Non à la nouvelle guerre froide (en attendant pire ?) !

Par Karim Philippe, psychanalyste (USA) –  Alors que les États-Unis continuent d’intensifier une rhétorique de guerre froide contre la Russie, la Chine et tout autre pays socialiste ou enclin à une politique souveraine, la France impérialiste vassalisée de M. Macron s’exhibe de plus en plus partie constituante des intérêts américains dans le monde.

Le 8 février de cette année, le ministère des Armées annonçait que le sous-marin nucléaire d’attaque Émeraude avait effectué un passage en Mer de Chine. Dix jours plus tard, le 18 février selon Asialyst, un porte-hélicoptère et une frégate de la marine française se sont dirigés vers la Mer de Chine, leur but étant de sillonner la région maritime revendiquée par la Chine ; un acte aligné sur la politique américaine qui ne peut être défini que comme provocateur. D’autant plus étrange que lorsque la Marine française a été confrontée tout récemment aux provocations de la Marine turque néo-ottomane au large de la Libye et en Méditerranée orientale, les « alliés » atlantiques de l’OTAN, Etats-Unis et RFA en tête, ont regardé… ailleurs!

 Pour la première fois, des forces maritimes françaises se sont jointes à l’Australie, à l’Inde, au Japon et aux États Unis pour deux jours et ont dirigé des exercices militaires en Mer de Chine méridionale.

Le 11 mai prochain, le ministère de la Défense japonais a annoncé que des exercices militaires maritimes se dérouleront dans le sud du pays avec la participation des États Unis… et de la France.

Macron, sans vote du parlement, plonge la France dans l’escalade guerrière de l’OTAN

Dans le dos du peuple français, voire du Parlement, qui n’ont débattu de rien, la France capitaliste est de toute évidence aujourd’hui visiblement impliquée et engagée dans l’axe géopolitique de l’impérialisme américain. Si l’OTAN, qui peut être défini comme la branche européenne des armées américaines pour “contenir” la Russie et empêcher tout rétablissement du socialisme en Europe de l’Est, l’accélération du rapprochement entre l’Australie, le Japon, l’Inde et les États Unis, formant ainsi le soi-disant “Quad” (= Quadrilatère) représente l’ambition impérialiste de créer une force similaire à l’OTAN pour la région indopacifique, force dont l’objectif sera principalement de contenir et d’encercler la Chine populaire ; le tout supervisé par les États-Unis.

Les activités de la Marine française ne font que refléter l’intégration des forces françaises par l’intermédiaire de l’OTAN au sein de la force militaire impériale américaine et de son expansion et réorganisation contre la Russie et la Chine, pour ne citer que ces nations.

La France de M. Macron et le retour de celle-ci dans la région indopacifique ne peut faire qu’écho au colonialisme français dans l’Indochine de naguère. La France de M. Macron, bien entendu, en bon laquais de l’impérialisme américain, obéit aux ordres. La politique internationale de Mr. Macron n’est que l’extension de la géopolitique américaine et dont l’objectif n’est que la protection des marchés internationaux privatisés (bien qu’en bon « patriote », il puisse privilégier les intérêts capitalistes français, eux-mêmes en passe de déserter l’Hexagone: cf le Manifeste publié par le MEDEF en 2021 et intitulé « besoin d’aire »), la facilitation de l’hégémonisme américain et la suprématie des capitalismes nationaux et transnationaux. Les implications de la Marine française en mer de Chine ne font que refléter le patriotisme de classe de Mr. Macron, plutôt tourné vers ses maitres capitalistes que vers le peuple français.

L’accélération et la fréquence des « narratifs » antirusses et antichinois (et leurs dérivés, anti-Cuba, anti-Venezuela, anti-Iran, etc.) dans les médias de monopoles n’expriment que l’angoisse des capitalistes et de leurs représentants gouvernementaux face à des nations, soit indépendantes du contrôle Euro-américain, soit socialistes ou socialisantes.

Un guerre froide qui chauffe déjà en guerres hybrides

Dans ce contexte international, une nouvelle guerre froide – qui peut très vite se réchauffer dangereusement – s’élabore, de fait une guerre que l’on peut dire hybride. L’élection de J. Biden a permis un rapprochement entre l’UE, l’OTAN et les États Unis et une reconfiguration géopolitique de cette nouvelle guerre froide, sans cesse provoquée et nourrie par l’axe Euro-Américain. De toute évidence, la carte des quelques 800 bases militaires américaines dans le monde et la distribution des forces armées est en train de s’organiser de façon particulièrement agressive contre la Chine et la Russie. Cette guerre hybride est en train de se dérouler sous nos yeux.

Blindés de l’armée française à Manbij, syrie, avril 2018

Une guerre hybride se présente sur plusieurs fronts ; d’abord un front militaire et ensuite un front politique et social.

