#planB : Pour la sortie de l’Union Européenne, les voix s’élèvent dans la France Insoumise

À l’approche des élections européennes 2019, un solide débat agite la France Insoumise qui vient de lancer sa campagne. En effet, certaines prises de position, en retrait par rapport à la dynamique de la campagne présidentielle de 2017 qui avait mobilisé largement les travailleurs en posant la question de la sortie de l’Union Européenne, inquiètent nombre de militants. Et au-delà jettent le trouble auprès des travailleurs français, qui dans leur large majorité constatent pour leurs salaires, leur sécu, leurs services publics, leurs usines, leur environnement que l’Union Européenne, il faut en sortir pour s’en sortir. Qui veut encore entendre les vieux refrains éculés du PS et consors du Parti de la Gauche Européenne appelant à ne pas sortir de l’UE, de l’, promettant l’impossible réforme de l’UE et de l’. Des promesses de transformation de  l’ Union Européenne du Capital en une sociale, aussi peu crédible que celle de convertir à la salade à un crocodile affamé.

À lire : À propos du discours de Jean-Luc Mélenchon à Marseille

François Coq, cofondateur du Parti de Gauche dont il a été secrétaire général et dont il est élu à Champigny, Brigitte Pascall du courant “Rupture, pouvoir aux militants” de la France Insoumise, ou encore Liem Hoang Ngoc ” socialiste insoumis” et ancien député européen… voila quelques unes de ces voix qui s’élèvent pour s’inquiéter avec force de la dérive engagée par une partie de la direction de la France Insoumise sur la question centrale et fondamentale de l’insoumission à l’Union Européenne, celle de la souveraineté populaire.

Le 3 février 2017, le PRCF dans une lettre ouverte au candidat Jean Luc Mélenchon tout en rappelant sa décision de soutien critique à sa candidature constatait :

il est irréaliste de « renégocier les traités européens » en restant dans l’UE : cette prison des peuples asservie au capital, pilotée par Berlin et adossée à l’OTAN (qu’à juste raison, vous voulez quitter sans négociations), est conçue de A à Z pour détruire les nations d’Europe, les acquis sociaux et le produire en France au nom de l’ « économie de marché ouverte sur le monde dans laquelle la concurrence est libre et non faussée ».

et de souligner :

pour que la dynamique politique créée autour de votre campagne devienne irréversible, pour qu’elle permette de conjurer le second tour cauchemardesque Le Pen/Fillon (ou Le Pen/Macron, ce qui ne vaut pas mieux !) et qu’elle repouse la contre-attaque pseudo-unitaire du PS « rosi » aux moindres frais par la victoire de Hamon, il faut clairement selon nous :

Mettre franchement au centre de la présidentielle le débat sur la question européenne, faire en sorte que la formule  que vous employez (« l’UE, on la change ou on la quitte !») ouvre un espace de franche rupture aux 72% d’ouvriers qui ont refusé la constitution européenne : très légitimement, ils attendent un signal fort de votre part pour s’engager et pour faire la décision.

Plus que jamais alors que le régime Macron veut accélérer le saut fédéral européen pour écraser les peuples sous la botte de la dictature de l’Union Européenne du Capital, briser les chaînes de l’Union Européenne est une urgence pour la classe des travailleurs, eux qui voient l’ensemble de leurs conquêtes sociales, leurs salaires, leurs droits démocratiques, leurs services publics liquidés à coup de directives européennes et sous la pression austéritaire et le chantage à l’Euro. 2018 n’est pas 2014. La tragique expérience de la Grèce en 2015 a ouvert bien des yeux démontrant par les faits que “il n’y a pas de choix démocratiques contre les traités européens”, accélérant la prise de conscience de la justesse des arguments, analyses et propositions pour la sortie de l’UE et de l’euro  que les militants communistes avec le PRCF n’ont eu de cesse de faire entendre malgré la censure depuis sa création en 2004.


Où va la France Insoumise ? Liem Hoang Ngoc

Un spectre hante La France insoumise (LFI) : le spectre du débat démocratique, pour lequel elle n’est pas préparée. Les plébéiens demandent à leur tribun de clarifier ses discours : faut-il renoncer à « fédérer le peuple » et à appliquer la stratégie « / » pour changer l’Europe ?

La maxime « fédérer le peuple » est l’antithèse du traditionnel « rassembler la gauche ». Elle repose sur l’idée que les partis de l’ancienne gauche se sont discrédités en participant à des majorités ayant appliqué des politiques conformes aux textes ordolibéraux européens [l’ordolibéralisme fixe pour mission à l’Etat de créer les conditions d’une concurrence « libre et non faussée »].

