Manipulation autour de l’incident de la voiture de police incendiée le 18 mai ?

2016_04_18_Affiche_Police_violence_500pxChacun a pu voir tourner en boucle sur les télévisions les images d’une voiture de police en feu, aux abords de la place de la République le 18 mai dernier. Ce jour, là, notamment à l’appel de syndicats de polices proches de l’extrême droite recevant en grande pompe sur la place de la République les représentants du FN, une manifestation de quelques centaines de policiers avait lieu tandis que les militants de Nuit Debout avaient été expulsés violemment de la place. Des gendarmes chassant les citoyens venus débattre démocratiquement pour les remplacer par des flics se prenant en photo avec les Le Pen. Tout un symbole de la nature du gouvernement actuel. De concert avec la droite extrême et l’extrême droite et avec le plein soutien du gouvernement Valls UE MEDEF, ces officines entendaient ainsi dénoncer une soit disant haine de la police et légitimer les violences policières qui se multiplient et s’aggravent contre le mouvement social pour le retrait de la Loi Travail

Une contre manifestation était également organisée, violemment réprimée par la gendarmerie. C’est dans ces conditions qu’une voiture de police a été prise à partie par quelques individus masqués, d’autres manifestants s’opposant d’ailleurs aux violences contres les deux policiers l’occupant comme en témoignent les différentes vidéos publiées par la presse sur internet.

Immédiatement ces images ont servies à déclencher une violente campagne de haine pour justifier de la répression des manifestations contre la loi travail. Démontrant une fois de plus le rôle objectif de certains casseurs, dont les violences ne servent de fait qu’à discréditer le mouvement social, le diviser, le délégitimer et affaiblir le large soutien populaire qui lui est porté en distillant la peur.

Immédiatement, le préfet de police annonçait une enquête express, débouchant sur l’arrestation rapide de quatre hommes et leurs mises en détention provisoire. Parmi les arrêtes, plusieurs militants antifascistes ayant fait l’objet d’arrêté d’interdiction de manifester en application de l’état d’urgence.

Un dossier vide reposant sur les accusations d’un flic infiltré

Très vite il est apparu que le dossier monté contre ces quatre hommes est vide. Les avocats des accusés dénoncent un dossier vide, une enquête bâclée et s’interrogent sur les motivations de la police et de la justice : justifier les arrêtés illégaux d’interdiction de manifester cassés par les tribunaux administratifs ? des arrêtés pris sur la base de note blanche fichant visiblement les manifestants sur des bases politiques et rappelant les procédés policiers lamentables autour de l’affaire de Tarnac.

En tout cas de source proche de l’enquête aucun des quatre interpelés n’est soupçonnés d’avoir mis le feu à la voiture en y jetant un fumigène.

Mieux, les avocats nous apprennent que les suspects le sont en vertus de notes blanches, d’un témoignage censé être anonyme. Problème, le nom du témoin apparait au dossier. Révélant d’ailleurs l’incurie de la préfecture de police de Paris sans doute plus empressée à alimenter la machine médiatique qu’à respecter le droit et la justice.  Et là surprise, il s’agit de ce que la presse du Capital qualifie pudiquement d’un « policier infiltré ».

Flic infiltré ? la lumière doit être faite sur la participation de la police au sein de groupe violent troublant les manifestations

Un policier infiltré ? en clair un policier déguisé en casseur ou un policier des renseignements généraux infiltré dans la mouvance autonome. On apprend ainsi incidemment que parmi les casseurs mis en avant à toutes les sauces par les médias, il y a des fonctionnaires de polices. Toute la lumière devrait être faite sur la participation de la police et de ses agents « infiltrés » dans les violences commises lors des manifestations.

Par ailleurs et plus spécifiquement, quelle drôle de justice que celle ou un policier « infiltré » témoigne anonymement pour tenter d’inculper des militants interdits de manifester par un prefet de police qui n’a visiblement aucun éléments pour les arrêter légalement. Comme le disent les avocats de la défense ce dossier est une farce. Et malgré les aboiement du parquet et des organisations policières d’extrême droite, les jeunes arrêtés ont été très rapidement relachés. Il ne pouvait pas en être autrement au regard d’un dossier « honteusement vide » comme on pu le constater les avocats.

