L’Europe contre la démocratie, la Grèce devrait être prête à quitter l’euro : Point de vue de deux prix nobel d’économie/

grèce vautours UEL’, l’ sont des instruments antidémocratiques. Ce n’est pas un dangereux bolchevik au couteau entre les dents qui le dit, mais Joseph Stiglitz. il n’y a pas d’alternative démocratique et dans l’intéret du peuple en restant dans l’euro. Il faut en sortir pour en sortir. Ce n’est pas là non plus un guerrillero révolutionnaire qui le dit, mais Paul , prix nobel d’économie dans une tribune au New York Time. Alors bien sûr, les tribunes de ces deux intellectuels ne vont pas jusqu’à mettre en cause ce qui est derrière la , derrière l’UE, c’est à dire la dictature capitaliste. Mais ils donnent implicitement raison à ce que les militants franchement communistes proposent : pour s’en sortir, il faut en sortir, briser les chaînes de l’UE et de l’Euro du capital pour faire réellement place aux peuples.

La dispute et l’acrimonie qui vont croissantes au sein de l’Europe pourraient passer aux yeux d’un observateur extérieur pour le résultat inévitable de la fin de partie peu amène entre la Grèce et ses créanciers. Les dirigeants européens finissent par exposer au grand jour la véritable nature du conflit autour de la dette grecque, et cela n’a rien de plaisant : il s’agit bien plus une question de pouvoir et de démocratie que d’argent et d’économie.

Le programme économique que la troïka (la Commission européenne, la Banque centrale européenne et le FMI) a imposé à la Grèce il y a cinq ans était une aberration. Il a conduit à une baisse de 25% du PIB du pays. Je ne connais aucune dépression qui ait été provoquée aussi délibérément et ait eu des conséquences aussi catastrophiques. Ainsi le taux de chômage parmi les jeunes Grecs dépasse maintenant 60%.

Il est incroyable que la troïka nie toute responsabilité et refuse d’admettre à quel point ses prévisions et ses modèles étaient erronés. Mais il est encore plus surprenant que les dirigeants européens n’aient retenu aucun enseignement de tout cela. La troïka continue à exiger de la Grèce qu’elle parvienne à un budget primaire en excédent (hors paiement des intérêts de la dette) de 3,5% du PIB en 2018.

Partout dans le monde les économistes condamnent cet objectif comme punitif, car il ne peut que ralentir encore l’économie. Même si la dette de la Grèce était restructurée au-delà de tout ce que l’on peut imaginer, elle resterait en dépression si les électeurs acceptent les propositions de la troïka lors du surprise qui aura lieu dimanche.

Peu de pays ont réussi à transformer un important déficit primaire en un excédent budgétaire comme l’ont fait les Grecs au cours des cinq dernières années. Et bien que le prix à payer en matière de souffrance humaine ait été extrêmement élevé, les dernières propositions du gouvernement grec constituent un grand pas en avant pour répondre aux exigences de ses créanciers.

Soyons clair : seule une très faible partie des énormes sommes d’argent prêtées à la Grèce lui étaient réellement destinées. Elles ont servi à rembourser les créanciers privés, notamment des banques en Allemagne et en France. La Grèce n’a reçu que des miettes, mais elle a payé le prix fort pour préserver les systèmes bancaires de ces pays. Le FMI et les autres créanciers “officiels” n’ont pas besoin de l’argent qu’ils réclament. Dans une situation classique, ils se contenteraient de l’utiliser pour faire un nouveau prêt à la Grèce.

Mais ce n’est pas une question d’argent. Il s’agit en réalité d’utiliser les dates limites pour contraindre la Grèce à lever le pouce et à accepter l’inacceptable : non seulement l’austérité, mais d’autres mesures régressives et punitives.

Pourquoi l’Europe fait-elle cela ? Pourquoi les dirigeants de l’UE s’opposent-ils à la tenue du référendum et refusent-ils même de reculer de quelques jours la date limite du 30 juin fixée pour le prochain remboursement de la Grèce au FMI ? L’Europe n’est-elle pas avant tout une affaire de démocratie ?

