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Accueil articles 2-lutte des classes et renaissance communiste

54e congrès de la CGT : le document d’orientation en 10 choix réformistes à rebours du 53e congrès et du syndicalisme de lutte.

4 juin 2026
Temps de lecture23 mins de lecture
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Alors que s’ouvre le 54e congrès de la CGT, c’est la « ligne » de la principale confédération syndicale de lutte en France qui se discute. Dans un entretien exclusif, Jean-Pierre Page figure de la CGT revient sur les enjeux de ce 54e congrès. Un événement également analysé par l’Avis Ouvrier.

  • 54e congrès de la CGT : entretien exclusif avec Jean-Pierre Page.
  • [ Avis Ouvrier ] 54e congrès de la CGT : dans la triste continuité de l’ère Martinez, un document d’orientation qui acte le renoncement ?

A la rédaction de www.initiative-communiste.fr on a fait le choix de se pencher sur certains morceaux choisis du document d’orientation. Un document d’orientation renversant pour qui se souvient de l’historique 53e congrès de la CGT qui avait vu les bases syndicales majoritaires de la CGT s’opposer à ce qui mettait à mal leur collectif, et la capacité des syndicats CGT a faire gagner les travailleurs, à réunir les luttes « tous ensemble et en même temps ». Dans le souffle et l’élan d’une grève générale réunissant des millions de travailleurs pour défendre contre l’Euro austérité leurs droits à la retraites et leurs pensions. C’est à dire leurs salaires. Une mobilisation historique, torpillée par une stratégie de lutte dictée par la CFDT donnant la primauté au « dialogue social » à l’opposé du raport de force du tous ensemble de l’interpro et calqué non sur le blocage des profits mais sur l’agenda parlementaire dont le point final est connu : le 49.3. Le tout sans jamais rien dire ni des causes ni des donneurs d’ordre de cette réforme résultant tout à la fois des traités européens et des ordres fixés par le semestre européen et la procédure de déficit excessif.

Une analyse factuelle qui permet aux délégués et à chaque syndicaliste CGT de bien comprendre comment derrière la rédaction « combative » et des termes séduisants, c’est les vieilles recettes qui n’ont mené que d’échecs des luttes en recul de la CGT qui sont repoussées en avant : fusion derrière la CFDT au nom du syndicalisme rassemblée, suivisme de la ligne politique de la Confédération Européenne des Syndicats, c’est à dire une ligne qui conduit à soutenir à l’encontre des travailleurs l’économie de guerre et l’escalade impérialiste et austéritaire. Le creuset même de la fascisation qui se traduit par une montée de l’extrême droite dangereuse.

Une analyse circonstanciée, qui a lu le texte en détail. Pas par une IA comme s’y sont livré certains que nous ne citerons, mais par un vrai travail collectif. Une lecture et une analyse qui est livrée modestement et avec humilité à la sagacité des délégués au congrès, de chaque syndicaliste CGT. A qui il est utile de dire en préambule l’immense respect et reconnaissance des travailleurs. Car l’intérêt portée à ce congrès est à la mesure de l’attente mis par l’ensemble du monde du travail sur cette première organisation syndicale dans les luttes qu’est la CGT et ses syndicats.

Plongeons ensemble donc dans le texte. Un texte de 84 pages qui comprend 31 212 mots. En premier lieu il est utile de considérer la tonalité du texte travers les mots employé

  • ouvrier : 7
  • travailleur(e)s : 95
  • patron /patronat : 2 / 31
  • employeur : 8
  • usine : 2
  • industrie :11
  • services publics : 30
  • fonctionnaires : 6
  • délocalisation : 3
  • privatisation : 1
  • chômage / chômeurs : 12
  • salarié : 17
  • cadre : 37
  • salaires :23
  • retraites : 37
  • femmes / hommes / genre / sexiste : 31 /14 /2 / 21
  • discrimination : 26
  • lutte : 118
  • lutte des classes : 0
  • classe ouvrière : 1
  • classe capitaliste : 0
  • capitalisme/te : 10/2
  • syndicalisme de classe : 2
  • rapport de force : 34
  • négociation : 45
  • accords :10
  • grève générale : 0
  • rassembler : 11
  • exploitation : 0
  • profits : 2
  • sécurité sociale : 13
  • nationalisation : 1
  • socialisation : 0
  • socialisme : 0
  • impérialisme : 1
  • directives (européennes) : 4

