États-Unis : bilan de Trump, primaire démocrate, entretien avec Joe Kaye spécialiste américain des mouvements sociaux et ouvriers aux USA

Aux États-Unis d’Amérique, la course à l’élection présidentielle est lancée. Les ont démarré dans la tension et la confusion en Iowa. , un candidat assumant l’adjectif de socialiste est sorti en tête, tandis que les milliardaires poussent un jeune candidat en remplacement de Biden, le vice-président d’Obama, qui peine désormais à faire illusion. Entretien avec J. Kaye, professeur américain. Fin connaisseur du mouvement social et progressiste aux États-Unis.


Initiative Communiste: Pour la Palestine, Cuba, les patriotes et les progressistes d’Amérique latine, du Proche-Orient ou d’Afrique, serait-ce bien différent si un candidat «démocrate» ou «républicain» est élu?

: Les deux parties représentent la classe dirigeante américaine et poursuivent toutes deux un programme néolibéral impérialiste. Les deux cherchent à maintenir l’hégémonie mondiale des États-Unis, bien que leurs tactiques diffèrent, car les démocrates cherchent à maintenir leurs alliés traditionnels en tant que partenaires subalternes, ce qu’on appelle le «multilatéralisme», tandis que , certain de la puissance économique et militaire écrasante des États-Unis par rapport au monde ENTIER, s’est engagé dans une politique de diktats et d’intimidations, même envers ses anciens partenaires.

En ce qui concerne la Palestine, la politique de l’administration Trump représente un bond en avant vers la liquidation de toute possibilité d’un État palestinien viable. Mais ce n’est là qu’une différence de rythme et non de direction avec le Parti démocrate et même d’anciennes administrations républicaines, qui s’étaient contentées d’encourager son érosion plus lente mais néanmoins régulière.

Trump, ça suffit

Quant à Cuba, il y a une tentative renouvelée de l’étrangler économiquement, par opposition à la politique d’Obama de promouvoir une «ouverture», facilitant plus de voyages américains vers l’île – mais l’administration Obama avait l’intention d’utiliser cette libéralisation pour renverser politiquement le système cubain . Le même objectif, mais de façon plus subtile.

En Amérique latine, sous Trump, il y a eu une intensification de la politique de changement de régime des gouvernements de gauche. Mais ce n’est pas spécifique à Trump. Il ne faut pas oublier que Hillary Clinton, en tant que secrétaire d’État sous Obama, a orchestré un coup d’État au Honduras. S’agissant de Bernie Sanders, qui se dit démocrate-socialiste, le plus radical des candidats du Parti démocrate, il est instructif que son principal conseiller en politique étrangère critique le Parti démocrate pour avoir donné à Juan Guaido une ovation debout lors du discours de Trump sur l’état de l’Union au motif que le coup d’État américain en Amérique latine donne à la Russie une ouverture pour entrer dans «notre hémisphère» (on voit ici l’ombre de la doctrine Monroe).

Les opérations américaines en Syrie sont une continuation de la politique d’Obama. L’intensification des menaces contre l’Iran fait partie de la politique des Néocons, partie de la politique pro-israélienne, qui a suscité très peu d’opposition des démocrates.

Initiative Communiste: Quelle est la situation des travailleurs et du mouvement démocratique, en termes sociaux, culturels et politiques aux ?

J Kaye : La gauche est en plein désarroi. Le marxisme est considéré comme généralement discrédité. L’expérience des pays anciennement socialistes est considérée comme totalement négative. Le nombre relativement petit de groupes révolutionnaires autoproclamés est divisé entre les trotskystes, les maoïstes, les anarchistes et ceux autour du Parti communiste. La majorité de la gauche est des non-marxistes, essentiellement des libéraux de gauche, partisans de Bernie Sanders qui s’imaginent que, comme lui, ils sont socialistes.

Initiative Communiste: Y a-t-il un vrai enjeu politique, du point de vue de la classe ouvrière, dans les élections primaires du parti démocrate ?

Joe Kaye : La classe ouvrière est encore endormie. Les radicaux, y compris les marxistes autoproclamés, sont typiquement des classes moyennes (petites-bourgeoises) qui font très peu pour s’adresser, et encore moins organiser, la classe ouvrière – et en particulier les travailleurs de couleur – très peu dans la manière de travailler pour radicaliser la conscience des travailleurs. Beaucoup de gens de gauche maintiennent cet eurocentrisme (axé sur les besoins et la situation des blancs) dont ils sont coupables depuis de nombreuses décennies. Les militants afro-américains, en réaction à cet eurocentrisme, épousent un nationalisme étroit, reflétant également une orientation de classe moyenne. Pour beaucoup d’entre eux, ils sont le produit des gains économiques et sociaux réalisés dans les années 60 et 70, bien que leur implantation dans la classe moyenne devienne de plus en plus ténue. Les Latinos, dont beaucoup sont sans papiers et donc politiquement prudents, considèrent toujours leur situation comme favorable par rapport à la pauvreté extrême et à l’insécurité auxquelles ils sont confrontés dans leur pays d’origine. La grande majorité poursuit toujours le «rêve américain».

