Plus que jamais, le 8 mars doit être rouge !

Cette année, en France, les manifestations de ce 8 mars à l’occasion de la Journée internationale des femmes, sont plus « musclées » socialement que d’ordinaire. Tant mieux. Trente-sept organisations syndicales, féministes et politiques ont lancé un appel unitaire [1] à une « grève des femmes », sur les lieux de travail, de télétravail, donc à la maison et y compris pour les tâches domestiques, pour « mettre fin aux discriminations, et aux violences sexistes et sexuelles » que subissent celles que les organisatrices et organisateurs ont rebaptisées les « premières de corvée ». Des discriminations encore aggravées par la sanitaire et sa gestion calamiteuse par le gouvernement : « Le 8 mars, nous serons en grève avec les femmes du monde entier pour refuser toutes et tous ensemble de payer le prix de la crise avec notre travail, notre salaire, notre corps », ont déclaré lundi ces organisations parmi lesquelles la FSU, la CGT, Solidaires, Osez le féminisme, Les Effronté-e-s, le Planning familial, l’Unef ou le Collectif national pour les droits des femmes, rejointes par quelques partis politiques.

Les revendications d’augmentations de salaires, de revalorisations professionnelles et de création d’emplois, notamment dans les services publics où prédominent les femmes, de création de places dans les crèches figurent en bonne place dans les appels à cesser le travail à 15h40, heure à partir de laquelle les femmes travaillent gratuitement en comparaison de leurs collègues masculins et symbolisant le quart de salaire en moins que touchent les femmes, selon certains calculs. La précarité et la pauvreté accrues, encore renforcées par les mesures à hue et à dia du gouvernement, censées contrôler la propagation du Covid-19, frappent en tout premier lieu les femmes, qui « représentent 80% des temps partiels, 60% des CDD et 80% des familles monoparentales », affirme encore le communiqué. Qui rappelle aussi que la fragilisation du fonctionnement des écoles et des crèches oblige les femmes assignées au télétravail à s’occuper en même temps de leurs enfants, avec toutes les nuisances et conséquences néfastes que cela entraîne pour elles, physiquement et psychologiquement.

Les dénonciations des violences sexuelles ne sont pas oubliées pour autant, et mobiliseront certainement une majorité de jeunes femmes, lycéennes et étudiantes, très sensibilisées à cette question.

Pas de chèques sans provision

Cette mobilisation, dont le but ultime est de « faire de l’égalité entre hommes et femmes une réalité », et à laquelle le PRCF participera activement, pose néanmoins quelques questions aux militants franchement communistes, femmes et hommes. Clara Zetkin, la communiste allemande qui a proposé en 1911, il y a 110 ans, au Congrès international des femmes socialistes (la scission entre socialistes et communistes consécutives à la guerre et à la Révolution d’Octobre n’avait pas encore eu lieu), la création de la Journée internationale des femmes, journée qui se donnait, entre autres buts, celui de lutter pour le droit au suffrage féminin, le rappelait : « Les pays dans lesquels existe le suffrage dit universel, libre et direct, nous montrent qu’en réalité il ne vaut pas grand-chose. Il n’est ni plus ni moins qu’un chèque sans provision. […] L’émancipation de la femme comme celle de tout le genre humain ne deviendra réalité que le jour où le travail s’émancipera du capital. »

Cette remarque lucide vaut pour tous les droits formels qu’ont acquis, voire conquis, les femmes au cours du XXe siècle, et dont les féministes savent bien qu’ils sont aussi des « chèques sans provision ». Les femmes ont obtenu juridiquement les droits civils, politiques, économiques (très relatifs) et familiaux, notamment l’égalité entre le père et la mère dans l’éducation des enfants et l’inscription dans la loi de l’égalité des salaires (respectée dans la fonction publique). Mais ces droits restent en grande partie abstraits, car le formel, le juridique, ne crée pas le réel…

Aujourd’hui, l’oppression liée au sexe continue de peser de manière écrasante sur des milliards de femmes dans de nombreux pays, et en France aussi, même si c’est de façon atténuée — surtout dans certaines classes sociales plus privilégiées ! En témoignent évidemment les violences ignobles, et qu’il faut condamner énergiquement, dont beaucoup de femmes sont victimes, et dont les féministes petites bourgeoises tiennent un décompte macabre sans développer de revendications concrètes et pouvant être efficaces. En témoignent aussi, et surtout, les conditions de vie, de travail, de salaire et d’habitation imposées aux ouvrières, aux employées, aux femmes élevant seules leurs enfants.