En janvier, les citoyens grecs ont élu un gouvernement qui s’est engagé à mettre fin à l’austérité. Si ce gouvernement voulait simplement tenir ses engagements de campagne, il aurait déjà rejeté la proposition des créanciers. Mais il veut donner aux Grecs l’occasion d’intervenir sur cette question cruciale pour l’avenir de leur pays.

Ce souci de légitimité est incompatible avec la politique de la zone euro qui n’a jamais été un projet très démocratique. La plupart des Etats membres n’ont pas cherché l’approbation de leurs citoyens pour remettre la souveraineté monétaire de la zone entres les mains de la BCE. Quand la Suède l’a fait, les Suédois ont dit Non. Ils ont compris que le chômage augmenterait si une banque centrale concernée uniquement par le taux d’inflation (et qui ne porterait pas l’attention voulue à la stabilité financière) décide de la politique monétaire du pays. L’économie souffrirait parce que le modèle économique sur lequel repose la zone euro est basé sur des relations de pouvoir qui désavantagent les travailleurs.

Il n’est donc pas surprenant que 16 ans après que la zone euro ait institutionnalisé ces relations, c’est l’antithèse de la démocratie qui est à l’oeuvre. Beaucoup de dirigeants européens veulent la fin du gouvernement de gauche du Premier ministre Alexis Tsipras. A leurs yeux il est inacceptable d’avoir en Grèce un gouvernement qui refuse une politique qui a tant fait pour augmenter les inégalités dans nombre de pays avancés et qui veut limiter le pouvoir de l’argent. Ils pensent qu’ils pourront se débarrasser du gouvernement de Tsipras en l’obligeant à accepter un accord en contradiction avec son mandat.

Il est difficile de donner un conseil aux Grecs pour le vote de dimanche. Dire Oui ou Non aux exigences de la troïka n’est pas chose facile, et tant l’approbation que le rejet sont porteurs d’énormes risques. Le Oui signifierait une dépression presque sans fin. Peut-être un pays dépouillé de tout (un pays qui a vendu tous ses actifs et dont la jeunesse prometteuse émigre) obtiendra-t-il finalement l’annulation de sa dette ; peut-être étant devenu un pays à revenu moyen, la Grèce va-t-elle finalement obtenir l’aide de la Banque mondiale. Cela pourrait se produire au cours de la décennie prochaine, ou de la suivante.

Par contre un Non permettrait au moins à la Grèce, avec sa forte tradition démocratique, de prendre son destin en main. Les Grecs pourraient alors dessiner leur avenir, qui même s’il n’était pas aussi prospère que le passé, sera bien plus porteur d’espoir que la torture invraisemblable qui leurs est imposée aujourd’hui.

Je sais comment je voterais…

Joseph E. Stiglitz, est lauréat du Prix nobel d’économie de la banque de Suède, professeur d’économie à l’Université de Columbia, président du conseil des conseillers économique de Bil Clinton et a été Vice Président sénior et économiste en chef auprès de la Banque Mondiale.
Read more at http://www.project-syndicate.org/columnist/joseph-e–stiglitz#H9SmUjmwck2MwTDl.99

Traduit de l’anglais par Patrice Horovitz

source : http://www.project-syndicate.org/commentary/greece-referendum-troika-eurozone-by-joseph-e–stiglitz-2015-06/french#IGpzgLPu3qhg4oyh.99

La Grèce au bord du gouffre, par Paul Krugman

Il est évident depuis un certain temps que la création de l’euro était une terrible erreur. L’Europe n’a jamais eu les conditions préalables pour le succès d’une monnaie unique – en particulier,  le genre d’union fiscale et bancaire qui, par exemple, assure que quand une bulle immobilière en Floride éclate, Washington protège automatiquement les personnes âgées contre toute atteinte à leurs soins médicaux ou de leur banque dépôts.

Quitter une union monétaire est, cependant, une décision beaucoup plus difficile etplus effrayante que jamais surtout lorsque l’on est le premier, et jusqu’à présent, même la plupart des économies les plus en difficulté du continent ont à plusieurs reprises reculé devant le vide. Encore et encore, les gouvernements se sont soumis aux exigences des créanciers d’une fuite en avant dans une austérité toujours plus sévère, tandis que la Banque Centrale Européenne a réussi à contenir la panique du marché.

