Plan de licenciement dans l’automobile : entretien avec Florent de la CGT Renault-Lardy (91)

Entretien avec Florent de la CGT Renault-Lardy (91)

Initiative Communiste : Depuis plusieurs mois la direction de Renault a annoncé des fermetures et un plan de départs volontaires, notamment sur le site de Lardy, que vous dénoncez. Pouvez-vous nous en dire plus ?

Florent : La direction de Renault avait déjà annoncé avant la crise du Covid-19 en février 2020 un plan d’économie de 2 milliards d’euros, dont elle a distillé les conséquences concrètes au cours de l’année. Les menaces portaient sur 5 sites : Flins, Maubeuge, Choisy-le-Roi, la fonderie de Bretagne et Dieppe. De même cela portait sur certains secteurs en particulier. En tout ce sont 4600 départs volontaires qui sont attendus par la direction de Renault. Sur le site de Lardy, cela correspond au départ de 200 salariés sur les 1100 du groupe Renault y travaillant. Toutefois il faut prendre aussi en compte les sous-traitants qui travaillent à Renault-Lardy, qui pourraient représenter 700 départs supplémentaires. Actuellement il y a déjà une première vague de licenciements chez les sous-traitants de Renault et de départs volontaires. Cela mènerait en tout à un départ de 900 personnes sur les 2400 qui travaillent aujourd’hui sur le site de Lardy (salariés de Renault et sous-traitants).

IC : En regardant vos tracts que vous diffusez sur internet, vous parlez d’une distinction faite par la direction de Renault entre les salariés « bleus » et les salariés « gris ». Pouvez-vous nous en dire plus ?

F. : Le plan de départ volontaire concerne tous les sites d’ingénierie et tertiaire. C’est une rupture conventionnelle comportant une prime au salarié. Cependant la direction ne donnera la prime qu’aux salariés qu’elles souhaitent voir partir. Les « bleus » sont ceux que la direction ne veut pas voir partir et qui n’auront pas la prime. Les « gris » sont les salariés que Renault veut voir partir et qui pourront bénéficier de la prime. À Lardy, il y a une moitié de « bleus » et de « gris ». Sur les 200 salariés de Renault-Lardy dont les départs sont prévus, tous sont « gris » : 50 vont partir naturellement (en retraite par exemple) et 150 doivent être volontaires. Ce sont à peu près 600 personnes en « gris » sur le site de Lardy. Le problème qui se pose c’est si en septembre 2021 la direction n’a pas obtenu le nombre de départs volontaires qu’elles souhaitent, que va-t-elle faire ?

IC : À quel stade de discussion êtes-vous avec votre direction ?

F. : Sur le site de Renault-Lardy on a une forte inquiétude des salariés car on travaille sur la motorisation thermique. Pour des questions environnementales, la direction souhaite faire la transition vers la motorisation électrique. Cependant si on constate une baisse sur le site de la motorisation thermique, on ne constate pas une hausse de l’activité en motorisation électrique. Cela amène à se poser la question de l’avenir même du site d’ici 5 ans. Il y a donc une globale contre les licenciements et la fermeture du site. La CGT Renault-Lardy demande à ce que la direction dévoile son plan d’avenir pour le site. Pour l’instant celle-ci n’a pas répondu à notre sollicitation, mais les choses pourraient évoluer avec le rapport de force.

IC : Vous avez été amenés à soutenir de nombreuses luttes au cours des mois, dont les salariés de Nokia à Nozay (91). Quelles sont les entreprises en lutte que vous soutenez ? Qui sont vos soutiens ?

F. : Nous avons effectivement des liens avec les salariés de Nokia de Nozay, mais aussi avec les salariés de la raffinerie de Grandpuits, que nous sommes allés soutenir cette semaine durant leur manifestation, d’autant qu’ils ont un combat similaire au nôtre. Je précise par ailleurs que les salariés de Renault-Lardy appellent et participeront à la marche du 23 janvier 2021 sur Paris contre les licenciements, car nous sommes partisans d’une convergence des luttes face à un problème plus global qui est celui des licenciements. Nous sommes en lien et nous organisons des mobilisations avec d’autres syndicats CGT du groupe Renault. Nous avons aussi quelques élus du département ou de la communauté de communes de Lardy qui viennent nous soutenir, car ils comprennent l’impact au niveau local sur l’emploi que cela va avoir. Lors de notre débrayage du jeudi 14 janvier 2021 nous avons eu quelques gilets jaunes qui sont venus. Nous sommes aussi liés à un groupe inter-pro dans le 91 qui essaye de mobiliser certains secteurs.

IC : Au PRCF, nous militons pour le « tous ensemble et en même temps » et nous ne pouvons que soutenir la convergence des luttes des travailleurs contre les licenciements. Nous serons d’ailleurs présents le 23 janvier 2021 lors de la manifestation à Paris. Au sein de notre organisation, nous portons la revendication d’une nationalisation de tous les secteurs et entreprises stratégiques dont Renault, à l’opposé de ce qui est promulgué par l’Union européenne. Que pensez-vous de cet enjeu ?

F. : Renault a déjà été nationalisé il y a quelques années, ce n’est donc pas suffisant quand on a ce genre de gouvernement. Il faut donc aussi un contrôle ouvrier sur la production. La crise du Covid-19 a démontré la nocivité du système actuel pour lutter contre la pandémie et pour gérer l’économie. La question environnementale et sociale doit être mieux traitée. Il nous faut créer une nouvelle organisation de la société. La nationalisation seule ne suffit pas.


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