#LoiTravail : Manifestation du 14 juin j’y étais j’ai vu #violencespolicières #manif14juin

, manifestation nationale pour le retrait total de la l’euro-  (Euro, le préfixe est important car la loi El-Khomri est une directive européenne (GOPE) qui sévit actuellement aussi en Italie et en Belgique et visant –via l’inversion de la hiérarchie des normes, à casser les conventions collectives, à fragiliser les cadres horaires légaux, et à diminuer le tarif des heures supplémentaires, en clair faire baisser les salaires.)

Témoignage d’un militant du PRCF, venu de province pour la manifestation du 14 juin à Paris

J’y étais et j’ai vu : une foule immense, 1 million de personnes

bus périphériqueA l’arrivée nord de Paris des dizaines et des dizaines de bus s’entassent porte d’Italie Valencienne , Bruay , Lens, Saint-Omer, Dunkerque, Beauvais, Arras, Douai, Amiens, Friville, Rouen…tout le nord de la France débarque sur le périphérique et rejoint en manifestation bruyante et colorée une place d’Italie déjà noire de monde et peinant à l’accueillir, la foule remonte dans les différents boulevards partout autour de la place.

Attendu au point fixe du PRCF situé sur le boulevard Montparnasse pour une distribution de tracts , je dois ruser pour éviter les multiples barrages de police lourdement défendus (camions anti-émeutes grilles et gendarmes mobiles armés et caparaçonnés) qui empêchent l’accès à ce boulevard depuis les rues perpendiculaires.

A 14h30 des dizaines, voire des centaines de véhicules de police qui occupent le boulevard Montparnasse encore vide, à l’exception de policiers en civil circulant à moto sans aucun signe distinctif alors que le port du matricule est pourtant obligatoire.

défilé ininterrompu de policiers manif 14 juin

Une camionnette de RTL passe, c’est le seul média que je verrai sur le parcours… (Avec les photographes casqués qui accompagnent les casseurs).

J’y étais et j’ai vu : quelques dizaines de casseurs laissés libres d’agir par des milliers de policiers

A 14h40 cet immense colonne policière se met en mouvement, précédant l’arrivée d’un triple cordon de gendarmes mobiles qui prend position sur toute la largeur du boulevard juste au niveau de notre point fixe (situé sous un abri-bus), bloquant l’avancée du cortège.
Ce cortège n’est pas un cortège syndical, il comprend quelques milliers d’autonomes majoritairement jeunes, équipés de foulards, de lunettes de plongée et de casques de vtt.
A peine le cortège s’est-il arrêté que les lacrymogènes, vraisemblablement tirées depuis le côté droit de la manifestation fusent. Les manifestants bloqués et gazés restent en majorité calmes et scandent : « Paris, debout, soulève-toi ».

Puis, une groupe de quelques dizaines d’individus cagoulés et armés de marteaux se mettent à briser les vitrines de l’agence bancaire située sur la gauche de la tête de cortège, le cordon policier reste impassible pendant plusieurs minutes, laissant les casseurs à l’œuvre, puis les grenades lacrymogènes se mettent à pleuvoir, le cordon policier recule tandis qu’aidés par leurs collègues positionnés sur le côté, les gendarmes mobiles chassent le petit groupe de casseurs en procédant à une charge. Aucune interpellation n’a lieu, le petit groupe de casseurs se repositionne quelques dizaines de mètres plus loin à l’intersection suivante où le même manège se reproduit. Selon plusieurs témoins situés sur d’autres points fixes, la scène se reproduira ad-nauseam jusqu’aux Invalides permettant d’obtenir ainsi au niveau de l’Hopital Necker des images spectaculaires visant à jeter le discrédit sur l’ensemble des manifestants.

Le cortège autonome passe ensuite, pacifiquement, les yeux rougis par les lacrymogènes scandant « Paris, debout, soulève-toi » et « Tout le monde déteste la police », pendant que nous tentons de remettre de l’ordre dans notre point fixe : les affiches ont été déchirées par les tirs de grenades et la charge ; le petit groupe de casseurs a fait un sort à l’abribus au passage.

manif 14 juin lacrymo

J’y étais et j’ai vu : un cortège immense et pacifique

Après quelques minutes le service d’ordre syndical arrivent sur plusieurs rangs serrés, encadrant la tète de cortège à l’aide d’une corde sur plusieurs dizaines de mètres.