Mais la situation en Grèce a maintenant atteint ce qui ressemble à un point de non-retour. Les banques sont temporairement fermés et le gouvernement a imposé des contrôles de capitaux – des limites sur les mouvements de fonds hors du pays. Il semble très probable que le gouvernement devra bientôt commencer à payer les pensions et les salaires dans une monnaie virtuelle (ndt scrip), avec pour effet la création d’une monnaie parallèle. Et la semaine prochaine le pays va organiser un référendum sur l’opportunité d’accepter les exigences de la «troïka» – les institutions représentant les intérêts des créanciers – pour encore plus d’austérité.

La Grèce devrait voter «non», et le gouvernement grec devrait être prêt, si nécessaire, de quitter l’euro.

Pour comprendre pourquoi je dis cela, vous devez comprendre que la plupart – pas tous, mais la plupart – de ce que vous avez entendu dire au sujet de la débauche et de l’irresponsabilité grecque est fausse. Oui, le gouvernement grec a dépensé au-delà de ses moyens à la fin des années 2000. Mais depuis lors, il a maintes fois réduit les dépenses et augmenté les impôts levés. L’emploi public a chuté de plus de 25%, et les pensions (qui étaient en effet beaucoup trop généreuses) ont été très fortement diminuées. Si vous additionnez toutes les mesures d’austérité, elles ont été plus que suffisantes pour éliminer le déficit d’origine et le transformer en un important excédent.

Alors pourquoi ne pas y arriver? Parce que l’économie grecque est effondrée, en grande partie en raison de ces mesures d’austérités trop dures, entraînant des revenus en baisse avec elle.

Et cet effondrement, à son tour, a eu beaucoup à voir avec l’euro, qui piégé la Grèce dans un carcan économique. Les cas de succès d’une politique d’austérité, dans lequel les pays arrivent à maitriser les déficits sans déboucher sur une dépression, impliquent généralement de grandes dévaluations monétaires qui rendent leurs exportations plus compétitives. C’est ce qui est arrivé, par exemple, au Canada dans les années 1990, et dans une mesure importante, ce qui s’est produit en Islande plus récemment. Mais la Grèce, sans sa propre monnaie, n’a pas eu cette option.

Est ce suffisant pour que je conclus au “Grexit” – c’est à dire la sortie de la Grèce de l’euro? Pas nécessairement. Le problème avec le Grexit a toujours été le risque de chaos financier, d’un système bancaire perturbé par des retraits de panique et des affaires entravées à la fois par les problèmes des banques et par l’incertitude sur le statut juridique des dettes. Voilà pourquoi les gouvernements grecs successifs ont adhéré aux demandes d’austérité, et pourquoi même Syriza, la coalition de gauche au pouvoir, était disposée à accepter l’austérité qui a déjà été imposée. Tout ce qu’il demandait était, en effet, une pause dans la poursuite de l’austérité.

Mais la troïka n’en a cure. Il est facile de se perdre dans les détails, mais le point essentiel est maintenant que la Grèce a reçue une offre à prendre ou à laisser, une offre qui est en tout point identiques aux politiques des cinq dernières années.

Ceci est, et sans doute c’était le but, une offre qu’Alexis Tsipras, le Premier ministre grec, ne pouvait pas accepter, parce que ce serait détruire sa raison d’être politique. L’objectif doit donc être de le chasser de son bureau, qui se produira probablement si les électeurs grecs craignent assez la confrontation avec la troïka pour voter oui la semaine prochaine.

Mais ils ne devraient pas, pour trois raisons. Tout d’abord, nous savons maintenant que l’austérité toujours plus sévère est une impasse: après cinq années, la Grèce est dans un état pire que jamais. Deuxièmement, beaucoup pour ne pas dire la plus grande partie du chaos redouté en cas de Grexist est déjà arrivé. Avec les banques fermées et les contrôles de capitaux imposées, il n’y a pas que beaucoup plus de dégâts à faire.