Une sémantique qui montre une faible place donnée à la visibilité de la lutte des classes, de l’exploitation, et en particulier des ouvriers (6 fois moins évoqués que les cadres). A l’opposé de la Charte d’Amies dont on peut rappeler le vocabulaire en quelques extraits : « Le Congrès considère que cette déclaration est une reconnaissance de la lutte de classe, qui oppose sur le terrain économique, les travailleurs en révolte contre toutes les formes d’exploitation et d’oppression, tant matérielles que morales, mises en oeuvre par la classe capitaliste contre la classe ouvrière.

Le Congrès précise par les points suivants, cette affirmation théorique.

Dans l’œuvre revendicative quotidienne, le syndicat poursuit la coordination des efforts ouvriers, l’accroissement du mieux-être des travailleurs par la réalisation d’améliorations immédiates, telles que la diminution des heures de travail, l’augmentation des salaires, etc. Mais cette besogne n’est qu’un côté de l’œuvre du syndicalisme: il prépare l’émancipation intégrale qui ne peut se réaliser que par l’expropriation capitaliste; il préconise comme moyen d’action la grève générale et il considère que le syndicat, aujourd’hui groupement de résistance, sera, dans l’avenir, le groupement de production et de répartition, base de réorganisation sociale.

Le Congrès déclare que cette double besogne, quotidienne et d’avenir, découle de la situation de salariés qui pèse sur la classe ouvrière et qui fait à tous les travailleurs, quelles que soient leurs opinions où leurs tendances politiques ou philosophiques, un devoir d’appartenir au groupement essentiel qu’est le syndicat. »

Pour analyser le texte, nous nous référons au numéro de paragraphes du document à travers des chiffres entre parenthèse.

le document d’orientation en 9 choix réformistes à rebours du 53e congrès et du syndicalisme de lutte.

Le préambule du texte identifie le danger de l’extrême droite (03). Il cible également la mondialisation (04), sans en analyser le caractère capitaliste, impérialiste et contre révolutionnaire. D’emblée, la superstructure de pouvoir du Capital – l’Union Européenne, l’euro – est effacée pour ne parler que d’un capitalisme qui serait le fait de Thatcher, Reagean et Trump (07). L’attaque contre le CNR ? identifiée et dénoncée (09) mais sans rien désigner des directives européennes qui la fonde. L’augmentation des budgets d’armement au détriment des services publics et de la Sécu ? Là aussi silence complet sur les ordres fixés par l’OTAN (doublement à 5% du PIB du budge de l’armée) et l’Union Européenne (critères de Maastricht, semestre européen et procdure de déficit excessif) (11). Quand à la guerre en Ukraine et le génocide à Gaza, les deux sont amalgamés dans un tous mis sur le dos de « deux gouvernements d’extrême droite » (10). Une formulation qui cible à n’en pas douter le gouvernement russe tout en épargnant le régime Zelensky qui pourtant réprime les syndicalistes, supprime les droits des travailleurs et célèbre littéralement en héro les milices banderistes du IIIe Reich, dont les descendants – avec la division AZOV – sont les troupes de choc de la guerre de l’OTAN sur le front de l’Est. Tout en évitant de mettre en avant le role des USA et de l’Union Européenne qui arment et financent le régime de Tel Aviv…
Ce préambule célèbre comme une victoire du syndicalisme … les élections législatives en 2024 (18). Passant sous silence que les élus PS de la NUPES ont avalisé par leurs votes et leur refus de censurer les gouvernements Barnier, Bayrou et Lecornu la contre réforme des retraites, celle du chômage ou les suppressions d’emplois publics et le blocage des salaires des 5 millions de travailleurs du public. La mobilisation de 2023, antérieure au 53e congrès d’ailleurs – puisque depuis la CGT n’a pas réimpulsé de mouvement tous ensemble et en même temps – est célébrée comme « ayant remis le syndicalisme sur le devant de la scène » (19). Se félicitant (SIC) de « l’avoir fait payé au prix fort » à Macron. Aucun syndicaliste CGT n’ignorent pourtant que si Sophie Binet s’autocongratule à l’ombre de son emblématique chapeau, les travailleurs eux sont condamnés à la retraite à 67 ans et à des pensions de misère.