C’est la raison pour laquelle LFI s’adressait, avec un succès naissant, au peuple français, et non aux partis de ladite « gauche ». Elle lui proposait d’abord de désobéir à ces textes pour appliquer le programme « l’Avenir en commun » dans le cadre de l’euro, en engageant un bras de fer pour obtenir une modification des textes incriminés. C’était le « plan A ». En cas de refus des autres Etats, un « plan B », impliquant une sortie de l’euro, voire de l’Union européenne, serait déclenché.

D’un point de vue rhétorique, l’épouvantail du plan B permettait de s’adapter à tous les auditoires. Pour rassurer les proeuropéens, le plan B était présenté comme la menace crédible obligeant les partenaires européens à accepter le plan A, afin d’éviter l’éclatement de la zone euro. Assimilant la souveraineté populaire à celle des Etats (l’existence d’un peuple européen étant jugée, pour l’heure, hypothétique), le plan A écartait toutefois la perspective d’une Assemblée constituante européenne, jadis défendue par le tribun.

Voilà également pourquoi une démocratisation des institutions, transitant par le renforcement du pouvoir du Parlement européen, au détriment de celui des Etats au Conseil – et donc de l’Allemagne –, n’était pas envisagée.

Un plan B passé sous silence

Dans les « sommets » pour le plan B, organisés pour mobiliser les partisans de la sortie de l’euro, celui-ci était au contraire l’objectif ultime, tant les modifications nécessaires au plan A étaient et restent inconcevables pour l’Allemagne. Mais LFI avait-elle réellement l’intention, en cas de victoire, d’appliquer ce plan B ?


LE CHIFFRAGE DU PROGRAMME FUT INTÉGRALEMENT RÉALISÉ DANS LE CADRE DE L’EURO

Lors de la campagne présidentielle, aucune évaluation d’une sortie de l’euro n’était commandée par le candidat. Quels taux d’intérêt ? Quel taux de change de la future monnaie nationale ? Quelle inflation importée, induite par sa dévaluation ? Faut-il laisser flotter la nouvelle monnaie ? Faut-il créer une monnaie nationale articulée avec une monnaie commune, et avec quels partenaires ? Rien de tout cela n’avait été mis à l’étude.

Le chiffrage du programme fut intégralement réalisé dans le cadre de l’euro. Lors de sa présentation, consigne fut donnée par la directrice de communication du candidat, désormais chargée de la coordination de la campagne pour les élections européennes de mai 2019, de passer sous silence le plan B.

Le discours « plan A/plan B » n’était-il alors qu’une posture électoraliste ? Le plan B permettait de rassurer la base souverainiste du Parti de gauche (PG), principale composante politique de LFI, et de ratisser les électeurs « anti-européistes ». Depuis, le Rassemblement national lui-même a abandonné l’idée d’une sortie de l’euro et l’heure est, pour LFI, au lancement d’une campagne commune avec des mouvements « frères » du sud de l’Europe, favorables à l’euro. Le plan B est donc devenu caduc.

Dès lors, en l’absence de toute menace sérieuse de sortie, assimilable à la « politique de la chaise vide » menée en son temps par le général de Gaulle, changer l’Europe dans le cadre de l’euro – si telle est désormais la ligne – devient hypothétique. Il faudra, de fait, se résigner au statu quo intergouvernemental actuel, dans le cadre duquel les Etats négocient tant bien que mal leurs demandes de dérogation au pacte de stabilité et de croissance ou de clauses d’exemption.

Rhétorique de l’unité

Derrière cette posture désinvolte et inoffensive à l’endroit de l’Europe, se cache l’unique obsession du tribun de LFI : asseoir son hégémonie sur ce qu’il reste de son ancien camp. Dans sa conférence préliminaire au congrès du PG de juin 2018, il fixait le cap en vue des prochaines échéances européennes, municipales, départementales et régionales : « Plus vite nous aurons repris le leadership à gauche, plus vite nous pourrons réemployer le mot gauche. » La stratégie populiste est donc mise en jachère au profit d’un retour à la rhétorique de l’unité, dérivée de la stratégie d’union de la gauche, dont usait jadis François Mitterrand pour réduire l’influence du Parti communiste.


CELA CONSISTE À “ACHETER LES PARTENAIRES PAR APPARTEMENTS” POUR LES RÉDUIRE ENSUITE À L’IMPUISSANCE POLITIQUE

La technique est éprouvée. Utilisée par les socialistes avec les ministres communistes, puis écologistes, elle consiste à « acheter les partenaires par appartements », pour les réduire ensuite à l’impuissance politique, tout en veillant à prévenir toute possibilité de collusion entre eux. On prendra soin pour cela de traiter bilatéralement avec chacun, voire d’opposer les uns aux autres, lors de « l’achat » du bien, au prix fixé par l’acquéreur.