L’une des principales manifestations de l’orientation vers la classe moyenne des divers mouvements ici est l’influence démesurée du milieu universitaire, qui, en l’absence de partis de gauche puissants, fournit des orientations théoriques aux militants politiques et sociaux, en particulier compte tenu du pourcentage élevé des jeunes qui passent par les universités. Plutôt qu’une analyse de classe, l’Académie a produit la théorie de «l’intersectionnalité» qui est basée sur une «politique identitaire» selon laquelle la race, la classe, le sexe, l’orientation sexuelle et, dans une moindre mesure, l’âge, les handicaps physiques et mentaux, etc., sont toutes les identités qui disent-ils se «croisent». La raison pour laquelle elles se croisent n’est jamais expliquée. Et il existe un «grand marchandage» sur la base duquel toutes les «identités peuvent s’unir, aucune de ces identités ne revendiquant la priorité.

Invariablement, la classe est toujours abandonnée de la discussion, et personne ne souligne que c’est le capitalisme qui CONNECTE inextricablement (et non croise) les différents types d’oppression et d’exploitation. En général, le marxisme est méprisé comme présentant une théorie de «réductionnisme» à la classe.

Outre l’influence écrasante de l’Académie, il y a le phénomène des ONG (organisation non gouvernementale), qui joue un rôle beaucoup plus important ici qu’ailleurs dans le monde. Nous avons des milliers et des milliers de ces groupes avec leurs milliers et milliers de «directeurs exécutifs» – leur titre est fièrement affiché sur leurs cartes de visite. Et les ONG qu’elles dirigent reçoivent des financements de fondations constituées de pools de capitaux acquis auprès de sociétés et de particuliers fortunés (dont beaucoup de familles ont une histoire plutôt sordide). Ces fondations, à leur tour, encouragent les ONG à s’engager dans un «plaidoyer» à problème unique, auquel les ONG sont naturellement redevables et à qui elles rendent compte (pas aux masses). Bien sûr, les ONG sont tenues en laisse, de sorte qu’à peu près chaque année, elles doivent aller mendier auprès des fondations pour avoir suffisamment d’argent pour continuer à fonctionner pour l’année suivante. J’appelle les fondations le bras gauche de la classe dirigeante, finançant des mouvements dans le but de faire du bruit, de passer par les mouvements de lutte, sans menacer sérieusement le statu quo.

Je ne suis pas familier avec la scène de la culture populaire, sauf pour dire que les films “à succès” d’Hollywood, qui rapportent des centaines de millions de dollars au box-office, sont basés sur des personnages de dessins animés et / ou des super-héros qui répondent au niveau émotionnel des adolescents. Il y a un niveau incroyable de violence au cinéma et à la télévision, parfois même confinant au sadisme, encouragé par les effets toujours plus spectaculaires accompagnant nos avancées technologiques. Et les médias sociaux – Internet, les ordiphones, etc., ont désormais remplacé la lecture de livres, ce qui est évité comme la peste même par les étudiants qui ne lisent que ce qui est nécessaire pour réussir leurs examens. L’étude de l’histoire a donc souffert – et la majeure en histoire (spécialiste) de l’université a chuté en termes de choix des étudiants comme la moins souhaitable de toutes les spécialisations. Naturellement, la théorie sociale en a souffert.

Initiative Communiste: Pensez-vous qu’il existe vraiment des candidats démocrates qui peuvent porter une alternative plus favorable au mouvement ouvrier et au camp du progrès social et de la paix dans le monde ?

