Au sujet d’un tract de la CGT sur l’immigration.

Il y a quelque semaines, le PRCF a publié sa position internationaliste responsable sur la question migratoire, disponible au lien suivant :https://www.initiative-communiste.fr/articles/prcf/migrations-pour-une-position-internationaliste-responsable/ Plus que jamais, le PRCF tient à exprimer sa position sur cette question au moment où , secrétaire général de la , publie une tribune sur ce sujet dans Le Monde ; le a tenu à répondre à la CGT, et nous publions ci-dessous l’intégralité de cet échange.

Dénoncer et combattre le racisme et le nationalisme, mille fois oui ! Refuser et combattre la division des travailleurs nationaux, et étrangers, mille fois oui ! Ne pas analyser (et encore moins combattre !) les causes de la question migratoire, à savoir :

  • l’exploitation capitaliste dans le cadre de la « mondialisation » néolibérale ; l’UE qui organise la « concurrence libre et non faussée » entre tous les travailleuses et les travailleurs (au point que Pôle Emploi propose aux chômeuses et chômeurs d’aller chercher du travail… en République tchèque !) ;
  • l’impérialisme et ses bras armés, l’OTAN, « l’Europe de la Défense », les gouvernements atlantistes et les marchands de canons capitalistes, qui déstabilisent sans cesse les gouvernements bolivariens, l’Afrique ou le Moyen-Orient ;
  • le réchauffement climatique qu’a encore dénoncé de manière dramatique le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) et contraint de nombreuses personnes à quitter leur pays ;

refuser d’analyser toutes ces causes et de céder à la propagande « sans-frontiériste » d’un MEDEF trop heureux de réduire à l’état de quasi-esclaves les immigrés : NON !

Ne dissocions pas le patriotisme ET l’internationalisme, l’alliance du drapeau patriote ET du drapeau rouge, afin de combattre le racisme, la xénophobie et la haine anti-migrants ET l’exploitation capitaliste et impérialiste des migrants, au sein de la perspective d’avenir pour les travailleuses et travailleurs : la sortie de l’euro, de l’UE, de l’OTAN et du capitalisme !

À lire :


IMMIGRATION : ce que dit réellement Sahra Wagenknecht ? … et donc pourquoi une campagne mensongère ?

par le Front Syndical de Classe – 14 octobre 2018

VOIR également notre article : http://www.frontsyndical-classe.org/-31

Ce que dit Sahra Wagenknecht

Et la CGT ?

Si les récentes déclarations de Philippe Martinez (voir ci-après) mettent légitimement l’accent sur les dangers de la division entre les travailleurs, le devoir d’humanité,  soulignent que le n’est pas nouveau et ne peut être imputable aux immigrés, mettent en avant la nécessité de la lutte pour l’égalité des droits dans le monde du travail, …

rien n’est dit sur les causes profondes de la situation actuelle, les responsabilités majeures des gouvernements occidentaux (exploitation néo-coloniale, interventions guerrières semant le chaos …).

Surtout est contournée cette donnée majeure :

Ce sont les capitalistes qui exigent un monde sans frontière pour pouvoir mettre en concurrence les peuples et les travailleurs sans aucune limite ni contrainte

C’est pourquoi la lutte pour l’unité des travailleurs quels que soient leurs choix politiques, philosophiques, religieux, leurs origines, la lutte contre le dumping social ne peut être séparée de la lutte pour la souveraineté nationale de TOUS les PEUPLES y compris donc de notre propre peuple.

Exigence qui n’a rien à voir avec le nationalisme mais tout à voir avec la démocratie et la possibilité pour les peuples de maîtriser leur destin!

Cela à la fois contre les agressions économiques et militaires d’un occident exploiteur et contre une politique d’ soutenue par le patronat et l’oligarchie à son service, précisément parce qu’elle participe à l’exacerbation de la mise en concurrence des salariés.

Qu’aucune position exclusivement morale ne sera en mesure de combattre efficacement, laissant ainsi le champ libre à la haine de l’extrême droite!


