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Accueil articles 4-EUROPE: en sortir, s'en sortir !

Vingt ans de « compétences »euro-imposées contre l’école républicaine : anatomie d’un effondrement programmé

16 mars 2026
Temps de lecture18 mins de lecture
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Depuis le début des années 2000, une transformation profonde et silencieuse a reconfiguré l’école française. Rarement débattue publiquement, jamais réellement soumise au vote des citoyens, cette mutation a pourtant bouleversé l’un des piliers historiques de la République : l’instruction publique.

Car derrière les réformes successives — socle commun, cycles, compétences, modularité, autonomie, spécialités, contrôle continu — il y a une doctrine, une cohérence et une origine précise : **les stratégies éducatives fixées par l’Union européenne**. Stratégie de Lisbonne (2000), cadre européen des compétences clés (2006), Éducation & Formation 2020 (2009), Europe 2020 (2010) : ces textes ont dicté, étape par étape, le remplacement des savoirs par des « compétences ». Et c’est cette doctrine, appliquée avec une constance remarquable par tous les gouvernements depuis vingt-cinq ans, qui a contribué à l’effondrement progressif du modèle scolaire français.

Peu importe les alternances. Peu importe les ministres, les couleurs et les discours. La trajectoire, elle, n’a jamais dévié.

Juncker, ancien dirigeant de la commission européenne l’a dit:
«  Il n’y a pas de choix démocratique contre les traités ».

I. Ce que l’Europe a prescrit : une école des « compétences », non des « savoirs »

À partir de l’an 2000, l’Union européenne fixe un programme d’harmonisation éducative continental. Son ambition déclarée : former des citoyens adaptables, mobiles, employables, capables de se recycler tout au long de leur vie dans une « économie de la connaissance » où la flexibilité et l’innovation deviennent des impératifs absolus.

Cette doctrine est écrite noir sur blanc dans les textes fondateurs.

La [Recommandation 2006/962/CE du Parlement européen et du Conseil](https://www.europarl.europa.eu/doceo/document/TA-6-2006-0365_FR.html) définit les « compétences clés » en ces termes : « Les compétences clés sont nécessaires à tout individu pour son épanouissement personnel, sa citoyenneté active, son inclusion sociale et l’emploi. » Et encore : « L’objectif de rendre l’économie européenne plus compétitive et plus dynamique […] dépend d’un niveau élevé de compétences. »

La stratégie [Europe 2020](https://eur-lex.europa.eu/legal-content/FR/TXT/?uri=celex%3A52010DC2020) enfonce le clou : « Nous devons améliorer les niveaux d’éducation et de compétences pour renforcer l’employabilité. »Et : « Une main-d’œuvre hautement qualifiée et adaptable est essentielle pour notre compétitivité future. »

Le cadre stratégique [Éducation & Formation 2020](https://www.consilium.europa.eu/uedocs/cms_data/docs/pressdata/fr/educ/111487.pdf) confirme : « L’éducation et la formation sont indispensables pour renforcer l’employabilité, la croissance économique et la compétitivité européenne. » Les systèmes éducatifs, y est-il précisé, « doivent permettre aux apprenants de s’adapter à un environnement en mutation rapide ».

À cela s’ajoute, depuis les années 2000, une marchandisation croissante de l’éducation par le numérique. Comme l’analyse Jean-François Dejours, membre de la Commission éducation du PRCF, dans son étude [« De quel capitalisme, la marchandisation de l’éducation est-elle le nom ? »](https://www.initiative-communiste.fr/articles/europe-capital/de-quel-capitalisme-la-marchandisation-de-leducation-est-elle-le-nom-partie-2/), la marchandisation de l’éducation obéit à un double processus : l’un de substitution, visant à remplacer les diplômes par une évaluation par compétences, l’autre d’infiltration de l’école par les produits de l’EdTech  L’Europass — super-CV européen valorisant compétences linguistiques, numériques et diplômes LMD — en est l’instrument concret.