Joe Kaye : Pour bien répondre aux questions sur les différents candidats du Parti démocrate, il faut comprendre ce qu’est le Parti démocrate, qu’il est le partenaire (ainsi que le rival) des républicains – qu’il y a un bipartisme SYSTÈME, chaque partie remplissant son rôle assigné. (J’en ai brièvement discuté dans mon livre qui vous a été envoyé il y a quelque temps, pages 118-126.) La fonction du Parti démocrate est d’être le «moindre des deux maux» pour ceux dont la compréhension politique a atteint le niveau où il est entendu que les deux parties sont mauvaises. Il se situe donc à gauche du Parti républicain, est plus le parti de la réforme libérale, généralement moins belliciste en ce qui concerne les aventures militaires (jusqu’à l’administration Trump). Et son but est d’empêcher la formation d’un véritable parti de travailleurs et de personnes opprimées. Ainsi, lorsque les gens forment un troisième parti ou envisagent de voter pour un troisième parti, ils disent que cela mène simplement à l’élection des républicains. Mais c’est la théorie du moindre des deux maux qui est le plus grand mal. Mais aujourd’hui, la question se pose même de savoir s’ils satisfont à la norme d’être les moindres des deux étant donné leur plus grande belligérance envers la Russie et la Chine que celle manifestée par l’administration Trump et donc la plus grande menace qu’ils pourraient déclencher une guerre avec ces pouvoirs s’ils gagnaient du pouvoir. Ce sont les démocrates qui prennent l’initiative de perpétrer le canular avec lequel la Russie a interféré et continue d’interférer avec notre «démocratie», la Russie qui, dans le procès de mise en accusation, a été déclarée par un chef du Parti démocrate comme la «plus grande menace pour notre sécurité et notre liberté .» En fait, le processus de destitution de Trump aurait pu être bénéfique si les démocrates l’avaient utilisé pour dénoncer et condamner les actions impitoyables, illégales et dangereuses de l’administration Trump sur une grande variété de questions. Ils ont plutôt choisi de restreindre les motifs de mise en accusation à Trump ayant trahi la sécurité nationale américaine pour un avantage purement personnel et partisan. Et comment a-t-il fait ça? En retenant l’aide aux Ukrainiens qui menaient une guerre solitaire contre les «agresseurs» russes – (tout cela, bien sûr, grâce à un coup d’État orchestré par les États-Unis, avec l’aide de fascistes ukrainiens locaux, sous l’administration Obama) . Quant à la Chine, il y a unanimité sur son statut d ‘«ennemi» – la seule différence étant que les démocrates souhaitent affronter la Chine sur un front uni avec nos alliés européens, tandis que Trump pense que les États-Unis n’ont pas besoin d’alliés.

Ce n’est pas un réconfort pour moi si les États-Unis plongent dans une confrontation nucléaire avec la Russie ou la Chine, ou les deux, c’est le Parti démocrate le plus libéral et le plus réformiste qui présidera notre incinération.

Le problème est que la gauche est distraite par le choix de tel ou tel candidat du Parti démocrate, toujours emprisonné dans la théorie du moindre des deux maux, lorsqu’elle ne succombe pas complètement à l’illusion qu’il est possible de plier le Parti démocrate à leur volonté, ou même le prendre en charge. La campagne électorale devrait être l’occasion d’ EXPOSER le Parti démocrate, pour souligner la nécessité impérieuse de mettre en route la création d’un nouveau parti populaire, parti de la classe ouvrière, et surtout de la moitié inférieure de la classe ouvrière qui est composée en grande partie de travailleurs afro-américains et latinos. Cela signifie tenir des réunions, formelles et informelles, pour discuter de ce besoin et commencer à définir le programme d’une telle partie, ainsi que son fonctionnement interne.

Parmi les candidats, deux seraient à gauche: Bernie Sanders et Elizabeth Warren. Warren, cependant, est un fervent partisan des besoins de financement du Pentagone. Quant à Sanders, son «socialisme» consiste en un certain nombre de réformes libérales qui, tout en réduisant les profits des grandes entreprises, ne remettent nullement en cause leur pouvoir. En fait, il ne cherche nullement à saper le système. J’ai écouté récemment une longue présentation de Sanders dans laquelle il se limitait aux questions domestiques, bien qu’il y ait une phrase dans laquelle il suggérait qu’il serait plus fructueux pour le gouvernement de dépenser de l’argent pour les soins de santé plutôt que les énormes sommes actuellement allouées aux militaires.

Bien sûr, si Sanders remporte l’investiture (malgré l’opposition du Democratic Party Establishment), il sera peint comme un communiste, comme il l’a déjà été. Et nous verrons la plus grande orgie d’appâts rouges depuis l’apogée de la guerre froide. Mais le fait est que même si Sanders était Lénine lui-même, et malgré l’énorme pouvoir du bureau du président, un pouvoir qui, soit dit en passant, n’a cessé de s’étendre sous les démocrates et les républicains, Sanders n’est qu’une partie d’un énorme appareil qui a la capacité de le maîtriser (ou de le tuer à la Kennedy, si nécessaire). Mais pour rassurer ses collègues du parti, il s’est engagé à soutenir le candidat retenu. Il est donc absolument déterminé à soutenir l’appareil, l’appareil de classe dirigeante qu’est le Parti démocrate.