Une tribune CGT signée par Philippe Martinez dans le Monde:

« Ce n’est pas l’immigration qui crée du dumping social, mais l’absence de droits ! »

Depuis plusieurs semaines, voire plusieurs mois, est asséné un certain nombre de contre-vérités sur l’immigration visant à opposer de manière caricaturale « main-d’œuvre étrangère » et « main-d’œuvre nationale ». Ces raccourcis dangereux sont utilisés sous prétexte de « protéger » la « main- d’œuvre locale » avec une évidente méconnaissance des réalités du monde du travail.
La CGT, présente au cœur des entreprises et des services, forte de son expérience en faveur des travailleurs migrants, tient à rétablir un certain nombre de vérités.

Rappelons d’abord que le discours nationaliste visant à opposer travailleurs français et travailleurs immigrés est une vieille recette d’extrême droite.

Les réactions identitaires et la désignation des travailleurs immigrés comme boucs émissaires ont accompagné les périodes de crises économiques et la montée des fascismes en Europe. Il est irresponsable dans la période que nous vivons de semer la confusion et d’attiser de tels sentiments d’opposition entre salariés pouvant mener à la haine.

Le fait migratoire est un phénomène incontournable, stable et continu dans l’histoire de l’humanité.

Prétendre que l’on peut stopper ou maîtriser les mouvements migratoires est un leurre politicien et une posture idéologique. Les plus hauts murs n’empêcheront jamais des personnes de fuir, au péril de leur vie, la guerre, la misère économique ou les persécutions.
Les vagues migratoires aussi font partie intégrante de notre histoire. Elles ont construit, façonné la richesse de notre réalité culturelle et contribué au développement économique de notre pays depuis des siècles.
Nous ne faisons pas face à une invasion de migrants et notre pays doit accueillir humainement et dignement ceux qui fuient leurs pays. Cela se nomme la fraternité.
Ces salariés font partie intégrante de la classe ouvrière !

Ce n’est pas l’immigration qui crée du dumping social mais l’absence de droits !
Les nombreux combats menés par les travailleurs engagés avec la CGT, toujours victorieux, démontrent que ces travailleurs migrants ne sont pas déterminés à se faire exploiter, mais déterminés à se battre pour leur dignité, leurs droits et l’égalité de traitement : « A travail égal, salaire égal ! »

Est-ce le fait migratoire qui les place en situation de vulnérabilité sur le marché du travail ?

Non ! C’est l’absence de droits ou l’inégalité de droits liés à leur absence de statut administratif ou à la précarité de ce statut. Ces salariés font partie intégrante de la classe ouvrière !
Quelle que soit leur origine, ce sont des travailleurs et des travailleuses de France avant tout ! Des pans entiers de l’économie ne fonctionneraient pas sans eux. Ils occupent généralement les emplois les moins attractifs, les plus pénibles, dangereux et exigeants. Dépourvus de titres de séjour ou précarisés par leur statut, ils sont l’objet de discriminations et peuvent subir des conditions de travail indignes ou de traite des êtres humains du fait de leur vulnérabilité.
L’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) pointait déjà ces réalités de l’immigration professionnelle dans un rapport publié en 2017 et préconisait la régularisation de ces travailleurs et l’ouverture de voies légales de migration. C’est le durcissement des politiques migratoires comme la dernière loi asile et immigration, usine à fabriquer des sans-papiers, qui précarise les travailleurs migrants.

Ne pas se tromper d’ennemi

Renforcer les contrôles aux frontières et rendre plus difficile l’accès au séjour et au droit de travailler dégradent de plus en plus violemment les parcours migratoires, les conditions de vie et de travail dans les pays d’accueil et entre- tiennent les mafias et les réseaux de la traite des êtres humains.
Un Etat de droit se doit de protéger l’ensemble des travailleurs sur son territoire, dans l’intérêt de tous !
Lutter contre le dumping social, c’est se battre ensemble pour l’égalité des droits.
Il est plus que jamais nécessaire de renforcer la solidarité entre les salariés sur les lieux de travail. Nous formons une seule communauté de travail et nos droits sont inextricablement liés.
Aux personnes qui prétendent qu’il faut reconduire à la frontière les travailleurs sans papiers car leurs conditions de travail engendrent du dumping social, nous demandons si la prochaine étape de leur projet consisterait à « renvoyer les femmes à la maison » car elles aussi sont victimes d’inégalité salariale… ?

Il est plus que temps d’avoir du courage politique, de combattre les idées véhiculées par l’extrême droite et surtout de ne pas se tromper d’ennemi !