L’explication de l’absence de suite à 2023 et ses millions de grévistes ? c’est la faute des travailleurs (21) pas assez syndiqués. Cela alors même que la direction s’enorgueillit des 150 000 nouveaux syndiqués directement issus de ce mouvement d’avantage que de l’inaction centrale – suivant le principe d’attendre une coordination avec la CFDT refusant l’action – qui a suivi de 2023 à 2026. En dépit d’une lutte des classes intense, avec de très nombreuses grèves très combatives dans tous les secteurs. Les difficultés de la CGT ( 23) ? c’est la faute de l’augmentation du nombre de cadres dans les grandes entreprises où est implantée la CGT. Dans une vision uniquement electoraliste et d’un syndicalisme de représentation et de dialogue social.
Est ce pour celà que les termes usines et ouvriers sont absents de ce préambule ? Alors que vont être supprimés à nouveau des centaines de milliers d’emplois dans l’automobile et le secteurs de ses fournisseurs, c’est à dire concernant une bonne moitié de ce qui reste de la classe ouvrière ?

Pourtant ce préambule constate que la CGT, héritière de l’histoire et des victoires des luttes du syndicalisme rouge, du syndicalisme de classe, est toujours celle qui est la plus écouté, la plus suivie, et la plus forte d’ailleurs lors des scrutins sur nom (24). Des gages sont d’ailleurs données en ce sens au point (25) en affirmant la « pertinence du syndicalisme de classe et de masse« . Dont acte. Un point suivi de menaces à peine voilées contre ceux qui ne seraient pas pour la poursuite du syndicalisme rassemblé (« on ne peut se payer le luxe du statu quo ou des divisions » (26) dans un appel à poursuivre la mutation et à laisser faire cette direction confédérale dont on sait les conditions chahutés de mise en place minoritaire lors du 53e congrès. On retrouve ces gages sémantiques (36) avec le terme balancé plus loin mais sans aucune conséquences pratiques proposées, de « montrer un syndicalisme de la double besogne« . Observons que la présence de ces termes marque le fruit d’un puissant rapport de force interne.

Le texte se proclamme offensif (31) mais c’est pour, à l’opposé de la charte d’Amiens, ne se définir que contre le libre échange, et non contre le capitalisme. La dénonciation de la « concurrence internationale du travail » (32) ne dit rien de son cadre structurel qu’est l’Union Européenne. Un appel à l’Europe à sortir de l’OTAN est prononcé (33), oubliant que les traités européens intègren l’Union Européenne à l’OTAN d’une part, d’autre part que l’Union Européenne est le marche pied de l’impérialisme américain. Un impérialisme qui n’est jamais nommé en tant que tel, alors qu’une opposition que l’on pourrait qualifier de nationaliste et de campiste est en réalité dressée artificiellement entre l’Europe (ie l’Union Européenne) et les USA. Comme si la clé des maux des travailleurs se trouvaient dans les directives et la constructions européennes pour laquelle œuvre la Confédératon Européenne des Syndicats qui chapote, via la CFDT, la CGT ! Faut il rappeler qu’en 2005 déjà, le parlement de la CGT avait imposé un violent camouflet à la direction de la CGT en engageant la CGT dans la campagne du NOn aux traités européens, tandis que la direction confédérale soutenait le oui au referendum, à l’unissons patronat.