La suite, ce sera une marée humaine interrompus de manifestants pacifiques défilant en rang serrés: aucun incident ne sera à déplorer, ni aucun slogan anti-policier jusqu’à mon départ à 17h30.Le dispositif policier des rues latérales ne tarde d’ailleurs pas à disparaître preuve s’il en est de l’absence totale de dégradation due au cortège syndical.

J’ai vu ensuite en remontant vers les Invalides des tags anarchistes sur les murs ainsi que des vitrines de banques et d’assurances brisées (spécialement avant les intersections, stigmates de la stratégie de la tension mise en place par les milices du (dés)ordre en tête de manifestation).

J’y étais et j’ai vu : des policières contre les syndicalistes et le cortège pacifique, un répression tout azimut totalement censurée par les médias aux ordres

Vers 18h, aux Invalides point de dispersion de la manifestation, un nombre impressionnant de bus attend les manifestants afin de leur permettre de regagner leurs régions d’origine… Dans une ambiance bonne enfant, et conscient du succès de la manifestation, les manifestants attendent que leurs bus soient au complet pour partir.
Il y a là notamment un gros bataillon de dockers qui attendent calmement et pacifiquement de monter dans leurs cars, c’est alors qu’à la surprise générale les lacrymogènes se mettent à tomber, gazant les manifestants encore en train d’arriver, tandis que des unités de CRS et de gendarmes mobiles empêchent la sortie de l’esplanade aux bus ainsi qu’aux manifestants, une manifestante âgée (80 ans) de mon propre bus sera ainsi gazée à quelques mètres de l’autocar.

Le scandale de l’esplanade des Invalides ne fait que commencer, les milices gouvernementales se mettent alors en mouvement et arrosent la place de grenades lacrymogènes. Des grenades sont tirées sur le toit des bus ou dans leurs fenêtres, (plusieurs seront brisées) alors que ceux-ci rangés en files serrées ne peuvent pas faire mouvement. Dans le même temps, les dockers sont encerclés gazés et chargés sans raison aucune… sinon l’espoir que quelques cannettes ou pavés volent en direction des assaillants ?

Nous verrons depuis les fenêtres de notre bus plusieurs blessés parmi les dockers et plusieurs ambulances passer.

Pendant de longs instants la pagaille s’installe. Dans un brouillard de lacrymogène, les policiers pris au piège entre les bus qu’ils viennent d’attaquer essaient de faire circuler ces lourds véhicules qui les empêchent de matraquer à loisir les dockers.

Notre bus mettra plus d’une heure à quitter l’esplanade des Invalides.

J’apprends sur twitter que plusieurs manifestants ont été blessés dont au moins un très grièvement par une grenade lacrymogène qui a pénétré dans sa colonne vertébrale !

Sur les ondes de Radio-France, pendant que les lacrymogènes pleuvent nous apprenons que la préfecture de Police annonce (sans aucune peur du ridicule) 80 000 manifestants, le “journaliste” ne parle au sujet de la manifestation que des dégâts à l’hôpital Necker (quelques éclats sur des vitres  se trouvant derrière un car de police anti-émeute). Le lendemain et Hollande parlerons d’interdire les manifestations (mais pas l’euro, ni les fan-zones !), tandis que SGP-FO police contestera les ordres données par la haute hiérarchie, et la stratégie policière .

Nous venons d’assister à une manifestation réussie, à une démonstration de force populaire, et à une honteuse manipulation médiatique, doublée d’une répression policière scandaleuse.

Le 14 juin j’y étais avec un million d’autres, nous étions la force, nous étions le nombre et nous avons vu la violence d’un gouvernement aux abois et les mensonges d’une presse aux ordres.

Notre camarade Annie Lacroix-Riz, historienne, a accepté de commenter ces violences d’état contre le mouvement social qui se situent désormais à un niveau inusité depuis des décennies.

