Macron à Marseille : indignité, mépris et caudillisme

Communiqué de la Commission Education du PRCF 04 septembre 2021

Marseille, grande ville la plus pauvre et la plus populaire de France, est aussi l’un des villes la moins développée et la plus inégalitaire. Il faut dire que ce vaste port ouvert sur le monde fait peur depuis longtemps à la classe dominante, qui n’a eu de cesse de vouloir briser les volontés puissantes et nécessaires de progrès et d’émancipation populaires qui marquent l’Histoire de notre République jusque dans son Hymne.

C’est ainsi que, pour contrer l’influence grandissante des forces syndicales et communistes et permettre aux milieux d’affaires de garder la main sur cet ex-grand port colonial, les baronnies politiques locales ont systématiquement développé des pratiques politiques scandaleuses basées sur le clientélisme, tout en évitant plus ou moins hypocritement de lutter contre le climat mafieux, si utile pour lutter contre les « rouges ».

Après un demi-siècle de ce traitement [rappel : c’était pareil avant-guerre, et ça a recommencé depuis 1945 et surtout 1947], Marseille est gangrénée par les trafics en tous genres. Ces trafics prospèrent sur la misère sociale et les profondes inégalités, sans compter les arrangements plus ou moins scandaleux avec la Loi. 

Les effondrements meurtriers d’immeubles détenus par des bailleurs – dont certains ont pignon sur rue – et l’accélération des règlements de compte mettent en lumière cruellement les conséquences de la gestion d’une ville guidée par le capitalisme prédateur et l’atavisme anticommuniste primaire.

Dans cette ville profondément inégalitaire, les villas cossues des notables du Roucas Blanc, le quartier d’affaires de La Joliette et le très privé Club des nageurs de Marseille insultent, tous les jours, les dizaines de milliers de marseillais pauvres qui s’entassent dans des immeubles insalubres et dangereux, et dont les enfants ne peuvent tout simplement apprendre à nager !

Comme un symbole de cette violence politique de classe, les écoles publiques sont dans un état d’abandon et de délabrement honteux. C’est ce constat scandaleux, cette honte pour la République, que de courageux professeurs ont, en vain, tenté de faire partager au monarque Macron, venu en campagne présidentielle promener son sourire provocateur dans des quartiers tout juste « karchérisés » à la hâte afin d’essayer de les rendre un peu plus présentables et d’éviter d’étaler la misère et le sous-développement qui y sévissent sur les écrans plats des petite et grandes bourgeoisie égoïstes et prédatrices.

Las : ce produit de la bourgeoisie de province, qui a soigneusement éviter de suivre une scolarité publique ouverte à tous et a préféré étudier dans  les écoles privées et publiques les plus sélectives, toutes subventionnées grassement par l’argent public, n’a pas trouvé le début d’une réponse à leur apporter.

Face à des professeurs courageux compétents et dévoués, seuls fonctionnaires à accomplir leur mission de service public dans des quartiers abandonnés par l’administration et la police, qui lui demandaient simplement le respect de l’égalité en droit et en dignité dû à tous les enfants de la République, fussent-ils pauvres, le fugace Inspecteur Général des Finances, vite parti pantoufler chez Rothschild pour le compte de General Electric, Nestlé et Pfizer, n’eut qu’un demi-sourire de mépris.

L’égalité, la dignité, le respect dûs à tous les citoyens et leurs enfants, il n’était pas là pour cela : Bien au contraire !

Il lui fallait d’abord, avec une indignité inouïe, piétiner la dépouille de Samuel Paty le jour même de la rentrée scolaire, mêlant ce professeur égorgé au service de la République sous le couteau du fascisme islamiste, à une goguenarde et démagogique opération de communication à base de paris douteux et de youtubeurs propagandistes et débilitants.

Puis, et là était le véritable et unique but, sans préalable aucun, sans en avoir avisé quiconque – y compris sa propre majorité législative pourtant aux ordres –, il a annoncé, tel le fait du prince, son projet de détruire le Statut de la Fonction Publique dans 50 écoles de Marseille, de liquider le droit de grève et de priver les élèves d’un enseignement identique à ceux de leurs camarades étudiant dans les beaux quartiers, exclusivement garanti par le cadre national des programmes. 