Ne prononçant pas d’appel au tous ensemble et en même temps, encore moins à des stratégies de grèves collectives d’ampleurs, c’est vers la « coordination des luttes » pour obtenir des « victoires emblématiques » (en réalité on comprend que le terme poursuivi est plutôt symboliques) que se finit ce préambule. Avant de donner la conclusion de la ligne politique proposée  » faire de la confédération syndicale internationale et de la confédération européenne des syndicats nos internationales ouvrières antifascistes ». L’exact opposé du syndicalime de classe et de la double besoigne soit dit en passant. Une structure promue par le camp réactionnaire et la CIA d’une part, une autre qui n’est pas un syndicat mais une institution de l’Union Européenne d’autre part. Exit donc la FSM, la fédération syndicale mondiale, véritable internationale du syndicalisme ouvrier. Indépendante, elle.
Et pour finir, l’appel complet et sans aucune ambiguité à une méthode d’action qui n’est pas celle de la construction des luttes sociales dans le tous ensemble de l’interpro et du syndicalisme dans les entreprises et les services publics, mais celle d’un syndicalisme rassemblé « avec les autres organisations syndicales mais aussi plus largement avec la société civile ». Bref la fusion de la CGT dans le magmat des associations sociales, dont nombre ne sont que les caches nez des partis sociaux démocrates (PS, EELV…).Là encore un puissant accroc à la charte d’Amiens.

En suivant l’ordre du document d’orientation, analysons ensemble une dizaine de points. Non exhaustif mas significatifs.

1Le syndicat structure fondamentale la CGT, vraiment ? le retour des collectifs de cadres

La résolution 60 vient conclure une section 1.1 tournée vers le renforcement de la CGT. Alors qu’il est identifié qu’il faut conforter le syndicat « organisation de base de la CGT (50), la seule proposition tangible et concrète est celle, à l’oposée, du renforcement de la centralité dans la syndicalisation des réseaux hors syndicats d’entreprise ou de branches, celui des cadres (ICTAM, avec l’UGICT). A contrario, on recherche en vain les termes ouvriers et ouvrières, de même qu’employé(e)s.

Une place très importante est dédiée à la mise en place de congrès des syndicats, qui doivent se faire (63) sous l’égide des fédérations et des Unions Départementales. Une mise sous tutelle des syndicats ? Pour autant la construction du rapport de force est elle exclusivement dédiée au syndicat de base (65), bien seul dans le combat de classe. Le silence sur le rôle en la matière de la confédération, notamment pour les sujets concernant l’ensemble du monde du travail. par exemple pour le rétablissement de l’échelle mobile des salaires, la défense des statuts ou des conventions collectives, les lourds enjeux des menaces euro austéritaires contre la sécu (chômage, retraites,…) ou encore les plans massifs de désindustrialisation est d’une violence inouie. Au syndicat de terrain les durs coups d’une lutte chacun de son coté, à la direction confédérale la liberté d’une ligne de syndicalisme rassemblée, au coté dela CFDT et des grandes déclarations avec les « associations ».

2 Echec de la stratégie tout CFDT / CES : le silence sur un lourd bilan de défaites et reculs

Au point 139, l’échec du plus formidable mouvement de mobilisation en grève générale réunissant des millions de gréviste, celui de la réforme des retraites de 2023 est complètement passé sous silence. Un postulat sonnant comme un sophisme absurde est posé, sans syndicat fort, pas de grève gagnante. On pourrait remarquer que le syndicat n’est fort que parce qu’il démontre son utilité dans le rapport des forces aux travailleurs.

Hors rien de ce §1.2 ne renvoit à la constitution de ce rapport des forces, qui est le coeur du syndicalisme. Tout est renvoyé aux résultats des élections professionnelles, aux nombres de syndiqués, qui seraient la seule base permettant de faire progresser les revendications. Dans un dialogue social institutionnelle donc. Dont le bilan est exclusivement lourd de défaites et recls. Mais quand (142), il est fait le constat de la faiblesse de la CGT dans le collège des cadres du CAC40, il est fait silence sur les victoires obtenus par les ouvriers de ces mêmes entreprises par la grève organisés. Par exemple dans le secteur de la chimie avec la grève des raffineurs qui en réalité a impulsé avec la grève des électriciens gaziers l’ensemble de la grève générale de 2023 et avec elle des augmentations de salaires.