Dans son patrimoine en voie de diversification, ce dernier aura évidemment intérêt à consolider le noyau dur de sa holding afin d’en conserver le contrôle. Ainsi, tandis que les premiers de la cordée européenne du tribun appartiennent à sa garde rapprochée, dix places ont été gelées par l’intendance pour les futurs débauchés de la vieille gauche, tandis que des commis s’activent déjà en cuisine pour les prochaines échéances locales…

Ce virage s’avère pour le moins risqué. Outre que l’influence de LFI reste émergente et qu’elle ne parvient pas à briser le plafond de verre de la crédibilité, le périmètre de ce qui reste de la gauche est désormais réduit. Ce retour de la « vieille politique », agrémenté de la comédie du plan B, n’augure aucunement d’une rupture avec « l’ancien monde ».


Des raccourcis comme des impasses –  par François Coq

C’était avant l’été. Je relatais ici le grand bond arrière que s’apprêtait à faire La France insoumise en termes d’orientation. L’été a passé et malheureusement nous y voilà : la primauté accordée au rassemblement des scories de la gauche s’est traduite par une mise en compatibilité programmatique pour mieux les accueillir. Au risque je le crains de briser sur le temps long la reconquête de la crédibilité et de la cohérence d’action à laquelle aspirent si fort les citoyens pour accepter de rejouer à l’avenir le jeu dans cette grande comédie du politique.

Chacun aura cette fois noté le basculement stratégique qui s’est matérialisé lors des Amphis d’été de la France insoumise ce week-end à Marseille. A dire vrai, les responsables LFI l’ont clairement assumé à défaut de l’avoir discuté : Manuel Bompard, au micro de France Inter vendredi 24 août parlant carrément de « changement stratégique », ou encore Jean-Luc qui avait fixé rendez-vous à quelques journalistes dimanche 26 août pour l’expliciter.

La stratégie de La France insoumise reposait jusqu’à présent sur la recherche d’une forme de centralité de manière à créer une agrégation populaire autour de signifiants communs. Or désormais, ce qui est recherché se réduit à une centralité en seuls termes d’opposition : il faudrait être le pivot de l’opposition à Macron et espérer regrouper les mécontentements. D’où la ligne tracée pour les européennes d’un « référendum anti-Macron ». Dès lors le discours perd nécessairement de sa centralité. Alors même que l’électorat Macron ne saurait constituer pour celui-ci une base stable, solide et durable, le discours ne s’adresse plus au peuple tout entier en espérant infuser pour créer une hégémonie culturelle. Il s’auto-limite aux oppositions déclarées au pouvoir en place. Donc aux gens déjà mobilisés sous une forme ou sous une autre. Et encore ! Au sein même des ces oppositions à Macron, un second facteur réducteur apparaît alors. Choix est en effet fait du primat du rassemblement de celles issues de la gauche. Avec une conséquence immédiate : dès lors que l’on cible et non plus que l’on parle largement, des gages sont à donner, tant à l’électorat visé qu’aux personnalités espérées.

J’ai bien entendu certains tenter de (s’auto) persuader en avançant que les ralliements à venir se font sur les bases programmatiques de La France insoumise. Si tel était le cas, je me réjouirais le premier de ce franchissement de seuil important. Pourtant force est de constater que la manœuvre passe par un affadissement programmatique soit à visées purement électoralistes, soit (non exclusif) pour rendre compatible l’Avenir en commun avec les attentes des futurs anciens nouveaux venus (et je ne parle pas là d’Emmanuel Maurel qui apparaît désormais à bien des égards comme plus convaincu sur la logique plan A / plan B que ceux qui hier encore pourtant la portaient…). Trois points décisifs en attestent.

Le référendum anti-Macron est la première de ces concessions. Passons sur le fait que cette stratégie vise à faire élire des représentants par référendum (!), ce qui génère plus de confusion sur l’objet du vote qu’elle ne l’éclaire. Elle vise surtout à créer une échappatoire sur la question européenne. Il y a là un refus de la confrontation qui à mon sens permettrait pourtant par l’élection l’élévation du niveau général de conscience en se saisissant de l’objet  structurant qu’Emmanuel Macron a posé sur la table : la souveraineté européenne, contournement s’il en est de la souveraineté populaire, qui, plutôt que de livrer les peuples aux mains de l’imperium technocratique bruxellois, permettrait de ferrailler sur la reprise en main de notre destin collectif par la préservation de notre liberté démocratique individuelle. Bref de reconstruire un horizon commun, partagé et transversal. Au lieu de cela, le référendum anti-Macron ramène à un calendrier social, celui de la réforme des retraites, et inévitablement à une réinscription dans une relatéralisation gauche-droite du champ politique et social. Ne faisons pas comme si la retraite par points n’était pas en effet une mesure de longue date préconisée par la droite libérale, déjà soumise à son électorat, lequel ne semble pas s’en effaroucher.