Contre le mouvement social et face à la crise du Capitalisme, comme dans les années 30, la classe capitaliste choisit la fascisation

Ce blocage des rues est systématique depuis les manifestations contre la , et on ne peut avoir de doutes sur les provocations destinées à fabriquer un « juin 1968 » pour tenter d’esquiver le mai, qui a, on nous l’a fait oublier depuis des décennies, été le plus grand mouvement social français  depuis 1936.

C’est à ce niveau-là qu’il faut porter la réaction contre cette politique « européenne » de casse systématique de près d’un siècle d’acquis sociaux;

Autrement, le camp patronal ira plus loin car, comme disait en 2008 Christian Streiff, lieutenant des Peugeot, il n’y a pas de limite à la baisse des prix de revient. L’article de Martine Orange dans Mediapart vient de rappeler ce qui ne bénéficiait guère, jusqu’ici, de notoriété (ndlr mais que dénonce depuis des années www.initiative-communiste.fr ) : tous les peuples d’« Europe » promis au pain sec en même temps. Ah, quel utile « paravent » que les « consignes européennes » pour une « stratégie du choc », violente au surplus, elle l’est toujours.

La « gauche gouvernementale » prétend désormais circonscrire la droite et l’extrême droite (si proches l’une de l’autre) en pratiquant ouvertement leur ligne, non seulement sociale mais répressive, comme Daladier en 38-40, et avec des intentions formellement démontrées, pour l’ère pré-Pétain, par les sources historiques. Il serait temps de regarder en face son histoire, notamment celle des grandes crises du capitalisme… Je manifeste depuis la deuxième moitié des années 1960, et je n’ai vu un tel comportement policier que dans lesdites sources, par exemple contre les travailleurs de Renault en novembre 1938.

Quelques chiffres à titre de comparaison.

Les syndicats de policiers dénoncent les ordres du ministère

Pour Alliance, la stratégie de laissez-faire du gouvernement n’a qu’un objectif, jeter le discrédit sur l’ensemble de la mobilisation contre la Loi Travail., JeanClaude delage : “Je pense que ça vise aussi à discréditer le mouvement social et syndical parce qu’évidemment, lorsque des syndicalistes manifestent contre un texte et qu’il y a des casseurs qui cassent tout dans le quartier, que les riverains sont exaspérés et que la police ne peut pas rapidement intervenir, et bien ça discrédite aussi quelque part le mouvement social”


d’autres témoignages publiés sur le net :

Signez la pétition contre les violences policières : #Justicepourlapolice : reconnaissez et condamnez les violences policières

Le 14 juin, nous y étions, voici ce que ce fut. témoignage d’un responsable de la FSU 03

13417448_1376319209050755_8026244403921135973_n

La FSU Allier se félicite des 5471 visiteurs que cet article lui a valu moins de quatre jours après sa publication, et de ceux à venir : elle les remercie, répondra à leurs commentaires éventuels et surtout elle les invite à lire et éventuellement commenter aussi d’autres articles, sur les collègues précaires, AESH, sur les agents des collèges, sur la laïcité …

Nous y étions, et nous rentrons ce soir en sachant qu’il fallait y être. La manifestation centrale du 14 juin, ce fut avant tout et essentiellement, sachez-le vous qui viendrez à nous lire après avoir vu tout autre chose à la télé, des centaines et des centaines de milliers de salariés, de jeunes, d’ouvriers, d’employés, de retraités, structurés dans et par leurs syndicats – LEURS syndicats.

Place d’Italie, plus d’une heure avant le départ de la manifestation, c’était à la fois le regroupement par syndicats et le joyeux mélange, entre la CGT du Havre et, impressionnante de force physique et de dignité humaine, la mobilisation des dockers, des marins et de leurs familles, les femmes de ménage FO de Marseille, la FSU d’Ile-de-France et notre escadron d’auvergnats, bourbonnais, vellaves et cantalous, l’Union locale CGT de Valencienne, la CGT de Toyota, de nombreuses délégations d’entreprises présentes en tant que telles, sans oublier ce courageux groupe de militants UNSA du commerce de Paris, en désaccord avec leur organisation sur le travail du dimanche puis sur la loi El Khomri.