Les points de ce paragraphe liste des logiques de campagnes électorales, de communication à cette fin. Mais rien n’est dit d’une stratégie de lutte. Comme si ce n’était pas dans la revendication, dans la construction collective – à travers des assemblées générales -y compris interprofessionnelles – ouvertes et permettant aux syndicalistes CGT de proposer, d’aider et d’appuyer la lutte que se trouve à la fois la vraie construction de la légitimité conduisant à l’engagement syndical individuel (et au vote) pour le syndicat, mais aussi les victoires possibles pour les revendications des travailleurs.

3 Des revendications pour : interdites par une Union Européenne contre ces revendications

La partie 2 du document d’orientation liste des revendications pour lesquelles se prononce la CGT, remontées à raison par les syndicats et fédérations. Retraites à 60 ans, services publics de haut niveau, statut du travailleur salarié, sécurité sociale, … Tout cela relève du bon sens, sans grande surprise ni nouveauté.
rien n’est dit pourtant des causes structurelles qui ravagent tous les acquis sociaux avant même de parler de leurs développements. Les directives européennes qui libéralisent et privatisent. Les traités de libre échanges imposés par l’Union Européenne qui délocalisent et organisent le dumping anti social. l’Euro qui fonde la libre circulation des capitaux, et donc l’évasion fiscale qui saignent les comptes sociaux.

Comme un cheveux sur la soupe, arrivent d’ailleurs à la fin (244) de ce long inventaire, la revendication d’attendre de la CES qu’elle obtiennent de la commission européenne un statut de salarié pour les travailleurs des plateformes. Comme si l’UE et sa directive Bolkestein, celle des travailleurs détachés, celle qui a imposé via le semestre européen la casse du code du travail avec les ordonnances Macron et la Loi El Khomri du PS, n’était pas programmée exactement pour faire l’inverse. Il serait pourtant plus logique est mobilisateur de revendiquer que cela soit inscrit dans le code du travail en France, et que celui ci prime aux directives et traités européens.
Cela imposerait, il est vrai la sortie de l’Union Européenne comme point focal réunissant dans le tous ensemble, l’ensemble des revendications évoquées. Une méthode qui pourrait être centrale pour unir public et privé, ouvriers et paysans. Or les statuts mêmes de la conféderation européenne des syndicats impose de promouvoir (revendiquer ?) une union européenne toujours plus élargie et de soutenir la construction de l’Union Européenne du Capital. Oui les choix en la matière sont très concrets.

La section 2.2 appelle à agir pour l’industrie. Il est question de « rompre avec les choix politiques néolibéraux en France et en Europe ». Rien n’est dit cependant de la responsabilité de la construction européenne dans la fermeture des mines et de l’acier, du textile, maintenant de l’automobile. Dans la privatisation de l’énergie, des transports, de l’Equipement, de l’enseignement, de l’hôpital. Dans les délocalisations. Bref dans tout ce qui fait concrètement la désindustrialisation et la casse sociale. Il es revendiqué à raison (258, 259) le retour d’un Etat stratège, de relocalisation en France pour la souveraineté industrielle. Pour autant, tout cela est explicitement (de même que 260, 261) interdit par l’Union Européenne.
Salaires, services publics, industries, budget de l’Etat ou Union Européenne, il faut choisir.

Rappelons pourtant que le document a bien identifié (551) que 80% du droit se décide dans les institutions européennes. Le choix de privilégier l’Union Européenne, contre les travailleurs et les peuples est donc on ne peut plus conscient. Il ne se comprend que par une stratégie privilégiant l’allégeance à la CES, l’allignement sur la CFDT plutôt que par une stratégie exclusivement centrée sur l’appui à la construction d’un rapport de force gagnant pour les travailleurs.

