
La pauvreté, le sous-développement par rapport à la France continentale qui exploiterait l’île de Beauté… C’est souvent l’argument mis en avant par les milieux autonomistes et nationalistes qui ont depuis plus de dix ans la haute main sur le pouvoir local en Corse. Des « autonomistes » qui en réalité sont politiquement en cheville avec le pouvoir parisien et encore davantage avec le pouvoir supranational du Capital à Bruxelles. Pour servir les milieux économiques bourgeois et non la population. C’est que, dans la droite ligne des directives de balkanisation de la République Une et Indivisible en une féodalisation girondine de territoires et de régions subsidiaires poussées par l’Union européenne, Macron pousse les dangereux feux de l’autonomie de la Corse, afin de briser le principe d’égalité républicaine de chacun de ces citoyens, et activer de dangereux ressort nationaliste. Il vient ainsi de faire voter un projet de loi qui consacre rien moins que la préférence nationale reposant sur des discriminations identitaires. Il est affligeant de voir des parlementaires se réclamant de la gauche, à LFI notamment, avoir voté ce texte (lire ici).
Il est cependant important de revenir aux faits de la situation démographique, économique, sociale de la Corse, ainsi que de son histoire sociale et politique. Enquête en trois parties de la rédaction d’initiative-communiste.fr
C’est le mot d’ordre répété par le parti autonomiste et indépendantiste de Corse: l’Île de Beauté serait exploitée par la France continentale. Désavantagée, elle serait pénalisée par son insularité et pillée par les continentaux profitant de l’île. Dans la suite de notre enquête, après avoir regardé de près la situation démographique et sociale de la Corse, démontrant que cette région est parfaitement inscrite dans la République Une et Indivisible, dans cette deuxième partie de notre enquête, nous allons nous intéresser aux budgets publics. Est-il vrai que la France profite de la Corse et que la Corse ne bénéficie pas de la République ? Nous allons tordre le cou à ce grossier mensonge. Oui, la Corse est un territoire qui bénéficie de la solidarité nationale. Largement.
De fait, alors que depuis maintenant plus de dix ans la Collectivité de Corse bénéficie d’un budget très large et de compétences très élargies, les difficultés de l’île – en matière de logement, de développement économique résultant du choix du tout tourisme centré sur la spéculation immobilière et la rente foncière, ainsi que les monopoles des circuits de distribution – résultent très largement des potentats locaux et de leurs relais dans les cercles nationalistes. Tandis que la population manifeste en masse contre les crimes de la mafia, il est d’ailleurs notable d’avoir constaté le silence édifiant de ce personnel politique « corse ». Plus soucieux d’avoir encore plus largement la main sur la caisse que de se plier à la souveraineté populaire.
partie 2 / 3
La Corse bénéficie très fortement de la solidarité nationale : 1015 € par Corse et par an
En 2024, la Corse (principalement via la Collectivité de Corse, collectivité territoriale unique) a bénéficié d’environ 319-320 millions d’euros de concours financiers directs de l’État (dotations et participations). Ces chiffres proviennent des données officielles de la DGCL (Direction générale des collectivités locales) et du Compte financier unique (CFU) / exécution budgétaire 2024 de la Collectivité de Corse. Ces budgets se répartissent de la façon suivante :
- Dotation de continuité territoriale (DCT) : 187,049 millions d’euros (montant de base figé depuis 2009/2010, intégralement reversé à l’Office des Transports de la Corse pour les dessertes maritimes et aériennes). C’est une subvention de 534 € par Corse et par an.
- Dotation globale de fonctionnement de 107 millions d’euros, soit 306 € par Corse et par an
Ces budgets sont notablement plus élevés que ceux attribués à d’autres territoires continentaux dont la richesse est plus faible que celle de la Corse et le taux de chômage plus élevé. Les habitants du Pas de Calais ont ainsi reçu une DGF de 226 € par habitants, ceux de la Somme de 204 € par habitant. C’est d’un tiers à 50% moins élevé que la Corse (306€). Si l’on tient compte de la Dotation de continuité territoriale, les habitants de Corse bénéficient d’une dotation de l’État 4 fois plus importante que celle des Hauts de France. Il n’est donc pas erroné de dire que les chômeurs du bassin minier du Nord Pas de Calais payent pour les Corses. On est ici très loin d’une logique néo-coloniale, mais davantage dans un investissement constant pour l’unité de la République. De fait, la Dotation de continuité territoriale vise à permettre aux concitoyens de Corse, en dépit de leur insularité, de bénéficier des mêmes droits et services que les citoyens du Continent. De fait, la collectivité de Corse bénéfice d’un sur-financement par l’État de l’ordre de 38 millions d’euros annuels sur sa dotation globale de fonctionnement.
