Décompte du nombre de manifestants : la propagande d’Occurrence décortiquée #média #22mars

Comptage des manifestants par “” : vaste blague…

Un conglomérat de rédaction de grands médias (AFP, Le Monde, Libération, Franceinfo…) met en place un soit disant système de comptage des manifestants à Paris le 22 mars.

Ce comptage est censé être “indépendant” et il sera opéré par la société privée de sondage Occurence dirigé par Yoel Adary.

Cette société se vante sur son site internet d’avoir déjà procédé à des comptages (à l’aide de laser et de micro comptage) et d’être le plus souvent proche des chiffres de la police. Sans surprise ce soir les chiffres d’occurence publiés apparaissent inférieurs à ceux de la police.

La rédaction d’initiative-communiste.fr a donc fait le travail que le conglomérat de journalistes “auto déclarés indépendants ” ne fait pas et vous rend compte ici de ce qui est accessible en deux clics sur le net à propos de la société Occurence. (Pour ce qui est du financement, il faudrait chercher plus avant… mais rappelons que notre rédaction est exclusivement composée de bénévoles.)

Qui est Occurence?

Un cabinet “indépendant” ? la question se pose lorsque l’on examine sur occurence.fr les clients et références de cette entreprise: grandes entreprises (dont la SNCF) et  institutions (Ministères français et Commission européenne).

Citons comment cette entreprise se présente elle-même:

clients d’occurence capture d’écran issue de occurrence.fr

Créé en 1995 par Assaël Adary et Benoit Volatier, Occurrence est un cabinet d’études et conseil indépendant, spécialiste de l’évaluation de la communication (corporate & marque, analyses médias, communication interne, publique, événementielle, digitale,…).
Depuis 20 ans, Occurrence accompagne les entreprises et les agences en France et à l’international pour mesurer la performance de leurs actions de communication et éclairer leurs décisions stratégiques. Le cabinet travaille au service de nombreux grands comptes et institutions de référence : EDF, GDF Suez, Areva, Carrefour, BNP Paribas, Airbus, MAIF, INPI, ministères, institutions européennes notamment Commission, ainsi que des collectivités locales et organisations ou entreprises publiques… L’équipe de 23 experts maitrise une large gamme d’outils d’évaluation et de prospective (quantitatifs, qualitatifs, sémiologiques, analytics) et capitalise sur « Occurrence Lab », structure interne tournée vers l’innovation du secteur, pour lancer de nouvelles offres d’études.

En 2008, Occurrence entame le développement de son réseau avec l’ouverture d’une première filiale dédiée au secteur de la Santé : Occurrence Healthcare. En 2014, Occurrence intègre le cabinet NXA, expert de l’évaluation dans les domaines environnement-énergie et social-formation-retraite, avec un terrain téléphonique intégré à la Rochelle, et lance BrainsWatt, un studio d’innovation qui aide les organisations à devenir plus agiles et créatives. Membre de Syntec Etudes, Occurrence est également certifié ISO 9001 depuis 2004 et engagé dans la norme RSE ISO 26000. Assaël Adary, Président d’Occurrence, et Céline Mas, Directrice générale associée, sont les deux nouveaux co-auteurs de la 7è édition de l’ouvrage de référence sur la communication : Le « Communicator » (Dunod 2015).

Enfin voilà comment Occurence présente son action dans le domaine des Médias.

Capture d’écran occurence.fr

On le voit ce comptage promet d’être indépendant! 

Quelle va être sa méthode?

Occurence utilise une technologie développée pour chiffrer le nombre de clients entrants dans un supermarché. On est loin d’un outil calibré pour décompter les foules denses en extérieur !

  • Utiliser une ligne laser entre deux points permettant de compte le nombre de personnes qui la traversent dans le sens de la .
  • Utiliser quelques micro-comptages de contrôle.
  • et redresser les chiffres bruts. Occurence ne publie pas sa méthode de redressement ni ses chiffres bruts. En clair, Occurence annonce les chiffres qu’elle veut.

Nous pouvons faire deux remarques, fort de l’expérience des manifestations (initiative-communiste.fr rend compte des luttes de manière hebdomadaire et tient des points fixes dans toutes les grandes manifestations et a vérifié les chiffres du nombre de plusieurs grandes manifestations syndicales et politiques de ces dernières années par des méthodes scientifiques s’appuyant sur les meilleurs travaux de l’Université.

La qualité d’un sondage est tributaire de la qualité de l’échantillon choisi. Ainsi, il suffit de choisir le lieu de pose des capteurs (fin de parcours) et les lieu des micro comptages (parties clairsemées du cortège) pour biaiser le comptage.

Insistons sur un point connu de chaque participant à une grande manifestation parisienne et des grandes villes de France: la plupart des manifestants ne parcourent pas l’ensemble de la manifestation. Une manifestation dure parfois de longues heures et tous les manifestants ne restent pas durant la totalité du parcours.

