti révolutionnaire?

G.G. :Pour autant que je le sache, nos deux pays subissent des offensives, non pas identiques, mais analogues. Euro-destruction des forces productives industrielles et agricoles, saccage de nos langues latines au nom du tout-globish porté par les tenants du Pacte transatlantique, (auto-)destruction du mouvement ouvrier de classe par des forces externes et internes, etc.

Mais outre que les trajectoires historiques de la Péninsule et de l’espace gaulois s’entrecroisent depuis 2500 ans, nos deux mouvements communistes ont souvent évolué de conserve, pour le meilleur (Gramsci et Cachin, Thorez et Togliatti, Duclos et Longo) et pour le pire (l’énorme déviation droitière, anti-léniniste, social-européiste et antisoviétique de l’eurocommunisme). Chez vous, en apparence, le PCI s’est auto-dissout sans reste alors que chez nous les dirigeants du PCF n’ont pas encore pu aller jusque là. Mais il n’est pas forcément plus facile de reconstruire de novo que de subir la concurrence d’une contrefaçon politique qui continue de préempter et de discréditer dans d’incessantes compromissions avec le PS, le nom de communistes. En France, l’héritage théorique de Gramsci commence à être assimilé et inspire notre combat pour reconstruire les conditions d’une hégémonie culturelle de classe : quel communiste français ne connaît pas « Bella Ciao » et « Bandiera rossa ! ». Comme vous, nous essayons de puiser dans l’histoire nationale, pas seulement dans celle du prolétariat mais dans celle de tous les groupes progressistes, de quoi nourrir notre résistance.

En résumé, la grande bourgeoisie détruit nos pays respectifs. Il s’ensuit que les travailleurs de France ont la mission historique de continuer la France, comme les travailleurs italiens doivent continuer notre nation-sœur. Et cela n’éloigne pas la perspective socialiste et communiste, d’autant que bien entendu nos nations ne sont pas isolées dans l’effrayante mondialisation capitaliste qui mène l’humanité au pire s’il n’y a pas de renaissance communiste du Mouvement communiste international au 21ème siècle. A une échelle très générale, Fidel Castro résumait admirablement la problématique nationale et internationale contemporaine à travers les deux slogans qui concluaient ses discours depuis 1989 et la chute imminente de l’URSS, qu’il avait anticipée : « la patrie ou la mort, le socialisme ou mourir ! ». Car d’une part, la révolution prolétarienne, porteuse de larges alliances anti-oligarchiques, doit assumer la continuité, voire la renaissance des nations rongées par l’impérialisme. Et puisque l’UE est une prison, pourquoi pas s’en évader à plusieurs à la fois ?

Mais à terme, le socialisme-communisme est aussi le seul recours pour l’humanité, voire pour la vie sur Terre, tant la généralisation des guerres impérialistes, la fascisation politique et la dévastation de l’environnement engendrée par la course au profit maximal sapent les bases matérielles, culturelles et morales de l’existence et de la dignité humaines.


Lotte sociali, elezioni presidenziali e antimperialismo nella Francia in crisi: il punto di vista dei comunisti

Intervista a Georges Gastaud, segretario nazionale del Polo di rinascita comunista in Francia.

Al pari di quanto avviene nel resto d’Europa, gli sconvolgimenti determinati dall’approfondirsi della crisi del capitalismo stanno lasciando un segno profondo nel panorama politico francese. La campagna elettorale per le elezioni presidenziali del prossimo 23 aprile si sviluppa in un quadro profondamente influenzato dal collasso del Partito socialista al governo con Hollande, travolta da continui scandali e artefice delle misure di macelleria sociale che, nella primavera del 2016, hanno scatenato un ciclo di lotte operaie e popolari d’inusuale radicalità nel Vecchio Continente di questo primo scorcio di XXI secolo. Le difficoltà che attraversa la destra “di governo” di François Fillon, protagonista insieme al Partito socialista del regime di alternanza che ha dominato la Francia dal 1958 ad oggi, completa la crisi del blocco politico neoliberista legato all’Unione Europea e all’asse atlantico con gli Stati Uniti. L’emersione di Emmanuel Macron e del suo movimento En marche! altro non è che un tentativo di restituire smalto all’euro-liberismo e prolungare di un quinquennio lo sviluppo delle politiche di austerità pretese dal Capitale monopolistico e dalle sue istituzioni. All’allungarsi dell’ombra di una fascistizzazione del paese transalpino, incarnata dal Fronte Nazionale di Marine Le Pen in tumultuosa ascesa, fa riscontro l’approfondirsi del dibattito a sinistra sulla democratizzazione della società e sulla rottura con le istituzioni del blocco imperialista euro-americano: espressione di questo fenomeno, il consenso crescente raccolto dalla candidatura di Jean-Luc Mélenchon e dal suo movimento La France insoumise (letteralmente “non sottomessa”).

Per approfondire radici e prospettive della situazione francese abbiamo intervistato Georges Gastaud, filosofo e segretario nazionale del Polo di rinascita comunista in Francia (PRCF). Il PRCF è un’organizzazione politica nata dal rifiuto di militanti, intellettuali e figure storiche provenienti dal Partito comunista francese di proseguire la propria militanza in un PCF giudicato ormai del tutto convertito al riformismo e all’europeismo, protagonista a più riprese di accordi di governo al ribasso con la socialdemocrazia che ne hanno compromesso la credibilità e dissolto il blocco sociale di riferimento, di fatto aprendo la strada all’involuzione reazionaria di cui la crescita del FN è una delle conseguenze.