Initiative Communste : Comment évaluez-vous le premier mandat de Trump en termes sociaux, politiques, culturels et géopolitiques

Joe Kaye : Répondre à cette question en prétendant à l’exhaustivité impliquerait l’écriture d’un livre entier. J’avais déjà décrit ce que Trump représente dans la réponse précédente à votre enquête sur les événements de Charlottesville. Les actes de Trump ont confirmé cette analyse. Alors que le bilan intérieur de Trump a plu aux élites du monde des entreprises et de la finance – réductions d’impôts pour les riches, déréglementation sur tous les fronts – ses tactiques concernant la politique étrangère, y compris la politique économique étrangère, ont été inquiétantes pour eux car elles représentent un écart par rapport à la politique étrangère “multilatéraliste” représentant le consensus de l’Establishment. Ses politiques commerciales ont été beaucoup plus agressives – les tarifs, les menaces de sanctions même envers nos partenaires – ont causé beaucoup de nervosité au sein de la classe dirigeante. Mais voyant que la politique de Trump semble avoir porté certains fruits, et n’a pas eu les conséquences désastreuses qu’ils craignaient, l’élite s’est de plus en plus réchauffée et a soutenu cette politique – en particulier en ce qui concerne la Chine.

Le gouvernement de Trump s’est révélé être l’un des plus réactionnaires de l’histoire. Son narcissisme personnel, qui frôle s’il ne franchit pas la ligne de la pathologie, correspond à l’arrogance du comportement impérial américain. Ce comportement, qui, comme mentionné précédemment, représente un écart par rapport à la politique américaine traditionnelle dans sa tactique et son style, a été soutenu par une section relativement petite de la classe dirigeante qui pense qu’étant donné la domination écrasante de la puissance économique et militaire US, Washington ne pesait pas un poids réel dans le monde à la mesure de sa puissance. D’où une politique tarifaire nouvelle et plus agressive (contre ses partenaires comme contre ses «adversaires»), intimidations économiques, sanctions, intensification des efforts de changement de régime, ainsi que des agressions militaires qui se caractérisent moins par des déploiements de troupes importants que l’utilisation de la puissance aérienne, missiles, drones et forces spéciales. La nouvelle doctrine unilatéraliste est illustrée par le retrait des traités internationaux sur la maîtrise des armements (Iran, missile intermédiaire), le sabotage d’institutions internationales telles que l’ONU et l’Organisation mondiale du commerce (OMC), menaces contre l’OTAN et l’UE, retrait du Partenariat transpacifique et insistance à poursuivre les relations économiques et diplomatiques sur une base strictement bilatérale. C’est à cette nouvelle stratégie impérialiste que les démocrates s’opposent, et non à l’ lui-même.

Au niveau national, Trump a encouragé les suprémacistes blancs, aux préjugés anti-immigrés (qui sont une composante de la suprématie blanche, car les immigrants visés ne sont que ceux de couleur), a glorifié l’armée et la police à chaque occasion (soulevant des soupçons sur une éventuelle tentative de coup d’État sous jacente), s’est fermement opposé aux tentatives les plus douces de contrôle des armes à feu (qui, encore une fois, sont liées à la suprématie blanche, car il ne s’agit vraiment pas d’armes à feu, mais d’être préparé pour la guerre de race dont de nombreux suprémacistes blancs sont sûrs qu’elle est à venir), et l’éviscération finale du droit des femmes à l’avortement (renversant une décision antérieure de la Cour suprême dans Roe vs Wade). Et Trump, un négationniste du changement climatique, continue de faire tout ce qui est en son pouvoir pour soutenir les sociétés de combustibles fossiles, y compris l’industrie du charbon.

Ce sont les politiques que le Parti démocrate aurait dû pointer dans sa campagne de destitution, mais ils ont plutôt choisi de les rétrograder largement en se concentrant plutôt sur Trump en tant que marionnette de Poutine lorsqu’il a fait quelques gestes doux vers un rapprochement avec la Russie, ou du moins un diminution des tensions. Les démocrates ont incessamment diabolisé la Russie et, plutôt que de condamner les interventions américaines dans le monde, détournent l’attention sur les «trolls» russes qui, prétendument, interfèrent dans la politique américaine et que certains démocrates ont caractérisés comme un «acte de guerre».