C’est la précarisation de tous les travailleurs, la remise en cause des acquis sociaux par les politiques d’austérité menées par nos gouvernants qui font grandir les sentiments de mal-être et de repli sur soi dans la population.
Ce n’est pas en opposant les salariés entre eux que nous protégerons nos droits. C’est en luttant ensemble, en insistant sur « ce qui nous lie », et non sur « ce qui nous oppose », que nous pourrons nous battre efficacement pour une société meilleure et égalitaire.


IMMIGRATION : balayer les mensonges et les manipulations !

11 septembre 2018 – Front Syndical de Classe

IMMIGRATION : l’extrême droite en a fait son fond de commerce dans la plus pure tradition du bouc émissaire dans la crise vécue et subie par le peuple et les couches populaires.

Parallèlement, en gros, du côté de l’oligarchie gouvernementale, de la gauche bien pensante et du gauchisme libertaire en tout cas au plan déclaratif et idéologique * ce qui est mis en avant c’est en quelque sorte le droit de circulation sans aucune espèce de restriction, la promotion d’un monde sans frontières, pendant de la mondialisation économique.

Récemment le débat a été relancé par l’initiative de la dirigeante de la gauche allemande Die Linke, Sahra Wagenknecht fondant un mouvement qui se fixe pour objectif concernant la question, à la fois le respect du droit d’asile ET  un contrôle des mouvements migratoires.

Aussitôt les médias dominants (par exemple ce dimanche encore sur la 5 dans l’émission “C Politique  la position de ” Sahra Wagenknecht” est carrément qualifiée d’anti-immigrante rejoignant en quelque sorte le positionnement raciste de l”AfD en Allemagne ou du FN en France.

Alors pourquoi ce travestissement et ces mensonges(Voir ci-après les déclarations de Sahra Wagenknecht elle-même) ?
Pour bien saisir l’enjeu à la fois sur le long terme et dans l’immédiat (le rôle que l’oligarchie entend faire jouer à la question migratoire dans la fuite vers une intégration fédérale européenne notamment au cours des prochaines élections en 2019) il faut avoir en tête ce qui distingue radicalement une analyse de classe de la question, des analyses dominantes qui précisément évacuent le point de vue de classe. Voir à ce propos également ci-après le texte de Gilles Questiaux du site Réveil Communiste.

Dès le départ cette analyse de classe distingue la question humanitaire (l’impératif du secours à des êtres humains dans la détresse et en danger) du positionnement politique sur les migrations dans le cadre du système capitaliste.

Les grands traits de cette analyse de classe anti-capitaliste et anti-impérialiste étant les suivants :

au plan économico-social la libre circulation sans contrôle des populations est prioritairement promue, favorisée, valorisée par les forces patronales en manque de main d’oeuvre (c’est le cas du patronat allemand) jouant sur la mise en concurrence des travailleurs et abondant l’armée de réserve du capital afin de peser à la baisse sur les salaires et de manière plus générale sur les droits sociaux.
dans les rapports Nord-Sud l’exil des cerveaux est une aggravation du sous-développement, situation illustrée notablement par la démarche des entreprises allemandes qui vont dans les camps des migrants trier les qualifications.
Au plan politique cette situation est exploitée pour diviser les travailleurs, procéder à des catégorisations ethnico-religieuses qui visent à masquer les contradictions de classe et qui mettent à l’abri l’oligarchie d’une contestation de leur système de domination.
L’approche purement compassionnelle, morale masquant par ailleurs la responsabilité des puissances occidentales par leur exploitation économique du Sud et leur responsabilité dans les interventions guerrières dans la production d’un chaos dans de vastes régions du monde qui aggravent considérablement les déplacements de population (Irak, Lybie, Syrie, Amérique latine …).
D’où les contre-propositions :

la mise en avant de la nécessité des luttes syndicales pour l’égalité des salaires pour TOUS (immigrés, sans papiers, femmes …) et contre toutes les dispositions institutionnelles, européennes de mise en concurrence comme le statut des travailleurs détachés, les politiques des multinationales jouant sur la disparité des situations fiscales, des législations du travail et qui constituent l’écosystème juridique organisant cette mise en concurrence.
La lutte pour la paix et le désarmement étroitement associée à l’organisation de la solidarité entre les peuples sur la base du respect de leur indépendance, du respect des lois internationales, de la charte de l’ONU et de la dénonciation des entreprises impérialistes d’ingérence permanente, d’interventions guerrières sous le masque mensonger des droits de l’homme et qui débouchent sur l’instabilité chaotique de régions entières de la planète.
le déploiement d’une contre-offensive idéologique mettant à nu l’instrumentalisation de la question de l’immigration à la fois par l’extrême droite ET de manière symétrique par l’oligarchie pro-européenne mettant en scène sa fausse opposition au racisme de la-dite extrême droite qu’elle soutient directement comme c’est le cas du pouvoir ukrainien largement dominé par d’authentiques nazis.
Revenons à nos enjeux immédiats :

