« L’ennemi de la France n’est pas le travailleur musulman mais l’euro-destruction atlantique »

Alors que les dangers de la fascisation se font chaque jour plus importants avec l’approfondissement de la crise du capitalisme, dans une tribune parue dans l’hebdomadaire Marianne ce 26 mai 2021, nos camarades Léon Landini, Hermine Landini Pulvermacher et Pierre Pranchère, figure de la résistance, lancent l’alarme. En appelant à s’attaquer aux causes et aux structure à la racine de la fascisation et de la destruction du pays et des conquêtes sociales et démocratiques de ses travailleurs.


Par les résistants  Hermine Landini-Pulvermacher, Léon Landini et Pierre Pranchère

Léon Landini et Pierre Pranchère sont président et vice-président du PRCF.


Trois anciens résistants et membres du Pôle de renaissance communiste en France (PRCF), Léon Landini, Pierre Pranchère et Hermine Landini-Pulvermacher, répondent aux militaires qui réclament plus d’autorité dans une tribune. Pour eux, la vraie menace ne vient pas des Français d’origine étrangère mais de la construction européenne.

A lire sur Marianne : https://www.marianne.net/agora/tribunes-libres/lennemi-de-la-france-nest-pas-le-travailleur-musulman-mais-leuro-destruction-atlantique

« L’ennemi de la France n’est pas le travailleur musulman mais l’euro-destruction atlantique »

Collectées par les extrémistes de droite de Valeurs actuellesles « tribunes » à répétition d’officiers retraités ou d’active appelant à « reprendre en main le pays », au besoin par la force, voire au moyen d’un coup d’État militaire, montrent le degré de désorientation et de fascisation auquel est arrivé notre pays après des années de casse sociale, d’abandon national et de campagnes lepénistes accompagnées par nombre de politiciens. Toutes ces « tribunes » ont en commun la fausseté du diagnostic et la dangerosité des « remèdes » envisagés pour « soigner » notre pays malade.

« Le terrorisme islamiste doit être éradiqué sans merci, mais tous les Français respectueux de la loi de 1905 doivent être respectés dans l’esprit de la tolérance. »

Chaque fois en effet, c’est l’« islamisme » qui est pointé dans ces tribunes comme le danger principal pour la France. Pas question pour nous communistes, qui avons dénoncé les premiers l’islamisme terroriste quand les bien-pensants antisoviétiques faisaient des talibans afghans et assimilés des « combattants de la liberté », de baisser la garde à l’égard de ces personnages monstrueux. Remarquons seulement que, de manière étrange, dès lors que ces égorgeurs assassinaient des instituteurs communistes afghans, ils devenaient aussitôt pour nos médias et nos gouvernants des amis des « valeurs démocratiques »…

Cependant, jamais nous, vétérans communistes fidèles à la Résistance indissolublement patriotique et antifasciste, ne confondrons les fanatiques islamistes avec la masse de nos compatriotes musulmans qui ne souhaitent que vivre en paix dans notre pays sans être inlassablement amalgamés aux terroristes par la presse à sensation du capital. Le terrorisme islamiste doit être éradiqué sans merci, mais tous les Français respectueux de la loi de 1905 (« la République ne reconnaît, ne subventionne ni ne salarie aucun culte ») doivent être respectés dans l’esprit de la tolérance, de l’égalité et de la fraternité, et cela quelles que soient leurs convictions religieuses ou philosophiques.

« CONSTRUCTION » EURO-ATLANTIQUE DU GRAND CAPITAL

Encore faut-il, pour que la référence à la « patrie républicaine » « parle » aux masses populaires de France, que celles-ci n’y voient pas qu’une hypocrisie écœurante de la part des « élites » politico-économiques. En effet, sous le nom de « construction » européenne, la politique réelle de ces pseudo-élites depuis des décennies est celle de l’abandon de la souveraineté nationale (« saut fédéral européen » cher à Macron), de la substitution systématique du tout-globish à la langue française, de la casse des conquêtes sociales de 1936 et de 1945 au nom de l’euro-austérité, de la subordination humiliante de l’armée française à l’OTAN et à Washington, de la privatisation du secteur industriel appartenant à la nation (EDF, GDF, SNCF, Renault, France Télécom…), de la dévastation des services publics d’État et du « produire en France » industriel et agricole au profit de la « concurrence libre et non faussée » prescrite par le traité de Maastricht.

« Une « justice » de classe qui n’est pas si laxiste qu’on le dit quand il s’agit de réprimer à la chaîne des citoyens en chasubles rouges ou en gilets jaunes. »

Encore faut-il aussi que les appareils d’État censés protéger les Français à l’extérieur et à l’intérieur des frontières ne soient pas en permanence dévoyés, soit pour imposer l’ordre néocolonial de Total et de Bolloré de Ouagadougou à Abidjan, soit pour provoquer Pékin en mer de Chine en servant de flanc-garde à l’US Navy, soit, en France même, pour éborgner des gilets jaunes désarmés ou pour « nasser », matraquer sans relâche de paisibles syndicalistes participant à des manifestations autorisées.

Nous, vétérans communistes, remercions sincèrement les policiers qui jouent vraiment, au quotidien, malgré des conditions insupportables, leur rôle de « gardiens de la paix ». Mais nous ne sommes pas prêts pour autant à bénir, sous couvert d’« ordre républicain » dévoyé, les pseudo « syndicats » qui appellent les policiers à manifester en armes et en tenue à deux pas de l’Élysée, alors que tout civil qui en ferait autant serait lourdement condamné par une « justice » de classe qui n’est pas si laxiste qu’on le dit quand il s’agit de réprimer à la chaîne des citoyens en chasubles rouges ou en gilets jaunes !