Il PRCF ha accordato il proprio sostegno critico alla candidatura Mélenchon, senza per questo rinunciare a criticarne i limiti e a lavorare per una radicalizzazione del quadro politico che, passando per la rottura da sinistra con l’UE (“Frexit progressista”) e per l’uscita unilaterale dalla NATO, ponga le condizioni per un salto qualitativo nella lotta per il socialismo.

[Domanda] Le elezioni presidenziali si avvicinano e il PRCF ha espresso il proprio appoggio critico alla candidatura di Jean-Luc Mélenchon. Quali sono le motivazioni della vostra scelta?

[Georges Gastaud] Mélenchon e il suo partito, il Partito di sinistra, negli ultimi anni non hanno smesso di allontanarsi verso sinistra dal Partito socialista neoliberista. Questo cambiamento è il risultato, allo stesso tempo, dell’esperienza – disastrosa! – che i militanti di sinistra hanno fatto della socialdemocrazia al potere e del lavoro di massa metodico dei militanti autenticamente comunisti a proposito della Frexit progressista (uscita da sinistra della Francia dall’UE, NdR), della guerra e della pace, dell’unità combattiva della bandiera rossa con la bandiera della Rivoluzione francese, ecc. Innanzitutto Mélenchon avanza coraggiosamente la proposta di una rottura unilaterale della Francia con la NATO, elemento vitale in un periodo in cui l’Alleanza Atlantica prepara una guerra d’aggressione contro la Russia. Inoltre Mélenchon dichiara: “l’UE, o la cambiamo o la lasciamo!“; egli propone un piano A, la rifondazione sociale dell’UE e, in caso di rifiuto da parte di Merkel e soci, un piano B: l’uscita unilaterale. In altri termini, apre un dibattito di massa sulla Frexit progressista, anche se non offre alla questione che solleva una risposta altrettanto chiara di quella che offriamo noi del PRCF. Nel cumulo di rovine che è oggi la sinistra francese, in un momento in cui il PCF ufficiale difende a spada tratta il sacrosanto principio della costruzione europea e della rovinosa moneta unica mentre il Fronte nazionale, lo Stato di polizia e l’euro-dissoluzione della nazione avanzano a passi da gigante, i veri comunisti non devono fare gli schizzinosi di fronte alla possibilità che infine una sinistra euro-critica possa forse superare i socialisti pro-Maastricht, mantenendo aperto uno spazio politico progressista indispensabile alle lotte sociali. E si tratta di uno spazio assai minacciato: in seguito alle grandi lotte operaie contro la Loi Travail, la direttiva europea che da voi si è tradotta nel Jobs Act e in Belgio nella Loi Peters, più di duemila sindacalisti di CGT e SUD sono attualmente sotto processo davanti ai tribunali…

[D.] Quali sono invece le criticità che riscontrate nel profilo politico e programmatico di Mélenchon?

[G.G.] Ovviamente Mélenchon non è comunista e ci sono poche possibilità che lo diventi; nel suo partito sopravvivono illusioni “altreuropeiste”, come quella di un piano A di rinegoziazione dei trattati europei tra ventisette paesi! Inoltre la tendenza “insoumise” veicola ogni sorta d’illusioni pseudo-moderne sul movimentismo, lo spontaneismo, il rigetto del leninismo, il rifiuto di fare spazio a un vero partito comunista, l’idea che il cambiamento progressista debba interamente restare sul piano elettorale e legale, l’idea che la violenza rivoluzionaria sia obsoleta, come se il popolo e lui solo decidesse, e non la violentissima e reazionaria borghesia francese, che dispone del ripiego lepenista ed è pungolata da Berlino. Ma cosa devono fare dei veri comunisti a fronte di questo stato di cose? Rinchiudersi nel settarismo in attesa che la rivoluzione maturi da sola? Restaurare surrettiziamente la “unione della sinistra” con il Partito socialista neoliberista per salvare delle poltrone nelle istituzioni, prescindendo dalle basi programmatiche? Oppure lavorare alla rinascita di un vero partito comunista, cosa che implica un lavoro approfondito nei confronti degli operai e una “mano tesa” permanente ai comunisti esterni al PRCF – compresi ovviamente i membri ancora comunisti del PCF -, e alla costruzione di un largo Fronte antifascista, patriottico, progressista ed ecologico di cui la France insoumise di Mélenchon può essere un abbozzo? Ricostruire il partito comunista, sostenere il rinascente sindacalismo di classe, forgiare il e patriottico destinato a isolare il grande capitale, a contrastare la destra dura (Fillon), la nuova destra neoliberista (Macron) e la “Francia in ordine” fascista di Le Pen, e rompere la camicia di forza euro-atlantica, sono tutte lotte differenti, ma per nulla in contraddizione tra loro. Il nostro lavoro di comunisti è di articolarle senza confonderle. È quello che ci hanno insegnato, in condizioni differenti, non solo Lenin, ma Thorez in Francia, Togliatti in Italia e Dimitrov quando definiva le condizioni di principio di un Fronte popolare antifascista, patriottico e pacifico al VII Congresso dell’Internazionale comunista.

[D.] Tra le ragioni fondanti del vostro sostegno, vi sono dunque le posizioni espresse da Mélenchon riguardo l’Unione Europea. Ritenete che tali prese di posizione siano sufficienti ad aprire un serio dibattito a sinistra sulla rottura con l’UE e l’euro, capace d’intercettare i sentimenti e le aspirazioni delle masse?