Pour s’en tenir à la France, pour Macron et les partisans du fédéralisme européen il s’agit sur le plan idéologique d’installer le clivage « progressistes » dans lesquels il se rangent partisans de l’ouverture au monde, à l’Europe, au libre échange … ET « nationalistes » partisans de la souveraineté, du protectionnisme dans lesquels ils entendent ranger indistinctement et l’extrême droite et les mouvements se réclamant de la gauche disons sur des bases de classe, de défense des intérêts des couches populaires et de la souveraineté populaire et nationale.

Ce faisant leur propagande visant de fait à rabattre les mécontents des politiques d’austérité et de destruction des conquis sur le vote d’extrême droite désigné comme le plus conséquent et le plus installé. Afin dans la droite ligne de l’instrumentalisation récurrente du rejet de l’extrême droite dans de larges couches de rassembler ces couches et forces politiques dans le projet fédéraliste européen.

De ce point de vue, valoriser l’extrême-droite, la renforcer, la désigner comme l’alternative naturelle et incontournable est totalement compatible avec sa dénonciation à des fins d’utilisation comme repoussoir rassembleur!

Alors effectivement, ce qui se passe en Allemagne paraît donc important et pourrait servir de base à une contre-offensive politique et idéologique à la fois contre l’oligarchie européiste mais aussi contre l’emprise de l’extrême droite sur des couches populaires trompées par son discours articulé sur l’usage du bouc émissaire et qu’il s’agit de regagner sur une base de classe anti-capitaliste.

D’où effectivement la nécessité pour l’oligarchie et ses chiens de garde de caricaturer/distordre le contenu réel de ce positionnement.

Alors ne nous laissons pas intimider par cette offensive et renouons sans timidité avec une analyse et des initiatives qui permettent de rassembler les travailleurs et le peuple contre l’oligarchie, ses intérêts et ses manœuvres de division en même temps que contre le leurre fasciste !

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*position qui n’est pas sans contradiction dans la réalité où par exemple un Macron qui fait la leçon au gouvernement italien ou hongrois, dans le même temps par exemple refoule manu-militari les migrants à la frontière italienne et poursuit judiciairement ceux qui apportent une aide humanitaire à des migrants en danger.


Ce que dit réellement Sahra Wagenknecht par Libération

Lu dans le journal LIbération du 4 septembre 2018
Check News a traduit pour vous plusieurs extraits d’interviews et de discours, où Sahra Wagenknecht expose sa vision d’une politique d’immigration en Allemagne.

La traduction journalistique de son positionnement :

Ainsi Le Monde parle de «l’émergence d’une gauche antimigrants», le HuffPost titre «un mouvement politique de gauche radicale et anti-migrants lancé en Allemagne», Libération note au sujet de Wagenknecht que «l’une des cadres de Die Linke va lancer début septembre un mouvement qui reprend les accents de l’extrême droite sur la question migratoire» et Grazia ose même la présenter comme «l’Allemande à cheval entre Mélenchon et Le Pen». Dans ces articles, on peut lire que cette égérie de la gauche radicale allemande a décidé de défendre une politique antimmigrants pour récupérer le vote des
électeurs des couches populaires qui se seraient tournées vers le parti d’extrême-droite Alternative für Deutschland (AfD).

Son positionnement effectif résumé :

Vous souhaitez savoir ce que propose ou du moins ce que déclare exactement Sahra Wagenknecht sur le sujet de l’immigration. Check News a donc consulté ses discours et ses interviews récents sur ces sujets et publie ici des extraits traduits : Pour un respect du droit d’asile, dont il faut combattre les causes, mais pour la critique d’une immigration de travailleurs étrangers

On peut résumer ses positions ainsi. Sahra Wagenknecht défend le droit d’asile dans sa forme actuelle et s’est opposée à son durcissement. Elle estime cependant que pour régler la crise des réfugiés, il ne suffit pas d’ouvrir les frontières du pays, mais de traiter les causes, qui justifient que des personnes quittent leur pays en guerre. Ainsi elle est contre la vente d’armes à des pays étrangers, notamment la Turquie ou l’Arabie Saoudite.