4 Le syndicalisme rassemblé avec la CFDT

La partie 3 porte sur la stratégie de lutte. le point 405 fait le constat d’une mobilisation record. La cause de l’échec serait donc l’incapacité des syndicalistes CGT, à la base, d’avoir construit la grève reconductible après le 7 mars 2023. Toute la faute incomberait donc aux centaines de milliers de syndicalistes de la CGT selon la direction confédérale ? Alors même que dès le début la stratégie de lutte et le calendrier en découlant a été dicté par la CFDT sur la base d’un agenda en journées multiples et isolées positionné en regard du débat parlementaire et se concluant logiquement par un 49.3. Et le retrait programmé dès le début de la CFDT de la bataille. Une CFDT qui n’a que très maigrement contribué à la mobilisation et à la grève en particulier, tout en tentant d’exploiter le rapport de force pour revenir à contre réforme des retraites à points, iniques et forgées avec le patronat en 2019. Mis en échec par une mobilisation construite sans elle et contre elle.
Le bouc émissaire tout trouvé ? le taux de syndicalisation trop faible. Evacuant toute responsabilité de l’Etat major CGT.
Pire, rien n’est dit des luttes entre 2024 et 2026, et donc du bilan de la CGT de Sophie Binet. Quel mouvement social construit ? quelle victoire obtenue ou du moins quel rapport des forces engagé ? De facto, poser ces questions c’est pointer le bilan réel de la direction issus du coup de force concluant le 53e congrès, qui avait invalidé les orientations de la direction Martinez Buisson, pourtant reconduite de facto la dame au chapeau remplaçant le monsieur à la moustache. (411); le document d’orientation pudiquement écrit « nous sommes beaucoup plus en difficulté pour les conflits interprofessionnels ou sectoriels ». N’est ce pas là l’objet même de responsabilité de la direction confédérale ?

Bien sur le § proclame « faire converger les luttes ». En pointant d’ailleurs, et il faut saluer ces avancées dans le texte, des méthodes éprouvées, tels que l’assemblée générale interprofessionnelle ( 436). Pour autant c’est pour mieux écarter « une revendication généraliste venue d’en haut » (438) et surtout ne rien dire des enjeux de la construction d’un agenda de luttes pour construire le tous ensemble, coordonner l’interprofessionnel pour éviter le « tous en action, mais isolé, et battus de son cotés ». Et cela alors même que le constat est fait de l’intensification de la répression (440). Bref, éviter de désigner le rôle central de la direction confédérale pour construire véritablement le tous ensemble de la convergence des luttes.
On soulignera à l’inverse que le point 464 désigne comme un enjeu la capacité à anticiper et construire une capacité de blocage de l’économie dans le cadre de mouvements interprofessionnels. Là encore une responsabilité sur laquelle est attendue la confédération, pour autant que la construction du rapport des forces soit sa priorité… Quant à l’outil d’une manifestation nationale, qui vient de démontrer son efficacité en Belgique, en Italie, à Londres s’agissant de la mobilisation pour la Palestine, il est proprement évacué des méthodes de ce document d’orientation.

Le point 3.13 proclame comme une obligation « l’unité syndicale ». Mais sans rien dire de la primauté des mots d’ordres. L’unité sans contenu n’est que de la division et de dispersion en attente. De Nicole Notat à Laurent Berger, l’unité avec la CFDT a fait la preuve qu’elle a plus souvent servi à diviser qu’à rassembler. Au demeurant on constatera que le document riche de plus de 30 000 mots évite soignement, à l’exception de la FSU, d’analyser et prioriser ses alliances et contacts avec les différents mouvements existants du paysages syndicales, de classe ou réformiste.

5 S’inféoder à la CES, soutenir les guerres de l’UE OTAN

« La CGT continuera à s’investir dans la CES, afin d’y renforcer la stratégie revendicative et d’action à l’échelle européenne, pour ne pas laisser Bruxelles aux technocrates et aux lobbies patronaux. Nous œuvrerons à la conquête de majorités sur nos positions, au sein de la CES. » indique le point 554. Cela alors même que la CES a fait la preuve de son soutien au contre réformes de Bruxelles. Et notamment la retraite à 67 ans. Quand en France et en Belgique les travailleurs luttent contre la retraite à 67 ans qui leur est imposée via le Semestre Européen que fait la CES ? poser la question c’est dévoiler le pot au rose. Rien. De même que le point 552 démontre que la CES n’a conduit dans la pratique à aucune victoire. Aucune. Au contraire, elle enchaine les syndicats à ne pas remettre en cause une Union Européenne qui non seulement attaque les travailleurs dans leurs salaires, leurs droits, leurs emplois, mais désormais les convoque directement à une escalade dans les guerres impérialistes. Dès aujourd’hui avec une une couteuse et dangereuse économie de guerre, et une guerre sanglante en Ukraine provoquée par l’expansion du marché de libre échange de l’UE vers Kiev en 2014 (un élargissement de l’UE qui est un objectif statutaire de la CES), mais aussi très vite s’il n’y est mis un terme à une guerre mondiale exterministe contre la Russie et la Chine populaire.