[G.G.] Quelle proposte portano per la prima volta su vasta scala (non dimentichiamo che nel 2012 Mélenchon ha ottenuto quattro milioni di voti) il dibattito sulla Frexit progressista. Tuttavia, come dicevo, la France insoumise è un movimento assai composito di settori piccolo-borghesi e le sue posizioni ne risentono in modo importante. Per il momento, la campagna di Mélenchon ci sembra ancora non sufficientemente centrata tanto contro UE e NATO e per la pace, quanto sulle condizioni di vita della classe operaia e del popolo. Secondo noi occorre sistematicamente evidenziare la connessione tra la “costruzione” europea, la guerra, la fascistizzazione, la distruzione delle libertà sindacali e soprattutto l’austerità salariale, lo smantellamento dei servizi pubblici, le delocalizzazioni industriali, l’impoverimento dei ceti popolari e medi. È in questo spirito che abbiamo pubblicamente interpellato Mélenchon, non per rilanciare da sinistra rispetto alle sue proposte ma per dirgli: se vuoi superare elettoralmente il Partito socialista di Hamon e i neoliberisti di Macron, il Renzi francese, e se vuoi anche sgonfiare il voto operaio a favore del Fronte “nazionale”, bisogna privilegiare il riferimento al mondo del lavoro, aprire il grande dibattito sulla Frexit progressista permettendo una larga discussione tra coloro che credono ancora che si possa “cambiare l’UE” e quelli che, come noi, dimostrano che l’UE è una prigione dei popoli e che la sovranità nazionale non si negozia: essa si prende per avviare immediatamente, senza attendere chissà quale negoziato con la Merkel, le riforme progressiste che il nostro popolo non può più permettersi di attendere con calma.

[D.] In quale misura esistono già le condizioni per un’evoluzione del dibattito nella direzione per cui voi lavorate?

[G.G.] Evidentemente il gioco non lo gestisce solo Mélenchon: non si può ignorare il ruolo deleterio dei dirigenti del PCF che, mentre fingono di sostenere Mélenchon alle presidenziali, conducono un lavoro di fiaccamento nel paese chiedendo la fusione delle candidature Mélenchon e Hamon. Dimenticando giusto alcuni “dettagli”: che Hamon è al 100% per la NATO, per il rafforzamento immediato dell’Europa sovranazionale, (con un “parlamento della zona euro”), per portare il budget militare al 2% del PIL, per la “difesa europea”, ciò che significa consegnare a Berlino la chiave dell’arsenale nucleare francese. In breve “dimenticando” per sordide questioni di negoziazione di posti con il PS (in Francia non c’è il proporzionale, le elezioni parlamentari si fanno in due turni con dei negoziati tra i partiti) che sulla questione della NATO Mélenchon è nel campo della pace mentre Hamon e a fortiori Macron, Fillon e Le Pen sono nel campo della guerra. Una questione decisiva è quella dell’intervento unitario tra i lavoratori dei militanti autenticamente comunisti, compresi quelli che sono ancora membri del PCF ma che non seguono più la dirigenza di quel partito affiliato alla Sinistra Europea. Non spetta a Mélenchon, e in ogni caso non solo a lui di tornare a inquadrare correttamente le vere questioni. Non è lui a poter mettere in connessione Frexit progressista, classe operaia e lotta per il socialismo. Ciò spetta ai veri comunisti, uniti nell’azione nel comune rivolgersi al mondo del lavoro. Bisogna quindi evitare due tendenze ugualmente negative: la prima consistente nello “snobbare” Mélenchon dicendo “non è comunista, quindi non vado a votare”… lasciando così che la dirigenza del PCF favorisca in sordina il candidato del PS, e la seconda consistente nel sommarsi passivamente alla France insoumise e seguirla. Nel Fronte da costruire, bisogna in pari tempo unire forze sociali diverse e soprattutto assicurare l’intervento indipendente dei comunisti. Perché senza conquista del ruolo dirigente della classe operaia all’interno del Fronte Antifascista, Patriottico, Popolare ed Ecologico – che noi chiamiamo FRAPPE (in francese “attacco”, “colpo”, con connotazioni militari ma usato anche nella terminologia sindacale, NdR) – quest’ultimo non potrà né consolidarsi, né condurre a termine la Frexit, né mettere in connessione l’Europa delle lotte con la riconquista dell’indipendenza nazionale, né tantomeno inserirsi nei grandi scontri di classe che ne risulteranno per porre la questione decisiva: quella del socialismo.

[D.] Il rafforzamento del Fronte nazionale provoca allarme e interroga sulle conseguenze del crescere del senso comune reazionario in seno alle classi popolari francesi. Pensi che esista in Francia un pericolo fascista?