Le référendum anti-Macron induit également que Macron en tant que tel est le problème. On se souvient que la même démarche avec Sarkozy avait pourtant conduit à Hollande. Que la même démarche avec Hollande avait conduit à Macron. Who’s next ? L’effet de système est occulté. L’accélération de son inscription institutionnelle est invisibilisée. La caste et Bruxelles peuvent tranquillement préparer leur prochaine marionnette pour venir à la suite de celui-ci jouer les émissaires coloniaux dans notre pays. Par ailleurs LFI va-t-elle pareillement faire des élections locales des référendums locaux anti-Macron ? Dans un cas comme dans l’autre, à prendre des raccourcis électoralistes, LFI se prive de l’occasion d’engager une guerre de position et de saisir chacune des étapes du mandat actuel pour faire avancer sur différents terrains l’entreprise de conviction, aujourd’hui sur l’UE, demain sur la gestion locale. C’est là un retard qui pourrait s’avérer irrémédiable dans la perspective de la bataille décisive de 2022 où tout sera alors à reprendre à zéro sur chacun de ces sujets alors qu’un sens commun aurait pu commencer à se dégager préalablement.

Les autres reculades concernent plus directement l’Union européenne ou plutôt le programme de LFI. Exit ainsi la désobéissance aux traités européens. Le mot est devenu progressivement tabou depuis le printemps et la convention du parc floral. Elle est désormais remplacée par l’opt-out. La différence est de taille : la désobéissance est une mesure immédiatement applicable car qui peut être prise unilatéralement par un pays s’appuyant sur la volonté populaire ; l’opt-out au contraire n’est pas une clause de retrait mais une clause de non participation, fruit d’une négociation avec l’UE en amont de l’adoption soit d’une modification des traités, soit de l’intégration d’un grand dispositif qui modifie la souveraineté de l’Etat membre (cas de la Suède pour la non rentrée dans l’euro rendu possible car l’une des conditions d’entrée est justement la ratification des peuples). On voit mal au nom de quoi, et surtout sur la base de quel rapport de force, l’UE concèderait donc demain de telles possibilités d’opt out.

L’abandon de la désobéissance a logiquement induit une mise sous l’éteignoir de la stratégie plan A/ plan B. Jusqu’alors, la désobéissance était l’outil du rapport de force qui visait à crédibiliser la possibilité du plan A : on désobéit unilatéralement sur un certain nombre de sujets (une dizaine était prévue), et pendant ce temps on se pose pour discuter en ayant donc au préalable créé une ambiance de travail. Le 24 août, sur France Inter, Manuel Bompard reléguait pourtant la désobéissance au plan B, faisant de la désobéissance l’objet d’une négociation ( !) dans le cadre du plan A. Cela rend de fait celui-ci totalement illusoire et inopérant. Ne resterait en effet donc plus dans l’escarcelle des négociateurs que le plan B sur l’air du « Retenez-moi ou je fais un malheur ! ». Dans ces conditions impossible d’espérer voir le plan A aboutir. A trop affadir la méthode, on en serait donc presque à radicaliser la conclusion !

De tels changements de pieds sont source de beaucoup de confusion et brouilleront plus encore les cartes qu’ils ne les éclaireront. Quel est au juste la position de LFI ? Celle-ci est-elle suffisamment stabilisée pour que je m’y retrouve et que je puisse leur confier mon vote ? Ces concessions ne peuvent que provoquer dans l’électorat un mouvement de reflux pour celles et ceux qui aspirent à une cohérence et à une conviction dans l’action pour revenir à la politique. Elles ne peuvent pareillement que décevoir celles et ceux, nombreux, qui, issus hors des rangs traditionnels de la gauche, se sont retrouvés en 2012 et plus encore en 2017 derrière la candidature de Jean-Luc Mélenchon à l’élection présidentielle car celle-ci incarnait une entreprise de reconquête de la dignité populaire en réaffirmant le citoyen dans sa souveraineté et le retour à l’ordre des droits. Ceux-là n’ont que faire des propos visant à rassurer l’establishment et l’électorat de la vieille gauche bien-pensante : ce qui peut être regagné d’un côté, maigre au regard de ce qu’il en reste, sera reperdu de l’autre alors que la construction d’une hégémonie passe par l’élargissement de la base dans la société et non pas dans la gauche.

Effet induit : le Rassemblement national ex FN se trouverait à nouveau en situation de force pour exprimer et donc capitaliser sur une forme de radicalité. En 2017, c’est à LFI que l’on doit que Mme Le Pen n’ait pas été plus haute lors de la présidentielle (souvenons-nous que celle-ci recouvrait encore plus de30% des intentions de votes quelques mois avant l’élection). En voulant « rassurer le bourgeois », on réouvre paradoxalement un espace à l’extrême-droite.

