Sur la privatisation des hôpitaux du Nord-Essonne

Nous remercions Gilles Rémignard, porte-parole du Comité de défense des hôpitaux du Nord-Essonne, pour nous avoir accordé l’entretien nous ayant permis l’écriture de cet article. Le présent texte date de mars 2020 et dont la parution a été retardé suite à la crise sanitaire ayant touché la France. Toutefois, son contenu reste encore d’une brulante actualité.

Depuis 2015, il existe un projet de fermeture de trois hôpitaux du Nord-Essonne (Orsay, Juvisy et Longjumeau) afin de les fusionner en un seul hôpital dans le plateau de Saclay, qui ouvrira aux alentours de 2024. Le projet a démarré à l’arrivée du nouveau directeur du Groupement hospitalier de territoire Nord-Essonne, M. Guillaume Wassner. Le nouvel hôpital du plateau de Saclay (la « Sillicon valley » française) bénéficiera de 416 lits… soit 600 de moins que les trois établissements actuels ! Etant donné la difficulté d’accès et la politique de logement du plateau, cet hôpital sera destiné à desservir en priorité la population friquée du coin.

 Le groupement hospitalier Nord-Essonne desserre aujourd’hui 750000 habitants, tandis que le restes des établissements aux alentours sont privés. A eux seuls, Longjumeau et Juvisy desservent 225000 personnes. Cela signifie que les populations locales, si les hôpitaux venaient à fermer pour celui de Saclay, auront du mal à se rendre au nouvel établissement, les amenant probablement à se tourner vers le privé, les prix étant sensiblement différent… encore une fois on sacrifie l’intérêt public sur l’autel du profit.

Début 2019, M. Wassner est parti, laissant la place au nouveau directeur, M. Bustiez. Celui-ci a maintenu la fermeture de l’hôpital d’Orsay et celui de Juvisy, mais refusé celle de Longjumeau, tout en maintenant sa volonté de fermer sa maternité, faisant peser le risque sur Longjumeau de ne finir par être spécialisé que dans certains types de soins, entrainant donc une baisse de la qualification du personnelle. A Juvisy, ils ont justement perdu en compétence depuis la fermeture de la maternité pour n’être plus qu’un service d’urgence.

Un petit problème est soulevé sur le mode d’organisation de ces groupements hospitaliers : avant c’était le maire qui dirigeait en partie l’hôpital avec le conseil de surveillance, composé entre autres d’élus locaux. A l’époque le directeur devait rendre des comptes au maire, mais maintenant il ne rend plus compte qu’à l’Agence régionale pour la santé (ARS), un établissement public d’Etat destiné à mettre en œuvre la politique de santé du gouvernement dans les régions et bras armé de celui-ci dans la casse de l’hôpital public. Cette agence agit comme un organisme administratif venant éloigner des décideurs locaux et des citoyens les grandes décisions de la vie de tous les jours, comme l’est la santé. D’autant plus, que le conseil de surveillance ne rend que des avis.  La commission d’établissement de l’hôpital organise la pratique médicale mais c’est le directeur qui fixe le cadre.

On comprendra que dans ce système les professionnels de santé n’ont pas beaucoup de marge de manœuvre. Les hôpitaux subissent une concurrence terrible pour se piquer les médecins : à titre d’exemple, Henri Mondor à Créteil a récupéré des médecins de Longjumeau. A l’heure actuelle, lorsque nous parlons de moyens pour l’hôpital, c’est de moyens pour acheter les médecins.

Comme d’habitude, on fait miroiter un hôpital super neuf pour vendre le projet et la fermeture des établissement, mais la question c’est à quelle population cela va profiter. En l’espèce, ce ne sera pas aux plus précaires… Le projet de fermeture est amené à entrainer les citoyens vers les cliniques, ce qui est un énorme problème car elles choisissent ce qu’elles veulent comme soin, fixent leurs tarifs comme elles l’entendent et ne vont pas prendre en charge des secteurs rapportant peu d’argent.

Autre problématique, c’est Eiffage qui va construire le nouvel hôpital de Paris Saclay ; l’entreprise qui a construit naguère les hôpitaux de Sud Essonne, créant un tel bourbier que l’Etat a dû chasser le constructeur et détruire ce qu’il avait fait. Les opposants espèrent d’ailleurs que les retards et le dépassement de budget prévisible de la part d’Eiffage permettront d’ajourner le plus possible les fermetures.

Dans la lutte contre les fermetures de Longjumeau et de Juvisy, plusieurs organisations et associations locales ont décidé en 2015 de s’unir dans un comité de défense des hôpitaux du Nord-Essonne. Une pétition a été faite remportant beaucoup de signatures. Le comité est composé d’une soixantaine de militants actifs, impliqués ou non dans la campagne municipale de 2020. Les collectifs à l’intérieur du comité organisent des ateliers pour la santé, font des affiches pour l’hôpital, même au niveau du département. Ils font tout pour donner aux citoyens des informations sur la politique de santé et les moyens de l’améliorer.

Face à l’épidémie de coronavirus et à la baisse de la durée de vie en bonne santé des français, la fermeture de ces hôpitaux est une stupidité car elle amènera forcément les citoyens à moins se soigner plutôt que des payer le prix exorbitant des cliniques, risquant d’aggraver les prochaines épidémies. Il apparaît en conclusion nécessaire de redonner du moyen à l’hôpital public, car la France est le seul pays qui a vu sa part du budget santé diminuer dans le PIB.

Tristan-PRCF.