LE VRAI COURAGE RÉPUBLICAIN

Bref, le vrai patriotisme républicain, le vrai courage politique et militaire ne consistent pas à menacer le pouvoir civil, ni à rouler les mécaniques contre les travailleurs immigrés (dont l’immense majorité est venue ici à l’appel hypocrite du patronat ou du gouvernement). Le vrai courage consiste encore moins à tancer ces parias d’entre les parias, le plus souvent chassés de chez eux, Syriens ou Libyens par exemple, à la suite d’ingérences impérialistes monstrueuses.

Le vrai courage, c’est de dénoncer sans souci de carrière les vrais collabos et traîtres qui sont à la tête du pays sous différents sigles politiques et qui, tantôt au nom d’un « gaullisme » frelaté, tantôt au nom d’un « socialisme » contraire à l’esprit de Jaurès, tantôt au nom d’un « libéralisme » inféodé aux milliardaires, tantôt en détournant de son sens républicain le beau mot de nation, ne font rien d’autre que défaire notre pays, que démolir sa langue, son appareil productif, son Éducation nationale, ses acquis sociaux, ses communes sacrifiées aux « métropoles », sa République découpée en grandes régions à l’allemande.

LE RN PAS MEILLEUR QUE LES AUTRES

Et de ce point de vue, le RN soi-disant « patriote » ne vaut pas plus cher que les autres composantes du Parti maastrichtien unique vu que Marine Le Pen, avant tout soucieuse d’être adoubée par le Capital, ne cesse de clamer son allégeance à l’OTAN, à l’UE, à l’euro, et tout dernièrement aux accords de Schengen !

À ce sujet, pourquoi nos courageux officiers anonymes amateurs de « sursaut patriotique » n’ont-ils pas dit mot contre le projet de l’UE d’autoriser l’OTAN à faire circuler à sa guise ses troupes sur le sol européen, c’est-à-dire à laisser des armées étrangères arpenter à leur gré le sol français ? Pourquoi les grands « patriotes » qui vilipendent l’islam ne s’insurgent-ils pas quand des prises d’armes de l’armée française doivent s’effectuer en anglais ? Pourquoi ce silence assourdissant quand Macron signe le traité franco-allemand d’Aix-la-Chapelle qui donne à l’Allemagne un droit de regard permanent sur notre pays ? Pourquoi ce mutisme obstiné quand, avec l’accord de Paris et au nom du « Pacte girondin » cher à Macron, l’Alsace se mue en « collectivité européenne d’Alsace » et que la Moselle devient « euro-département de Moselle » – avec les conséquences que cela ne peut manquer de provoquer en termes d’évaporation des frontières et de l’idée de territoire national ?

NE PAS CÉDER À LA RÉACTION

Le courage ne consiste pas à s’attaquer aux « petits », aux gilets jaunes, aux syndicalistes défendant l’emploi et les maigres « avantages » des travailleurs, aux immigrés chassés de leur foyer par la misère fille de l’euro-mondialisation financière, aux pays pauvres du Sud qui essaient de se donner des gouvernements patriotes opposés aux vampires de cette Françafrique mal nommée qui n’en finit pas de nuire à notre pays, au prestige de la francophonie et à la nécessaire amitié franco-africaine.

Le courage et l’honneur ont toujours consisté à prendre de vrais risques en s’attaquant aux puissants, en l’occurrence à ces grands capitalistes ennemis de la nation et à leurs commis politiques qui détruisent la France pour mener leur chasse au profit à l’échelle européenne et mondiale, quitte à se soumettre, petit doigt sur la couture du pantalon, aux diktats de Bruxelles, Berlin et Washington. Bref, comme le disait le philosophe communiste Georges Politzer qui fut fusillé en 1942 au Mont-Valérien après avoir été livré aux nazis par Pucheu : « L’esprit critique, l’indépendance intellectuelle ne consistent pas à céder à la réaction, mais à ne pas lui céder. »

RECONSTITUER LA SOUVERAINETÉ NATIONALE ET POPULAIRE

C’est dans cet esprit qu’au soir de notre vie, nous, Résistants qui avons fait notre devoir patriotique dans les Francs-Tireurs et Partisans Français (FTP-F) ou dans les Francs-Tireurs et Partisans de la Main d’Œuvre Immigrée (FTP-MOI), nous qui, comme tant de nos camarades torturés ou fusillés, avons risqué notre vie pour la France, nous adressons à tous les patriotes républicains civils ou militaires en les appelant, non pas à menacer et à détruire ce qui reste de la République après des décennies de trahison et de casse euro-atlantique, non pas à céder à l’idéologie « occidentaliste » fauteuse de guerre civile et au mortifère « choc des civilisations », mais à militer avec nous pour sortir notre pays du broyeur euro-atlantique, pour reconstituer la souveraineté nationale et populaire et pour reprendre la route du progrès social sans peur d’affronter ce capitalisme destructeur qui est l’ennemi principal de notre patrie.

À ce prix, la France redeviendra le grand pays de la fraternité pour tous ses enfants et aux yeux de toute l’humanité. À ce prix, l’unité du peuple et de la nation qui rendit la France de l’An II invincible de Valmy à Fleurus en passant par Jemappes renaîtra dans notre pays !