[G.G.] Da anni il PRCF, e prima di lui i suoi fondatori, denunciano la tendenza alla fascistizzazione prodotta da due fenomeni connessi: la restaurazione controrivoluzionaria del capitalismo in URSS e nell’Europa dell’Est e l’accelerazione della “costruzione europea” che ha permesso la rivincita dell’imperialismo tedesco, la ricolonizzazione e l’annessione di fatto degli ex paesi socialisti e la criminalizzazione dei partiti comunisti in ex-DDR, in Polonia, nei Paesi baltici, in Bulgaria, Repubblica ceca, ecc. A partite dagli anni ’90 noi dicevamo che la criminalizzazione della Rivoluzione d’Ottobre e del paese di Stalingrado non avrebbe potuto che condurre a una riabilitazione rampante dei nostalgici del fascismo, allo scontro con la Russia, anche se postcomunista e, parlando della Francia, a rimettere in discussione le conquiste della Resistenza, ma anche della Rivoluzione francese e di quanto ne è seguito. Ora ci siamo arrivati e il FN è la parte emersa, l’ala in movimento del processo di fascistizzazione. Dimitrov spiegava già nel 1935 che il fascismo non arriva mai al potere senza da un lato la fascistizzazione della democrazia borghese e dall’altro senza uno scontro, a volte assai violento, con i partiti borghesi tradizionali, senza parlare della violenza anti-operaia. Oggi il FN dichiara che la Francia è “minacciata dalla guerra civile” a causa della “immigrazione” e, d’altra parte, si dichiara fautore della “Francia in ordine”. Evidentemente la Francia non è ancora un paese fascista, esistono da noi forti tradizioni democratiche, ma le elezioni presidenziali – che avvengono in un clima deleterio, sullo sfondo di scandali di corruzione che scoppiano da tutte le parti e da cui il FN non è d’altra parte risparmiato – possono far fare al paese un salto qualitativo sulla via della fascistizzazione.

[D.] Qual è la natura dell’antifascismo praticato dal PRCF?

[G.G.] L’antifascismo del PRCF è in qualche modo genetico. Basta evocare il nome del nostro presidente, Léon Landini, figlio di un comunista e antifascista italiano, eroe deiFranchi tiratori e Partigiani della Mano d’opera Immigrata (i gruppi combattenti organizzati dal PCF che si battevano con i FTPF, i partigiani francesi), come quelli di molti alti veterani del nostro movimento. Ma soprattutto, noi non separiamo l’antifascismo dalla lotta contro l’euro-dissoluzione nazionale del nostro paese. Non bisogna cadere nella trappola di una union sacrée dietro al partito social-maastrichtiano, e meno che mai dietro Macron o il borghese reazionario Fillon, il Thatcher francese. Ben inteso, alla base occorre tendere la mano a tutti gli antifascisti sinceri, ma senza per questo legittimare la costruzione euro-atlantica che, distruggendo la Francia, le sue fabbriche, i suoi servizi pubblici, le sue tutele sociali, la sua scuola pubblica, le sue libertà democratiche e finanche la sua lingua nazionale vessata dalla terminologia inglese dei settori dominanti, promuove ogni giorno il FN strumentalizzandolo per obbligare il popolo a votare per dei politici che esso condanna, in nome di un antifascismo fatto di pura apparenza. In realtà, il PRCF chiama a rompere la tenaglia che schiaccia il nostro paese tra i falsi progressisti dell’euro-dissoluzione nazionale e gli aperti reazionari e finti patrioti del FN e della destra dura risucchiata nella sua scia.

[D.] Di che natura sono, in questa fase, i rapporti del FN con le classi dominanti e l’apparato statale francese?

[G.G.] Per il momento una parte importante del grande capitale diffida ancora del FN, la cui retorica “populista” implica una parte di demagogia sociale e di ostentata ostilità verso l’UE. Perché la parte decisiva dell’oligarchia, il MEDEF (Confindustria francese, NdR) e il CAC-40 (le principali imprese “francesi” quotate in Borsa) è completamente impegnato nella strategia di euro-dissoluzione che è stata messa nero su bianco nel programma del MEDEF intitolato “Bisogno d’aria”, o come in altri tempi si sarebbe detto in modo più schietto, di “spazio vitale”. Stati Uniti d’Europa, primato del globish sulla lingua nazionale, regionalizzazione alla tedesca della nostra repubblica giacobina una e indivisibile, “Unione transatlantica”; il grande padronato non dissimula nemmeno di essere pronto a liquidare lo Stato nazionale sorto nel 1789 per conquistarsi un posto al sole della globalizzazione euro-atlantica, per schiacciare la classe operaia, deindustrializzare il paese e farne una zona di logistica improduttiva e di parassitismo finanziario e turistico. Quindi se l’oligarchia può per il momento favorire Fillon o Macron, o al limite Hamon, ma assolutamente non Mélenchon, di certo non punterà immediatamente su Le Pen. Il voto le può però sfuggire di mano, come è avvenuto in occasione di quello del 2005 sulla costituzione europea. Ma soprattutto, il FN rimane l’ultima cartuccia per “mettere la Francia in ordine” semmai Fillon o Macron dovessero suscitare una rivolta di massa di cui le grandi lotte operaie della primavera 2016 sono state un’anticipazione. La classe operaia, la gioventù e il mondo del lavoro non hanno detto la loro ultima parola e non hanno dimenticato di certo le loro grandi tradizioni rivoluzionarie, e anche comuniste: è stato proprio in Francia, sulla scia della Rivoluzione giacobina, che il “nostro” grande Gracco Babeuf e il “vostro” Filippo Buonarroti hanno fondato l’antenato dei partiti comunisti, la Congiura degli Eguali. Nell’attesa, il FN tesse la sua tela nella polizia, sempre più brutale e razzista – i sondaggi parlano di una maggioranza di poliziotti che già vota FN – e nell’esercito. Per noi non si tratta di dire semplicemente, come degli anarchici, “abbasso l’esercito e gli sbirri”, ma, tenendo presente il ruolo degli apparati dello Stato nella democrazia borghese in via di fascistizzazione, di inserirci nelle contraddizioni di un apparato di Stato che agisce in modo sempre più brutale mentre non cessa di rivendicare la libertà, eguaglianza e fratellanza repubblicane!