J’ai déjà décrit dans une certaine mesure la politique étrangère de Trump, dont vous êtes sans aucun doute parfaitement conscients. Il s’est placé fermement dans le camp des néoconservateurs, ceux dont la politique est fermement ancrée en faveur de l’expansionnisme israélien. Le résultat a été l’intensification des tensions internationales, le danger d’une guerre mondiale, une guerre qui aurait des conséquences cataclysmiques. Mais ce qui a également résulté de la politique de Trump, c’est la création d’un puissant bloc contre l’impérialisme américain, ancré dans l’alliance stratégique entre la Russie et la Chine, et rassemblant autour d’eux un nombre croissant de pays, une tendance qui s’accélérera à mesure que le choix se fera de plus en plus soit de rejoindre une telle alliance, soit de renoncer entièrement à sa souveraineté nationale.

Le mouvement pour la paix ici est encore assez faible, et la question se pose de savoir si en cas de victoire des démocrates en novembre, le mouvement s’effondrera comme il l’a fait au temps d’Obama.

Quant au mouvement socialiste, un véritable mouvement socialiste ne fera son apparition qu’avec l’effondrement économique prochain, effondrement inévitable et de plus en plus proche, comme le prévoient de nombreux indicateurs économiques malgré, ou plutôt comme en témoigne la bulle boursière sans précédent.

Et c’est donc la tâche de ceux qui embrassent le marxisme-léninisme de se préparer, quoique peu nombreux pour le moment, à se renforcer idéologiquement afin d’être prêts à former le flot de jeunes qui seront à la recherche de leadership lorsque la crise économique arrivera. Et il faudra ignorer les sirènes de ceux qui, voyant la faiblesse et la fragmentation des différents partis «révolutionnaires», y compris certains qui se présentent comme marxistes-léninistes, appellent à les unir en une seule organisation, en dépit de leur différence s idéologiques cruciales.

De même, une tâche importante des vrais marxistes-léninistes, véritables représentants de la classe ouvrière, est de critiquer les diverses théories petites-bourgeoises à la mode sur le socialisme qui gagnent en popularité, l’une des plus populaires dont aujourd’hui est la confluence des travailleurs en coopératives avec un système socialiste.

On dit que Trump est fasciste, que son administration est fasciste. Il est vrai que les États-Unis sous Trump sont en marche vers un État fasciste à part entière. N’est-ce pas une raison suffisante pour voter pour les démocrates en novembre ? Le problème est qu’il existe différentes voies vers le fascisme. La route Trump en est une – mais les démocrates nous conduisent vers le fascisme en suivant une autre route. L’analyse communiste classique est que le fascisme et la guerre sont des jumeaux. En défendant un retour à la guerre froide et en critiquant la politique étrangère de Trump DE LA DROITE, si les démocrates nous entraînent dans une guerre majeure, le fascisme suivra sans aucun doute. De plus, le Parti démocrate, comme les sociaux-démocrates en Allemagne, sont un mince roseau sur lequel tenir pour empêcher le fascisme. En acceptant de nombreux prémisses du fascisme, de par leur soumission aux intérêts monopolistiques, y compris ce qu’on appelle le «complexe militaro-industriel», y compris ce qu’on appelle le «complexe militaro-industriel», s’appuyer sur les démocrates pour barrer la route au fascisme au lieu de construire notre propre mouvement antifasciste fort, est une invitation au désastre.

Entretien réalisé en anglais le 9 février 2020 – traduction www.initiative-communiste.fr


Initiative Communiste : For the Palestine, Cuba, the patriots and the progressives of Latin America, the Near East or Africa, woult it be much difference whether a “democrat” or a “republican” candidate is elected ?

J Kaye :  Both parties represent the U.S. ruling class and both pursue an imperialist, neoliberal agenda.  Both seek to maintain US world hegemony, although their tactics differ, as the Democrats seek to maintain its traditional allies as junior partners, what is called “multilateralism,” while Trump, certain of the overwhelming economic and military power of the US in relation to the ENTIRE world, has embarked on a policy of diktat and intimidation, even towards its former partners.

With regard to Palestine, the Trump Administration policy represents a leap forward toward the liquidation of any possibility of a viable Palestinian state.  But this is only a difference in tempo and not direction from Democratic Party and even former Republican Administrations, which had been content to encourage its slower but nevertheless steady erosion.

As for Cuba, there is a renewed attempt to strangle it economically, as opposed to the Obama policy of promoting an “opening,” facilitating more US travel to the island – but the Obama Administration aimed to use that liberalization to politically subvert the Cuban system.  The same objective, but more subtle.