Quand la manifestation se met en branle, c’est une formidable impression de force et de combativité, qui lui confère un caractère inédit, celui de tout ce mouvement, nouvelle étape différente de ce que l’on a pu connaître en 1995, 2003, 2006, 2010. A la fois structuré, essentiellement par les unions départementales et locales CGT et CGT-FO, et fraternellement mélangé, avec des mots-d’ordre et pas seulement de la musique, dans une cacophonie totale d’où émerge l’unité d’un refus, un refus porteur d’avenir.

Plus âpre en effet, plus déterminé à continuer, en rupture avec le gouvernement, avec l’ordre existant : c’est sans doute cela ce « cancer syndicaliste révolutionnaire » récurrent en France que dénonçait voici quelques temps le journal Le Point (en l’amalgamant à Jacques Duclos et à … Pétain !), si l’on se rappelle que dans notre pays le syndicalisme est né d’une volonté de sécession, d’auto-affirmation et d’élevation des opprimés. Mais à faire ainsi sécession, ne serions nous pas la majorité ?

manif 1

Tout de suite, nous constatons ce fait étrange pour des provinciaux, auquel les manifestants parisiens sont « habitués » si l’on peut dire : le positionnement agressif des forces de police – une agressivité qui n’est pas forcément le fait des fonctionnaires de police ainsi placés mais qui résulte de la volonté politique de ceux qui les commandent, au plus prés de la manifestation, bouclier au sol en position de pré-attaque, ostentible et serrée : vous ne pourrez plus rentrer dans la manifestation, et pour sortir il faudra montrer patte blanche pour quémander l’autorisation, en arrachant tout badge. Ainsi était fourni le terrain de premiers incidents, des groupes de cagoulés, peu nombreux et très mobiles, non identifiables, surgissant pour provoquer ces forces de police en combat singulier, étranger à la mobilisation des centaines de milliers de manifestants. Et immédiatement ces combats se déclenchent, prenant les manifestants en otages, tous bombardés de lacrymos et de gaz de couleur orange. L’une d’entre nous s’est ainsi vu chassée de force de la manifestation, et, après un passage en pharmacie pour ses yeux, s’est vu interdire le retour en manifestation par les rues latérales (les passagers de 30 bus du Nord et du Pas-de-Calais n’auraient pas pu, de même, rejoindre la manifestation !).

C’est l’un de ces groupes non identifiés qui a caillassé l’hôpital Necker pour enfants, fournissant des images que d’autres crétins, tout aussi irresponsables qu’eux, font tourner en boucle en nous accusant, nous, les grévistes et les manifestants, d’avoir attaqué un hôpital pour enfants malades !

Les appels préfectoraux à ce que les manifestants « se désolidarisent des casseurs » sont contredits par l’impossibilité physique, organisée et voulue par la même préfecture de police, faite aux manifestants à échapper au gaz et aux charges dans les situations délibérément gérées dans cette intention. Un manifestant, boulevard Montparnasse a reçu une grenade dans le dos et se trouve dans un état grave.

Cela dit, la grande majorité d’entre nous n’a rien subi d’autre que l’odeur des gaz devant la manif. Etre victime d’une de ces attaques latérales, en réalité peu nombreuses, relevait du hasard malchanceux du petit jeu de la provocation et de la charge de manifestants préalablement coincés dans une nasse, petit jeu qui culmina lorsque la tête de manifestation est arrivée aux Invalides, où le combat singulier entre cagoulés et force de police a bloqué de nombreux cars attendant les manifestants, en endommageant certains.

Un appareil policier qui est capable de ceinturer un million de personnes est en même temps disposé de façon à ce que s’installe en permanence une zone d’insécurité devant la tête de manifestation. Cette étrange gestion de la rue est l’une des innovations de M.M. Valls et Cazeneuve. Aux côtés des Papon, des Marcellin et des Pasqua, ils resteront aussi dans l’histoire pour cela, si ce n’est que pour cela. S’il n’y a pas de morts à ce jour, soyons clairs : ils n’y sont pour rien. C’est la responsabilité des manifestants et d’une partie des fonctionnaires de police qui l’a évité.