Ici, tout est dit. Le cœur du projet européen n’est pas la culture, la transmission, la connaissance ou la formation du citoyen. C’est l’adaptabilité économique et la privation de l’éducation L’école comme service rendu au marché et comme un marché tout court.

Les huit « compétences clés » définies en 2006 — communication dans la langue maternelle, langues étrangères, compétence mathématique, numérique, apprendre à apprendre, compétences sociales, esprit d’initiative, sensibilité culturelle — ne sont pas des disciplines. Ce sont des aptitudes transversales, modulables, évaluables en situation, indépendantes de tout contenu stable. La Recommandation le précise elle-même : « La compétence d’apprendre à apprendre sous-tend toutes les autres compétences »— c’est-à-dire que la méthode prime sur le contenu, que l’adaptabilité prime sur le savoir.

II. Comment la France a appliqué ce programme — réforme après réforme

Ce qui frappe, quand on observe les vingt-cinq dernières années, c’est la continuité absolue de la politique éducative française. Droite, gauche, centre : aucune alternance n’a infléchi la trajectoire. Toutes les réformes majeures ont suivi la même logique : aligner l’école française sur les priorités européennes.

Début des années 2000 : Loi Lang

Les premiers programmes de la décennie renforcent l’enseignement des langues vivantes dès le primaire, introduisent les premières formes de raisonnement par compétences et mettent l’accent sur la « littératie » et les compétences fondamentales — traduction directe des priorités de Lisbonne.

2005 : Loi Fillon — le socle commun, transposition directe du cadre européen

C’est la réforme charnière. La [loi Fillon n°2005-380 du 23 avril 2005](https://www.legifrance.gouv.fr/loda/id/JORFTEXT000000810726) crée le « socle commun de connaissances et de compétences », structuré en sept piliers de compétences calqués sur les huit compétences clés européennes. La notion de « pilier » remplace progressivement celle de « discipline ». 

L’évaluation par compétences s’impose. Le texte européen de 2006 le formulera ainsi : « Un cadre européen commun facilitera les réformes nationales en cours. »

C’est ici que commence l’école à plusieurs vitesses. Le socle commun définit un minimum prétendument garanti pour tous — ce faisant, il abaisse les exigences générales et réserve les contenus exigeants à ceux qui les chercheront ailleurs. La promesse républicaine d’une école qui élève tous les élèves commence à se fissurer.

2007 : LRU Pécresse — l’université soumise au marché

La [loi LRU n°2007-1199](https://www.legifrance.gouv.fr/loda/id/JORFTEXT000000824315) aligne les universités françaises sur le processus de Bologne : autonomie institutionnelle, gouvernance managériale, modularité des formations, logique d’employabilité.

2010 : Masterisation Chatel — l’alignement LMD achevé

Le [décret 2009-920](https://www.legifrance.gouv.fr/loda/id/JORFTEXT000020919212) impose le master (bac+5) comme condition d’accès au métier d’enseignant, achevant l’alignement complet sur le schéma LMD prescrit par Bologne. La réforme est si mal conçue qu’elle génère une crise de recrutement durable — et de nouvelles réformes de la formation des enseignants presque chaque année depuis lors, sans jamais résoudre le problème de fond.

2013 : Loi Peillon — la « refondation » dans le cadre européen

La [loi Peillon n°2013-595](https://www.legifrance.gouv.fr/loda/id/JORFTEXT000027677984) recentre l’école sur les cycles de compétences, crée les ESPE, donne la priorité au primaire et fait de la lutte contre le décrochage une priorité nationale. Autant d’objectifs présents mot pour mot dans Europe 2020 : « Les États membres devront moderniser leurs systèmes d’éducation et de formation. » La refondation est une modernisation dans le cadre, non une rupture avec lui.