  • Parce que lorsqu’il y a beaucoup de monde une partie importante du cortège ne défile pas et reste statique. (Place d’Italie par exemple pour la dernière manifestation monstre contre la Loi travail)
  • Parce que utilisent des rues adjacentes (ou les transports en commun) pour éviter d’être bloqués (cf ci-dessus) et ainsi éviter le bouchon de départ.
  • Parce que nombre de manifestants pour éviter la foule tassée des points de départs des cortèges se rendent directement à des parties intermédiaires des cortèges.
  • Parce que les associations et partis politiques organisent des points fixes pour distribuer leurs tracts.
  • Parce qu’il faut rejoindre les cars pour repartir à heure fixe. (Et que la police accueille les manifestants avec matraque et lacrymogène en fin de parcours) et que donc une proportion très importante des manifestants ne rejoint pas l’arrivée du cortège
  • Parce que nombre de manifestants, notamment en raison des violences policières, quitte la manifestation avant son point de dispersion à l’arrivée

La société Occurence a été interpellée sur la question des rassemblements statiques. Elle répond qu’un comptage par surface et densité de population est possible et rigoureux. Cela tombe bien c’est exactement la méthode utilisée par initiative-communiste Les vrais chiffres de la manifestation à Paris le 14 juin et le mensonge éhonté de la police #manif14juin )(et remise en cause par Le Monde (voir ici) client d’Occurence).

Bref, on le voit nous faisons face ici (comme avec l’opération Décodex du Monde) à une vaste tentative de réduire au silence les sources “non autorisées” (syndicats, organisateurs…) pour les remplacer par la seule voix des grands médias appartenant aux milliardaires s’appuyant sur des organismes de sondage, non indépendants et financés par le système capitaliste. Cela s’apparente à de la censure. Le travail d’une presse libre exerçant son devoir de contrôle et d’information consisterait davantage à examiner comment syndicats et policiers ont obtenu leur nombre, sauf à admettre que par principe les chiffres officiels/ou les chiffres des organisateurs sont faux.

  • Cela va à l’encontre d’un grand principe du journalisme qui demande de recouper les sources.
  • Cela contredit de plus la pluralité de l’expression médiatique: un conglomérat de médias s’arrogeant le droit de dire La Vérité (leur vérité).

De plus rappelons-le car ce n’est pas un détail ( et c’est omis par les “grands Médias détenteurs de La Vérité,mais financés par une poignée de grandes puissances d’argent), il apparait clairement que la société Occurence a dans son portefeuille de clients les adversaires des manifestants.

Il y a là comme un parfum de conflit d’intérêts.

Enfin posons une question: qui contrôle l’organisme de contrôle? Rappelons que lors des élections, les candidats ont (en théorie) le droit d’assister aux opérations de comptage. Ce n’est pas le cas ici, les organisateurs syndicaux faisant l’objet principal des attaques menées au cours de cette opération de communication.

Analyse de la méthode de comptage d’Occurrence d’après le témoignage de Libération

La méthode est simple : deux équipes se sont installées dans deux hôtels situés à chaque bout de la place de la Bastille, où les deux cortèges de manifestants se sont réunis ce jeudi après-midi après leurs défilés respectifs.

Le point de décompte était donc placé à la fin des deux manifestations, à l’entrée de la place de la Bastille. Un endroit particulièrement favorable pour minimiser le nombre de manifestants :

  • nombre de manifestants évitent le point de dispersion des manifestations parisiennes, pour de nombreuses raisons
    • c’est là que la police matraque et gaz les manifestants
    • c’est là que des groupuscules s’affrontent à la police et aux manifestants parfois
    • c’est là qu’il est très difficile, vu la foule de reprendre les transports en commun
  • nombre de manifestants ne rejoignent pas l’arrivée de la manifestation :
    • le défilé dure 6h, beaucoup de ceux participants au début de la manifestation ne restent pas jusqu’à la fin
    • les cortèges sont longs à Paris, où il y a beaucoup de monde, il faut attendre longtemps pour manifester et donc beaucoup de manifestants ne font pas tous le trajet
  •  le décompte n’est fait que sur un seul accès de la place, alors que plusieurs rues permettent d’accéder à la place. Il est courant dans les manifestations parisiennes, notamment quand le cortège est dense que des manifestants pressés, voulant rejoindre une autre partie du cortège doublent par les rues adjacentes.

Intrinsèquement, un seul point de comptage, placé en fin de manifestation conduit à ne pas décompter tous les manifestants. On peut sans aucune difficulté estimer que la position du point de comptage pourrait minimiser le nombre de manifestants d’au moins 10%, peut être bien plus. Rappelons que les syndicats organisent des décomptes à plusieurs points de la manifestation et se basent notamment sur les surfaces occupées par le cortège, bien plus fiables pour connaitre le nombre de manifestant sur des cortèges s’étendant sur plusieurs kilomètres.