Quand, vers 17h, la tête de manif est arrivée aux Invalides, on apprend que la foule est toujours en train de piétiner au point de départ place d’Italie. Ce fait, la densité des rangs dans une large avenue, et la présence de manifestants et de drapeaux dans toute les rues adjacentes malgré le ceinturage des boulevards, et d’ailleurs sans incidents, tout cela rend crédible le chiffre du million, plus 300 000 dans toute la France.

Le choix politique d’annoncer « 125 000 manifestants dans toute la France », en même temps que M. Cazeneuve prétend qu’il « y avait des hordes de manifestants violents »– des hordes, ainsi parle le ministre de l’Intérieur- relève d’une volonté agressive de combat et de déni. Ceux qui y étaient savent, et par le canal de leurs organisations, de leurs collègues, de leurs amis et parents, ils feront savoir. Nous sommes en réalité la majorité.

Pourquoi ce gouvernement fait-il le choix du mensonge, le choix de la violence ? La réponse est donnée par exemple dans les propos du premier ministre rapportés en page 2 du Canard Enchaîné de ce mercredi (la source la plus fiable s’agissant des débats intra-gouvernementaux) : si nous cédons, explique-t-il, la droite au pouvoir n’ y arrivera pas non plus.

En effet. Il s’agit aujourd’hui de faire caler une politique minoritaire, antisociale. Le syndicalisme doit mener cette bataille. La responsabilité, la modération, le réformisme, c’est d’exiger jusqu’au bout le retrait de la loi El Khomri, le retrait de toute la politique qu’elle représente – dans l’enseignement la réforme du collège et la casse de tout ce qui reste d’égalité devant l’instruction – sans craindre que par effet collatéral ce sens syndical des responsabilité ne conduise à l’effondrement de l’exécutif, voire du régime. Les incendiaires irresponsables sont ceux qui voudraient à tout prix les préserver.

Ecrit à chaud et en assumant chaque mot, en ce soir du 14 juin.

Vincent Présumey (secrétaire départemental de la FSU de l’Allier).

Sur l’instrumentalisation des vitres de l’hôpital Necker – Témoignage d’un parent

Un lecteur de lundimatin nous a fait parvenir ce témoignage à vif.

Hier, il y avait des centaines de milliers de manifestants dans les rues de Paris. En tête, des milliers de personnes, cagoulées ou non, syndiquées ou pas, se sont retrouvées pour tenir la dragée haute à un dispositif policier hors norme.

Je comprends facilement ce qu’il peut y avoir de désespérant là-dedans pour le gouvernement. Alors que l’on pouvait imaginer qu’au fil des semaines et des mois, la rue se fatigue et la violence soit de plus en plus isolée, c’est tout le contraire qui se passe : la peur de la police ne dissuade pas.

Hier, les manifestants ont commis de nombreuses dégradations. Pour celles que j’ai pu constater, elles étaient toutes « ciblées » : banques, assurances et publicités. Je ne suis pas sûr que cela nécessite beaucoup de débat. Il n’est pas certain que le monde de la finance tremble à chaque fois qu’un distributeur de billet est vandalisé mais que la jeunesse y voie un symbole, je le comprends parfaitement. Qu’une assurance doive appeler son assureur et demander le coût de la franchise, je dois avouer que lorsque j’y ai pensé, ça m’a fait rigoler. Ces gens engrangent des milliards en ponctionnant la solidarité. Quant aux publicités détruites, c’est — malgré la méthode—, la meilleure chose qui puisse leur arriver.

Au milieu de tout cela, quelques vitres de l’hôpital Necker ont été brisées. Bien que les vitres en question n’aient pas d’autre rôle que celui d’isolant thermique : j’en conviens grandement, ce n’est pas très malin.

Certes, briser les vitres d’un hôpital, même par mégarde, c’est idiot ; mais sauter sur l’occasion pour instrumentaliser la détresse des enfants malades et de leurs parents pour décrédibiliser un mouvement social, c’est indécent et inacceptable. Et c’est pourtant la stratégie de communication mise en œuvre depuis hier, par MM. Cazeneuve et Valls. Allègrement reprise par la droite et relayée sur un plateau doré par tous les médias.