2016 : Réforme Vallaud-Belkacem — le collège de l’interdisciplinarité

Le [décret du 19 mai 2015](https://www.legifrance.gouv.fr/loda/id/JORFTEXT000030717384) impose au collège les EPI, l’accompagnement personnalisé et un socle commun refondu centré sur les compétences transversales et la culture numérique. La recommandation ET2020 prévoyait : « Les compétences transversales sont essentielles pour l’emploi, l’apprentissage et la vie quotidienne. »

2018-2021 : Réforme Blanquer-Mathiot — la destruction du bac national

Les [décrets de 2018-2020](https://www.legifrance.gouv.fr/loda/id/JORFTEXT000037359212) suppriment les séries générales, introduisent des spécialités modulaires au choix, généralisent le contrôle continu et dissolvent le cadre national uniforme. Le baccalauréat cesse d’être un diplôme commun. Il devient le reflet des ressources de chaque établissement et du capital culturel de chaque famille. Un outil de tri social déguisé en modernisation pédagogique.

2019 : L’arnaque du bac pro 3 ans : la dernière étape de la liquidation européenne du lycée professionnel

Dernière illustration de la soumission française aux injonctions européennes, la réforme du bac pro passée de 4 à 3 ans en 2019 (Bayrou) prétend fusionner BEP et bac pro tout en visant les cibles « d’employabilité » d’Europe 2020. Résultat : un nivellement par le bas cynique. Les programmes ont perdu 20% d’heures en français-maths, la spécialisation s’est évaporée, les examens nationaux ont disparu au profit d’un CCF omniprésent. Pis, 50% des bacheliers pro sont désormais en apprentissage — un « fric dingue » de 8 000 € par élève reversés aux entreprises par l’État, fabriquant des stats d’emploi bidon (apprentis à 30% du SMIC comptés comme « salariés ») tandis que les lycées pros s’effondrent (-15% d’effectifs). Ce qui était une formation sérieuse est devenu un BEP rallongé sans plus-value, un cheval de Troie de l’Europe pour précariser la jeunesse populaire et liquider l’égalité par le diplôme au profit d’une main-d’œuvre flexible « adaptable » au marché.

III. L’alibi scientifique : le cas du redoublement

Il ne suffit pas d’imposer une doctrine par les textes réglementaires. Il faut aussi l’imposer par les esprits. C’est là qu’intervient un mécanisme redoutable : la mobilisation d’arguments d’autorité à apparence scientifique pour fermer le débat et disqualifier l’expertise des professionnels de terrain.

L’affaire du redoublement en est l’illustration la plus récente et la plus frappante.

En janvier 2026, le Conseil scientifique de l’éducation nationale publie sa [note n°15](https://www.initiative-communiste.fr/wp-content/uploads/2026/03/Note_CSEN_15-1.pdf) intitulée « Faut-il encore faire redoubler les élèves ? ». La réponse est posée dès le premier paragraphe : le coût budgétaire du redoublement est élevé, ses bénéfices ne sont pas démontrés, et la disparition progressive du redoublement en France est présentée comme « une bonne nouvelle ». Remarquons l’ordre des arguments : le coût vient en premier, l’efficacité pédagogique en second. Ce n’est pas anodin — c’est révélateur.

Comme le décortique rigoureusement la [commission éducation du PRCF dans son analyse publiée sur initiative-communiste.fr](https://www.initiative-communiste.fr/articles/luttes/le-redoublement-coute-trop-cher-derriere-lalibi-de-lexpertise-scientifique-lagenda-budgetaire-deuropa-2020/), cette note institutionnelle cumule des défauts analytiques graves : elle s’appuie sur des études conduites dans des systèmes américains à seuil de redoublement mécanique, sans jamais vérifier que leurs hypothèses tiennent dans le système français. Plus grave encore, les données françaises disponibles — Panel primaire 1997, Panel secondaire 2007, données longitudinales DEPP — n’ont tout simplement pas été utilisées pour analyser les trajectoires des redoublants en France. Un Conseil scientifique de l’*éducation nationale française qui ne consulte pas les données françaises pour tirer des conclusions sur l’éducation française : cela seul devrait interroger.