Mener le combat contre les violences sexuelles sur le seul plan sociétal et individuel a souvent pour conséquence, quoique les féministes s’en défendent, de pointer la seule responsabilité des « hommes », qui seraient violents par essence.

La bourgeoisie n’a cure des violences contre les femmes

Oui, certains hommes, encouragés par l’idéologie dominante et le cinéma hollywoodien qui glorifient le « justicier solitaire », le héros qui se passe des commandes et honore ses propres contrats à n’importe quel prix, y compris le meurtre, persistent dans une attitude de domination abjecte à l’égard des femmes. Oui, certains hommes, dédouanés par la brutalisation de la société, la guerre de classe féroce — on pense à la répression des Gilets jaunes mais aussi à celle des syndicalistes en lutte, hommes ET femmes, aux fermetures brutales d’entreprises, au traitement des chômeurs — menée sans merci contre les classes populaires par la classe dominante, se jugent autorisés à imposer leur volonté, par tous les moyens, à leur femme, compagne, sœur, fille. Il s’agit évidemment de dénoncer avec force ce machisme qui produit cruauté, violences, brimades, enfermement, voire meurtre, sans tomber, comme certaines féministes dites « radicales », dans une essentialisation des sexes. S’il est indéniable qu’il y a un problème de hiérarchie sexuelle entre les hommes et les femmes, où les femmes sont infériorisées, il y a également, et surtout, un problème économique, notamment pour la classe ouvrière et les classes populaires.

Il serait téméraire de soutenir que les violences voire les meurtres que subissent les femmes « arrangent » la classe dominante. Mais ce qui est sûr, c’est que ces violences ne la dérangent pas plus que ça, quoi qu’en dise Mme Schiappa. Parce que le MEDEF et autres patrons exercent en permanence des violences ignobles contre les femmes, comme contre les hommes, d’ailleurs : pression sur les salaires, chantage à l’emploi, licenciements, réforme du chômage, délocalisations, restructurations, avec droit de cuissage et plus si affinités. La classe des capitalistes a besoin, pour maintenir sa domination sur les classes ouvrières et populaires, de femmes surexploitées, harassées, soumises, maintenues dans la crainte — justifiée — de voir compromise la si fragile sécurité financière de la famille si leur compagnon se met en lutte et risque de perdre son emploi. La bourgeoisie a besoin de femmes « jetables » et « corvéables » dans les emplois de femmes de chambre, de nettoyeuses, de caissières et de remplisseuses de rayons dans les supermarchés, de femmes qui renoncent à se syndiquer parce qu’elles ont trop à faire entre le travail, les tâches domestiques et les enfants et craignent de perdre leur emploi précaire si elles relèvent la tête.

Et on attendrait des dénonciations féministes, même les plus énergiques, de cet état de fait, qu’elles suffisent à faire renoncer la classe capitaliste à des « arrangements » si bénéfiques pour elle ? Billevesées ! Sans compter que les luttes féministes « isolationnistes » tombent bien : opposer les femmes aux hommes, ces violents, ces tyrans (même s’ils existent, bien sûr !), divise la classe ouvrière.

Lutter contre les « stéréotypes » ne suffit pas

La « lutte contre les stéréotypes » prônée par les féministes du courant dominant prétend aller au-delà de l’égalité juridique, mais en reste hélas trop souvent aux dénonciations purement déclamatoires sans solutions pratiques allant dans l’intérêt des femmes des classes populaires.

Que peuvent faire les femmes victimes d’abus et de maltraitances en raison de leur sexe qui se situent « en bas de l’échelle » — et qui représentent une majorité —, qui n’ont pas les moyens matériels de fuir leur tyran et sont condamnées à le subir malgré sa brutalité, pour cause de salaires misérables, de conditions de logement indignes et de manque de structures collectives qui pourraient les décharger ? Elles ont impérativement besoin, pour vivre, de leur travail voire du salaire de leur compagnon, si brutal soit-il, et on peut parier que pour elles la question ne se pose pas dans les termes de « libérer la parole », mais, tout simplement, de la prendre et de s’engager concrètement dans une lutte collective.