In Latin America, under Trump there has been a step-up in the policy of regime change of Left governments.  But this is not unique to Trump.  One should remember that Hillary Clinton as Secretary of State under Obama, orchestrated a coup in Honduras.  And in the case of Bernie Sanders, who calls himself a Democratic Socialist, the most radical of the Democratic Party candidates, it is instructive that his main foreign policy adviser criticizes the Democratic Party for giving Juan Guaido a standing ovation at Trump’s State of the Union speech on the grounds that US coup-making in Latin America gives Russia an opening to move into “our hemisphere”  (shades of the Monroe Doctrine).

US operations in Syria are a continuation of Obama policy.  The intensification of threats to Iran are part of Neocon politics, part of the pro-Israel policy, which has engendered very little opposition from the Democrats.

Initiative Communiste : What is the situation of the workers and democratic’s movement, in social, cultural and politcal terms in USA ?

J Kaye :   The Left is in total disarray.  Marxism is considered to be generally discredited.  The experience of the formerly socialist countries is viewed as totally negative.  The relatively small number of self-styled revolutionaries are fractured among Trotskyists, Maoists, anarchists, and those around the Communist Party.  The majority of the Left are non-Marxists, essentially Left-liberals, supporters of Bernie Sanders who imagine that they, like he, are socialists.

Initiative Communiste : Is there a real policial issue, from the working class point of view, in the democrate party primary elections ?

J Kaye : The working class is still asleep.  The radicals, including self-styled Marxists, are basically middle-class (petty-bourgeois) who do very little in the way of addressing, much less organizing, the working class — and especially the working people of color – very little in the way of working to radicalize the consciousness of working people.  A lot of the Left maintain a eurocentrism (focusing on the needs and experience of whites) of which they have been guilty for many decades.  Militant African-Americans, in reaction to that Eurocentrism, espouse a narrow nationalism, also reflecting a middle-class orientation.  For many of them are the product of the economic and social gains made in the 1960s and 1970s, although their foothold in the middle class is becoming increasingly tenuous.  Latinos, many of whom are undocumented and therefore politically cautious, still see their circumstances as favorable here compared to the dire poverty and insecurity they faced in their countries of origin.  The vast majority are still chasing the “American Dream.”

One of the principal manifestations of the middle-class orientation of the various movements here is the inordinate influence of Academia, which in the absence of strong Left-wing parties, provides the theoretical guidance for political and social activists, especially given the high percentage of young people who go through the universities.  Rather than a class analysis, the Academy has produced the theory of “intersectionality” which is based on “identity politics” whereby race, class, gender, sexual orientation, and to a lesser extent age, physical and mental disabilities, etc., are all identities which are said to “intersect.”  Why they intersect is never explained.  And there is a “grand bargain” on the basis of which all the “identities may unite, with no one of these identities claiming priority.

Invariably, class is always dropped out of the discussion, and no one points out that it is capitalism that inextricably CONNECTS (not intersects) the various kinds of oppression and exploitation.  In general, Marxism is scorned as presenting a theory of class “reductionism.”

In addition to the overwhelming influence of Academic, there is the phenomenon of the NGO (non-governmental organization), which plays a much more important role here than elsewhere in the world.  We have thousands upon thousands of such groups with their thousands upon thousands of “Executive Directors” – their title proudly displayed on their business cards.  And the NGO’s over which they preside receive funding from foundations consisting of pools of money acquired from corporations and wealthy individuals (many of whose families have rather sordid histories).  These foundations, in turn, encourage the NGO’s to engage in single-issue “advocacy,” to whom the NGO’s, quite naturally, are beholden and to whom they report (not to the masses).  Of course the NGO’s are kept on a short leash so that just about every year they have to go begging to the foundations for enough money to keep them going for the next year.  I call the foundations the left arm of the ruling class, funding movements for the purpose of making noise, going through the motions of struggle, while not posing any serious threat to the status quo.

I am not conversant with the popular culture scene, except to say that Hollywood’s “blockbuster” movies, taking in hundreds of millions of dollars at the box office, are based on cartoon characters and/or super-heroes which cater to the emotional level of adolescents.  There is an incredible level of violence in film and TV, sometimes even approaching sadism, abetted by the ever more spectacular effects accompanying our technological advances.  And social media – the internet, smart phones, etc., have now replaced the reading of books, which is avoided like the plague even by university students who only read what is required to pass their courses.  The study of history has therefore suffered – and the history major (specialist) at the university has plummeted in terms of student choice to the least desirable of all specializations.  Naturally, social theory has suffered as a result.

Initiative Communiste : Do you think there are really democrate candidates who can carry a more favorable  alternative to the workers’ movement and to the camp of social progress and peace in the world ?

