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Accueil articles 2-lutte des classes et renaissance communiste

Accueil des scientifiques états-uniens et militarisation de la recherche publique fondamentale française : mensonges et indécence du gouvernement euro-macronien

19 mai 2025
Temps de lecture7 mins de lecture
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Le partage des rôles entre l’impérialisme états-unien, aux discours et à l’agressivité totalement décomplexés depuis l’arrivée au pouvoir du fasciste Trump, et ses vassaux ouest-européens toujours imbus de phraséologie « droit-de-l’hommiste » (tout en se fascisant à grande vitesse !), se décline dans l’enseignement supérieur et la recherche avec les annonces récentes de l’UE et de Macron sur l’accueil des scientifiques américains licenciés, censurés ou réprimés par l’obscurantisme trumpien. Cet accueil en trompe-l’œil ne doit faire illusion sur aucun plan !

A lire : Accueil des chercheurs internationaux en France : de qui se moque-t-on ? [ appel de l’intersyndicale des étudiants, enseignants et chercheurs ]


Tout d’abord, la préférence euro-atlantique prévaut comme toujours : les difficultés que connaissent l’université la recherche scientifique dans de nombreux pays, pour différentes raisons, ne suscitent pas toujours la moindre compassion de la Macronie, qui a mis en place avec le soutien du RN la mesure xénophobe des droits d’inscription différenciés pour les étudiants non européens, qui ferme largement la porte des universités françaises aux Africains pauvres, pourtant bien plus défenseurs de la francophonie que notre autocrate acquis au tout-anglais. Jamais un vaste plan de coopération et d’aide à la recherche cubaine, étranglée par le blocus criminel états-unien, n’a été envisagé. En revanche, on prétend dérouler le tapis rouge à des chercheurs d’outre-Atlantique… jusqu’à évoquer une enveloppe de plus de 300 000 € par an par chercheur états-unien accueilli, soit nettement plus du double du salaire total (cotisations sociales incluses) moyen d’un enseignant-chercheur français ! On pourrait malgré tout se dire que si c’est pour sauver des pans entiers du savoir, cela peut en valoir la chandelle… sauf que l’accueil envisagé (dont il reste à savoir comment il se concrétisera au-delà des effets d’annonce) sera bien sélectif, délaissant largement les sciences humaines et sociales, pourtant les plus martyrisées par Trump. L’UE en perte de vitesse complète sur les plans scientifique et industriel cherche à attirer quelques « stars », surtout dans des domaines rentables, dans le cadre de l’économie de guerre. Rien de très réjouissant pour les lumières communes qui devraient guider une politique scientifique progressiste…


Cette politique d’accueil très sélectif concorde totalement avec les orientations imposées pour à la recherche française, soumise depuis des années à l’austérité, que le très macroniste PDG du CNRS prétend « sauvegarder » par un plan social « d’excellence », concentrant les moyens en baisse sur un petit nombre de laboratoires et d’individus, alors que la véritable excellence internationalement reconnue de l’organisme de recherche (devant beaucoup au physicien communiste Frédéric Joliot-Curie à la Libération) vient de son universalisme irrigant l’ensemble de la connaissance (le savoir ne se divise pas, les plus grandes avancées viennent souvent là où on ne les attend pas, grâce à un travail de fond) et l’ensemble du territoire national. L’indécence de promettre des millions pour accueillir des chercheurs états-uniens sans revenir sur l’austérité massive qui frappe les universités et la recherche françaises, pour lesquelles tous les indicateurs sont au rouge depuis des années (voir le communiqué intersyndical en fin d’article), s’inscrit donc en réalité dans une politique cohérente de concurrence exacerbée à tous niveaux, dont la forme la plus violente et aboutie est la militarisation de la recherche, sur laquelle nous reviendrons plus bas.


Mais notons tout d’abord que les rémunérations très supérieures à celles des Français promises aux chercheurs états-uniens concordent également avec l’explosion de fait du Statut de la fonction publique. La LPR (loi de programmation de la Recherche) mise en place en 2021 promettait de l’argent supplémentaire pour la recherche en « échange » d’une précarisation, d’une individualisation et d’un assujettissement accrus de la recherche : la suite a rapidement montré que l’argent supplémentaire était un mensonge pur, universités et organisme de recherche étant sacrifiés sur l’autel de l’euro-austérité au service de la guerre, mais le reste a évidemment été mis en place… notamment les « chaires de professeur junior », calquées sur les « tenure tracks » états-uniens, qui proposent des postes d’enseignant-chercheur aux conditions financières bien meilleures que celles des corps de la fonction publique, avec une « titularisation » hypothétique (probablement conditionnée à des objectifs officieusement fixés par l’industrie – ou l’idéologie dominante, pour les sciences humaines et sociales) au bout de plusieurs années, ou de devenir contractuel de longue durée, les possibilités d’un tel recrutement ayant été multipliées. Les scientifiques états-uniens accueillis en France bénéficieront vraisemblablement de ce (non-)statut qui commence déjà à diviser les collègues des laboratoires de recherche fondamentale, mais qui connaît encore peu de succès (plusieurs concours de recrutement de chaires de professeurs juniors se sont révélés infructueux, les jeunes chercheurs français préférant majoritairement un vrai poste de titulaire, malgré les bas salaires, en raison de la liberté, de l’indépendance et de la sécurité qu’ils procurent encore relativement !) : cela pourrait bien être le moyen de faire entrer largement dans les mœurs universitaires ce type d’emploi.


