Macron l’avoue : l’enjeu central de l’élection présidentielle (et le vrai vote utile), c’est le FREXIT (progressiste) !

En déplacement à Strasbourg le 12 avril 2022, Emmanuel Macron a lâché ce terrible aveu : « Je veux ici vous parler avec les mots du cœur, la conviction pour vous dire pourquoi cette élection est aussi un référendum sur l’Europe ». Quel dommage qu’aucun candidat ne l’ait saisi ! A commencer par Jean-Luc Mélenchon qui, en capitulant sur la question européenne par la substitution d’un incompréhensible et (surtout) inapplicable « opt out » à la stratégie de 2017 qui suscitait un « vote utile » d’adhésion sur la dialectique « l’UE, on la change ou on la quitte ! », a plombé la dynamique programmatique patriotique et populaire qu’il avait si bien construite en 2017.

Carbonisé aux yeux des classes populaires, et notamment des ouvriers et des employés qui, lorsqu’ils ont voté – car rappelons qu’un tiers des ouvriers s’est abstenu, ce qui constitue leur premier choix politique –, ont privilégié à plus de 35% le vote Le Pen, Emmanuel Macron, toujours aussi illuminé, croit détourner la colère populaire en brandissant le « risque » d’une sortie de l’UE qu’incarnerait Marine Le Pen. Peine perdue ! D’abord, parce que c’est oublier – et malheureusement, notamment à gauche, c’est oublié… – que 80% des ouvriers et des employés avaient rejeté la « Constitution européenne » le 29 mai 2005… ce qui n’empêcha pas l’oligarchie européiste (de l’UMP de l’époque au PS et à EELV notamment), trois ans plus tard, de valider le traité de Lisbonne qui, selon les dires de Giscard d’Estaing, reprenait le même texte pourtant démocratiquement rejeté. Ensuite, parce que selon « l’eurobaromètre publié en ce mois d’avril 2022, plus de 2 Français sur 3 ne font pas confiance à l’Union européenne » – et pour cause ! Enfin, et surtout, parce que contrairement à ce qu’affirment Macron ou l’illuminé Jacques Attali le soir même du premier tour, et comme elle ne le cesse de le répéter, Marine Le Pen NE VEUT PAS SORTIR DE L’UE – et c’est même son objectif !

 

Seulement voilà : à force de faire de la non-sortie de l’UE un totem – auquel a succombé malheureusement Jean-Luc Mélenchon, affirmant tout au long de sa campagne qu’il n’est pas Frexiter –, on finit par oublier que l’UE du Capital est clairement ciblée – et à raison ! – par les ouvriers, les employés, les salariés précaires, etc., comme l’une des grandes responsables de la destruction des conquêtes sociales, des services publics, des libertés démocratiques, etc. Après tout, n’est-ce pas Jean-Claude Juncker, ancien président de la Commission européenne, qui se vantait en 2016 que l’UE soit l’inspiratrice de la malnommée « loi Travail » ? N’est-ce pas l’UE du Capital qui ne cesse, à travers des « recommandations » ayant surtout des allures d’« eurordres », de pousser Macron à contre-« réformer » les retraites, comme c’était déjà le cas à partir de décembre 2019 ? Aussi, Macron, expert en pyromanie, joue-t-il un jeu terriblement dangereux en faisant de Le Pen une partisane d’un Frexit qu’elle ne désire pas ! Car quel meilleur moyen d’attirer à elle les ouvriers, les employés, les salariés précaires, etc., c’est-à-dire tous les travailleurs actifs et retraités victimes de l’euro-austérité perpétuelle depuis plus de 40 ans, qui veulent « dégager Macron » et qui, de plus, refusent de plus en plus la funeste « construction européenne » !

Car il faut que les choses soient claires une bonne fois pour toutes : non, Le Pen ne veut sortir ni de l’euro, ni de l’UE, ni de l’espace Schengen – condamnant déjà à l’avance sa politique démagogique et antihumaniste d’« expulsion massive » des migrants (notamment clandestins) –, ni même de l’OTAN (la guerre en Ukraine montre sa servilité à l’égard de Washington et de Bruxelles), et encore moins du capitalisme. Non, Le Pen n’est nullement une candidate patriote et populaire, mais la version xénophobe et fascisante de la même pièce européiste, atlantiste et capitaliste que Macron– qui, lui-même, réhabilite Maurras et Pétain et laisse ses ministres vociférer contre le « séparatisme musulman » (mais pas les euro-régionalismes séparatistes !) ou l’« islamo-gauchisme » qui serait plus important et dangereux que l’euro-fascisation… Cherchant à adouber l’européiste et les non moins européistes régionalismes, le vote Le Pen est un piège mortifère pour les travailleurs de France (étrangers mais aussi français) qui seront livrés à la merci de forces patronales qui n’hésitent pas à exploiter les travailleurs, notamment clandestins, avec le chantage du licenciement/expulsion.

