Politique sanitaire : éditorial de Laurent BRUN sur la manière dont le gouvernement a géré l’épidémie, publié sur Histoire et Société

Nous publions ci-dessous une prise de position de Laurent BRUN, secrétaire général de la CGT-SNCF. Il est facile de constater les convergences, dont nous nous félicitons, avec les analyses du PRCF tout au long de la crise sanitaire. 

Ajoutons simplement – mais au fond Laurent Brun l’a dit aussi dans une déclaration précédente que nous avons publiée – que pour aller au socialisme, il est non seulement utile, mais indispensable de sortir de cette UE de malheur qui, entre 2010 et 2020, a sommé 42 fois notre pays de réduire ses dépenses de santé pour rester dans les clous de la monnaie unique. 


Éditorial de Laurent BRUN sur la manière dont le a géré l’épidémie

publié par DANIELLE BLEITRACH 15 septembre 2020

Je ne pensais pas que c’était possible mais ce Gouvernement foire aussi la généralisation des tests. À Paris, entre 6 et 15 jours d’attente  pour avoir le résultat, sans compter les files d’attente sur les trottoirs pour accéder au coton tige magique (je sais, c’est un écouvillon). Quelle utilité pour éteindre les foyers infectieux si on reçoit le résultat après la fin théorique de sa quarantaine ? 

Alors on résume :
– la confine des millions d’habitants et le Gouvernement ne fait rien. Pas de mesures de prévention dans les aéroports, pas de commande de ou de matériel, pas de réorganisation de l’industrie pour avoir un ou deux producteurs prêts au moment du pic… L’Italie est touchée. Toujours pas de réaction en France.
la crise démarre et il n’y a pas de masques donc on nous explique que ça ne sert à rien. Pas de tests non plus. On incite les gens à fabriquer eux mêmes leurs protections… l’hôpital public doit se débrouiller avec ce qu’il a, et par le miracle de l’engagement des soignants, ça passe sans trop de casse (il y a quand même un manque de lits, une pénurie de certains produits, d’autres maladies négligées car la priorité est au covid, et beaucoup de soignants contaminés, beaucoup trop de décès…)
on confine. Toujours pas de masques, toujours pas de tests. Les français de l’étrangers sont rapatriés un peu n’importe comment (démerdez-vous pour rentrer chez vous avec la SNCF une fois arrivés sur le sol national… sans coordonner avec l’entreprise publique donc les trains sont bondés à chaque arrivée d’avion. Bref). L’approvisionnement des personnes précaires ou fragiles est laissée à la débrouillardises des maires ou des associations. L’hôpital public tient sans aide ni moyens. On laisse l’initiative privée s’exprimer et un consortium (Air Liquide, PSA, Schneider Electric et Valeo) promet 10000 respirateurs made in France, mais finalement 8500 sont inutilisables. L’école publique est assurée tant bien que mal par les profs à distance qui sont contraints d’imprimer sur leurs deniers les cours pour les plus précaires de leurs élèves. La situation sanitaire des Epah explose sans que les groupes privés soient contraints à mettre du personnel supplémentaires pour s’occuper de nos aînés privés de la visite de leurs familles…
on déconfine. Ça y est, la Chine nous approvisionne à nouveau en masques. Tous les industriels qui se sont mis à en produire en sont pour leurs frais puisque l’État recommande à l’étranger dès que c’est possible. Au passage, le masque devient obligatoire presque partout (comme quoi il aurait pu être utile en début de pandémie). Pour l’instant aucune relocalisation, ni du paracétamol, ni des sacs en papiers de farine. Rien de rien. Par contre, les grands groupes en profitent pour dégraisser et délocaliser au prétexte d’une baisse de la demande dont tout le monde sait qu’elle sera temporaire. On invente des protocoles sanitaires ubuesques pour l’école, les colos  ou les lieux de culture, mais on peut s’entasser dans les transports ou au . Aucune reconnaissance pour les premiers de corvée. On aurait pu améliorer les conventions collectives des personnels de nettoyage, des salariés des grandes surfaces, des personnels des transports (y compris ccn ferroviaire), des salariés de l’énergie, des télécom… mais non, ce sera au mieux une aumône, au pire un doigt d’honneur et une médaille en chocolat. Aucune contrainte sur le patronat. Anthony Smith, inspecteur du travail qui exigeait des mesures de protection des employeurs pour leurs salariés, est menacé de licenciement. Le Grenelle de la santé est une farce, cautionnée par la CFDT (juge et partie puisque c’est qui officie), le Gouvernement se moque des personnels soignants, et ne décide aucun moyen pour les lits de réa, ou autre.
– 2ème vague. Cette fois le Gouvernement lance les tests en grand : 1 million par semaine. Mais donc, les mesures n’ont pas été prises pour assurer la production. Plusieurs jours pour avoir un rendez-vous au labo. Puis 2, 6, 15 jours d’attente pour le résultat. Donc presque aucune utilité pour la politique de prévention et la stratégie d’extinction des foyers infectieux. En même temps, c’est pas très grave puisque de toutes façons, il n’y a pas de stratégie. On serre les fesses parce que la situation des lits de réa n’a pas avancé d’un pouce depuis janvier…

Il faut qu’on se rappelle bien de tout cela. Surtout ne pas oublier !

Mais ce qui est important, c’est de comprendre qu’il ne s’agit pas incompétence. C’est un ensemble de choix erronés liés à des convictions libérales profondes. Le Gouvernement est tout entier dévoué à la politique de l’offre (baisse des coûts, subventions publiques sans contrepartie). Il n’y a aucune place pour la politique industrielle, l’organisation de la logistique des moyens de protection, la planification ou l’anticipation, la mise en place de circuits économiques de secours par la puissance publique, le renforcement des moyens des services publics… L’État ne s’occupe d’économie que pour favoriser le marché libre qui doit créer tout seul ses équilibres… La politique de la demande, c’est le communisme, sacrebleu ! (Alors évidemment, le marxisme c’est carrément la terreur !)
En temps normal c’est déjà problématique. Les mécanismes de marché, la recherche d’intérêt immédiat des actionnaires, les conduit à privilégier ce qui est polluant, à désertifier les territoires, à désindustrialiser le pays, a précariser l’emploi. Il faut se rappeler qu’ils ont réussi à faire manger de la viande à des herbivores (farines animales pour les vaches) ! 
Mais en temps de pandémie, c’est clairement criminel.
Sauf que ce Gouvernement est bon en marketing. Alors maintenant, il reprend à son compte le terme de planification pour vider le concept et empêcher l’opposition de gagner la bataille des idées. C’est aussi parce que la planification n’est pas un concept assez clivant. Les capitalistes peuvent planifier. Cela n’inclut pas la question du pouvoir, de la gestion directe de l’économie, de la démocratie, de la destination de la production (bénéfice social ou source de profit)…

Le vrai concept qu’il faudrait porter, c’est le socialisme !

Source : https://histoireetsociete.com/2020/09/15/laurent-brun-une-seule-solution-pour-avoir-un-masque-et-tests-a-temps-le-socialisme/


Les phrases et mots soulignés en caractères gras l’ont été par Initiative Communiste.

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