On ne peut non plus évoquer l’accueil faussement altruiste de chercheurs états-uniens sans rappeler que les étudiants et personnels de l’Enseignement supérieur et la Recherche français sont victimes – certes dans des proportions bien moindres qu’aux États-Unis trumpistes, pour l’instant – d’une répression purement politique croissante, notamment lorsqu’ils s’avisent de défendre le peuple palestinien martyrisé. Ainsi une chercheuse spécialiste de la Palestine, militante de la CGT, a-t-elle subi fin 2023 une procédure disciplinaire accélérée, sans doute sous injonction ministérielle directe, pour avoir relayé sur une liste de diffusion interne un tract propalestinien faisant prétendument l’apologie du terrorisme ! Exemple hélas loin d’être unique (voir le communiqué du SNTRS-CGT https://web.sntrscgt.fr/IMG/pdf/en_bref_no635.pdf
paru il y a un peu plus d’un an). Les pressions, voire la répression, touchent aussi les scientifiques travaillant sur des questions liées à l’écologie susceptibles de heurter les multinationales des pesticides, par exemple, scientifiques qui reçoivent régulièrement de graves menaces sans être réellement protégés par le pouvoir, qui au contraire ne cesse de détricoter, comme Trump, les quelques timides mesures de protection de la santé et de l’environnement obtenues par la mobilisation des citoyens et des chercheurs contre les intérêts des Monsanto et compagnie. Certes il existe une différence quantitative avec les assauts répressifs subis sous la houlette trumpiste, mais la pente incline bel et bien dans le mauvais sens, et toutes les pratiques se mettent en place pour permettre à l’extrême droite décomplexée LRN d’aller encore beaucoup plus loin dès qu’elle accédera au pouvoir si elle y parvient !


Enfin, l’un des aspects les plus inquiétants de la politique euro-macronienne de la recherche est sa militarisation insidieuse, qui passe non seulement par l’austérité et ses coupes sélectives au profit de la seule économie de guerre, mais aussi par le dispositif des Zones à régime restrictif (ZRR). La mise en place d’un régime de ZRR pour un laboratoire de recherche fondamentale signifie son contrôle permanent par un fonctionnaire Sécurité Défense (FSD, dépendant directement du ministère de la Défense). Chaque entrée, même pour une visite de courte durée d’un chercheur invité, d’un stagiaire, dans les locaux en ZRR est soumise à l’accord préalable du FSD, qui n’est tenu d’aucune justification pour les refus, et dont la réponse peut prendre des mois, ce qui entrave considérablement l’activité des laboratoires. Tout récemment, une jeune chercheuse française s’est vu refuser par le FSD l’accès à un laboratoire où elle venait d’être recrutée pour un emploi post-doctoral, ce qui l’a mise au chômage (voir l’article de Médiapart) Même les fonctionnaires titulaires d’une université ou d’un organisme de recherche française peuvent se voir refuser l’accès à une ZRR (peut-être cela sera-t-il le cas demain de tous les « islamo-gauchistes » présumés, si Mme Le Pen accède à l’Élysée ?).


Ces ZRR sont loin de ne s’appliquer qu’aux laboratoires travaillant sur des sujets sensibles comme l’énergie nucléaire : elles se sont étendues progressivement et devraient atteindre rapidement, avec l’arrêté d’octobre 2024 entré en vigueur le 1er janvier 2025 : https://www.legifrance.gouv.fr/jorf/id/JORFTEXT000050395110
, environ la moitié des unités de recherche fondamentale (y compris des laboratoires de recherche en sciences humaines et sociales) ! Les « liens professionnels ou personnels avec un État étranger » visent notamment les ressortissants chinois, qui sont de fait de plus en plus souvent interdits d’accès (qu’il s’agisse d’étudiants ou de chercheurs confirmés) dans les laboratoires de recherche français, dans la plus grande discrétion et opacité (la plupart du temps, au lieu d’un refus, une simple réponse tardive empêche les coopérations envisagées). L’accueil des étrangers, prétendument mis en place pour atténuer les conséquences de la politique de Trump, ne va pas jusqu’à se montrer généreux pour les pays désignés comme ennemis par celui-ci, bien au contraire. Il ne s’agit ni de coopération ni de multilatéralisme scientifiques mais d’embrigadement de la recherche au service de la course à la guerre dans le cadre d’une UE en pleine crise et en pleine fascisation.


Le communiqué intersyndical (sans la CFDT) sur l’accueil des chercheurs internationaux :

https://web.sntrscgt.fr/IMG/pdf/en_bref_no654.pdf

Le dossier de la FERC-Sup CGT sur les ZRR : https://cgt.fercsup.net/les-dossiers/luttes-en-cours/enseignement-superieur-et-recherche/article/les-zones-a-regime-restrictif-zrr-fiche-pratique-et-revendications

Tags: Arméechercheurcnrsdéfenseéconomie de guerreenseignant chercheurESRfonctionnaireLPRmacronmilitarisation de la recherchemilitarismeSNTRS CGTUniversitéUSAZRR
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