A ce titre, le « travail commun dans la CSI » qui a conduit la CGT a soutenir l’effort de guerre, et les crédits de guerre imposés par l’UE OTAN qui coutent tant aux écoles, aux hôpitaux et à l’ensemble du monde du travail, est un pas en arrière terrible qui renvoi à l’union sacrée qui a mené à la tragédie de 1914.

De fait le point 566 est proprement belliciste et scandaleux, en proclamant l’objectif de construire une défense européenne coordonnée. Et ce même s’il postule l’exigence d’une sortie de l’OTAN, tout à fait illusoire dans ce cadre qu’est l’Union Européenne. Celui ci s’inscrit également dans une vision campiste, impérialiste dans les actes, proclamant la solidarité avec le « peuple d’Ukraine », mais pas le peuple russe…

6 Le retour du projet condamné au 53e congrès : la fusion avec la FSU

C’est le retour du serpent de mer au point 3.4.1. Avec l’institution d’une maison commune en vue d’une fusion annoncée pour le 55e congrès. S’agit il dans ce projet de fusion de renforcer le syndicalisme de classe, pour pouvoir s’opposer lorsque nécessaire au syndicalisme réformiste, rassemblé avec le patronat, de compromission ? De fait, dans la circonstance, poser la question c’est là aussi y répondre. L’argument de la sociologie respective des deux organisations pour dénoncer cette fusion n’est en réalité qu’un écran de fumé à la question centrale de ce débat : syndicalisme de défense des travailleurs ou syndicalisme d’accompagnement.

7 L’appui politique au NFP sous bannière PS PCF et anti LFI ? le syndicalisme comme tremplin électoraliste ?

Le point 610 prete à sourire s’il n’était pas en parfait décalage de la réalité vécue par les syndicalistes et les travailleurs. Il proclame « c’est grâce à la conjugaison de ce rapport de force politique avec notre rapport de force social que nous avons ensuite bloqué une grande partie des réformes d’Emmanuel Macron et du patronat. ». baisse des indemnisations chômages, baisse des retraites et allongement de l’âge de départ, gel du point d’indice des fonctionnaires et poursuites des suppressions d’emplois publics, attaque en règle du code du travail jusqu’au 1er mai non travaillé … des victoires étincelantes que connaissent tous les travailleurs. ou pas. Bref, c’est pour mieux faire reluire le point 609 qui semble être le bilan positif à mettre en avant depuis le 53e congrès : « . C’est parce que la CGT et la société civile se sont mobilisées que le Rassemblement national (RN) a été battu et que le Nouveau Front populaire (NFP) a fini en tête des élections législatives. »
Une prise de position dans le champ politique partisane évidente, alors même qu’en 2026, il apparait que le NFP est nul et non avenu : le PS ayant fait le choix, à nouveau de rejoindre la bande macroniste. Il est vrai que Sophie Binet provient de ce même PS, qu’elle n’a jamais caché son inimité pour LFI, tandis que son n°2 est lui affilié au PCF.
Bref, si l’indépendance partisane (611) est affichée , en réalité le choix est pesé, celui du soutien à un format politicien NFP dont chacun a pu voir les limites et en pratique de l’attachement à la social démocratie. Ce NFP qui est le pendant politique du syndicalisme rassemblé avec la CFDT sous l’égide de la CES.