La note reconnaît elle-même, page 6, que ses études principales « ne valent pas pour les élèves extrêmement fragiles qui redoublent presque à coup sûr »— et conclut néanmoins de façon générale sur l’ensemble des redoublants. Cette contradiction n’est pas introduite de l’extérieur : elle est documentée par la note elle-même.

Le contexte politique de cette note est sans ambiguïté. Les textes de la Commission européenne sur le décrochage scolaire rappellent que la priorité officielle est d’abord de « lever un obstacle à la croissance économique, à l’emploi, à la productivité et à la compétitivité ». Dans ce cadre, la dénonciation du redoublement comme « coût inutile » n’est pas une conclusion neutre : c’est la déclinaison scolaire de l’austérité européenne.Économies sur l’école publique pendant que les budgets militaires explosent au service de l’OTAN ; redoublement maintenu pour les filières d’élite (classes préparatoires) pendant qu’il est supprimé pour les classes populaires ; accumulation d’élèves en difficulté dans des classes surchargées sans moyens — et tapis rouge au privé sélectif qui récolte les élèves que le public n’a plus les moyens d’accompagner.

Les enseignants, eux, forment un consensus clair pour rejeter cette logique. Ils observent que les cycles d’apprentissage imposés depuis des années font passer les élèves de classe en classe quitte à accumuler les lacunes — pour les livrer rapidement et à moindre coût au marché du travail comme l’a ordonné l’Union européenne.

Le résultat est documenté : 40 % des élèves quittent le CM2 sans avoir les acquis mathématiques pour suivre en Sixième. Cela entraîne une explosion du décrochage qui rend tout enseignement collectif de plus en plus difficile, et une fuite massive vers le marché privé du soutien scolaire pour les familles qui en ont les moyens.

 IV. La marchandisation numérique : le deuxième front

La destruction de l’école républicaine par la logique des compétences ne s’arrête pas aux programmes et aux réformes pédagogiques. Elle s’accompagne d’un second front : l’infiltration de l’école par les produits de l’EdTech et de l’intelligence artificielle.

Comme le démontre Jean-François Dejours dans son analyse approfondie publiée sur initiative-communiste.fr, la Commission européenne finance ce mouvement à hauteur de 1,6 milliard d’euros pour la seule année 2023 via son « plan d’action pour l’éducation numérique ». La motivation, de l’aveu même de l’OCDE, n’est pas pédagogique mais budgétaire : « réduire les coûts de l’éducation ».

Ce marché mondial est dominé par les géants américains et, de plus en plus, chinois. Parmi les 50 premières entreprises mondiales de l’EdTech, onze seulement sont européennes — aucune dans le top 10. L’Europe, en matière de numérique éducatif comme en matière de numérique tout court, est une colonie des GAFAM.

Derrière la promesse technologique se cache une réalité de classe. La bipolarisation du marché du travail — une élite dont les diplôme coûteux signalent l’entre-soi bourgeois plus que la compétence d’un côté, une masse d’exécutants sous-qualifiés de l’autre, les professions intermédiaires étant progressivement « remplacées par la robotique intelligente » selon un rapport de l’OCDE cité par Dejours — dessine le futur que l’Europe prépare pour nos enfants. Les algorithmes de l’IA siphonnent les savoir-faire intellectuels exactement comme les métiers à tisser de Jacquard avaient siphonné les savoir-faire des canuts au XIXe siècle — en dévaluant les métiers pour extraire davantage de profit.

L’école de la « compétence » et l’EdTech forment ainsi un dispositif cohérent : appauvrir les contenus scolaires, habituer les élèves à apprendre par modules interactifs produits par des firmes privées, et préparer une génération d’utilisateurs adaptables plutôt que de citoyens pensants.