Enfin, l’adhésion à l’ultimatum de la troïka représenterait l’abandon définitif de toute prétention de l’indépendance grecque. Il ne faut pas être impressionné par les clameurs de ceux qui disent que les responsables de la troïka sont seulement des technocrates expliquant aux Grecs ignorants ce qui doit être fait. Ces technocrates supposés sont en fait des rigolos qui ont méconnu tout ce que nous savons sur la macroéconomie, et ont eu tort à chaque étape du chemin. C’est que l’enjeu ici, ce n’est pas l’analyse économique, c’est le pouvoir – le pouvoir des créanciers d’avoir une emprise totalesur l’économie grecque, qui persistera tant que la sortie de l’euro est considéré comme impensable.

Donc, il est temps de mettre un terme à cette impensable. Sinon la Grèce fera face à l’austérité sans fin, et une dépression sans espoir de fin.

Paul Krugman est économiste, prix nobel d’économie. Tribune parue dans le New York Time le 29 juin 2015 Traduction JBC pour www.initiative-communiste.fr

Moment de Vérité pour l’Europe (New York Times)

Paul KRUGMAN

Jusqu’à ce jour, les faits ont démenti toutes les alertes à l’éclatement imminent de l’euro. Quels que furent leurs discours de campagne électorale, les gouvernements capitulent devant les exigences de la troïka ; tandis que l’intervention de la B.C.E. permet de calmer les marchés.

Ce processus a permis à la monnaie de résister, mais il a également perpétué une austérité profondément destructrice – il ne s’agissait pas de laisser les quelques trimestres de faible croissance de certains débiteurs dissimuler le coût astronomique de cinq années de chômage de masse.

En matière politique, les grands perdants de ce processus sont les partis de centre-gauche, dont le consentement à une austérité implacable – avec pour conséquence l’abandon de tout ce qu’ils étaient censés représenter – leur cause un préjudice bien plus grand qu’à ceux de centre-droit, lorsqu’ils appliquent les mêmes politiques.

Il me semble que la troïka – à mon avis, il est temps d’arrêter de faire semblant de croire à un quelconque changement, il convient donc de revenir à la vieille dénomination – attendait, ou tout du moins espérait que le Grèce rejoue la même histoire. Soit Tsipras adoptait le comportement habituel, en abandonnant une grande partie de sa coalition avant, selon toute probabilité, de se voir contraint à une alliance avec le centre-droit, soit le gouvernement Syriza tombait. Ce qui pourrait encore se produire.

Cependant, à l’heure qu’il est en tout cas, Tsipras semble n’avoir aucune envie de se faire hara-kiri. Tout au contraire, au moment où il se trouve confronté à un ultimatum de la troïka, il prévoit d’organiser un référendum sur l’acceptation de ses termes. Il occasionne ainsi des manifestations d’affliction, aussi nombreuses que les déclarations sur son irresponsabilité, alors qu’en réalité, il fait ce qu’il faut, pour deux raisons.

D’abord, en cas de victoire au référendum, le gouvernement grec aura les pleins pouvoirs, fort d’une légitimité démocratique qui, je pense, a toujours son importance en Europe. (Si tel n’est plus le cas, il faut que, cela aussi, nous le sachions).

 

Ensuite, Syriza s’est trouvé, jusqu’à présent, dans une position inconfortable, par rapport à un corps électoral que des exigences austéritaires toujours plus grandes ont poussé à bout mais qui, en même temps, est peu enclin à sortir de l’euro. Envisager la réconciliation de ces aspirations a toujours constitué une difficulté, qui se trouve accrue aujourd’hui. En réalité, le référendum demandera aux électeurs de choisir leur priorité, et de donner à Tsipras mandat pour faire ce qu’il faut, si la troïka va jusqu’au bout.

Si vous voulez mon avis, le jusqu’auboutisme des gouvernements et institutions des créanciers, relève d’une forme monstrueuse de démence. C’est pourtant bien ainsi qu’ils ont agi, aussi ne puis-je reprocher à Tsipras de s’en être remis aux électeurs, plutôt que d’accepter l’affrontement.

Origine de l’article : http://krugman.blogs.nytimes.com/2015/06/27/europes-moment-of-truth/?_r=0

Traduit par Hervé Le Gall

27 juin 2015