 

Mais voilà : convaincu que la sortie de l’UE conduirait au nationalisme ou à la guerre – argument stupidement véhiculé par le PS, EELV ou le candidat PCF Fabien Roussel, et dont on voit les conséquences politiques cataclysmiques (avec, en prime, un divorce absolu avec les travailleurs, notamment la classe ouvrière) –, l’illuminé Macron fait de cet argument un angle d’attaque pouvant potentiellement se retourner contre lui, au moment où la haine et le rejet (légitimes) qu’il suscite ne cessent de s’accroître dans le pays. Il en est de même pour les médias aux ordres, européistes patentés et qui ont tout fait pour que ne soit pas évoquée la question européenne pendant la campagne présidentielle – il est vrai, bien aidé par des candidats dont aucun ne souhaitait le Frexit. Car une chose est certaine : le projet de Macron, porte-parole du bloc bourgeois euro-atlantique, est le plus cohérent pour défendre les intérêts de son camp, à savoir celui de l’euro-dislocation de la France et de la République une et indivisible dans l’« Empire européen » (Bruno Le Maire), l’euro-démantèlement du « produire en France », l’euro-destruction des services publics (appelés « services d’intérêt économique général » pour favoriser la privatisation à l’échelle européenne) et des conquêtes sociales, l’euro-arasement des libertés démocratiques, etc. ; en somme, l’aggravation de l’exploitation capitaliste.

Et Le Pen dans tout cela ? Une alternance à… la continuité européiste, atlantiste et capitaliste. Mais une alternance qui démultiplierait la violence fascisante en France, notamment en laissant se déchaîner tous les nervis fascistes et néo-nazis exprimant déjà leur haine et leur violence au quotidien (menaces de mort contre des permanences PCF et CGT, envers Jean-Luc Mélenchon et d’autres ex-« insoumis », contre des travailleurs étrangers, contre des citoyens et étrangers de confession musulmane, etc.). Et avec un risque politique terrible : celui que Le Pen, bien loi de susciter un rejet massif, détourne la colère populaire légitime des travailleurs vis-à-vis de l’oligarchie euro-atlantique contre les travailleurs étrangers et/ou de confession musulmane, comme l’a fait son ami Viktor Orban en Hongrie, pseudo-« patriote » compensant sa servitude envers Bruxelles, Francfort, Berlin et Washington (après tout, la Hongrie est bien toujours membre de l’OTAN depuis l’accession d’Orban au pouvoir en 2010 !) ainsi que sa politique antipopulaire et antisociale par la traque xénophobe et haineuse. Ce qui n’empêche pas malheureusement Orban d’avoir remporté une quatrième fois les élections législatives…

 

Voilà pourquoi le Pôle de Renaissance communiste en France (PRCF) appelle tous les travailleurs en colère, et particulièrement les ouvriers et les employés, à délégitimer au maximum le scrutin du 24 avril verrouillé par l’oligarchie, ce qui implique de ne pas voter pour Le Pen, la face xénophobe et fascisante de la même politique euro-atlantique. Pour autant, il ne saurait être question d’apporter le moindre soutien à Macron, qui constitue le meilleur carburant de la fascisation et certainement pas un « barrage antifasciste » comme l’affirment pitoyablement les Hidalgo, Jadot et autres Roussel à qui il ne reste qu’un argument totalement dévoyé quand il sort de leur bouche – eux qui ont passé leur temps à davantage taper sur Mélenchon que sur l’extrême droite lepéno-zemmourienne ces derniers temps.

Il eut cependant été beaucoup plus facile de mener ce combat antifasciste si, au-delà du simple appel à un « vote utile » (50% des votants ont soutenu Mélenchon « faute de mieux ») masquant des capitulations programmatiques majeures comme l’abandon de la sortie potentielle de l’UE, la défense de la République une et indivisible (en cédant ainsi à la pression des nationalistes corses), l’objectif central de la réindustrialisation, la lutte contre le globish qui n’est pas de la « créolisation » mais un asservissement, etc., ledit « vote utile » avait également été un vote d’adhésion programmatique patriotique et populaire, comme cela fut le cas en 2017 – ce qui avait d’ailleurs permis d’affaiblir réellement Le Pen, désormais aux portes du pouvoir et toujours dominante dans la classe ouvrière (après l’abstention). Car un tel appel sans radicalité et cohérence politique – que valent les promesses d’augmenter le SMIC si on ne maîtrise par la politique monétaire ni la politique budgétaire, par définition inchangeables dans le cadre de l’UE ? – nourrit, indirectement, la bête immonde perçue faussement par des travailleurs en colère comme le seul vote utile contre Macron. Combien il eut été plus facile de détourner cette colère populaire légitime d’une telle faussaire si la ligne de 2017 – « l’UE, on la change ou on la quitte ! » – avait été maintenue. Car l’argument sérieux du « barrage antifasciste » ne peut se suffire à lui-même sans clarifier les positionnements politiques : fervent admirateur de Mitterrand dont il se réclame, Mélenchon aurait dû se rappeler que son mentor expliquait en 1983 qu’il était « face à un dilemme : la construction européenne OU la justice sociale ».

 

Tant que les forces de gauche (ni le PS, ni EELV, de DROITE) refuseront d’aborder sérieusement le débat sur l’Union européenne (non pas une petite divergence comme le sous-entendait encore Ian Brossat le lendemain du premier tour de l’élection présidentielle, mais un enjeu CENTRAL pour un projet de rupture avec le capitalisme !), tant que les « accords d’appareil » pour des élections avec EELV et le PS perdureront, tant que l’on refusera de voir que l’UE est un ENJEU DE CLASSE et qu’il est impossible de « réformer l’UE » fascisante, le monde du travail sera condamné à vivre encore des scénarios cauchemar comme le 10 avril 2022. Disparition dans l’ordre capitaliste euro-atlantique (qui pousse à la guerre exterminatrice contre la Russie, en attendant la Chine ?) ou franche rupture avec l’UE atlantique du Capital par le FREXIT PROGRESSISTE et la nécessaire construction d’une Alternative Rouge et Tricolore au service de la souveraineté populaire et de l’indépendance nationale : il faut choisir, et VITE !