Conscient de la violence de son propos, il s’est vanté de « dire des gros mots », c’est-à-dire d’insulter en même temps les enseignants qui venaient de prendre le temps de lui parler – et qu’il traitait d’incompétents et de tire-au-flanc – et la jeunesse populaire de Marseille, juste bonne à recevoir un enseignement de seconde zone dans le cadre d’une expérimentation ignoble.

En quelques phrases, le délégué zélé de la Commission européenne et du CAC 40 est parvenu, le sourire aux lèvres, à des sommets d’indignité, de mépris et de caudillisme jamais atteints depuis Vichy !

C’est insupportable et cela ne peut ni ne doit être supporté.

Tout ce que notre pays compte de vrais républicains doit combattre farouchement ce projet dangereux et profondément réactionnaire. 

Lorsqu’un prétendu « président de la République », censé être garant de la Constitution et des Institutions, bafoue avec une telle désinvolture les valeurs fondamentales de la République, « l’esprit critique et l’indépendance d’esprit ne consistent pas à céder à la réaction, mais à ne pas lui céder. »

Rappelons que le projet de recrutement local des enseignants est une obsession du Bolsonaro français, le sinistre Blanquer. Ce produit de la bourgeoisie la plus réactionnaire, à la manœuvre pour détruire l’Éducation nationale depuis le quinquennat Sarkozy, avait en effet mis en place le recrutement par lettre de mission dans les collèges ÉCLAIR alors qu’il était numéro 2 du ministère de l’Éducation.

Or, les enseignants français sont des personnels hautement qualifiés dans leur champ disciplinaire respectif. Ils sont recrutés par des concours nationaux, ouverts et anonymes, qui garantissent la qualité de la formation des candidats et leur indépendance vis-à-vis des puissances d’argent ou des groupes de pressions idéologiques ou financiers. Ils enseignent, non pas au service de leur direction ou de leur ministre, mais au service de leurs élèves dans le respect de la Science et des règles de l’art de leur profession.

Les recruter localement, c’est les livrer sans défense aux pressions les plus criminelles dont on a vu ce qu’elles ont pu produire lors de l’assassinat de Samuel Paty ; c’est les mettre sous la coupe des pouvoirs en place ; c’est enfin organiser les déserts éducatifs dans les territoires les moins attractifs, les plus pauvres et les plus excentrés.

Les recruter sur la base d’un « projet d’école », c’est assumer le fait que chaque école dispensera un enseignement de qualité inégale : un enseignement de bonne qualité pour les plus riches, accroissant l’entre-soi et la reproduction sociale des dominants ; un enseignement au rabais pour les enfants des classes laborieuses, ainsi condamnés à subir la précarité et l’exploitation sans aucun espoir d’émancipation par l’éducation.

Le dispositif Éclair promu et mis en place par le sinistre Blanquer a démontré sur le terrain ses calamiteuses conséquences : les postes à profil ont été massivement non pourvus ; les enseignants finalement nommés ont été très majoritairement des néo-titulaires sans expérience, et surtout des contractuels précaires ; les équipes pédagogiques ont été privées de liberté pédagogique et livrées à l’arbitraire de potentats locaux qui les ont empêchées de dispenser le même enseignement que dans les autres établissements de France. Or, rappelons que c’est pour prémunir le peuple français de ces graves déviances, illustrées de sinistre mémoire par l’administration de l’État vichyste, que le ministre communiste Maurice Thorez fit voter, en novembre 1946, le statut de la Fonction publique. 

Alors même que la grave crise sanitaire a mis funestement en lumière les criantes inégalités en matière d’accès aux soins, les querelles de personnes causées par la mainmise de l’idéologie libérale sur la médecine de ville et la tutelle du mandarinat sur l’hôpital public, il est urgent pour tous les républicains sincères et pour tout le monde du travail de défendre nos écoles et le statut de ceux qui la tiennent debout contre les vents mauvais de la Réaction libérale et de la Réaction obscurantiste le plus souvent liées.

Face au durcissement sans précédent de la guerre de classe menée contre les classes populaires et face à l’accélération de la fascisation qui lui est consubstantielle, il est indispensable de fédérer la résistance dans une grande manifestation nationale de lutte le plus rapidement possible. Le en France (PRCF), héritier des grandes luttes menées par le Front populaire, la Résistance et le CNR en faveur de l’Éducation et de la Fonction publique, s’y impliquera de toutes ses forces. D’hors et déjà il faut tout faire pour que les mobilisations du 23 septembre et du 5 octobre à l’appel de l’intersyndicale soient des succès massifs.