« Une Corse autonome au sein de la République », ou le succès du « pacte girondin » … et la faute majeure de LFI – Mercredi 24 juin 2026 – Par Fadi Kassem, secrétaire général du Pôle de Renaissance communiste en France (PRCF) Georges Gastaud, secrétaire du secteur Idéologie-Théorie du PRCF
Mardi 23 juin 2026 marquera peut-être une étape historique majeure dans l’éclatement de la République une et indivisible. En effet, en adoptant en première lecture le projet de loi constitutionnelle intitulé « Une Corse autonome au sein de la République » par 271 voix sur 473 bulletins exprimés à l’Assemblée nationale, les députés viennent de porter un coup mortel à la République une et indivisible mise en place en 1793 par les Jacobins sous l’impulsion de Robespierre. Paul-André Colombani, député nationaliste de la Corse-du-Sud, ne s’y est d’ailleurs pas trompé en déclarant : « Si le texte va au bout, ce soir nous aurons vécu un moment historique mais (…) On ne va pas faire de triomphalisme, le chemin est encore long. »

Long car en effet, ce vote devra être confirmé par le Sénat avant que les parlementaires réunis en Congrès (probablement à Versailles) adoptent ce projet de texte scélérat à au moins 3/5 des voix, avant l’élaboration d’une loi organique qui devra être également adoptée et, in fine, approuvée par les Corses eux-mêmes. Le combat est donc encore long et il sera temps, notamment chez la « France insoumise », de changer radicalement leur choix de vote et leur orientation politique. En effet, sur les 271 voix exprimées en faveur de ce texte se trouvent 60 députés LFI – auxquels il faut ajouter notamment le candidaté à l’élection présidentielle François Ruffin. Une manière certainement d’adouber le projet mélenchonien de réduire la Corse à une entité similaire à l’outre-mer – pour lequel est désormais de plus en plus revendiquée l’indépendance pure et simple, sans réelle décolonisation aboutie ni perspective socialiste.
Ce vote est d’autant plus incompréhensible et constitue une faute politique majeure que, comme l’explique le député Gauche démocrate et républicaine Emmanuel Maurel (qui a voté contre), « subsistent dans le texte des phrases, des mots qui me choquent en tant que républicain et qui, pour moi, ouvrent une boîte de Pandore très dangereuse. Je prends un exemple : on maintient dans le texte aujourd’hui, au moment où on se parle, « le lien singulier avec la terre ». » De quoi donner en effet, comme le craint Emmanuel Maurel, des idées à des partis indépendantistes désireux de défendre « leur (prétendue) communauté », à l’image d’Alsace d’abord et du mouvement Jeune Alsace, ouvertement régionalistes et d’extrême droite identitariste, ou encore le parti Unser Land qui revendique une Alsace et une Moselle dotées d’une constitution, d’un parlement, d’un gouvernement et d’une constitution propre, rien que cela ! Et que dire de l’approbation du texte par Paul Molac, député LIOT du Morbihan et partisan d’un puissant autonomisme breton, qui se félicite d’une dynamique désormais favorable aux indépendantismes régionalistes.
Ce vote est d’autant plus une faute politique qu’il s’inscrit dans le projet du « pacte girondin » porté par Emmanuel Macron depuis 2017 et qui se traduit par la « différenciation des territoires », déjà introduite dans la Constitution le 12 juillet et mise en œuvre par la funeste « loi 3DS » (différenciation, décentralisation, déconcentration et simplification) en février 2022. De quoi ravir les tenants du girondinisme comme le prétendu « philosophe » Michel Onfray, qui déverse ses diatribes réactionnaires sur C-News et qui, en guise de « contribution à toutes les présidentielles », publiait en 2018 l’ouvrage Décoloniser les provinces : tout est dit !