J Kaye : To properly answer questions about the various candidates in the Democratic Party, it is necessary to understand what the Democratic Party is, that it is the partner (as well as rival), of the Republicans – that there is a two-party SYSTEM, with each party carrying out its assigned role.  (I briefly discussed this in my book sent to you some time ago, pages 118-126.)  The function of the Democratic Party is to be the “lesser-of-the-two evils” for those whose political understanding has reached the level where there is an understanding that both parties are evil.  It therefore stands to the Left of the Republican Party, is more the party of liberal reform, generally less hawkish regarding military adventures (until the Trump Administration).  And its purpose is to prevent the formation of a true party of working and oppressed people.  So when people form a third party or contemplate voting for a third party, they say that this simply leads to the election of the Republicans.  But it is the theory of the lesser-of-the-two evils that is the greatest evil.  But today, there is even a question of whether they meet the standard of being the lesser-of-the-two evils given their greater belligerence to Russia and China than has been manifested by the Trump Administration and therefore the greater threat that they might trigger a war with those powers should they gain power.  It is the Democrats who take the lead in perpetrating the hoax that Russia has interfered with and continues to interfere with our “democracy, Russia who in the impeachment trial was declared by a Democratic Party leader to be the “greatest threat to our security and liberty.”  In fact, the Trump impeachment process could have been beneficial if the Democrats had used it to expose and condemn the Trump Administration’s ruthless, illegal and dangerous actions on a wide variety of issues.  They chose instead to narrow the impeachment grounds to Trump having betrayed US national security for purely personal and partisan advantage.  And how did he do this?  By holding back aid to the Ukrainians who were waging a lonely war against the Russian “aggressors” – (all this having come about, of course, through a US-orchestrated coup, with the assistance of local Ukrainian fascists, under the Obama Administration).  As for China, there is unanimity on its status as our “enemy” – the only difference being that the Democrats wish to confront China in a united front with our European allies, while Trump believes the US needs no allies.

It is no comfort to me that should the US plunge into a nuclear confrontation with Russia or China, or both, that it is the more liberal and reform-minded Democratic Party that will be presiding over our incineration.

The problem is that the Left is being distracted with the choice of this or that Democratic Party nominee, still being imprisoned in the theory of the lesser-of-the-two evils, when not succumbing altogether to the illusion that it is possible to bend the Democratic Party to their will, or even take it over.  The election campaign should be used as an occasion to EXPOSE the Democratic Party, to point out the dire necessity of setting in motion the creation of a new people’s party, a party of the working class, and especially the lower half of the working class which is made up overwhelmingly of African-American and Latino workers.  This means holding meetings, formal and informal, to discuss this need and to begin to outline the program of such a party, as well as its internal functioning.

Among the candidates, two are said to be on the Left:  Bernie Sanders and Elizabeth Warren.  Warren, however, is a staunch supporter of the funding needs of the Pentagon.  As for Sanders, his “socialism” consists of a number of liberal reforms which while cutting into the profits of the big corporations, in no way challenges their power.  Actually, in no way does he seek to undermine the System.  I listened to a long presentation by Sanders recently in which he confined himself to domestic issues, although there was one sentence in which he suggested that it would be more fruitful for the government to spend money on health care rather than the enormous sums currently allocated to the military.

Of course, should Sanders win the nomination (despite being opposed by the Democratic Party Establishment), he will be painted as a Communist, as he already has been.  And we will see the greatest orgy of red-baiting since the height of the Cold War.  But the fact is that even if Sanders were Lenin himself, and notwithstanding the enormous power of the office of the President, a power which, by the way, has been consistently expanding under both Democrats and Republicans, Sanders is but part of a huge apparatus that has the capacity to rein him in (or kill him a la Kennedy, if required).  But to reassure his colleagues in the party, he has pledged to support whichever nominee is chosen.  So he is absolutely committed to supporting the apparatus, the ruling class apparatus which is the Democratic Party.

How do you asses Trump’s firs term in social, polical, cultural and géopolitical terms ?

Answering this question with any degree of completeness would entail the writing of an entire book.  I had already described what Trump represents in the previous response to your inquiry about the Charlottesville events.  Trump’s record has confirmed that analysis.  While Trump’s domestic record has pleased the corporate and financial elite – tax reductions for the rich, deregulation along every front, his tactics regarding foreign policy, including foreign economic policy, have been worrisome to them because they represent a departure from the “multilateralist” foreign policy representing the Establishment consensus.  His trade policies have been much more aggressive – tariffs, threatened sanctions even on our partners – have caused a good deal of nervousness within the ruling class.  But seeing that Trump’s policy seems to have borne some fruit, has not resulted in the dire consequences they feared, the elite have increasingly warmed up to him and backed that policy – particularly regarding China.