C’est en étant constant et résolu dans ses convictions que l’on construit une hégémonie culturelle, pas en cédant face aux sirènes médiatiques. Voyez la sortie de l’OTAN : LFI porte cette idée dans le débat public avec résolution depuis son lancement. On peut même dire que cette idée ne vit dans le débat public que parce que LFI assume cette tâche (même si d’autres formations sont également sur cette position sans pour autant s’atteler à la valoriser avec autant d’engagement). Et bien lorsque M. Macron déclare le 27 août devant les ambassadeurs que « l’Europe ne peut plus remettre sa sécurité aux seuls Etats-Unis […] Nous devons tirer toutes les conséquences de la fin de la guerre froide », il accrédite l’idée qui avait été posée sur la table et qui peu à peu s’apprête à devenir l’issue naturelle à la situation. Peu importe donc que M. Macron s’y rallie. Ou plutôt non : tant mieux qu’il le fasse ! Car la conclusion du pas qu’il vient de faire devrait inéluctablement le conduire à la sortie de l’OTAN. Ainsi va la construction d’une hégémonie culturelle, en tenant des tranchées, pas en les rebouchant. Preuve est apportée que LFI a le savoir faire et la conviction pour mener de telles batailles. Pourquoi alors ne pas s’y tenir sur la confrontation européenne ?

Au lieu de cela, c’est la confusion qui prime. Le renversement stratégique est en effet paré d’un pseudo habillage populiste que ne cessent de rabâcher celles et ceux qui sont chargés d’assurer le service après-vente. Au risque d’affaiblir l’idée même d’un populisme humaniste et émancipateur, en le faisant passer pour ce qu’il n’est pas. C’est le « en-même temps » de LFI : croire ou faire croire que l’on que l’on est en même temps encore dans un processus destituant ET déjà entré de plain-pied dans un temps purement institutionnel. Les deux sont pourtant incompatibles dans une même temporalité, du moins dans un régime comme celui que nous avons en France avec la 5ème République. Se résoudre au deuxième, c’est accepter de voir se tarir le premier. Je regrette que la construction sur la durée d’un quinquennat d’une majorité populaire puisse être de la sorte sacrifiée sur l’autel de l’électoralisme à courte vue par des raccourcis qui risquent bien d’opérer malheureusement comme des impasses. Car c’est quand LFI est dans le rôle qu’elle s’est assignée qu’elle apporte au pays l’issue positive dont celui-ci a chaque jour un petit peu plus besoin.

François Cocq

PS : je vous donne rendez-vous dans quelques jours pour prolonger ces réflexions sous la forme de débats contradictoires à vocation constructive dans une nouvelle émission : « A bâtons rompus »


VIE ET MORT DU PLAN B : HISTOIRE D’UNE TRAHISON PROGRAMMATIQUE ! – Brigitte Pascall

On le sait : la direction de la France insoumise a tué le plan B. Notre stratégie visant à sortir de la zone euro en cas d’échec des négociations avec Bruxelles a été froidement liquidée par des responsables FI, avant tout soucieux de carabistouille, accords de circonstance avec Hamon et la gauche socialiste. Podemos et autres partis européistes. Le plan B a été remplacé par un plan A’, un énième train de négociations “à froid” avec la Troïka communautaire, qui n’a aucune chance de réussir.

Dans une réunion à Pantin de juin 2018, et devant 80 personnes peu convaincues, Charlotte Girard a sèchement coupé la parole à Djordje Kuzmanovic voulant défendre le plan B “à l’ancienne”. Imposant à la place ce énième et vain train de négociations des traités européens.

Qu’importe si, face à la dictature bruxelloise, ces ultimes palabres n’ont aucune chance d’aboutir. Qu’importe pour une direction de la Fi enfoncée jusqu’au cou dans l’électoralisme le plus abject, si une telle régression idéologique est clairement suicidaire. Cette trahison portée le front haut revient pour la FI à foncer à 200 à l’heure dans le mur. La FI va se prendre une tôle de première aux élections européennes 2019, mobilisant à peine 1,5 millions d’électeurs contre les 7 millions rassemblés par JLM au cours de la campagne présidentielle 2017, sur une base, on le rappelle d’abord anti système. Il est évident que les jeunes et les ouvriers, clairement demandeurs d’une offre politique critique au système ne voteront pas pour ce projet d’une “autre Europe”, vouée d’ores et déjà à l’échec.

Le moment est donc venu de faire la genèse politico-idéologique de l’idée du plan B. Montrer dans quelles circonstances très particulières, il a vu le jour au cours de l’été 2015. Et comment cette idée a été brutalement mise au rancart, pour ne pas froisser le petit Hamon et la gauche socialiste, partisan de “l’Europe heureuse”. Autrement dit, primat des petits calculs oblige !

1)-LE PLAN B TIENT COMPTE DE LA NECESSITE DE CREER UN RAPPORT DE FORCES VIS A VIS DE BRUXELLES :

La stratégie du plan A/plan B a été rédigé par Jacques Généreux au cours de l’été 2015. Ce texte programmatique a été écrit dans un double climat très particulier :

1)-L’offensive idéologique brillante des intellectuels eurosceptiques.