Mais il faut également compter sur plusieurs autres lignes budgétaires nationales :
- Dotations aux communes et EPCI : plusieurs dizaines de millions d’euros supplémentaires (DGF communale, dotations d’investissement comme DSIL/DETR, etc.). Exemple : DGF des communes de Corse-du-Sud autour de 38 M€ en 2025 (chiffres similaires en 2024).
- Co-financements État-région : CPER, Plan de transformation et d’innovation (PTIC), Plan d’équipement des territoires insulaires (PEI), Fonds vert, France Relance, etc.
- Dépenses directes de l’État sur le territoire (éducation, santé via ARS, sécurité, justice, etc.) : non incluses dans les dotations ci-dessus et difficiles à chiffrer précisément dans un total global.
Lignes budgétaires auxquelles il faut ajouter les fonds européens, qui en réalité sont ceux versés par la France, celle-ci étant contributrice nette largement excédentaire aux budgets de l’Union européenne pour un total annuel de 56.5 millions d’euros :
- Versements reçus en 2024 (recettes sectorielles d’investissement liées aux fonds européens) : environ 37 millions d’euros (principalement clôture du programme 2014-2020 et démarrage du nouveau programme 2021-2027)
- Programmation 2021-2027 : enveloppe de 117 millions d’euros (105 M€ FEDER + 12 M€ FSE) pour la Corse sur la période. Soit 19.5 millions d’euros annuels.
Mais ces chiffres sont une approche minimaliste de ces dépenses. En effet il ne prennent pas en compte d’autres lignes budgétaires que nous n’avons pas pu analyser faute de disponibilité de leurs décomposition territoriale.
- Dotations aux communes et EPCI : plusieurs dizaines de millions d’euros supplémentaires (DGF communale, dotations d’investissement comme DSIL/DETR, etc.). Exemple : DGF des communes de Corse-du-Sud autour de 38 M€ en 2025 (chiffres similaires en 2024).Co-financements État-région : CPER, Plan de transformation et d’innovation (PTIC), Plan d’équipement des territoires insulaires (PEI), Fonds vert, France Relance, etc.
Et c’est sans compter non plus la dotation supérieure à la moyenne en emplois publics de l’État (fonction publique d’État et hospitalière) rapportée au nombre d’habitants dont bénéficie la Corse.
Selon les chiffres de l’INSEE en 2023 , hors militaires, la Corse bénéficie de 10 700 fonctionnaires d’État, 6 200 agents de la fonction publique hospitalière. Auxquels il faut ajouter 13 900 fonctionnaires territoriaux (dont 4 500 pour la collectivité territoriale de Corse). Les salaires des agents publics en Corse sont supérieurs à ceux du continent en raison de la prime d’insularité et du régime indemnitaire de la collectivité de Corse, l’un des plus élevés de France. Par comparaison à la région PACA, la Corse bénéficie de plus d’agents publics (8.8 pour 100 habitants, contre 3.3 en région PACA). La Corse bénéficie de plus d’agents territoriaux (36 agents pour 1 000 habitants contre 26 en moyenne en France, 33 en région PACA). Mais aussi pour les fonctionnaires d’État : 4.2 fonctionnaires pour 100 habitants en PACA contre 5.8 en Corse. De facto, le surcoût pour le budget de l’État serait de l’ordre de 50 à 90 millions d’euros par an s’agissant des fonctionnaires d’État et de 15 à 40 millions d’euros par an s’agissant de la fonction publique hospitalière. Soit un apport budgétaire supplémentaire de 70 à 130 millions d’euros.