En ce qui concerne les immigrés, qui ne relèvent pas du droit d’asile, elle estime qu’une position d’ouverture totale des frontières n’est pas une position de gauche, car l’immigration de main-d’œuvre étrangère augmente la concurrence entre les travailleurs allemands et immigrés et tire, selon elle, les salaires vers le bas. Elle y voit une politique souhaitée par le patronat pour baisser le coût de la main-d’œuvre.

Aussi Sahra Wagenknecht considère que cette main-d’œuvre supplémentaire pour l’Allemagne, notamment les travailleurs qualifiés, est un manque à gagner pour les pays d’origine de ces immigrés. Elle défend la mise en place de «limites à la libre circulation des marchandises» pour que ces pays en voie de développement ne soient pas abusés par les pays industrialisés.

Extraits de son discours au congrès de Die Linke le 10 juin 2018

Elle commence ce discours par se féliciter des résultats de Die Linke en progrès lors des élections fédérales du Bundestag, puis insiste sur le fait que Die Linke doit capter l’électorat ouvrier, qui s’est éloigné du parti dans des zones sinistrées, telles que le bassin ouvrier de la Ruhr ou les Länder de l’Allemagne de l’Est. Les propos traduits ici, font suite à un passage, où elle explique qu’elle est fière que son parti s’oppose à la livraison d’armes aux pays étrangers.

“Chers camarades, nous sommes également d’accord pour dire que les guerres sont une cause majeure des mouvements de migration mondiaux. Et nous convenons que les personnes persécutées doivent se voir accorder l’asile. Je suis fier que le groupe parlementaire au Bundestag ait voté contre tout
durcissement de la loi sur l’asile et qu’il continuera à le faire. Je pense que cela montre où nous en sommes dans ce dossier. Et nous sommes également d’accord sur le fait que les réfugiés de guerre doivent être aidés. Il n’y a personne dans Die Linke qui s’interroge à ce sujet. Et je ne pense pas qu’il soit élégant de toujours prétendre que c’est différent. Non, ce n’est pas différent.

Ce dont nous discutons, c’est de savoir si un monde sans frontières dans des conditions capitalistes peut vraiment être une revendication de gauche. Même là, il y a quelque chose qui n’est pas controversé. Nous défendons le droit des pays pauvres de défendre et de protéger leurs marchés, leurs économies, avec des tarifs douaniers contre nos exportations agricoles. Mais cela signifie aussi fixer des limites à la libre circulation des marchandises. Nous exigeons un contrôle des capitaux pour empêcher les spéculateurs financiers de décider des devises, des taux d’intérêt et du sort d’économies entières. C’est pourquoi nous voulons bien entendu fixer des limites à la libre circulation des capitaux.
Oui, beaucoup d’entre nous sont probablement d’avis qu’il est irresponsable de priver les pays pauvres de leurs spécialistes qualifiés parce que la pauvreté et la misère sur le terrain ne font qu’augmenter. Oui, nous discutons de la question de savoir s’il devrait y avoir des limites pour la migration de main-d’œuvre et, si tel est le cas, quelles sont-elles. Mais pourquoi ne pouvons-nous pas le faire objectivement, sans diffamation ?

Le politicien de gauche Bernie Sanders a également une opinion très tranchante à ce sujet. Je cite Bernie Sanders : «Ouvrir les frontières. Non. C’est une suggestion des frères Koch.» Ce sont de grands industriels avec 40 milliards d’actifs. Je cite Bernie Sanders : «Ce que la droite aime dans ce pays, c’est une politique
d’ouverture des frontières. Amenez beaucoup de gens qui travaillent pour deux ou trois dollars de l’heure. Ce serait formidable pour eux. Je n’y crois pas. Je crois que nous devons travailler avec le reste des pays industriels pour lutter contre la pauvreté dans le monde. Mais nous ne pouvons pas le faire en appauvrissant la population de ce pays.» Voilà ce que dit Bernie Sanders. Et quand Jeremy Corbyn parle sur le sujet, ça sonne pareil. Vous n’avez pas à partager cette opinion, mais Bernie Sanders et Jeremy Corbyn ne sont en aucun cas des gens qui courent après la droite et adoptent leurs arguments. Qu’est-ce que c’est que cette non-culture du débat!