[D.] La crisi economica ha accelerato il processo di definizione di una nuova divisione del lavoro all’interno del blocco imperialista, le cui conseguenze in Italia si fanno sentire già da tempo con lo smantellamento del nostro apparato produttivo nell’ottica della retrocessione del nostro paese a potenza economica di secondo piano. Che posizione occupa la Francia in questa ridefinizione della gerarchia imperialista?

[G.G.] L’evoluzione dei nostri due paesi presenta più di un’analogia. Già Lenin aveva previsto, nel suo studio classico sull’imperialismo, che il capitalismo giunto allo stadio monopolistico si sarebbe tradotto in una distruzione dell’industria nei paesi del centro, tramite l’estorsione di un plusvalore massivo sui paesi di quello che lui chiamava l’Oriente e conseguentemente, tramite un’evoluzione delle economie centrali verso il parassitismo economico. Ci siamo arrivati. Parlando della Francia ci sono anche delle forti ragioni politiche per l’enorme sfascio industriale che abbiamo subito a partire dagli anni ’70. Dopo l’immenso sciopero proletario del 1968, le borghesie tedesca e francese si sono suddivise i ruoli. La Germania capitalista, giudicata socialmente più calma, ha conservato l’essenziale della sua grande industria, mentre in Francia sono stati precipitosamente liquidati le miniere, la siderurgia, il tessile, dove la CGT e il PCF erano ben radicati, così come interi settori del bracciantato rosso. Contemporaneamente la Francia borghese sviluppava la finanza, il turismo di alta fascia, i trasporti e soprattutto un forte complesso militare-industriale trainato dall’arma atomica. Ma ben inteso, dal momento che è sempre il plusvalore estorto al lavoro produttivo salariato la fonte profonda della ricchezza, lo squilibrio tra Francia e Germania non ha cessato di accrescersi. Inoltre, sul piano geopolitico, una politica borghese di tipo gaullista è divenuta ben più difficile. Una simile politica era possibile quando il Generale De Gaulle poteva giocare sulla competizione sovietico-americana per far valere la Francia borghese come una sorta di arbitro internazionale che certamente restava nel campo anticomunista, ma che poteva usare le sue relazioni con l’URSS o con la Cina per bilanciare l’influenza statunitense. Con il crollo dell’URSS e la riunificazione tedesca, la servitù volontaria dell’oligarchia francese nei riguardi ora di Berlino, ora di Washington, ora di entrambe e la sua subordinazione alla costruzione di un Impero euro-atlantico, non hanno fatto che aggravarsi. Ciò s’inscriveva d’altra parte in una assai antica tendenza delle classi privilegiate francesi a subordinarsi a dei potenti “protettori” stranieri per difendere i loro vantaggi e tenere il popolo sottomesso. Lo si è visto all’alba della costruzione nazionale francese, all’epoca di Giovanna d’Arco, quando la Chiesa cattolica vendette l’eroina popolare nazionale alla monarchia inglese, sotto la Rivoluzione francese quando le classi privilegiate dell’Ancien Régime passarono armi e bagagli con le armate della Coalizione antifrancese, sotto la Comune di Parigi, quando Thiers e Bismarck si associarono per schiacciare l’insurrezione patriottica e internazionalista degli operai parigini, negli anni ’30 e ’40 in cui la borghesia ha fatto scientemente la scelta della disfatta davanti a Hitler per schiacciare gli operai francesi e liquidare il Partito comunista, la CGT e le conquiste del Fronte Popolare del 1936.

[D.] E dunque che posizione occupa la Francia nella ridefinizione in atto della gerarchia imperialista?

[G.G.] Sarebbe falso dedurre da quanto detto che l’imperialismo francese sia scomparso o che la Francia sia divenuta un paese dominato. Essa è piuttosto un paese vassallo volontario di imperialismi più potenti. È proprio l’imperialismo francese, nemico principale del popolo francese e della nazione, che si subordina a Berlino e Washington per ottenere come contropartita dei posti al sole per l’oligarchia francese. La quale nemmeno parla più la lingua nazionale, dal momento che gli amministratori delegati del CAC-40 vivono in maggioranza a New York… Dopo De Gaulle, la Francia era sullo stesso piano della Repubblica Federale di Germania, le due unite nella tristemente nota coppia franco-tedesca. Oggi la Francia potrebbe diventare la prima dei PIGS e non più la seconda della coppia dominante. Nondimeno, una parte della grande borghesia francese tenta di rifondare la coppia franco-tedesca sfruttando la Brexit e mettendo sul tavolo il suo ultimo vantaggio: l’arsenale nucleare francese e il seggio della Francia nel Consiglio di Sicurezza dell’ONU, i quali verrebbero messi a disposizione dell’UE…in cui la Germania non sarebbe più egemone! Con dei rischi enormi per la pace in Europa e senza dubbio, con un calcolo segreto avente come bersaglio le forze popolari francesi. In effetti, essendo state le forze militari classiche francesi largamente ridimensionate dall’euro-austerità, a lungo termine è impossibile restare forti militarmente e deboli economicamente: gli stessi USA cominciano a fare i conti a loro volta con questa contraddizione. In una prospettiva d’integrazione che si evolva in questa direzione, l’indipendentismo progressista di cui sono portatori i veri comunisti e in parte Mélenchon diventerebbe più difficile da attuare. Per dirla tutta la Frexit progressista, e più ancora l’avanzata verso il socialismo, diventerebbero de facto se non impossibili, quantomeno estremamente acrobatiche. In breve, il blocco maastrichtiano della Francia, ma anche dell’Europa delle lotte, che passa attraverso l’ultima distruzione del potenziale rivoluzionario francese, diverrebbe quasi irreversibile. Si tratta di un’impresa imperialista tremendamente reazionaria. Perché dopo aver distrutto l’URSS e il campo socialista, schiacciato la Grecia madre dei Lumi, la posta in gioco per l’imperialismo non è altra, in questa “reazione su tutta la linea”, che chiudere il ciclo storico preparato dal Rinascimento italiano, aperto in grande dalla Rivoluzione francese e prolungatosi nel Risorgimento con la figura a un tempo italiana e francese – era nizzardo – di Garibaldi. Insomma, la posta in gioco di uno sfascio della Francia per euro-disintegrazione o peggio, il disonore che sarebbe per il nostro popolo e per la sua classe lavoratrice la fascio-lepenizzazione del paese, costituirebbero una nuova catastrofe per i rapporti di forza mondiali tra forze reazionarie e forze di progresso.