Trump’s Administration has proven to be one of the most reactionary in history.  His personal narcissism, which borders if it does not cross the line into pathology, fits the arrogance of US imperial behavior.  That behavior, which as mentioned before, represents a departure from traditional US policy in its tactics and style, has been supported by a relatively small section of the ruling class who believe that given the overwhelming dominance of UD economic and military might, Washington has not swung its weight around in the world commensurate with its power.  Hence, a new and more aggressive policy of tariffs (against its partners as well as its “adversaries,” economic intimidation, sanctions, stepping up regime change efforts, as well as military aggressions which are characterized less by major troop deployments as the use of air power, missiles, drones, and Special Forces.  The new unilateralist doctrine is exemplified by the withdrawal from international arms control treaties (Iran, intermediate missile), the sabotaging of international institutions such as the UN and the World Trade Organization (WTO), threats against NATO, the EU, withdrawal from the Trans-Pacific Partnership, and insistence on carrying on economic and diplomatic relations on a strictly bilateral basis.  It is this new imperialist strategy that the Democrats object to, and not imperialism itself.

Domestically, Trump has given encouragement to the white supremacists, to anti-immigrant prejudice (which is a component of white supremacy, since the immigrants objected to are only those of color), has glorified the military and the police at every opportunity (raising suspicions about a possible attempted coup down the road), has strongly opposed the mildest attempts at gun control (which is, again, related to white supremacy, because it is really not about guns but being prepared for the race war that many of the white supremacists are sure is coming), and the final evisceration of the right of women to an abortion (reversing a past Supreme Court decision on Roe v. Wade).  And Trump, a climate change denier, continues to do everything in his power to support the fossil fuel companies, including the coal industry.

These are the policies that the Democratic Party should have been highlighting in their impeachment campaign, but they chose instead to largely downgrade them by focusing instead on Trump as a Putin puppet when he made some mild gestures toward a rapprochement with Russia, or at least a lessening of tensions.  The Democrats have incessantly demonized Russia, and rather than condemn US interventions around the world, divert attention to Russian “trolls” which allegedly are interfering in US politics, and which some Democrats have characterized as an “act of war.”

I have already described to some extent Trump’s foreign policy, of which you, undoubtedly, are quite aware.  He has placed himself firmly in the camp of the Neocons, those whose policy is firmly anchored in support of Israeli expansionism.  The result has been the heightening of international tensions, the danger of a world war, a war that would have cataclysmic consequences.  But what has also resulted from Trump’s policies is the creation of a powerful bloc against US imperialism, anchored in the strategic alliance between Russia and China, and gathering around them an increasing number of countries, a trend which will gather steam as the choice becomes increasingly stark of either joining such an alliance or giving up entirely their national sovereignty.

The peace movement here is still quite weak, and the question arises whether in the event of the victory of the Democrats in November, the movement will collapse as it did in the time of Obama.

As for the socialist movement, a genuine socialist movement will only spring up with the upcoming economic collapse, a collapse which is inevitable and soon in coming, as many economic indicators are predicting despite, or rather as evidenced by, the unprecedented stock market bubble.

And so it is the task of those who embrace Marxism-Leninism to prepare themselves, though few in number at the moment, to strengthen themselves ideologically so as to be ready to train the flood of young people who will be looking for leadership when the economic crisis arrives.  And it will be necessary to ignore the siren calls of those who, seeing the weakness and fragmentation of the various “revolutionary” parties, including some who style themselves as Marxist-Leninist, call for uniting them into a single organization, notwithstanding their crucial ideological differences.

And likewise, an important task of true Marxist-Leninists, true representatives of the working class, is to critique the various fashionable petty-bourgeois theories about socialism that are increasingly gaining traction, one of the most popular of which today is the conflating of worker co-ops with a socialist system.

It is said that Trump is a fascist, that his Administration is a fascist one.  It is true that the US under Trump is marching toward a full-blown fascist state.  Is that not reason enough to vote for the Democrats this November?   The problem is that there are different roads to fascism.  The Trump road is one – but the Democrats are leading us toward fascism along another road.  The classic Communist analysis is that fascism and war are twins.  By championing a return to the Cold War and criticizing Trump’s foreign policy FROM THE RIGHT, should the Democrats lead us into a major war, fascism will undoubtedly follow.  Moreover, the Democratic Party, as the Social-Democrats in Germany, are a thin reed to hold on to in order to prevent fascism.  In accepting many of the premises of fascism, in their subservience to monopoly interests, including what is called the “military-industrial complex,” to rely on the Democrats to bar the way to fascism instead of building our own strong anti-fascist movement, is an invitation to disaster.

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