Je le dis d’autant plus volontiers que l’hôpital Necker, j’y ai passé beaucoup de temps et que la détresse et l’angoisse des parents d’enfants très malades, je vois particulièrement bien ce que c’est. Instrumentaliser cette souffrance à des fins aussi bassement politiciennes est abjecte.

Cette indécence est d’autant plus choquante lorsque l’on connaît la situation de l’hôpital public aujourd’hui. MM. Valls et Cazeneuve, « révoltés » du fond du cœur par cinq vitres brisées, le sont-ils autant par les conditions de travail effarantes des personnels hospitaliers ? Lorsqu’un généticien clinique doit travailler 70h par semaine car la direction de son hôpital n’a pas les moyens d’employer un nouveau docteur ni même une secrétaire, quelles en sont les conséquences sur tous ces gentils petits enfants malades au chevet desquels nos ministres accourent depuis hier ? Quand les aides-soignantes et les infirmières sont épuisées, usées jusqu’à la moëlle et rémunérées au minimum, qu’en est-il de la qualité des soins et de l’attention nécessaires à ceux qui passent des mois voire des années dans des couloirs d’hôpitaux ?

Lorsqu’ils mettent sur le même plan « émotionnel » des plaques de verres cassées et ces centaines de milliers de familles éprouvées, MM. Valls et Cazeneuve, n’ont-ils pas honte ? Et tous ces journalistes qui ont titré sur cet horrible assaut contre l’hôpital des « enfants malades », prennent-ils la mesure du sens de leurs mots ?

La palme de l’infamie revient évidemment à M. Cazeneuve qui a tout de même réussi à ajouter à l’équation le fils des deux policiers tués avant-hier.

Des centaines de milliers de personnes défient le gouvernement dans la rue. Une ou deux cassent le double vitrage d’un hôpital. Une ordure tue deux policiers à l’arme blanche. Leur fils de trois ans est en soin à Necker. M. Cazeneuve établit un rapport émotionnel, affectif et psychique entre ces deux séries de faits : la lutte contre la Loi Travail et son gouvernement, le choc produit par la brutalité de ce double meurtre et la situation dramatique de cet enfant. Si les jeunes émeutiers qui ont cassé les vitres de Necker ont été idiots, MM. Valls et Cazeneuve, eux, sont obscènes.

Plutôt que de courir les plateaux télés pour dire des conneries pareilles, retirez la loi travail, financez correctement les hôpitaux et épargnez aux enfants et à leurs parents votre ignoble instrumentalisation. Merci d’avance.

Un parent d’enfant très malade de l’hôpital Necker.

Témoignage en tête de cortège mardi 14 juin à Paris sur les violences policières

Aux Gobelins, les rangs sont très serrés. La manif part. Le cortège de tête est très vite chargé.
Un jeune se fait choper. On essaie d’intervenir à plusieurs pour calmer le jeu et essayer de le récupérer. Un CRS finit par me dire laissez-nous faire notre travail. C’est alors qu’un homme un peu âgé surgit sur la chaussée la tête en sang encadré de CRS. Je demande alors au CRS si c’est ça son travail ?
Les CRS menottent le blessé qui est emmené sur le trottoir. On proteste, on crie. Il est assis par terre. On demande qu’ils appellent les pompiers.

Puis succession de charges : à gauche, à droite, à gauche, à droite. Les CRS entrent dans la manif en hurlant, les matraques au clair. Des gens tombent. Parfois, on arrive à dégager la chaussée des CRS à coups de « cassez vous ». Parfois on court après eux pour essayer d’empêcher une arrestation.
A un moment, ils relèvent sans ménagement des jeunes filles qui sont assises sur le trottoir. Je finis par comprendre qu’une d’elle est blessée à la tête. Ils les encerclent.
C’est alors qu’un médic me dit qu’ils ne soignent que des blessures au crâne. Les flics cognent très fort et en priorité sur la tête. Beaucoup de gens à la fin de la manif avec des bandages en effet… Je me dis alors qu’ il faut que je vienne désormais casquée. Ce qu’il me conseille vivement, me montrant une partie de son casque enfoncée par un coup de matraque. Heureusement en effet qu’il avait son casque…