[D.] Nell’ultimo decennio abbiamo assistito a un nuovo protagonismo militare dell’imperialismo francese nell’ambito della NATO (Costa d’Avorio, Libia, Mali, Siria, ecc.): come interpreti questo dato? 

[G.G.] È un classico: più una forza reazionaria è in declino e più diviene aggressiva. Pavida nei confronti dei forti, impietosa con i deboli. In realtà la Françafrique, cioè lo spazio neocoloniale francese, è in piena crisi. Lo spettro rosso di Sankara continua ad aggirarsi per l’Africa! Approfittando della Primavera araba, l’imperialismo francese ha tentato di contrattaccare in Libia e soprattutto in Siria. Ma nella nostra epoca, questa riconquista coloniale operata sotto la maschera dei diritti umani passa per una subordinazione profonda all’imperialismo americano. Da patrioti, noi diciamo che l’imperialismo francese non è soltanto nemico dei popoli africani e arabi, ma è anche il principale distruttore della nazione francese perché un popolo che ne distrugge altri non può che distruggere se stesso, soprattutto in questo periodo in cui tutta l’umanità è oggettivamente legata in solido nel bene come nel male. I comunisti francesi devono far rivivere le grandi tradizioni anticoloniali del Partito comunista francese, non solo per dovere internazionalista ma anche per una questione di onore e sopravvivenza della nazione.

[D.] Le lotte operaie della scorsa primavera hanno riproposto la Francia come “paese tradizionale della lotta di classe”, ma l’assenza di una loro compiuta espressione politica a sinistra sembra comprimere le potenzialità della mobilitazione dei lavoratori. Come valutate il ruolo del PCF?

[G.G.] In Francia viviamo l’epoca delle contraffazioni. Il PCF sta al comunismo di Jacques Duclos come il PS sta al socialismo di Jean Jaurès e i “Républicains” (nuovo nome dell’UMP, il partito di Sarkozy e Fillon, NdR) al patriottismo gaullista. Per essere chiari, cos’ha ancora di comunista un partito che da più di quarant’anni (l’abbandono della dittatura del proletariato è avvenuto nel 1976), ha abbandonato in successione i suoi fondamenti marxisti-leninisti, salutato l’implosione del campo socialista come un grande “sconvolgimento democratico”, supportato la costruzione europea imperialista proponendo di “riorientarla a sinistra”, partecipato a due governi social-europeisti (sotto Mitterrand e poi sotto Jospin), e che oggi usa un doppio linguaggio fingendo di sostenere Mélenchon mentre ammicca al candidato del PS e propone una “unione” con un candidato vicino all’UE e alla NATO? Al fondo, se il FN oggi è così forte tra la classe lavoratrice, non è forse in larga misura perché è venuto meno il partito storico del proletariato, che ancora ieri combatteva l’UE, difendeva il “produrre in Francia”, univa la bandiera rossa con quella nazionale, sosteneva il sindacalismo di classe e faceva della classe operaia un soggetto centrale della storia nazionale? Facendo proprio il tema social-europeista del “riorientamento progressista dell’Europa”, difendendo l’euro, correndo di continuo per ragioni elettoraliste dietro al Partito “socialista” pro-Maastricht, abbandonando le sue cellule sui luoghi di lavoro, relegando nel museo il suo linguaggio marxista e finanche l’espressione “classe operaia”, le dirigenze del PCF che si sono succedute hanno creato un enorme spazio per i temi nazionalisti e populisti del Fronte nazionale: quest’ultimo ha d’altra parte ripreso il nome dell’organizzazione unitaria di combattimento che il glorioso PCF clandestino aveva creato per battersi contro l’occupante tedesco e il regime collaborazionista di Vichy… La classe operaia però non è sparita e la scorsa primavera ha combattuto, a volte anche fisicamente, le forze della repressione e i loro provocatori, affermando il suo ruolo dirigente potenziale. Questo ha scatenato una campagna d’odio forsennata contro la CGT. Ben inteso, la classe operaia è stata indebolita dalle privatizzazioni e dalle delocalizzazioni industriali, ma ciò che più le manca è soprattutto un partito d’avanguardia e un orientamento sindacale di classe conseguente che permetta alla nostra classe di tornare ad essere il soggetto centrale della storia nazionale. È alla ricostruzione di questo partito comunista a partire dalle lotte, dall’unione dei comunisti, da una strategia di rottura da sinistra con l’UE che apra la via alla rivoluzione socialista che lavorano i comunisti del PRCF.