JBC pour www.initiative-communiste.fr

Manifestations du 26 mai : les preuves en vidéo des violences policières

Paris 19 mai, les CRS visent au lance grenade un cameraman et un témoin de violences policières pour les empécher de filmer

Un homme tabassé à terre à Caen a porté plainte. L’homme était d’après les témoins sur place pacifiquement assis sur un banc avant que les policiers n’arrivent. L’UD CGT réclame à nouveau la démission du directeur départemental de la sécurité publique qui soutient et défend de tels agissement déclarant « Il ne m’appartient pas de porter une qualification à ces images. » Chacun pourra juger !

violences policières presse loi travailA Paris un photographe indépendant gravement blessé par une grenade lancée par un gendarme mobile. Il serait à ce jour toujours dans le coma et risquerait de graves séquelles. la diffusion de la vidéo suscitant une vague d’indignation a obligé le 30 mai, 4 jours après les faits, le défenseur des droits a indiquer qu’il envisageait d’ouvrir une enquête. Y aura t il une vraie enquête judiciaire ? Les policiers pourtant en nombre n’ont il pas les moyens d’arrêter en flagrant délits les auteurs casqués, masqués et armés de telles violences ?

Dans la même manifestation, les syndicats rapportent plus de 40 blessés plus ou moins graves en raison des violences policières.

Les syndicats de journalistes dénoncent par ailleurs les violences policières contre les journalistes visant à les empêcher d’informer.

Ou encore à Toulouse, une jeune femme violemment agressée (étranglée et jetée par terre) par un nervi de la « police » pour avoir voulu donner un pull à un jeune homme interpellé. Jusqu’où aurait été le « policier » sans l’intervention du cameraman? Y a t il un juge d’instruction pour ouvrir une enquête ? Les policiers pourtant en nombre n’ont il pas les moyens d’arrêter en flagrant délits les auteurs casqués, masqués et armés de telles violences ?

Le témoignage d’un CRS sur l’instrumentalisation de la police

Interviewé par le JDD un gradé des CRS témoigne : extraits

« de nombreux débordements auraient pu être évités depuis deux mois. Aussi bien la casse que les blessés côté policiers… Et les violences sur des civils, même si lui préfère le terme de « dommages collatéraux ». Comme lors du 1er-Mai, où les ordres ont été donnés de couper le cortège en cours de route pour isoler un groupe de casseurs. Dans le cortège saucissonné, bon nombre de manifestants se sont retrouvés pris au piège sous les gaz lacrymogènes. « Du ni fait ni à faire », tranche le CRS. »

« manifestation du 9 avril. Ce jour-là, son équipe est en faction à proximité de la place de la République, où un cortège de manifestants doit prendre le départ vers la place de la Nation. Vers 13h30, il reçoit un appel. Un groupe cagoulé s’apprête à prendre la tête du cortège. « On les connaît bien, ce sont des ultras connus des services de renseignement », précise le CRS. Encore maintenant, il enrage de la gestion des événements : « On avait un signalement précis. On s’est dit qu’on n’allait pas les laisser passer… On n’a jamais reçu l’ordre”, rapporte-t-il. « Au lieu de ça, on les a laissés progresser tranquillement. Ce jour-là, un collègue officier a été blessé gravement à la jambe par un tir de mortier. »

« Ces gars-là sont entre 200 et 300 maximum« , fulmine le gradé. « Il suffirait de les interpeller avant le départ des cortèges, pas la peine d’être un grand tacticien pour comprendre ça » « Ici, on interpelle juste pour les images du 20 Heures, pour faire croire qu’il y a de la fermeté de la part du gouvernement. » »Une manifestation qui se passe bien, on parle du fond. Quand vous avez des casseurs, on se focalise sur les violences et les vitres cassées. » Et de s’interroger : « Est-ce que le gouvernement est assez vicieux pour faire ça?« 

Poser la question, c’est y répondre !