V. Le bilan : un effondrement qui n’est pas accidentel

Après vingt-cinq ans de réformes convergentes, les résultats sont là — et ils sont accablants.

La baisse massive du niveau. PISA mesure une perte de 43 points en mathématiques entre 2000 et 2022. TIMSS documente une baisse de 40 points au collège entre 1995 et 2023, avec le pourcentage d’élèves ne maîtrisant pas le niveau élémentaire passant de 3 % à 17 %. Les évaluations CEDRE montrent un recul continu depuis 2008 — soit bien avant le Covid, bien avant toute excuse conjoncturelle. Cette dégradation est structurelle. Elle est la conséquence logique d’un système qui a sacrifié les savoirs sur l’autel des compétences.

L’explosion des inégalités. Le système scolaire français est désormais l’un des plus inégalitaires de l’OCDE. Le socle commun a constitué un plancher — mais il a fait sauter le plafond pour des millions d’élèves des milieux populaires, qui ne bénéficient pas d’un cadre familial solide pour compenser la baisse des exigences scolaires.

La crise du recrutement et la perte du sens du métier. Les enseignants ne se reconnaissent plus dans un système coupé du savoir, obsédé par la compétence, la modularité et l’évaluation permanente. La Cour des comptes (*L’Éducation nationale face à ses défis*, 2021) en dresse elle-même un tableau sévère.

La disparition de l’idéal républicain. L’école n’instruit plus : elle « accompagne ». Elle ne transmet plus : elle « active des compétences ». Elle ne garantit plus l’égalité par le savoir. Elle organise une individualisation des parcours qui profite mécaniquement aux plus favorisés. C’est exactement l’inverse de ce que voulaient Condorcet, Jules Ferry, Monge et les fondateurs de l’instruction publique.

VI. Le cœur du problème : la « compétence » contre le « savoir »

Ce conflit est philosophique avant d’être pédagogique.

Le savoir est transmissible, structurant, émancipateur, indépendant du contexte. Il forme l’esprit, il construit le citoyen, il affranchit de la dépendance aux experts et à l’autorité.

La compétence est contextuelle, instrumentale, évaluable en situation, adaptative. Elle est utile — mais elle présuppose des savoirs qu’elle ne construit pas elle-même. En faire le cœur de l’école, c’est vider l’école de sa substance tout en conservant l’apparence d’une institution éducative.

Depuis 2000, la France a fait ce choix — ou, plus exactement, elle s’est soumise à la servitude volontaire des injonctions européenne. Ce faisant, elle a renoncé à l’idéal d’une école qui élève tous les enfants au même niveau d’exigence. Elle a substitué la culture commune par les parcours individualisés. Elle a troqué le diplôme national contre la validation modulaire.

Cette soumission a malheureusement été accompagnée ,voire dissimulée, par les grands états-majors syndicaux faisant la cour aux sociaux-démocrates ni de gauche ni de gauche et tout dévoués au double mensonge de l’Europe de la Paix et de l’autre (introuvable) Europe sociale.

Le résultat : l’argent coule à flot pour les enfants favorisés souvent scolarisés dans le privé et dans les formations sélectives, *employabilité et « parcours de renforcement des compétences » pour les autres — tout au long de la vie*, c’est-à-dire en dehors de l’école. L’égalité républicaine cède la place à la gestion différentielle des destins sociaux. Les travailleurs du secteur sont eux paupérisés, méprisés et souffrent d’une dégradation de leurs conditions de travail sans précédent.

VII. Reconstruire l’école républicaine : une rupture nécessaire

La crise actuelle n’est pas un accident. Ce n’est pas le résultat d’erreurs de gestion ou de réformes mal conduites. C’est le résultat logique d’un programme — un programme européen, cohérent, persistant, appliqué avec constance par des gouvernements successifs qui ont choisi de subordonner l’école française aux exigences d’une économie de marché mondialisée.