Globalement et dans une approche conservatrice, en termes de budget direct, la Corse reçoit chaque année – en proportion de sa population – 350 millions d’euros de plus que les autres territoires de la République. C’est 1 015 € par Corse et par an. Il ne s’agit pas de dénoncer ces budgets, légitimes notamment au titre de la solidarité nationale à l’égard de la continuité territoriale. Mais ils démontrent que la Corse n’est pas le territoire exploité et pillé si souvent caricaturé par les autonomistes corses, et encore davantage par ces girondins qui n’ont de cesse – dans les pas de l’Union européenne prétendant détruire les États pour mieux mettre en concurrence les territoires et leurs travailleurs afin de toujours plus les exploiter – que de dénoncer la République. Des rangs de la Macronie à ceux de ces partenaires d’Europe Écologie les Verts, mais aussi au sein de ce PS qui a violé le référendum où les Corses ont refusé la collectivité unique, et encore plus tragiquement au sein de la France Insoumise.
Et c’est encore plus si on considère la fiscalité
La Corse contribue moins par habitant aux impôts du budget de l’État que la moyenne nationale, principalement en raison de revenus moyens plus faibles, d’un taux d’imposition légèrement inférieur et de régimes fiscaux spécifiques (TVA réduite sur certains produits, etc.). Les données complètes et précises sur tous les impôts d’État (IR, TVA, IS, etc.) attribués par région sont complexes à établir (attribution par résidence pour l’IR, par consommation/production pour la TVA, etc.), mais l’impôt sur le revenu (IR) — principal impôt direct versé au budget de l’État — fournit un indicateur fiable et représentatif. En 2024, il a été collecté 382 millions d’euros d’impôts sur le revenu soit environ 4 193 € par foyer (contre 4 455 en moyenne nationale) et 1 070€ par habitant (contre 1 300€ environ par habitant en moyenne nationale). La Corse contribue donc pour environ 15 à 20% de moins à l’impôt sur le revenu que l’ensemble du territoire national. Par ailleurs, par rapport au principal impôt en France, la TVA, la Corse bénéficie de nombreux taux réduits à 2.1% au lieu de 10% sur le territoire continental.
De fait les études sur les soldes fiscaux interrégionaux démontre que la Corse est bénéficiaire nette : elle reçoit plus en transferts publics qu’elle ne verse en impôts/cotisations par habitant, avec des montants nets positifs élevés, parmi les plus importants de métropole après les outre-mer.
On peut faire une estimation globale des impôts d’État versés par les Corses (IR + TVA + IS + autres, 2021, rapport Assemblée de Corse « Autonomia ») qui s’élèvent à environ 897 M€ remontant vers le budget de l’État (dont 53 M€ reversés localement via régimes spécifiques comme la TICPE). Cela représente 2 640 € par habitant en 2021 (échelle 2024 : probablement 2 800–3 000 €/hab avec l’inflation et la croissance de l’IR). Les cotisations sociales et autres prélèvements représentent 900 millions d’euros supplémentaires. C’est une contribution totale d’environ 1.8 milliards d’euros soit 5 000€ par habitant.
Ce que la Corse reçoit de l’État, c’est 319 millions d’euros au titre de la dotation et concours à la collectivité de Corse (chiffre 2024). La CTC quant à elle reçoit en recette de fonctionnement 3 527€ par habitant, ce qui est plus que la moyenne hexagonale.
Si on compare les impôts remontant à l’État, et les apports de l’État aux collectivité corses (d’après le rapport de l’Assemblée de Corse Autonomia réalisé en 2021, une source qui n’est cependant pas neutre), c’est respectivement 897 M€ contre 891 M€. Selon le calcul, la Corse est légèrement bénéficiaire (+ 6 millions d’euros). Mais cela ne prend pas en compte les prestations de services publics. En prenant en compte ces éléments, le solde est largement bénéficiaire, de l’ordre de 1 000 à 2 500€ par habitant de la Corse, selon les sources. Il serait pertinent que la statistique nationale et le ministère des Comptes publics fasse la pleine lumière sur ce sujet. L’INSEE et la DGFIP ne publient cependant aucun élément.
Au delà, il serait également pertinent de relever les transferts monétaires vers l’Ile de Beauté de la population hexagonale liée à la Corse, plus nombreuse d’ailleurs que celle des Corses résidant sur l’île à l’année.
JBC pour www.initiative-communiste.fr