Intellectuels, chercheurs, ils publient  à plus de cents une tribune contre l’instrumentalisation des violences pour tenter de décrédibiliser les manifs contre la loi travail

«Casseurs» : renverser l’accusation (tribune dans Libération)

Une centaine d’intellectuels et de personnalités dénoncent la stratégie du gouvernement d’isoler des «groupes organisés» et d’exagérer leurs faits de violence pour décrédibiliser les manifestations contre la loi travail à Rennes et à Paris.

Voilà deux mois que le gouvernement ne sait plus que faire pour venir à bout d’un mouvement auquel il ne comprend rien. Après avoir usé jusqu’à la lie la rhétorique anticasseur, il inaugure depuis la semaine dernière une nouvelle stratégie afin d’écraser ce qui lui résiste. Cette stratégie consiste à isoler, sur les suggestions des services de renseignement, des «groupes organisés» constitués policièrement en «associations de malfaiteurs», puis à les accuser de faits dont on exagère la gravité afin de pétrifier tant la population que ceux qui luttent. Ainsi, on annonçait jeudi 19 mai l’arrestation à Rennes d’un groupe de 20 «casseurs», jeunes «radicalisés» appartenant à la «mouvance anarcho-autonome», une «association de malfaiteurs» qui s’apprêtait à «saboter» le métro de la ville. Renseignements pris, le sabotage en question était une action de blocage économique décidée en assemblée générale interprofessionnelle et menée de concert avec la CGT-Route qui bloquait les axes routiers en périphérie de la ville. L’«association de malfaiteurs» se réunissait dans les locaux de Sud-Solidaires et s’apprêtait, en fait, à coller des autocollants sur les composteurs de billets, voire, pour les plus extrémistes, à y introduire de la mousse expansive.

C’est une manœuvre identique qui a été déployée à Paris le 18 mai suite à l’attaque d’une voiture sérigraphiée de la police par des manifestants. Alors que le syndicat de police Alliance privatisait la place de la République et faisait des «selfies» aux côtés de Marion Maréchal-Le Pen, d’Eric Ciotti et de Gilbert Collard, une contre-manifestation sauvage, repoussée à coups de gaz lacrymogènes, s’élançait dans les rues de Paris. C’est dans ces conditions qu’une voiture de police prise dans la circulation a dû essuyer un concentré de cette colère que l’on voit éclater depuis deux mois, à chaque manifestation. Qu’à force de se faire brutaliser, les plus pacifiques des manifestants en soient venus à entonner les slogans «Tout le monde déteste la police», «Même la police n’aime pas son travail», «Que fait la police, ça crève les yeux», devrait à tout le moins interroger. Suite à l’incendie du véhicule, le gouvernement allumait un contre-feu en gonflant l’incident en «tentative d’homicide volontaire». A cet effet, on occultera opportunément qu’à la vue des premiers manifestants, le policier a sorti son arme de service, voulant les repousser, et que ces mêmes manifestants ont aidé la policière à sortir du véhicule ; on transformera le bout de plastique dont se défend le policier en «barre de fer», des manifestants en «association de malfaiteurs» et on ira chercher des coupables présélectionnés par les services de renseignement parmi les militants de l’Action antifasciste Paris-Banlieue (AFA), que l’on essayait depuis une bonne semaine d’interdire de manifester. Et tous les médias de reprendre en chœur cette construction grotesque. Qu’importe qu’après deux jours de garde à vue, le ministère de l’Intérieur lui-même concède dans les pages du Monde qu’il n’y a, en l’état, aucun élément permettant de lier ces quatre militants à l’incendie de la voiture.

On comprend mieux à présent le sens de la déclaration de Manuel Valls au Sénat mardi 17 mai : «Ces Black Blocs, ces amis de monsieur Coupat, toutes ces organisations qui au fond n’aiment pas la démocratie, qui la contestent, qui en contestent les principes, trouveront la plus grande détermination de l’Etat, de la police et de la justice.» Ce qui était alors en préparation, à Rennes comme à Paris, était une manœuvre identique à celle qu’avaient tentée Michèle Alliot-Marie et Alain Bauer à l’époque du raid antiterroriste de Tarnac : cibler sur les conseils des services de renseignement un groupe d’opposants à éliminer, leur imputer des faits controuvés, construire sur cette base une «association de malfaiteurs» et tabler sur le suivisme et la lâcheté médiatiques pour faire passer l’accusation dans l’opinion.