8 Le syndicalisme violet plutôt que le syndicalisme rouge ?

Une large place est donnée pour faire muter la CGT en une organisation féministe. Bien sûr l’objectif féministe n’est contesté par personne. Cela étant la présentation du document d’orientation laisse à penser que la CGT serait une organisation sexiste, discriminant les femmes, au regard des chiffres non paritaires mis en exergues de façon globale. On se souvient que c’est avec cet argument brillant (83) qu’avait été combattue la candidature d’Olivier Mateu, l’une des figures qui avait émergé avec force lors de la bataille des retraites en 2023, pour lui préférer Sophie Binet, une cadre issue du Parti Socialiste, loin d’avoir brillé dans la construction des rapports de forces pour les travailleuses et travailleurs mais pour s’être illustrée au contraire par une promotion institutionnelle rapide dans le cercle dirigeant de la CGT.

De fait si le document ne porte aucune réflexion explicite sur les moyens et l’objectif même de construire un calendrier de convergence des luttes à même de pouvoir impulser, lorsque les circonstances sont réunies, des grèves reconductibles et le cas échéants leurs généralisation interprofessionnelles, il se propose de fixer comme seul agenda revendicatif, un agenda thématique (515) qui de façon emblématique oublie le 1er mai directement menacé pour mettre en avant : « 8 mars pour l’égalité salariale, 21 mars contre le racisme, 28 avril pour la santé au travail, 25 novembre contre les violences sexistes et sexuelles, 18 décembre pour les droits des migrant·es… ». Cela dans un § renvoyant pourtant aux négociations annuelles obligatoires concernant les salaires. Un objet de lutte fondamentale puisque portant sur les salaires.

Là encore, au delà de la mise en avant de mesures de bons sens, un important volet est dédié à la question des ICTAM, c’est à dire du public cadre et classe moyenne, démontrant de facto la volonté du document d’orientation de faire de la place des cadres une priorité, à l’inverse des ouvriers. Y compris en développant un « cadre d’organisation spécifique »… (89)

On remarquera qu’un volet de pure forme, sans propositions solides d’action pour la syndicalisation des jeunes travailleurs (en emplois ou nom) dès les études – est développé. Au demeurant alors que des actions ambitieuses avait été lancées, notamment par des camarades du PRCF, avec les SELA, ces actions qui avaient une certaines dynamique n’auront pas eu de suite. La cause principale en étant, il faut bien le reconnaitre et le déplorer, la défection de certains des responsables les portant courageusement initialement et y renonçant après à peine deux années de travail militant. Une impasse velléitaire, qui une fois close les a montré plus pressés de trouver refuge dans une scission les installant à la tête d’une organisation politique devant se transformer à l’encontre du syndicalisme en « citadelle ouvrière ». De fait, pour revenir directement au document d’orientation la question de l’accueil dans le syndicalisme de classe au plus tôt, essentiel pour la formation des cadres du mouvement ouvrier reste posée.

9 : sur le plan international : timide soutien à Cuba, solide soutien à la guerre en Ukraine à l’expansion impérialiste de l’Union Européenne

Sur le plan international, on se félicitera que l’intense mobilisation des syndicalistes CGT pour Cuba se traduise par une résolution en faveur de la poursuite des actions de solidarité (569).
Cela étant il faut constater l’engagement de la direction confédérale dans le soutien unilatéral dans la guerre sur le front de l’Est à l’Ukraine (570) c’est à dire au choix de se ranger du coté de l’UE OTAN dans cette guerre.

Plus généralement, le point 39 consacre que la ligne internationale de la CGT n’est pas autonome, mais inscrite dans celle établie par la CSI et la CES. Il est d’avantage tragique que comique de voir écrit que ces institutions deviendrait, pour qui en examine l’histoire et la composition, une « internationale ouvrière ». Rappelons que la CFDT est l’organisation dominante pour la France, de la CES et de la CSI…

https://www.youtube.com/watch?v=ZJvgB8jnjRg : retrouvez en vidéo le débat syndical de la rentrée sociale 2023 à la fête de l’Humanité. Suivant la mobilisation contre la réforme des retraites et le 53e congèrs de la CGT. Avec Olivier Mateu de l’UD CGT 13 notamment.


Le document d’orientation du 54e congrès de la CGT ? le retour a ce qui a été rejeté au 53e congrès !

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