#8mars Martha Desrumeaux, au Panthéon sans plus tarder !

Martha Desrumeaux (1897-1982) naît dans le Nord, à Commines, dans une famille pauvre, d’un père employé du gaz, licencié pour insolence et d’une mère amputée d’une jambe. Perdant son père, à 9 ans (pompier volontaire, écrasé par une charrette à eau), elle est placée comme bonne à tout faire, puis devient ouvrière du textile, dans des conditions de travail très difficiles.

Martha adhère à la CGT à 13 ans, aux Jeunesses à 15 ans, influencée par les discours de Jaurès. Évacuée pendant la Première
, elle est employée à Lyon dans une usine textile et
prend la direction d’une grève victorieuse. Elle devient « la Pasionaria
du Nord ». Elle n’a alors que 20 ans et ne sait ni lire ni écrire, mais prend conscience du rôle du collectif dans le règlement des conflits.

Elle adhère au PCF en 1921 et s’implique dans les combats antimilitaristes,
anticolonialistes, antifascistes. Première femme élue au comité central en 1927, elle fait connaissance de Clara Zetkin à Moscou lors du 10e anniversaire de la Révolution d’octobre.

Martha crée le journal L’Ouvrière pour les droits des femmes au travail et combat pour l’amélioration des conditions de travail de celles-ci. Élue membre de la Commission exécutive au congrès de la CGTU, elle accompagne la marche de la faim des chômeurs en 1933.

Elle s’attache à la réunification des syndicats du Nord, difficile du fait du
contentieux entre unitaires et confédérées. Au comité de fusion CGTU-CGT,
c’est elle qui représente la CGTU.

Animatrice du Front Populaire dans le Nord, elle participe à sa victoire avec Léon Jouhaux et Léon Blum. Seule femme ouvrière aux Accords de Matignon en 1936, elle aide Benoît Frachon à négocier des augmentations
de salaires (le patronat refusant le moindre geste). La même année, Martha prend la direction des Jeunes filles de France, aux côtés de Danielle Casanova, pendant féminin des Jeunesses communistes.

En 1937, elle organise le recrutement des combattants des Brigades Internationales dans le Nord.

Pendant la Deuxième Guerre mondiale, menacée de répression anticommuniste du fait de l’interdiction du PCF en 1939, Martha s’occupe de son organisation clandestine. Avec Joseph Hentgès, elle participe au
passage en Belgique d’une partie des personnels dirigeants, ainsi qu’à faire
transiter des personnes physiques et du matériel de propagande. Réfugiée
en Belgique, elle s’attelle aussitôt à la réorganisation du PCF clandestin.

Revenue en juin 1940 dans la région de , elle fait partie du triangle
de direction Desrumeaux-Hentgès-Pattiniez pour lutter contre le statut spécifique de la Zone interdite. Réorganisant le transport des tracts
et journaux communistes clandestins vers la France au printemps 1941,
elle reprend contact avec les mineurs, impulse la grève dans le bassin minier de mai-juin 1941, et y participe: 100 000 mineurs sont en grève, la
production est totalement arrêtée. Figure de la Résistance intérieure
française, Martha est arrêtée par la Gestapo le 26 août à Lille. Après un
séjour à la prison de Loos, elle est déportée à Ravensbrück en 1942, y organise le soutien aux plus faibles et la résistance avec Marie-Claude Vaillant Couturier, sabotant avec les autres femmes les outils de travail. Elle survit grâce à une résistance physique et morale hors du commun, organisant les conditions de survie des prisonnières du camp. Elle y est atteinte du typhus avant d’être libérée et fait partie des 177 femmes sur 300 revenues en France, lors d’un échange de femmes SS. Lors de meetings, elle explique les horreurs des camps de concentration.

En 1944, le droit de vote étant accordé aux femmes, Martha est élue
au Conseil municipal de Lille et co-secrétaire de la CGT, fonction qu’elle
quitte en 1950 du fait de sa maladie. Elle est nommée déléguée à l’Assemblée nationale consultative en 1945 et y représente les prisonniers et les déportés. Elle milite au sein de la Fédération nationale des déportés et internés, résistants et patriotes (FNDIRP). Ouvrière et féministe, elle milite à
l’Union des femmes de France (UFF).

L’intense activité militante et féministe de Martha Desrumeaux lui a valu au moins un hommage : un collège à Lille (anciennement Matisse) et un espace vert portent son nom à Paris dans le 12e arrondissement. Mais il en manque un ! Elle a lutté toute sa vie pour l’émancipation du genre humain et plus particulièrement pour celle des femmes soumises au patriarcat. C’est une géante qui aurait toute sa place au Panthéon (où il n’y a que cinq femmes et aucune de la classe ouvrière).

un article extrait de XX.elles le bulletin de la commission femmes du PRCF

Le souffle de Martha

Lundi 8 mars 2021 à 20h30 – Sur LCP