Si, à l’époque, cette manœuvre a fini par piteusement échouer, c’est parce que nombreux furent celles et ceux qui, derrière le discours policier et gouvernemental, devinaient l’opération politique. Ce qui se prépare en ce moment, ce sont des «affaires de Tarnac» en série. C’est pourquoi nous appelons à soutenir les mis en examen de Rennes ou de Paris, ainsi que les lycéens, étudiants et manifestants mis en examen et qui parfois attendent en préventive leur comparution. Nous appelons à déjouer toute tentative de les isoler et de les instrumentaliser et à lutter pour l’abandon des charges extravagantes pesant sur eux : bref, à renverser l’accusation.

Parmi les premiers signataires :

Jean-Claude Amara Droits devant !, Loïc Artiaga Maître de conférences, Ludivine Bantigny Historienne, Emmanuel Barot Philosophe, Nicolas Bautès Universitaire, Daniel Blondet Militant anti-impérialiste, Christophe BonneuilHistorien, Simon Borja Chercheur en science politique, Ali Boulayoune Sociologue, Jérôme Bourdieu Economiste, Houria Bouteldja Militante politique, Jean-Pierre Bouyxou Ecrivain et journaliste, Eric Brun Sociologue, Joël Cabalion Sociologue, Vanessa R. Caru Chercheuse au CNRS, Manuel Cervera-Marzal Sociologue, Grégoire Chamayou CNRS, Déborah Cohen Historienne, Dominique Connan Chercheur, Simon Cottin-Marx Corédacteur en chef de la revue Mouvements, François Cusset Historien et écrivain, Christine Delphy Sociologue et féministe, Gérard Delteil Ecrivain, Emmanuel Deronne Enseignant-chercheur, Nathalie Desquenes Journaliste, Béatrice Dezy Enseignante, Paul Dirkx Sociologue, Elsa Dorlin Philosophe, Joss Dray Photographe, Julien Dufour Doctorant en sociologie, Cédric Durand Economiste, Annie Ernaux Ecrivaine, Jean-Baptiste Eyraud Militant associatif, Samantha Faubert Hispaniste, Alain Frappier Illustrateur, Désirée Frappier Scénariste, Bernard Friot Sociologue et économiste, Franck Gaudichaud Politologue, Vincent Gay Syndicaliste et enseignant, François Gèze Editeur, Pierre-Henri Gouyon Professeur au Muséum national d’histoire naturelle, Nacira Guénif Sociologue et anthropologue, Nicolas Haeringer Militant associatif, Hugo Harari-Kermadec Economiste, Eric Hazan Editeur, Hervé Huntzinger Historien, Nicolas Jaoul Chercheur au CNRS, François Jarrige Historien, Francis Juchereau Responsable associatif, Leslie Kaplan Ecrivaine, Razmig Keucheyan Sociologue, Stathis Kouvelakis Philosophe, Jean-Sébastien Kroll-Rabotin Enseignant-chercheur en école d’ingénieurs, Rose-Marie Lagrave Sociologue, Patrice Lardeux Militant CGT, Mathilde Larrère Historienne, Michelle Lecolle Linguiste, Olivier Le Cour Grandmaison Universitaire, Marius Loris Historien et poète, Pascal Maillard Universitaire et militant, Philippe Marlière Politiste, Guillaume Mazeau Historien, Daniel Mermet Journaliste et écrivain, Fabienne Messica Consultante, Bénédicte Monville-De Cecco Conseillère régionale Ile-de-France (EE-LV), Olivier Neveux Historien d’art, Nicolas Oppenchaim Sociologue, Yves Pagès Ecrivain et éditeur, Ugo Palheta Sociologue, Eugénia Palieraki Historienne, Luca Paltrinieri Philosophe, Willy Pelletier Sociologue, Irène Pereira Sociologue, Christine Poupin Porte-parole du NPA, Serge Quadruppani Ecrivain, Thierry Ramadier Directeur de recherches au CNRS, Manuel Rebuschi Enseignant-chercheur en philosophie, Marie Rivière Comédienne, Olivier Roueff Chercheur en sociologie au CNRS, Alexandre Rosenstein Etudiant en sociologie, Kristin Ross Historienne, Catherine Samary Economiste, Pierre Sauvêtre Chercheur en sociologie, Guillaume Sibertin-Blanc Philosophe, Jacques Testart Biologiste, Sylvie Tissot Sociologue, Marc Tomczak Enseignant-chercheur, Rémy Toulouse Editeur, Enzo Traverso Historien,Patrick Vassort Sociologue, Anne-Laure Vernet Enseignante-chercheure en arts plastiques, Nicolas Vieillescazes Editeur, Olivier Vinay Agrégé de biologie et vétérinaire, Sophie Wahnich Directrice de recherches au CNRS, Willem Dessinateur, Philippe Zarka Astrophysicien.