Je ne m’attends pas à ce que tout le monde soit d’accord avec moi non plus. Bien sûr que non. Mais ce que j’attends, c’est une discussion solidaire. Et si moi et d’autres camarades de mes propres rangs sommes accusés de nationalisme, de racisme et de proximité avec l’AfD, ou si l’on suppose que nous cédons à l’ère du
temps droitiste, alors c’est le contraire d’un débat solidaire !»

 

BRUNO AMABLE : « AUFSTEHEN DÉFEND L’ACCUEIL DES MIGRANTS DANS LES MEILLEURES CONDITIONS POSSIBLES »

Économiste reconnu pour ses travaux critiques sur le libéralisme, Bruno Amable a publié en 2017 « L’illusion du bloc bourgeois », avec Stefano Palombarini (Raisons d’agir), qui revient sur les recompositions politiques en Europe. Installé en Allemagne, il revient avec nous sur les polémiques autour de Sahra Wagenknecht et son mouvement, Aufstehen.
La polémique enfle depuis quelques jours des deux côtés du Rhin. Le 4 septembre dernier, Sahra Wagenknecht, membre importante de Die Linke, lance son mouvement, Aufstehen. Dans l’Hexagone beaucoup dénoncent ou saluent une gauche anti-migrants. Pour nombre d’observateurs, son but est de concurrencer l’Alternative pour l’Allemagne (AfD), parti d’extrême droite en pleine ascension outre-Rhin. Pourtant, à bien y regarder, la réalité pourrait être toute autre. Bruno Amable décrypte pour nous tout cela.

Le Média : Ce mardi 4 septembre, Sahra Wagenknecht a lancé son mouvement, Aufstehen. Beaucoup ont parlé d’un mouvement « anti-immigration ». Qu’en est-il réellement ?

Bruno Amable : C’est au choix une incompréhension ou une intoxication. Le mouvement a été très clair sur sa position vis-à-vis de l’immigration. Il défend l’accueil dans les meilleures conditions possibles. En revanche, et c’est très lié au contexte allemand, Aufstehen refuse l’ouverture inconditionnelle des frontières, le « No Border ». Il s’agit d’une position qui est portée par une partie de la gauche et des Verts en Allemagne. Derrière, il peut y avoir des raisons idéologiques strictes. Pour eux, personne ne doit être illégal, les individus peuvent s’installer où ils veulent. Il y a souvent de l’anti-étatisme chez eux. Sinon, les raisons sont tactiques. Cette position est défendue par des gens qui savent que c’est inapplicable, dans cette situation concrète de gouvernement. Cela leur permet de s’afficher comme plus à gauche que les autres, sans que cela leur coûte quoi que ce soit. En revanche, cela a une influence sur une partie de l’électorat effrayée par ce type de position, dans un contexte où, en 2015-2016, donc en relativement peu de temps, l’Allemagne a accueilli plus d’un million de migrants, suite aux événements internationaux. Cela a évidemment posé des problèmes d’accueil. Il faut noter que l’accueil des migrants en Allemagne se déroule dans des conditions nettement meilleures qu’en France, où seuls quelques dizaines de milliers de migrants sont arrivés. Il faut remettre les choses en contexte. Ce n’est pas une position anti-migrants, c’est juste contre le « No Border » d’une partie de la gauche et contre la politique de Merkel.

Celle-ci s’est déroulée en trois temps. La chancelière a d’abord appliquée une politique de fermeture. Peu de temps avant d’ouvrir ses frontières dans les conditions que j’ai évoquées, elle était pour expulser les migrants, même présents depuis longtemps en Allemagne. Il y a eu un épisode très célèbre à la télévision allemande, où elle a dit à une jeune fille présente depuis des années, mais qui avait un mandat d’expulsion, qu’elle ne pouvait rien faire pour elle. Deux raisons l’ont poussé à changer de politique. Une partie du patronat allemand avait besoin de main d’œuvre et a poussé dans ce sens. Ensuite, la question migratoire créait des tensions en Europe, qui risquaient de gêner l’Allemagne. Peu de temps après l’ouverture des frontières, et des problèmes que cela a posé, elle s’est à nouveau montrée ferme. Elle a poussé à un accord entre Erdogan et l’UE, pour garder les migrants hors des frontières européennes.