1,1)-L’effervescence idéologique de ceux qui préconisent de sortir de la zone euro en plan A.

Frédéric Lordon et Jacques Sapir multiplient les analyses brillantes, stimulantes, torpillant l’idée selon laquelle il pourrait exister une “autre Europe”, comme le préconise alors un parti comme le PS.

A°)-Frédéric LORDON : :

“Il y a une ironie à croire qu’une autre Europe est possible, 10 ans après l’échec du NON au référendum constitutionnel, qui nous promettait déjà une autre Europe. Il y a une ironie à nous annoncer toujours une Europe sociale, depuis 1992, soit 84 ans, dont on sait qu’elle n’arrivera jamais” écrit Frédéric Lordon dans son billet de blog du 1er juin 2015, intitulé : “Les tâches aveugles de l’autre euro”. Et de résumer l’alternative à laquelle se trouve confronté tout dirigeant européen face à la dictature bruxelloise : “RENVERSER LA TABLE, OU PASSER SOUS LA TABLE ! “(sic).

Le plan B du PG tient compte de cette injonction : le seul moyen de ne pas passer sous la table, c’est de renverser la table. C’EST DONC DE CREER UN RAPPORT DE FORCES SUFFISANT pour être entendu de Merkel. Et quand JLM dit : “Je suis le seul capable de tenir tête à Merkel”(sic) (Sud Ouest du 21 août 2015), ce n’est évidemment pas tant un problème de supériorité psychologique, que la construction réussie d’un rapport de forces favorable aux français, si le PG de l’époque arrive au pouvoir : en menaçant Merkel d’une sortie partielle ou totale de la zone euro. De son côté, Varoufakis explique très précisément que les négociations avec Bruxelles, “C’ETAIT LA GUERRE”(sic). COMMENT se déroulaient les négociations avec Schaüble, Merkel, Junker…Il n’y a aucune place pour la discussion étayée, argumenter : la troïka impose sa culture libérale à prendre ou à laisser: ON NE NEGOCIE PAS AVEC AL CAPONE. On ne négocie rien avec Merkel, dans un supposé “donnant/donnant” totalement imaginaire, renvoyant à une Europe de contes de fées, qui n’a jamais existé.

B°)-Jacques SAPIR :

Jacques Sapir multiplie les billets de blog, appelant à sortir de la zone euro, dont on recommande la lecture, chacun de ces articles étant véritablement “collector”. Notamment, il pointe à son tour “le caractère profondément antidémocratique des décisions de l’eurogroupe, son aversion profonde quant à la souveraineté des Peuples ( cf billet de blog du 15 juin 2015 intitulé : “La Grèce, l’Europe et la souveraineté”).. Rappelant l’ineffable Junker et sa célèbre sortie, suite à la victoire de Syrisa : “IL NE PEUT Y AVOIR DE CHOIX DEMOCRATIQUES CONTRE LES TRAITES EUROPEENS”(sic). Et de citer le juriste Laurent de Sutter : “comparant Bruxelles à UN FASCISME MOU”(sic)

1.2)-La reddition sans condition de Tspiras face à l’eurogroupe :

Le 13 juillet 2015, apres 21 heures de “négociations” le pistolet sur le tempe, Tsipras capitule devant Schaüble, acceptant toutes les mesures d’austérité exigées par la dictature bruxelloise. Frappant le pauvre peuple grec plus martyrisé que jamais : hélas, on assiste alors à un boom des suicides, de la prostitution et de la misère. Cet événement est vécu comme un traumatisme dans toute l’Europe. Notamment dans les partis de la gauche critique comme le PG.

Même les partisans les plus résolus d’une “désobéissance” aux traités comme Jacques Généreux comprennent qu’ils se sont trompés. Et qu’ils doivent imaginer une autre stratégie plus en phase avec la réalité. Aussi, dans un billet de blog de Politis du 23 juillet, Guillaume Etieéant, Secrétaire national à l’économie du PG affirme que le PG est prêt à sortir de l’euro, Plan A : on négocie. Plan B, on sort de la zone euro, si les négociations échouent, prenant appui sur un texte rédigé par Jacques Généreux. D’aucun pense que le PG a voulu ratisser large, électoralement parlant : mobiliser tout à la fois les européistes et l’électorat eurosceptique. La réalité est plus nuancée. En organisant un plan A de “discussions” avec Merkel, mais avec la MENACE CONSTANTE DE SORTIR DE LA ZONE EURO, cette stratégie du plan A/plan B est de nature A CREER UN RAPPORT DE FORCES.