Quand la police lyonnaise arrose, frappe et interpelle pour faire de belles images pour TF1

repris de Rebellyon

Des flics avec des caméras HD à la main, ça interrogeait tout le monde pendant la manif du 19 mai. Certains imaginaient une nouvelle technique de traque policière. La réponse, vue à la télé dimanche soir se révélè bien plus prosaïque.

En réalité, les flics produisaient des images directement pour le compte de TF1, qui avait aussi sa propre équipe mais sans le logo de la chaîne. Évidemment, le traitement médiatique de la manif’ par TéléBouygues est classique : les gentils policiers face aux méchant·es casseurs et casseuses. Et une fois de plus, TF1 s’est illustrée par des raccourcis et un montage destiné à délégitimer celles et ceux qui luttent depuis plusieurs mois contre la loi « Travaille ! » et son monde.

Mais un visionnage attentif de la vidéo comparé aux témoignages reçus démontre un cynisme encore pire. On peut se demander si une partie des interventions musclées des flics, avec 8 personnes interpellées pour une manif où il ne s’est rien passé, ne relevaient pas du théâtre. Une mise en scène dans laquelle les manifestant·es n’auraient été que des figurants pour faire de l’audience et vendre la propagande du patronat.

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Il est parfois difficile de différencier la police des caméramans de TF1

TF1, police, même combat

Tout d’abord, comme tous les médias bourgeois, TF1 a une certaine idée de l’objectivité. En période de mouvement social il s’agit de ne prendre que les sources policières sans jamais les remettre en question.

Grâce à TF1 on apprendra ainsi en début de reportage que les lycéen·nes viennent pour sécher les cours, que les militant·es anarchistes de la CGA sont des casseurs et des casseuses en puissance, et qu’une banderole renforcée est une arme destinée à blesser les policiers car des « vis en dépassent ». En réalité elles semble surtout faites à la va-vite par des gens pas très bricoleur.es…

La magie du montage

A environ 5’30″, la vidéo nous montre un face-à-face entre policiers et manifestant·es rue de Marseille après une tentative de départ en manif sauvage. La voix off nous explique : « Ils [sous-entendu « les casseurs »] vont une nouvelle fois tenter de quitter le cortège par l’avant. » L’image d’après, on voit alors un flot de manifestant·es entourer un canon à eau. La voix du reporter est alors remplacée par celle des flics du centre de contrôle des caméras de la ville qui expliquent que face à la pression de la foule, la police n’a d’autre choix que d’actionner le canon à eau.

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Le récit de TF1 est simple et irréfutable : face à des casseurs et des casseuses qui ont tenté une nouvelle fois de déborder la manifestation, la police a été contrainte d’utiliser le canon à eau. Tout cela image à l’appui, c’est ça la magie du montage. Évidemment celles et ceux qui étaient en tète de cortège n’ont pas du tout vécu la même réalité !

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Dans la ville de Guignol, les flics sont les rois/reines

Entre cette tentative avortée de départ en manif sauvage et les tirs du canon à eau montrés par TF1, il s’est en fait déroulé 15 à 20 minutes. Arrivé au milieu du pont de la Guillotière, un canon à eau placé derrière les cars de CRS qui devancent le cortège, est retourné face à la tête du cortège sans raison.