Ce vote marque le sacre de la « deuxième gauche », celle de Michel Rocard qui militait pour une gauche farouchement décentralisatrice (donc girondine) – ironique lorsque l’on connaît l’attachement mitterrandien de Jean-Luc Mélenchon. De quoi galvaniser les indépendantismes régionalistes de toute nature, et déjà les mouvements identitaristes qui triomphent ce mardi 23 juin 2026. Pourtant, déjà en avril dernier, le constitutionnaliste Benjamin Morel – avec le soutien inattendu de… l’ancien ministre de l’(In)Education nationale Jean-Michel Blanquer – alertait sur l’offensive « du différentialisme contre la France » « qui mène au communautarisme ». Et dans sa déclaration du 9 avril 2026, le Pôle de Renaissance communiste en France, qui revendique l’héritage de la République une et indivisible portée par Robespierre, alertait contre cette « étape cruciale vers l’euro-balkanisation de la France ». Un « saut décisif vers l’euro-dislocation de la France « par en bas » (pacte girondin) » qui, faut-il le rappeler, s’accompagne « par en haut » du « saut fédéral européen » dont l’étape centrale est la mise en place d’une « Europe de la Défense », pourtant rejetée avec vigueur par les députés communistes et gaullistes il y a plus de 70 ans, le 30 août 1954.
Le plus alarmant est que, alors que LFI (et Jean-Luc Mélenchon) trahit l’héritage robespierriste en le reléguant aux poubelles de l’histoire en ralliant, de fait, le « pacte girondin » de Macron, la grande majorité des faux « Républicains » ainsi que l’ensemble des députés du prétendu « Rassemblement national » – qui fricote pourtant avec des mouvements régionalistes d’extrême droite – ont rejeté le texte. De quoi nourrir encore plus la confusion et, surtout, la mortifère illusion que les LR et le RN défendraient la République une et indivisible. Pourtant, Valérie Pécresse proposait, en 2022, de « territorialiser les peines » selon les taux de criminalité – « une grande rupture avec la philosophie des Lumières alertait alors Benjamin Morel ». Pourtant, le RN a clairement affiché son visage identitariste xénophobe et girondin antirépublicain dans son communiqué du 19 juin 2026, en déclarant : « Ce vote révèle la véritable nature de cette autonomie. Loin d’être une autonomie insulaire de protection, destinée à préserver l’âme corse, sa culture, son identité et le pouvoir d’achat des Corses, elle devient une autonomie de peuplement, ouverte à tous les vents de l’immigration, qui aggravera encore la situation économique, sociale et démographique de l’île. »

Si Jean-Luc Mélenchon et son mouvement LFI veulent gagner la présidentielle de 2027 et, plus encore, combattre efficacement l’extrême droite, ils doivent cesser à tout prix leurs dérives gauchisantes antijacobines et antipatriotiques, à l’image du maire de Saint-Denis Bally Bagayoko qui a déclaré que « siffler la Marseillaise quand la France se déshonore par ses actes à l’international, c’est un droit à la réplique populaire. » De quoi ravir l’extrême droite et la droite profondément antirépublicaines et antipatriotiques qui ne savent plus que faire des cadeaux émanant des sorties inquiétantes de la part d’élus « LFI ».
A l’inverse, si Jean-Luc Mélenchon et LFI veulent gagner l’élection présidentielle de 2027, ils doivent réaffirmer l’héritage jacobin de la République une et indivisible autour du triptyque communes-département-Nations, comme le propose le PRCF dans son programme mis à jour – et pour cela, cesser de verser dans une approche clientéliste faisant le lit des indépendantismes régionalistes et des identitarismes d’extrême droite. Ce qui implique de combattre à la fois le « pacte girondin » et le « saut fédéral européen » à travers une rupture radicale avec l’ordre UE-OTAN et, in fine, l’ordre capitaliste. Ce n’est qu’à ce prix qu’il sera possible que triomphe une France franchement insoumise au service d’un projet patriotique, populaire, pacifique, écologique… et réellement républicain et démocratique.