À l’autre bout du spectre, l’exemple de Cuba rappelle qu’un autre choix est possible. Malgré un blocus étasunien illégal qui asphyxie l’économie, ce pays continue de consacrer une part exceptionnelle de ses ressources à l’éducation, de maintenir la gratuité et l’universalité de son système scolaire, et de garantir la continuité pédagogique même dans les conditions de pénurie les plus dures. L’éducation y est assumée comme une priorité nationale stratégique, indissociable de la souveraineté et de l’égalité populaire.

Pour reconstruire une école républicaine digne de ce nom, il faut :

rétablir des programmes nationaux disciplinaires solides, fondés sur les savoirs et non sur des compétences génériques ;

restaurer un baccalauréat national commun, identique pour tous les élèves, garant d’une culture commune ;

recentrer l’école sur la transmission des savoirs — la langue, les mathématiques, l’histoire, les sciences, la philosophie — et non sur l’adaptabilité au marché ;

sortir de la logique européenne d’employabilité qui fait de l’école un appendice du marché du travail ;

reprendre la main sur le numérique éducatif contre la colonisation par les GAFAM et les firmes de l’EdTech ;

redonner à l’École sa mission première : former des esprits libres, non des individus adaptables et flexibles.

Mais il faut dire clairement ce que cela implique. Ces réformes nécessitent une rupture avec la politique européenne en matière éducative — une politique qui découle directement de la logique de marché inscrite dans les traités européens eux-mêmes. Tant que la France restera soumise à cet agenda, les réformes de façade se succéderont sans jamais toucher au problème de fond.

L’école de la République ne doit pas produire des « compétences clés pour l’employabilité ». Elle doit produire des citoyens instruits, éclairés, souverains — capables de comprendre le monde, de le critiquer et de le transformer.

Sources et références

Articles d’initiative-communiste.fr

– [Le redoublement coûte trop cher : derrière l’alibi de l’expertise scientifique, l’agenda budgétaire d’Europa 2020](https://www.initiative-communiste.fr/articles/luttes/le-redoublement-coute-trop-cher-derriere-lalibi-de-lexpertise-scientifique-lagenda-budgetaire-deuropa-2020/) — Commission éducation du PRCF, mars 2026

– [De quel capitalisme, la marchandisation de l’éducation est-elle le nom ? Partie 2](https://www.initiative-communiste.fr/articles/europe-capital/de-quel-capitalisme-la-marchandisation-de-leducation-est-elle-le-nom-partie-2/) — Jean-François Dejours, février 2026

– [De quel capitalisme, la marchandisation de l’éducation est-elle le nom ? Partie 1](https://www.initiative-communiste.fr/articles/europe-capital/de-quel-capitalisme-la-marchandisation-de-leducation-est-elle-le-nom/)

Textes européens officiels

– Conseil européen de Lisbonne (2000) —

– Recommandation 2006/962/CE — compétences clés —

– Cadre stratégique ET2020 — Conseil de l’UE (2009) —

– Europe 2020 (Commission européenne, 2010) —

– Déclaration de Bologne (1999) —

– Fiche thématique Semestre européen — décrochage scolaire (Commission européenne) —

Lois françaises

– Loi Fillon n°2005-380 —

– Loi LRU n°2007-1199 —

– Décret masterisation 2009-920 —

– Loi Peillon n°2013-595 — 

– Réforme du collège 2015 —

– Réforme Blanquer / Bac 2021 —

Rapports et diagnostics

– PISA 2000-2022, OCDE —

– TIMSS 1995-2023, IEA

– Évaluations CEDRE, DEPP-MEN

– CNESCO, Évaluation du socle commun (2016) —

– CNESCO, Inégalités sociales et scolaires (2019) —

– Cour des comptes, L’Éducation nationale face à ses défis (2021)

– Note CSEN n°15, janvier 2026 —

– ONU, rapport sur le marché mondial de l’IA (2025), cité par Gorré & Hirtt

Tags: BlanquercompétenceséducationEuropePISAUE
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