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Si le but était de réprimer le départ en manif sauvage, 15 minutes plus tôt, pourquoi faire intervenir ce canon à eau si longtemps après ? Personne n’a compris ce volte-face hyper violent. Pendant une dizaine de minutes, le canon à eau et quelques CRS font ensuite face à la manif’ et bloquent la sortie du pont. Poussé·es par l’arrière de la manifestation qui ne comprend pas ce blocage du cortège, les premier·es manifestant·es se retrouvent bientôt collée au canon à eau. Profiant de l’occasion, certain.es sortent une bombe de peinture pour orner l’avant du véhicule policier d’un « ACAB ». Le camion recule finalement jusqu’au début de la rue de la Barre.

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S’ensuit une scène très étrange où le canon à eau recule lentement en zigzag. Petit à petit, il est dépassé sur ses côtés par les manifestant.e.s qui commencent à perdre patience car une grosse averse s’est déclenchée entre temps et tout le monde veut se mettre à l’abri. Sans motif, le canon à eau est actionné à plusieurs reprises jusqu’à ce que le cortège atteigne Bellecour.

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Même la presse mainstream n’a pas compris la manœuvre et est allée interroger les flics sur ce blocage inutile du pont. Le lendemain, on apprend donc dans les colonnes du Progrès que « Ce blocage sur le pont a été fait car le cortège allait trop vite et la police n’avait pas eu le temps de bloquer la circulation. » Il ne s’agissait pourtant pas d’un parcours improvisé mais du classique Manufacture/Bellecour, déroulé des milliers de fois. Cette non-maitrise de la circulation alors qu’en même temps on nous vante des images d’hélicoptère « capables d’identifier un visage à plus d’1 km » nous semble une grosse blague.

En réalité, il nous semble bien plus probable qu’en bloquant le parcours de la manifestation sans raison apparente, les flics ont volontairement fait monter la tension. Ce qui a justifié l’utilisation du canon à eau. Il fallait bien faire plaisir à TF1 !!

Provocations policières pour la beauté de l’image

L’autre grand fait d’arme policier montré dans ce « reportage » est l’arrestation en direct de « casseurs ». On nous montre donc un joli montage : à son arrivée place Bellecour, la tête de cortège court vers la rue Victor Hugo afin de partir « en sauvage », comme le disent les flics dans la vidéo. Puis un « casseur » jette une pierre sur les flics, et selon la voix off, montre « ses fesses ». Il se fait interpeller pendant que les flics balancent des lacrymos sur le reste de la manif. (À noter la seule scène marrante, que les manifestant·es n’avaient pas trop vu, quand les flics se gazent eux-mêmes).

Evidemment, la réalité n’est pas si limpide et ne tient pas dans un reportage aussi court. Quand on lit le suivi en direct de Rebellyon

, on voit qu’en réalité après ce premier départ en manif sauvage, tout le monde est retourné au centre de la place. C’est quand les flics ont procédé à une première interpellation rue Victor Hugo, qu’un cortège est reparti de l’autre côté de la place pour venir en aide à la personne. N’ayant pas réussi à la récupérer, une accordéoniste et des clowns se mettent devant la ligne de flics et commencent à danser et montrent leurs fesses (ce n’est donc pas le « casseur » qui l’a fait). Une quinzaine de minutes plus tard, les flics chargent violemment par derrière :

Des danseur.es chargé.es place Bellecour le 19 mai from Rebellyon on Vimeo.

Aucune mention ne sera faite dans le reportage des nombreux·ses manifestant·es blessé·es et mutilé·es par les flashballs, grenades de désencerclement ou coups de matraque lors de cette charge. Au total, sur les 10 minutes de reportage, seules 15 secondes de parole, soigneusement montées, seront concédées à un manifestant « virulent ». 1/40e de temps de parole, pas mal.

Ce qu’il s’est passé jeudi 19 mai, c’était donc une répression spectaculaire au sens premier du terme : une répression pour le spectacle. Un petit geste policier en remerciement des gros services rendus par les télés. Le matraquage policier ne saurait en effet exister sans le matraquage médiatique. A cet égard, l’appel de l’intersyndicale du Rhône à la déontologie dans le traitement médiatique des manifestations contre la loi travail laisse espérer une prise de conscience collective sur l’alliance entre certains médias et les policiers.

P.-S.

Les violences policières : revue de tweet

La police piétine un homme en fauteuil roulant