Comme nous l’expliquions, dans la présentation de notre amendement visant à sortir de la zone euro, défendu au congrès du PG de Villejuif de juillet 2015, “LA SEULE NEGOCIATION NE PERMET PAS DE CONSTRUIRE UN NOUVEAU RAPPORT DE FORCES. ON NE NEGOCIE PAS AVEC AL CAPONE”. Face à un État désireux de “faire changer les choses”, la Troïka montre qu’il est impossible de s’attaquer au pouvoir des banques. IMPOSSIBLE D’OUVRIR UNE ALTERNATIVE A L’AUSTERITE A VIE DECIDE PAR BRUXELLES. En cela, dans la stratégie plan A, on négocie, plan B, on sort en cas d’échec des négociations, seul le pan B de rupture est un choix honnête et réaliste.

Le plan B est adopté par le parti de gauche. Bien plus, comme explique Laurent Maffeis dans l’édito du journal du PG “A Gauche n° 1449 du 18 septembre, LE PLAN B DEVIENT UNE FORCE GEOPOLITQUE. Les 11 et 12 septembre 2015, à la fête de l’Humanité, Jean-Luc Melenchon, la Présidente du Parlement grec Zoé Konstantopoulo, et les trois anciens ministres des finances Oskar Lafontaine, Yanis Varoufakis et Stéfano Fasssina publient une tribune exposant la nécessité du plan B en Europe. D’ores et déjà, ce texte est traduit en 6 langues, devenant ainsi un précieux outil de travail de contre idéologie à l’idéologie eurobéate. Dès le lendemain, les 3 anciens ministres des finances sont présents à la fête de l’Humanité pour développer leurs raisons de ne plus accepter le cours actuel des choses de l’Europe”(sic).

De son côté, Alexis Corbière donne une interview au journal Marianne le 27 juillet 2015, acceptant le principe du plan B. Voilà son analyse des événements grecs : “Je désapprouve votre expression “capitulation inévitable de Tsipras”. Elle est méprisante et elle empêche de comprendre la violence du coup d’Etat financier dont a été victime la Grèce. (…) Il n”empêche, nous ne confondons pas les bourreaux et les victimes. Le rapport de forces lui était très défavorable et l’absence d’un plan B (de sortie de la zone euro en cas d’échec des négociations) l’a mis sur la défensive”(sic). Même de façon feutrée, euphemisée, Corbiere reconnaît que l’échec de Tsipras est du à l’absence de construction d’un rapport de forces. Qu’il est du à l’absence d’une stratégie de plan B visant à sortir de l’Union européenne, en cas d’échec des négociations. A ce moment là, le plan B fait l’unanimité de Corbière à Généreux, en passant par Mélenchon et tous les militants de base. Même Frédéric Lordon et Jacques Sapir approuvent publiquement la stratégie du plan B adopté par le PG. Le premier sur Médiapart en octobre 2015. Le second sur son blog Eurorussia.

Comment cette stratégie unanimement accueillie de façon favorable a-t-elle pu être mise ensuite au rencart, c’est ce que nous verrons demain avec la suite de cette histoire du plan B consacrée à la mise à mort du plan B par la Direction actuelle de la FI.

II-MORT DU PLAN B :

La première version du plan B a été accueillie très favorablement par des économistes eurosceptiques comme Frédéric Lordon ou Jacques Sapir. A rebours de l’idéologie dominante eurobéate, chacun y voyait la volonté réelle manifestée alors par le PG de s’affranchir de la contrainte européenne. Et surtout de construire un rapport de forces réaliste capable d’affronter efficacement la dictature bruxelloise. Mais la suite des événements montre un PG/FI moins offensif que par le passé, renonçant, pour des raisons politiciennes nationales, à la première version du plan B énoncée au cours de l’été 2015. Cette trahison du texte initial se précise en deux temps :

a)-Lors de l’élaboration de notre programme “L’avenir en commun”.

b)- En 2018, au cours des différentes prises de position de JLM et de Charlotte Girard.

2.1)-Le plan B ne veut plus dire qu’on sort de la zone euro :

Le programme “L’avenir en commun” est rédigé par Jacques Genereux, sur la base de nombreuses propositions citoyennes postées sur le site programmatique de la FI, que tout militant de la FI peut consulter. De façon générale, ces propositions individuelles sont clairement favorables à la sortie de la zone euro souhaitée par le plan B. Plus ambitieuses même que la version du plan B de l’été 2015.