On repart après une énième charge. Les rangs sont un peu clairsemés quand une grenade lacrymogène arrive de derrière nous en rase motte et passe entre les jambes d’un manifestant devant nous.
Il s’affale de tout son long face contre terre et alors, l’horreur a lieu : en tombant, il coince la grenade en feu entre son cou et le bitume. Trois quatre personnes se précipitent sur lui pour dégager le fumigène. Le gars ne bouge plus. Nous l’entourons nombreux et appelons les médics et les secours. Nous sommes très nombreux autour à ce moment là et les CRS chargent à nouveau sur nous pour nous dégager et prendre position autour du blessé. C’est alors que collectivement, sans nous parler, pensant à nos très nombreux blessés qui se sont vus mis en examen et aussi hélàs à Romain D., nous nous battons contre les CRS pour qu’on puisse continuer de nous en occuper et qu’ils dégagent. On y arrive ; ils dégagent, mais dans la bataille, ils ont blessé deux autres manifestants qui sont à terre juste à côté du grand blessé. Une pluie de lacrymos continue de nous atteindre. C’est l’enfer. On crie pour qu’ils arrêtent. Un grand cercle se forme autour des blessés. On porte secours aux trois blessés, dont un se relève déjà et on asperge les medics de maalox parce que les gaz sont violents.
Les pompiers vont enfin arriver mais on insiste pour chacun soit accompagné dans le fourgon par une personne et ils le seront. Quelques applaudissements saluent nos deux blessés, histoire de se donner un peu de chaleur et de soutien…

On repart. Nouvelles charges. Le camion à eau fait son entrée et asperge les manifestants qui sont un peu en contrebas.

On repart, toujours dans les gaz et les grenades de désencerclement. Toujours régulièrement chargés.

Arrivés à hauteur de l’hôpital des Invalides, on s’assoit sur des barres qui servent de parking pour les deux roues. On se repose en se disant qu’on va repartir un peu en arrière rejoindre le cortège syndical.
C’est alors qu’une ligne de CRS arrive au loin, contenant la progression de la manif. Nous sommes sommés de nous lever et on repart alors avec cette deuxième tête de cortège : deux rangées de CRS nous faisant face et nous empêchant de progresser. On arrive comme ça à Invalides.

Puis le camion à eau asperge la place déjà engloutie sous les lacrymos.

J’essaie de revenir en arrière pour retrouver mon compagnon. J’arrive au même parking à motos et je vois juste un peu plus loin, un double cordon de CRS qui bloque la manif. Je comprends alors qu’ils veulent dégager la place avant de nous laisser arriver.
Nous sommes alors violemment chargé.e.s et gazé.e.s. Ca pleut de partout. Un manifestant me rince les yeux avec du sérum. Je ne vois plus rien. Les cortèges syndicaux tournent dans une rue perpendiculaire pour échapper au déluge. Un SO se fait charger et gaze à son tour les CRS. Je reste sur l’axe principal et c’est alors que dans une brume compacte je vois un manifestant sur le côté avec un trou dans la cuisse et qui saigne. Des gens le secourent. Un peu plus loin, même scène : un gros trou dans la cuisse et ça saigne beaucoup. Je me mets autour du gars secouru par plusieurs personnes car les lacrymos pleuvent et je crains une charge avec le gars à terre. Ses amis décident de le porter plus loin en arrière car on n’arrive plus à respirer. Je distribue des pulvérisations de maalox jusqu’à épuisement. Je n’arrive plus à secourir et soulager…

J’ai des camarades qui sont là, je leur donne le nom et le tèl d’une avocate militante. Puis je remonte encore vers l’arrière car il est impossible d’avancer ; des camions coupent désormais la route derrière les CRS.

