Avec l’emballement des événements provoqués par l’attaque d’Israël et des USA contre l’Iran, le 28/02, une avalanche d’analyses se déverse notamment sur YouTube. Jacques Baud, Pepe Escobar, Glenn Diesen (et ses invités), Georges Kuzmanovic (avec Jacques Sapir), Thierry Meyssan nous proposent tous des réflexions remarquables, bien renseignées. Nous les remercions bien entendu pour ce travail précieux de recherche de la vérité et de partage, au péril de leur vie, confort matériel et carrière.
Cependant, de nombreux analystes vendent la peau de l’aigle avant de l’avoir plumé et n’apportent que peu de preuves vérifiables à leurs interprétations.[1]
On raconte, par exemple, que Trump aurait rejoint l’attaque sioniste contre l’Iran, car Netanyahou et le Mossad l’ont menacé de divulguer plus d’infos concernant les dossiers Jeffrey Epstein, ou encore que l’administration Trump a attaqué pour empêcher Israël d’utiliser une bombe nucléaire contre l’Iran, comme en juin 2025. En gros, l’administration Trump n’a pas de plans propres, ils réagissent, stupidement à court terme dans l’intérêt des sionistes, ce qui va provoquer la chute de l’impérialisme yankee. Pourtant, une autre interprétation des événements est possible et celle-ci est basée sur des preuves vérifiables. Nous reprenons ici les travaux de Brian Berletic et sa chaîne The New Atlas[2]. En se basant sur des textes accessibles, publiés par des cabinets de conseils à l’armée US, l’esquisse du tableau est toute différente. Cette attaque contre l’Iran est avant tout une attaque contre la possibilité d’avancées irrattrapables de la Chine sur les USA.
Depuis la première administration Trump, et l’exploitation du pétrole de schiste, les USA exportent du pétrole, et peuvent être autonomes en énergie. Par contre, la Chine, malgré tout ses efforts dans les domaines énergétiques (nucléaires, hydro, solaires,…), dépend pour environ 10% de sa consommation intérieure des importations de gaz et pétrole, provenant principalement de l’Asie de l’Ouest. Après avoir coupé l’accès au pétrole lourd vénézuélien, renforcé leur position sur le Nigeria, le Gabon, l’impérialisme USA tente le tout pour le tout en provoquant la destruction des capacités de production gazière, pétrolière (avec ses produits dérivés) de l’Asie du Sud-Ouest (ou Moyen-Orient). Certes, certains navires (notamment chinois) peuvent traverser le détroit d’Ormuz, mais les capacités de production sont en cours de destruction, donc les futures capacités d’exportation, vers la Chine ou ailleurs. Certes, la Chine s’est rapprochée de la Russie et des pipelines sont en cours de construction, mais ils sont eux-mêmes attaqués ainsi que les capacités de production russes par, soi-disant, les services ukrainiens (en fait avec des missiles de l’OTAN et leurs conseillers). Le pipeline du Myanmar est également soumis à des attaques. Les pays d’Asie du Sud-Est, principaux partenaires commerciaux de la Chine, sont soumis à des restrictions de consommation. Certes, la Chine dispose de réserves stratégiques importantes (environ 18 mois) et peut substituer en partie le pétrole plus ou moins lourd par des bio-carburants. Cependant, on ne peut pas affirmer que l’impérialisme USA, avec Trump comme porte-parole, ne le sait pas. Même si ce dernier ne lit pas beaucoup, il a suffisamment de conseillers aidés par l’intelligence artificielle pour le faire. Et les rapports pour conseiller ces derniers ne manquent pas et sont extrêmement précis. Ils savaient, au moins depuis 2009, que l’Iran disposait de forts moyens de riposte, dont filtrer le détroit d’Ormuz, et de bonnes capacités de production de missiles balistiques[3]. L’hypothèse d’une tentative de blocage maritime du pétrole contre la Chine est donc à prendre au sérieux, quitte à provoquer la destruction des vassaux qataris, saoudiens, israéliens, etc. D’ailleurs, de nombreux travaux sur ce sujet ont été réalisé, dont celui-ci : « A maritime oil blockade against China – Tactically tempting but strategically flawed » ( Un blocage maritime du pétrole contre la Chine – Tactiquement tentant mais stratégiquement faillible », publié en 2018 par le Naval War College Review[4]. Bien que cette recherche se concentre presque exclusivement sur la possibilité et les conséquences d’un blocage dans les détroits (ou chokepoints) d’Asie du Sud-Est, (voir carte p.8) et qu’il se conclut comme une mise en garde envers les décideurs de ne pas tenter ce blocage, il est pour le moins détaillé et nous donne des pistes d’analyses quant aux événements pouvant se produire dans cette zone du monde (détroit de Malcca et Lombok, Myanmar, etc). Il nous prouve en tout cas que l’administration des USA étudie depuis longtemps la possibilité d’un blocage maritime du pétrole envers la Chine.

Bien entendu, l’impérialisme des USA et leurs supplétifs ne sont pas non plus omnipotents. Leurs adversaires principaux (Chine, Russie, Iran, etc.) sont également bien renseignés et agissent en conséquence. L’attaque des USA et de leur proxy israélien pourrait bien entraîner leur défaite stratégique, à long terme. Mais restons prudents et ne sous-estimons pas nos adversaires principaux. Ils ont des plans écrits de longue date, que chaque administration poursuit, avec quelques variantes en fonction des évolutions, et surtout des variantes de communication. N’oublions pas qu’ils ont mis 40 ans pour obtenir ce qu’ils voulaient en Syrie. Ne prenons pas nos désirs pour LA réalité et appliquons les principes de base du matérialisme dialectique : analyser le monde dans son ensemble, son évolution et ses contradictions. Sans oublier, bien sûr, de chercher à le transformer, notamment en exigeant que l’armée française n’intervienne pas aux côtés des agresseurs.
Martin pour la commission économie et géostratégie
[1] Ce n’est pas le cas du professeur Franklin Nyamsi (surnommé Doctor Proof (preuve en anglais) par des centaines de milliers d’Africains) traité comme un vulgaire terroriste par le régime macroniste, qui a décidé de bloquer tout ses comptes bancaires pour cause de critique de laFrançafrique.
[2]https://www.youtube.com/watch?v=rFEQCEOZbnI
[3] https://www.rand.org/content/dam/rand/pubs/monographs/2009/RAND_MG781.sum.pdf
p.9 du résumé : « This reliance on asymmetric capabilities can threaten Western interests in a variety of ways, particularly on the naval front. Iran’s mining capability, antiship cruise missiles, and innovative “swarming” tactics could impede maritime access in the Strait of Hormuz. (See pp. 64–70.)
The Revolutionary Guard also possesses a significant arsenal of short- and medium-range ballistic missiles that can reach the small Persian Gulf states, Afghanistan, Israel, eastern Turkey, and most of Saudi Arabia. Although these missiles are currently inaccurate and thus have limited military utility, improvements in their range, ability to carry unconventional warheads, and accuracy would significantly enhance Iran’s ability to threaten large population centers, economic infrastructure, and military bases. (See pp. 65–66.) »
[4]https://digital-commons.usnwc.edu/cgi/viewcontent.cgi?article=1735&context=nwc-review