Surtout, placé en un seul point on se demande comment Occurrence a pu compter les manifestants passant en un seul point et dans un seul sens et arrivant de deux directions opposés. C’est vraiment prendre les gens pour des idiots…

On attend les fonctionnaires. Le cortège met un peu de temps à arriver. Quelques badauds arrivent, on lance le décompte. En trois minutes, un peu plus de 200 personnes sont passées, dans un défilé très clairsemé. (..). Le cortège arrive, et s’étoffe de plus en plus. Les deux salariés d’Occurrence chargés de ce décompte se concentrent devant l’écran, au milieu duquel une ligne virtuelle a été tracée. A chaque fois qu’une personne traverse la ligne, un petit triangle vert apparaît. Et le compteur s’accélère. Si elle traverse en sens inverse, le triangle sera rouge, et le passage ne sera pas décompté.

Sous-estimation de 15 à 20%

En parallèle, Jocelyn Munoz, chargé de mission à Occurrence, enregistre des séquences de 30 secondes qu’il repassera un peu plus tard au ralenti pour recompter le nombre de manifestants à la main. En comparant ses chiffres avec ceux enregistrés en temps réel par le capteur, il calcule la marge d’erreur qui survient surtout quand le défilé est plus compact. Le capteur a plus de mal à distinguer chaque individu lorsque les manifestants sont serrés épaule contre épaule ou l’un juste derrière l’autre. Le temps gris est une chance, des parapluies ou un soleil trop éclatant auraient compliqué la donne.

De l’aveu du journaliste de Libération, le décompte informatique sous estime massivement le nombre de manifestants d’au moins 15 à 20%. Une paille ! Mais c’est bien le but du système, comme l’a déjà souligné un de nos confrère du Monde diplomatique (lire ici)

Après six «micro-comptages», Occurrence conclut que le capteur sous-estime de 15 à 20% le nombre réel de manifestants. Les périodes notées comme denses ou très denses seront donc corrigées d’autant.

De fait, les chiffres bruts du comptage ne sont pas fiables. Occurrence les corrige donc à la main, au doigt mouillé, en déterminant – à vue de nez donc – des durées de manifestations denses et très denses, sur lesquelles il redresse ces chiffres. Et il faudrait faire confiance à ces chiffres comme la vérité révélé ? et ce alors qu’il n’y a aucune manière de les vérifier. Rappelons que la première vertu d’un chiffre est d’être scientifique, et donc qu’il puisse être vérifié par l’expérience.

On approche de la fin. Dans un fichier Excel, le nombre de manifestants enregistré toutes les dix secondes est listé. Grâce aux notes prises à la main par son collègue, Jocelyn Munoz surligne en jaune les périodes denses, en rouge les très denses. Il rectifiera ainsi le chiffre qui apparaît en appliquant la marge d’erreur qu’il a calculée.

Le pot au rose est dévoilé. Occurrence bricole les chiffres, et les traficote pour essayer d’estimer le nombre de manifestants que son système de mesure est incapable de voir. Avec 6 comptages de 30 secondes, Occurrence n’a en réalité décompté sérieusement que 3 minutes de la manifestation. Pour une manifestation durant par exemple 3 heures, le décompte n’est donc étalonné que sur moins de 2% de la durée de  manifestation. On imagine bien ici la marge d’erreur. Il est par ailleurs facile de sous estimer les chiffres. En se trompant de 25% sur la durée des périodes denses et en sous estimant de 15% le nombre de manifestants lors de ces périodes denses, ce qui est tout à fait possible au regard de la méthode d’échantillonage, Occurence pourrait diminuer de près 50% le nombre de manifestants dans les parties les plus denses du cortèges. Faisons l’hypothèse que celles-ci représente le dixième de la durée du cortège de jeudi à Paris et le quart du nombre de manifestants, avec sa méthode de calcul soit disant robuste Occurence aurait ainsi par cette simple manipulation effacé plus de 4 000 manifestants, expliquant ainsi totalement l’écart avec le chiffre donné par les syndicats. Rappelons que le propre de la méthode d’occurence repose sur l’application d’un taux de correction, chaque dix seconde aux chiffres mesurés par son capteur incapable de compter tous les manifestants. L’application de ce taux de correction est choisie au doigt mouillé et sans aucune vérification en direct par l’opérateur, seul 3 minutes de la manifestation étant réellement comptée.

A peine une quinzaine de minutes après le passage de la voiture-balai, Occurrence communique le chiffre des médias aux rédactions : 34 700 personnes ont participé au cortège de la fonction publique (et 13 100 au cortège des cheminots).

Alors le décompte produit par le consortium de médias des milliardaires et diffusés pour décrédibiliser les chiffres des syndicats est il si loin des chiffres des syndicats ?
En réalité, si on reprend les chiffres communiqués par Occurrence, en tenant compte que le point de comptage oublie de par sa position à minima 10% des manifestants, et que dès que la manifestation est une foule il sous estime de 15 à 20% le nombre de manifestants, les chiffres, on peut sans difficultés dire qu’il y avait 42 000 manifestants là où Occurrence et les médias du système communiquent sur 34 700 et la CGT a indiqué 40 000 manifestants. Et certainement pas 32 000 comme l’a indiqué la police, sous estimant de rien moins que 25% le nombre de manifestants.