C’est alors qu’un copain de Nuit Debout me voit et me demande de l’aide pour un gars qui est très blessé et les secours n’arrivent pas. Le gars est couché dans l’entrée du monceau fleurs fermé. Il a pris une grenade de désencerclement dans l’entre-jambes. Il est brûlé sur toute cette zone, son pantalon est en lambeaux et il souffre beaucoup.
Les pompiers arrivent une heure après le premier coup de tél. c’est très long, beaucoup trop long, quand on voit la violence avec laquelle nous sommes chargé.e.s, gazés, visés au flash ball et aux grenades.

Je repars avec mon compagnon, mon fils et quelques camarades en direction de Montparnasse. Mon fils s’est pris un coup de matraque sur la tempe, mon compagnon s’est battu avec les flics en civils mais nous n’avons rien de grave compte tenu des blessures que les CRS ont encore provoquées ce jour.

Le cortège n’a encore pas pu arriver à son terme. Le défilé a été interrompu. Mais nous étions des centaines de milliers dans la rue, tou-te-s très uni.e.s, personne ne reprochant rien à quiconque. Conscient.e.s de l’adversité que nous affrontons et qui nous soude. Le cortège de tête était encore plus massif, toujours aussi déterminé et extrêmement attentif les un.e.s aux autres.

Les cortèges syndicaux ont pris aussi beaucoup de violences policières.

Mais ce soir, malgré tout ça, nous restons invincibles, car nous ne pouvons pas perdre. Ou plutôt nous ne méritons pas de perdre. Nous préparons déjà demain et les jours suivants.

Jusqu’à la victoire.

Une manifestante, syndicaliste et Debout.

Merci à toi qui a attrapé ma main et m’a sauvée pendant la manif du 14 juin (2016)

TEMOIGNAGE — MANIFESTATION DU 14 JUIN 2016. Je voudrais remercier une jeune femme dont je ne connais pas le nom et dont je ne me rappelle plus le visage, et qui s’est évaporée dans l’angoisse, les gaz et la foule. Merci à toi.

Aujourd’hui encore, j’étais à la manifestation contre la Loi Travail. Beaucoup de pancartes et de slogans indignés. Beaucoup de gens très variés, jeunes, vieilles et vieux, syndicalistes, étudiant.e.s, lycéen.ne.s, etc. Beaucoup de casse aussi… des vitrines entièrement démontées et saccagées… Beaucoup de choses que l’on ne s’attendrait pas forcément, naïvement peut-être, à voir à Paris… des bandages, des gens en train de vomir… des CRS qui provoquent, chargent dans le tas et matraquent au hasard… des manifestants qui insultent, provoquent et chargent les CRS. Un camion qui arrose la foule au kärcher pour la disperser.

En milieu de cortège peut-être, je me suis retrouvée coincée contre un mur par un mouvement de foule. Des gens lançaient des pavés sur la place. Ça paniquait. Ça sifflait. Ça criait.

Ça bourdonne dans mes oreilles. Je regarde au loin sur la place. Je tente de voir où sont les casseurs, où sont les CRS. Que se passe t-il ? Par où faut-il se réfugier ?

Soudain, mon visage et mes yeux me brûlent. Je vois l’homme à ma gauche trébucher, manquer de s’écrouler. Au sol, entre mes jambes, une lacrymogène. Je tends une main, perdue, vers une jeune femme à ma droite. Je ne vois plus rien. Mes yeux ne répondent plus. Je tremble. Je sens le mur, derrière moi, chanceler. Je n’arrive plus à respirer.

Merci à toi, qui a attrapé ma main et m’a emmenée à l’écart. Qui m’a fait m’asseoir. Qui a nettoyé mon visage et mes yeux. Qui est restée à mes côtés quand j’ai vomi. Et qui n’a pas cessé de me tenir la main et de me rassurer. Merci.

Et à travers toi, merci à tous les gens qui, aujourd’hui encore, rappellent le sens d’un combat solidaire pour un monde plus humain, moins égoïste, moins individualiste. Les équipes médicales qui tournent et soignent les blessés. Les gens qui distribuent du sérum pour les yeux. Celles et ceux qui donnent de l’eau. Qui rassurent, d’un mot, ou d’un simple sourire.

Merci à tou.te.s celles et ceux qui, au milieu de ces violences, n’oublient pas de rester humain.e.s.