[D.] Cosa pensate si debba fare per salvaguardare il carattere conflittuale del movimento sindacale francese? Che ruolo gioca in questo contesto l’attuale direzione della CGT?

[G.G.] Da più di trent’anni, i militanti sindacali di classe appoggiati dai comunisti lottano instancabilmente contro la deriva dei dirigenti della CGT che, mentre si riempivano la bocca con l’indipendenza sindacale, seguivano la stessa evoluzione dei dirigenti del PCF. Così la CGT ha rinunciato ai riferimenti alla lotta di classe, alla Federazione sindacale mondiale e all’esproprio dei capitalisti per avvicinarsi al sindacato CFDT, che è poco a poco divenuto una cinghia di trasmissione diretta del padronato, e per affiliarsi alla disastrosa Confederazione europea dei sindacati, che è oggi un vero blocco imposto all’Europa delle lotte. Per esempio la CES non ha dato il minimo sostegno ai lavoratori francesi nella loro lotta della scorsa primavera contro la distruzione del Codice del lavoro, mentre la FSM inviava i suoi dirigenti a sfilare al nostro fianco. Tuttavia l’esperienza delle lotte, combinata con le spiegazioni pazienti dei militanti autenticamente comunisti e del Fronte sindacale di classe (fronte dei militanti sindacali su posizioni conflittuali sostenuto dal PRCF, NdR), ha permesso delle chiarificazioni. Nel 2015 e nel 2016, la CGT è stata attraversata da una crisi salutare che ha visto l’intervento critico di numerose basi sindacali rosse. L’ex segretario generale, Thierry Le Paon, che proseguiva la linea disfattista del “sindacalismo riunito” di Bernard Thibault, è stato scaricato dai lavoratori. Ciò ha reso possibile l’emersione di Philippe Martinez che ha onorevolmente svolto il suo ruolo alla testa delle lotte durante tutto il conflitto. Ma per il momento la CGT resta in mezzo al guado. È ancora affiliata alla CES e si guarda bene dall’affrontare l’intoccabile costruzione europea. Essa continua ad attendere la convergenza delle lotte e dei conflitti territoriali senza davvero perseguire una strategia di “tutti insieme contemporaneamente”. In occasione delle elezioni nazionali essa non prende posizione contro la socialdemocrazia, malgrado questa abbia duramente represso i sindacalisti CGT. Insomma, bisogna accentuare lo scontro di classe e le spiegazioni dei militanti rossi per denunciare la fonte principale della deindustrializzazione e della privatizzazione generale: la costruzione dell’Impero europeo del capitale.

[D.] La vostra organizzazione nasce per ricostruire un partito comunista d’ispirazione marxista-leninista nella Francia di oggi. Come vi ponete rispetto all’eredità storica del PCF?

[G.G.] Noi rivendichiamo la grande eredità ricompresa tra il Congresso di Tours e la “mutazione” (politica di mutazione genetica in senso riformista perseguita dal PCF a partire dagli anni ’90, NdR), compresi certi aspetti della lotta patriottica che ha condotto ancora il dirigente operaio Georges Marchais, malgrado le sue già numerose derive verso l’eurocomunismo. Il Congresso di Tours, dove il PCF si è separato dal PS in seguito alla Rivoluzione d’Ottobre: sotto nuove forme, un congresso del genere sarebbe assai necessario ai giorni nostri per riunire tutti i veri comunisti, ovunque essi militino – eccettuati i partiti trotzkisti – e contemporaneamente separarli sul piano dell’organizzazione dai dirigenti euro-riformisti del PCF. Tutto il periodo del Fronte popolare, della Resistenza antifascista, della Liberazione, delle grandi riforme promosse dai veri ministri comunisti del 1945/47, le lotte anticoloniali, appartengono alla nostra eredità. Ciò non significa che il PCF non abbia commesso alcun errore, ma globalmente esso è sempre rimasto dalla parte degli oppressi, dell’indipendenza nazionale, della democrazia e della pace. Insomma, noi mettiamo in pratica ciò che Lenin chiamava “assimilazione critica dell’eredità“. Certamente come in ogni eredità, e questo vale anche per il nostro rapporto con i paesi socialisti e l’Internazionale comunista, ci sono attivi e passivi. Ma per passare al vaglio un’eredità – è una regola antropologica – bisogna innanzitutto assumerla, a differenza dei revisionisti di destra o di sinistra che rinnegano il loro passato e lo criticano da un punto di vista borghese o piccolo-borghese. Occorre dunque superare quella che Domenico Losurdo chiama “autofobia dei comunisti”. Ma parlando del PCF e del PCI, i nostri due grandi partiti di riferimento che furono a un tempo patriottici e internazionalisti, bisogna anche superare radicalmente l’autofobia nazionale, sorella della xenofobia, che la grande borghesia e la social-eurocrazia vorrebbero instillare nelle nostre teste facendoci confondere il rigetto del nazionalismo imperialista col disprezzo autofobo per i nostri popoli, le nostre lingue, le nostre storie. Come si può fare la rivoluzione con il proprio popolo se lo si disprezza? Il “Manifesto del partito comunista”, che si conclude con il vibrante e più che mai giusto “proletari di tutti i paesi, unitevi”, non chiedeva forse ai differenti proletariati nazionali di “diventare la nazione”?