Or c’est justement l’hypothèse contraire qui est retenue. Le programme AEC donne lieu à trois versions différentes. Or, à chaque version, le texte gomme, édulcore un peu plus ses critiques vis à vis de l’Union Européenne, et donc son plan B de sortie de la zone euro. Comme l’explique Jacques Généreux dans son ouvrage “Les bonnes raisons de voter Mélenchon”, édition Les liens qui libèrent, 2017 : “en cas d’échec des négociations avec la Troïka européenne, “sommes-nous dans ce cas obligés de sortir de l’UE et de l’euro ? Obligés, non ! Là n’est pas la question. Personne ne nous oblige à quoi que ce soit”(sic). Les français auront au contraire tout intérêt à poser les bases d’une nouvelle coopération solidaire avec tous les pays de l’Union europeenne. NOUS SORTIRONS DE L’ETAT ACTUEL DE L’UNION POUR ALLER VERS UNE AUTRE FORME DE COOPERATION EUROPEENNE ENCORE INDECISE, MAIS ASSUREMENT MEILLEURE”(sic).

Mais ce n’est pas tout. Au cours d’un débat avec Thomas Piketty, Jacques Généreux met les points sur les i. Déclarant que “le plan B n’est pas un projet de sortie de l’Union européenne”(sic) (voir vidéo postée sur mon mur).

Il ne s’agit pas d’une prise de position isolée. Mais la conséquence “logique” du virage “réaliste” imposé par Corbière et Girard au cours de la convention de Lille d’octobre 2015. Et visant à transmuer la FI en PSbis.

En clair, il n’est plus du tout question de sortir de la zone euro. Juste d’initier un énième train de négociations avec les autres pays européens qui souhaitent désobéir à l’UE, sans même savoir si ces pays eurocritiques existent seulement.

Pire encore, le plan A de “négociations” qui trouvait sa force dans le rapport de force créé par la menace de sortir à tout moment de l’UE s’écroule comme un château de cartes. Et devient une énième réunion de circonstance présidée par les dictateurs de Bruxelles : Junker, Schaüble, Merkel. Ses chances d’obtenir des résultats favorables au peuple français sont bien sûr totalement nulles, calées sur le triple zéro des espérances un peu concrète, que le Peuple français est en droit d’attendre d’une Union Européenne, qui n’a rien de démocratique. Relevant plutôt de la dictature molle expliquait le juriste Louis de Sutter.

Tout l’enseignement de la capitulation de Tsipras en juillet 2015, la nécessité absolue de construire un rapport de forces afin de faire céder Bruxelles disparaît des consciences et tombe dans l’amnésie générale ! C’est une trahison en bonne et due forme de notre position initiale visant à créer une force géopolitique autour du plan B.

2.2)-Le plan B est transformé en plan A’ au contenu indéfini :

a)-Au cours de l’émission animée par Jacques Cotta, “Dans la gueule du loup”, Charlotte Girard fait manifestement l’impasse sur le plan B, en tant que stratégie de sortie de la zone euro. Proposant à la place un énième train de négociations avec la Troïka bruxelloise. Ce qui lui vaut le commentaire ironique de Jacques Cotta : “mais des négociations et des négociations de qualité, il y en a eu depuis le début de l’Union Européenne. Elles ont toutes échouées à créer un mieux disant social. Comment voulez-vous que votre négociation réussisse, là où toutes les autres auront échoué ?” Naturellement, Girard ne sait pas répondre à cette question lucide, historiquement étayée par le milliard d’échecs rencontrés partous ceux qui voulaient créer “une autre Europe”, ou “réformer l’Europe” (sic).

b)-Dans son discours de Marseille du 25 août 2018 et son passage média du 2 septembre sur BFMTV, JLM ne mentionne même plus l’existence du plan B, soit pour l’infirmer, soit pour le confirmer. Comme s’il n’avait jamais existé… !

Résultat : il n’y a ni plan A, ni plan B. La direction caviar de la FI a scié sciemment, volontairement la branche eurosceptique sur laquelle le PG s’était installé depuis l’été 2015. A la place, elle impose au Peuple français un discours aussi confus que possible, favorisant hélas la désespérance des sans nom des sans grade, qu’elle est sensée défendre. Laissant le champ libre au FN.

En effet, comme le rappelle très justement Jacques Sapir dans un billet de blog du 26 mai 2015, intitulé “Sortir de l’euro”, “l’euro est directement responsable de 30% du chômage actuel, en raison de l’effet de freinage qu’il exerce sur la demande et sur l’activité, depuis la seconde moitié des années 90”, s’appuyant sur des calculs réalisés par l’OFCE. L’euro est indirectement responsable, par le biais des politiques d’austérité imposés en France depuis 2011, pour ramener la compétitivité de la France au niveau de l’Allemagne, sans procéder à une dépréciation monétaire, d’environ 20% du chômage actuel”(sic). Pourtant, du caractère structurellement et profondément anti social de l’Union Européenne, il n’est jamais question dans les passages média des 17 élus LFI, JLM préférant mobiliser les sentiments populaires anti allemands vis à vis de Merkel, comme hier sur BFMTV.

Au courant “Rupture, Pouvoirs aux militants”, nous condamnons très fermement ce reniement idéologique. Et réclamons le retour du plan B, mais dans sa version initiale de l’été 2015 !