Sur le front militaire, une pression stratégique est appliquée telle celle de l’OTAN pour amener ses troupes aussi près que possible des frontières russes. A ces fins, des conflits peuvent être provoqués (ex., ) ou des exercices militaires activés.  Du côté de la Chine, cette pression s’exprime par une navigation provocatrice continue en Mer de Chine méridionale, par un armement intensifié de Taiwan, par des accrochages répétés entre forces chinoises et indiennes, sous la houlette de l’autocrate hindouiste ultraréactionnaire Modi, sans oublier l’utilisation par à-coup de l’expansionnisme néo-ottoman de la Turquie d’Erdogan, y compris sur les platebandes traditionnelles de l’impérialisme français décadent, de l’Afrique subsaharienne à la région du Liban: que Macron ne s’attende surtout pas à ce que le suzerain yanqui lui renvoie l’ascenseur dans son ex-  » pré-carré » de la « Françafrique » en plein délitement. Cette pression se caractérise par une activité militaire limitée mais continue de provocations, de militarisation croissante, etc.

Cette guerre hybride implique également des aspects non-militaires qui sont souvent calqués sur les pratiques antisoviétiques telle l’affaire Navalny et la tentative de canoniser celui-ci comme l’étaient les dissidents soviétiques de naguère, les Soljenitsyne et autres nostalgiques de la Russie blanche. Cette guerre multidimensionnelle, déjà commencée mais « à basse intensité », implique également le financement et la gestion programmée de « révolutions » dites de couleur (tentatives de coup d’Etat pro-UE et pro-USA travesties en « luttes pour la démocratie ») destinées à déstabiliser la vie politique et économique intérieure d’une . Ce genre de stratégie fut un succès pour les forces réactionnaires en Yougoslavie et en Ukraine mais sont un échec en Biélorussie et à Hong Kong. La promotion de telles « révolutions » est l’une des stratégies préférées des pouvoirs impérialistes, notamment depuis l’époque où, avec l’aide de la social-démocratie européenne et des ex-PC devenus « eurocommunistes », la contre-révolution en URSS et en Europe orientale, qui a mondialement restauré l’exploitation capitaliste, a été présentée partout comme une « révolution démocratique ». Cette stratégie s’augmente également de campagnes dites humanitaires et de protection des droits de l’homme auxquelles l’axe euro-américain impérialiste s’adonne avec une immense ferveur proportionnelle à son hypocrisie. Il est facile d’observer cela lorsque la campagne humanitaire pour le droit des Ouïghours et l’accusation sans preuve de génocide contre la Chine s’accompagne de la promotion d’un mouvement islamiste indépendantiste pour la région du Xinjiang, alors même que les USA, la Grande-Bretagne et la France macroniste ont un bilan accablant dans la crise du Covid comparativement aux bons résultats des politiques sanitaires chinoise ou cubaine.

À cela bien sûr, peuvent être rajoutées, sinon embargos, sanctions après sanctions politiques, économiques, immobilières, etc. contre des États, des individus, des entreprises ; tout cela sur un fond de coercition extraterritoriale du système légal américain. A ces sanctions s’ensuivent l’expulsion d’individus (russes, chinois, iraniens, etc.), la mise en place de listes noires (individus, entreprises, etc.), des blocages de fonds (or vénézuélien), etc., des sabotages directs et indirects de projets économiques chinois ou russes (Nord Stream 2 et la Route de la Soie parmi d’autres).

Et bien sûr, un tir de barrage continu d’information négative, calomnieuse et mensongère contre la Chine, Cuba, le Venezuela et la Russie est diffusé sur toutes les plateformes médiatiques disponibles.

Les contradictions du capitalisme ne peuvent plus être cachées, encore une fois, comme un refrain, la menace exterministe nucléaire revient sur la scène

 Les contradictions du capitalisme ne peuvent plus être cachées. La dernière crise économique (2008) et la pandémie y ont veillé.  La guerre hybride reste la seule solution pour essayer d’entraver l’agonie d’un système historiquement, politiquement et économiquement essoufflé, impossible à réformer et incapable d’organiser et de soutenir une organisation sociale humaine équitable et écologique.

Et donc, encore une fois, comme un refrain, la menace exterministe nucléaire revient sur la scène lorsque des officiers américains s’expriment prêts à lancer une première frappe nucléaire sur la Chine ou lorsque le Royaume-Uni a révélé (mars 2021) qu’il allait augmenter sa quantité d’ogives nucléaires de 40% ; il semble que la notion d’une nouvelle guerre froide se dirige tout droit vers des confrontations dépassant et de loin la rhétorique politique internationale.

La France de M. Macron, de la droite française aux politiciens européistes ne fait qu’enflammer cette nouvelle guerre froide. Cette France capitaliste réactionnaire, opportuniste, impérialiste, raciste et vendue, qui est l’antithèse directe de la France républicaine des travailleurs se doit d’être déchue car elle amène le peuple français et les peuples du monde tout droit vers une catastrophe sinon nucléaire, pour le moins dire écologique dans le sillage morbide de l’idéologie exterministe américaine.

Le PRCF et les JRCF mobilisés pour la Paix et la solidarité internationale contre l’impérialisme

La guerre, malheureusement, n’a jamais effrayé les capitalistes et les impérialistes, au contraire ! Car ces guerres, ils ne les combattent jamais mais par contre, comme de tout et de toujours, ils en profitent.

Non à la nouvelle guerre froide ! Non au capitalisme exterministe ! Non à l’impérialisme ! et à bas l’OTAN!