Lire aussi : « Migrants : La gauche ne peut pas se contenter d’un discours humanitaire ! »
Les médias expliquent que l’ambition de Sahra Wagenknecht est de concurrencer l’AfD. Le spectre de la coalition M5S-Ligue du Nord, ou encore d’une réunion des populismes de gauche et de droite, agitent de nombreux esprits. Aufstehen pourrait-il finir allié avec l’AfD ?

Non pas du tout ! Mais il constate que l’AfD a gagné énormément de voix en peu de temps, au point que selon les derniers sondages, il pourrait être le deuxième parti, après la CDU et devant le SPD. Selon eux, il existe des gens qui votent pour l’AfD et ne devraient pas, parce que c’est un parti d’extrême droite traditionnel. La politique sociale affichée, c’est de la poudre aux yeux. En réalité, ils sont très libéraux sur le plan économique. Le cœur de l’AfD est le même que celui de n’importe quel parti d’extrême droite : il s’agit plutôt de gens relativement aisés et ultra-conservateurs. En revanche, elle prospère chez les populations délaissées, qui se sentent abandonnés par la gauche, comme le FN en France. Le SPD a quand même été le parti qui a lancé les grandes réformes néolibérales en Allemagne. L’idée est d’essayer de retirer des griffes de l’AfD des gens désemparés, qui, au lieu de se soucier des migrants en premier lieu, devraient se préoccuper des questions sociales, de l’investissement public ou de la faiblesse des salaires, etc. Ils veulent s’adresser à des électeurs perdus, mais ne désirent pas concurrencer l’AfD.

L’immigration économique est de plus en plus critiquée à gauche, pas seulement en Allemagne. Le concept marxiste d’ »armée de réserve des travailleurs » ressurgit. Qu’en pensez-vous ?

Il faut contextualiser tout cela. L’impact des migrants sur la situation des salariés autochtones dépend de beaucoup de choses. Cela dépend des institutions du marché du travail. Est-ce qu’il y a des salaires minimums ? Est-ce qu’il y a des conventions collectives protectrices ? Il y a aussi la question de l’accès aux services publics, aux écoles, aux garderies, etc. Cela dépend beaucoup des investissements publics. Or, en Allemagne, ces dernières décennies, celui-ci a été faible. Dans le même temps, il y a eu une pression à la baisse sur les salaires. Évidemment, l’arrivée des migrants ne devrait, a priori, pas avoir un impact positif. Quand l’investissement public est insuffisant, il est clair qu’une population supplémentaire ne va pas améliorer la situation pour ceux qui ont déjà du mal à trouver une place dans les structures d’accueil normales. C’est la même chose pour les salaires, et c’est le calcul d’une partie du patronat et des conservateurs. Ils utilisent le prétexte de l’insertion professionnelle des migrants pour dire que le salaire minimum doit être levé. Ce n’a pas marché, mais ils ont tenté à la faveur de l’arrivée massive des migrants de faire sauter des protections sur le marché du travail.

Justement, comme vous l’avez souligné, en 2015, l’Allemagne accueillait 1,1 million de migrants. Qu’elles ont été les conséquences sur l’opinion publique ?

Elles ont été très diverses. La première réaction n’a pas été une réaction de rejet. Il y a certes eu un peu d’inquiétude, notamment sur les structures d’accueil. Merkel a surtout laissé les administrations locales se débrouiller. Du coup, les Landers et les communes où sont arrivés les premiers migrants ont été mises en grandes difficultés. Pour le reste de la population, nous avons aussi eu des démonstrations de solidarité, d’associations, églises, etc. Il n’y a pas eu, au départ, des pogroms d’extrême droite. En revanche, ce qui a beaucoup joué dans l’opinion, c’est Cologne et les incidents du 1er janvier 2016. Ils ont lentement, mais sûrement, instillé l’idée que les migrants ne sont pas forcément les bienvenus. Ajoutons une campagne active de l’AfD, classique de l’extrême droite. Nous en avons eu une triste illustration lors des violences à Chemnitz ces derniers jours.