[D.] Quali risultati avete già raggiunto nel vostro lavoro di ricostruzione della soggettività comunista e quali sono i vostri obiettivi in questa fase?

[G.G.] Siamo riusciti a consolidare un’organizzazione ancora piccola ma molto coerente, combattiva, fraterna, che pubblica un mensile, Initiative communiste, una rivista teorica, Étincelles, dispone di un sito internet di successo (il decimo sito politico più visitato in Francia), di relazioni internazionali relativamente estese, di una ricerca non trascurabile sull’economia e il materialismo dialettico, di un lavoro costante e accanito contro la criminalizzazione del comunismo storico e delle rivoluzioni. Proponiamo una strategia innovativa che riprende il meglio dei principi del Fronte antifascista, popolare, patriottico caldeggiato da Dimitrov: un fronte oggi non più da farsi con i partiti socialdemocratici, totalmente asserviti all’UE, ma contro di loro e sulla base di una larga convergenza antimonopolista centrata sul mondo del lavoro. L’idea della Frexit progressista, che al momento della sua fondazione nel 2004 solo il PRCF sosteneva, progredisce largamente nella sinistra radicale e tra i comunisti, come abbiamo visto prima. Dobbiamo rendere ancora più evidente l’unità della Frexit progressista con la rivoluzione socialista, contrastando chi vuole una rottura borghese con l’UE e chi al contrario disdegna la lotta democratica contro l’UE perché esige il socialismo immediatamente o niente. La realtà è che non ci sarà nessuna Frexit se la classe operaia non se ne pone alla testa, mettendo in connessione indipendenza nazionale e progresso sociale. E se la Frexit si facesse sulle basi progressiste per le quali noi ci battiamo, gli scontri di classe nazionali, ma anche internazionali che ne risulterebbero, in considerazione del ruolo della Francia in Europa, porrebbero rapidamente la questione di chi comanda in Francia: la classe operaia e i suoi alleati o l’oligarchia e i suoi seguaci. In breve, esiste un legame dialettico tra la Frexit e il socialismo, al quale noi ci riferiamo come la politica delle “quattro uscite”: dall’euro, dall’UE, dalla NATO e dal capitalismo.

[D.] Quali similitudini individui tra la situazione francese e quella italiana? Che spazi individui per una riflessione comune sul tema della ricostruzione del movimento comunista nei nostri paesi?

[G.G.] Per quanto ne so, i nostri due paesi subiscono offensive non identiche, ma analoghe. Euro-distruzione delle forze produttive industriali e agricole, negazione delle nostre lingue latine in nome del globish portato dai sostenitori del Patto transatlantico, (auto)distruzione del movimento operaio di classe da parte delle forze esterne ed interne, ecc. Ma oltre al fatto che le traiettorie storiche della Penisola e dello spazio gallico s’intrecciano da 2500 anni, i nostri due movimenti comunisti si sono spesso evoluti in parallelo; per il meglio, Gramsci e Cachin, Thorez e Togliatti, Duclos e Longo; per il peggio, con l’enorme deviazione a destra, antileninista, social-europeista e antisovietica dell’eurocomunismo. Apparentemente, da voi il PCI si è auto-dissolto senza posa mentre da noi i dirigenti del PCF non hanno ancora potuto arrivare a quel punto. Ma non è necessariamente più facile ricostruire de novo che subire la concorrenza di una contraffazione politica che continua a prevenire una rinascita e a screditare in incessanti commistioni con il PS il nome dei comunisti. In Francia, l’eredità teorica di Gramsci comincia a essere assimilata a ispira la nostra battaglia per ricostruire le condizioni di un’egemonia culturale di classe: quale comunista francese non conosce Bella Ciao e Bandiera rossa?! Come voi, noi cerchiamo d’individuare nella storia nazionale, non soltanto in quella del proletariato ma in quella di tutti i gruppi progressisti, ciò di cui nutrire la nostra resistenza. Riassumendo, la grande borghesia distrugge i nostri rispettivi paesi. Ne consegue che i lavoratori di Francia abbiano la missione storica di perpetuare la Francia come i lavoratori italiani devono perpetuare la nostra nazione sorella. Questo non allontana la prospettiva socialista e comunista, a maggior ragione dal momento che chiaramente le nostre nazioni non sono isolate nella spaventosa globalizzazione capitalista che trascinerà l’umanità verso il baratro, se non si produce una rinascita del Movimento comunista internazionale nel XXI secolo. In termini generali, Fidel Castro riassumeva mirabilmente la problematica contemporaneamente nazionale e internazionale attraverso due slogan che concludevano i suoi discorsi a partire dal 1989, a partire dalla caduta imminente dell’URSS che egli aveva anticipato: “patria o morte, socialismo o morte!“. Perché da un lato la rivoluzione proletaria, portatrice di larghe alleanze anti-oligarchiche, deve assumere la continuità, oppure la rinascita delle nazioni erose dall’imperialismo. E poiché l’UE è una prigione, perché non evaderne a gruppi? In prospettiva, però, il socialismo-comunismo è la sola risorsa per l’umanità, ma anche per la vita sulla Terra, tanto la generalizzazione delle guerre imperialiste, la fascistizzazione politica e la devastazione dell’ambiente generata dalla corsa alla massimizzazione del profitto minano le basi materiali, culturali e morali dell’esistenza e della dignità umane.

25/03/2017 | Copyleft © Tutto il materiale è liberamente riproducibile ed è richiesta soltanto la menzione della fonte.