« Le 8 mars : un jour de rébellion des femmes travailleuses contre l’esclavage de la cuisine » (affiche soviétique de 1932)

Contrairement aux droits individuels, les droits économiques et sociaux ne sont pas des abstractions, et toute lutte collective pour les traduire dans la réalité hérisse la classe des capitalistes. Pour que les droits formels et rassurants concédés aux femmes, y compris la sécurité et la santé en matière sexuelle, deviennent concrets, ils doivent devenir des droits collectifs et pas seulement individuels ; ils sont liés, pour le moins, à l’accès pour tous, hommes comme femmes, à un emploi rémunérateur, à une éducation et à une santé publiques dignes de ce nom, à des structures collectives qui déchargent les femmes des corvées domestiques, qui prennent en charge les enfants lorsqu’elles travaillent ou militent dans une association, un syndicat ou une organisation politique.

Tous unis contre la cruauté capitaliste

C’est vrai, le sexisme traverse les siècles et les continents. On sait que la société cubaine, par exemple, est une société traditionnellement « machiste ». Et pourtant, la condition des femmes à Cuba, même si elle n’est pas parfaite, devrait faire envie à des milliers de femmes en France si elles étaient au courant des mesures concrètes prises par le gouvernement révolutionnaire cubain depuis la Révolution de 1959 dans le but transformer les rapports entre les sexes. Des mesures qu’il a poursuivies et renforcées jusqu’à aujourd’hui, malgré le blocus criminel imposé par les États-Unis depuis 1962. Ainsi, la Cuba révolutionnaire a immédiatement érigé la santé et le bien-être des femmes comme priorité nationale. Cela signifie, par exemple, une loi imposant une égalité salariale absolue entre les hommes et les femmes, l’accès des femmes à toutes les professions, la possibilité pour les mères de s’occuper à plein temps de leur nouveau-né tout en percevant l’intégralité de leur salaire un mois et demi avant l’accouchement et trois mois après la naissance de l’enfant, le congé de maternité pouvant durer un an, avec 60% du salaire et la réintégration automatique dans leur travail. La prostitution, qui a ressurgi à partir des années 1990 avec la « période spéciale » due à la destruction de l’URSS, au durcissement des sanctions imposées par les États-Unis et au tourisme de masse, fait l’objet d’un travail de prévention et de persuasion pour lutter contre ce fléau. Quant à la violence physique et psychologique faite aux femmes, elle est sévèrement sanctionnée, la violence conjugale étant considérée comme une circonstance aggravante.[1]

Même s’il est vrai qu’avant de s’unir et afin de s’unir, les opprimés doivent définir leurs propres besoins et revendications spécifiques, l’approche féministe isolationniste affaiblit et divise le combat de classe, le combat de toutes les classes travailleuses, celles qui n’ont que leurs bras et leur intelligence pour assurer leur survie. Plus les femmes et les hommes seront égaux, plus le combat de classe sera fort. Engels affirmait, à propos de l’Irlande opprimée par l’Empire britannique, qu’« un peuple qui en opprime un autre ne saurait être libre »: il en va de même d’un sexe qui en opprime un autre, si bien que l’émancipation des hommes concerne AUSSI la libération des hommes qui eux aussi, d’une certaine manière, sont opprimés par le machisme et les fausses « obligations » qu’il leur crée.

Le PRCF et ses militants, femmes et hommes unis, se fixent pour tâche de lier les deux combats, de rassembler les luttes ouvrières et populaires avec les luttes contre les oppressions spécifiques, et en particulier celle des femmes. C’est dans cet esprit qu’il a publié un premier numéro de XX-elles présentant les portraits de six femmes combattantes, qui ont bravé tous les dangers afin de mettre en évidence que dénoncer ne suffit pas, qu’il faut lutter, s’organiser, hommes et femmes unis, contre la cruauté capitaliste.

Car comme l’affirmait l’Union des femmes vietnamiennes pendant la longue et valeureuse guerre de libération contre l’agression des États-Unis :

« Nul ne peut réclamer sa libération s’il ne participe pas activement à la libération de tous les opprimés. »

[1] http://www.grevefeministe.fr/

[2] https://www.lesamisdecuba.com/femmes-a-cuba-la-revolution-emancipatrice/


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