Eurofascisation et la répression anticommuniste : retour sur les prises de parole en solidarité avec le KPP devant l’ambassade de Pologne à Paris.

4 mars 2020 en à nouveau les journalistes de Brzask sont convoqués devant un tribunal politique et risquent de lourdes peines de prison. Un procès politique qui s’inscrit dans la campagne de chasse aux sorcières et de répression des communistes polonais, dans la droite ligne de l’interdiction du parti communiste polonais, le , par le régime d’extrême droite du PiS. Un régime directement issu de la contre-révolution, qui menace, avec les communistes, l’ensemble des droits démocratiques et au- delà humains. N’est-ce pas ce même régime qui s’en prend violemment aux femmes et aux homosexuels ? Ce régime eurofascisant qui s’attaque aux communistes, allant dans sa fuite en avant révisionniste, jusqu’à démolir les monuments aux morts de la résistance communiste et de la libération par l’Armée rouge de l’Europe du nazisme. Débaptisant les rues et places du pays malgré l’opposition populaire.

Répondant à l’appel à la solidarité internationale et antifasciste que viennent de lancer à nouveau les communistes polonais, le PRCF et les JRCF ont pris l’initiative d’une prise de parole de solidarité devant l’ambassade de Pologne à Paris le samedi 29 février 2020. Non, les camarades polonais ne sont pas seuls. Non, le fascisme ne s’installera pas à Varsovie dans le silence.

Pour le PRCF, secrétaire de la commission internationale et ont pris la parole, ainsi qu’une jeune camarade des JRCF.

Annie Lacroix-Riz, historienne, a également procédé à un rappel des faits historiques, de même que Bruno Drweski, universitaire, spécialiste des pays de l’Est.

Un camarade polonais est venu apporté son témoignage contre la répression.

Les prises de paroles en vidéo

Le discours de Gilda Landini pour le PRCF :

La Pologne offense la Résistance en France !

Comme l’écrivait Churchill : il ne faut pas confondre le gouvernement et le peuple polonais ! Il écrivait dans ses « Mémoires » :

« Les plus courageux des plus courageux ont trop souvent été conduits par les plus infâmes des infâmes ! Et pourtant, deux Pologne ont toujours existé : l’une s’est battue pour la vérité et l’autre a rampé dans la bassesse. ”

Annie Lacroix-Riz vient de vous parler de ceux que Churchill appelait « la hyène polonaise », je voudrais moi vous parler de tous ceux que ces infâmes personnages – ainsi que tous ceux qui aujourd’hui se réclament d’eux pour mener le même type de politique fascisante – outragent : ces gens d’origine polonaise qui ont vaillamment combattu dans les rangs de la Résistance en France ! Ces étrangers et nos frères pourtant qui sont « morts pour la France » !

À la veille de la deuxième Guerre mondiale, environ 500 000 Polonais vivaient en France. Une majorité d’entre eux étaient des ouvriers. En effet, à la fin de la 1ère Guerre mondiale, la France ayant besoin de main d’œuvre pour la reconstruction du pays fit venir des dizaines de milliers de Polonais en particulier dans le Nord de la France, principalement dans les mines et les usines.  Ils vécurent là ce que vivait le prolétariat français : une vie rude de travail harassant.  Mais ils purent aussi se mêler par leur travail à la classe ouvrière française. Si par peur de l’expulsion une grande majorité observait une prudente réserve, il en est qui, ayant fui la Pologne fascisante et antisémite des colonels du fait de leur idéal communiste ou de leur judaïsme, ne renoncèrent pas à leurs combats politiques et syndicaux. Contraints de quitter leur terre natale, ils furent pour la plupart d’entre eux les flambeaux de la lutte antifasciste en France.

Pour ces gens-là, la France c’est la Terre des droits de l’Homme, de la Révolution, de la démocratie, le seul pays au monde au monde qui porte sur les frontons de ses monuments publics « Liberté, égalité, fraternité », toutes ces valeurs bafouées hier et aujourd’hui en France et en Pologne ! Et c’est bien pourquoi, ils avaient « un double patriotisme » : celui de leur pays d’origine opprimé, écrasé sous la botte fasciste et celui de leur patrie d’adoption : la France.

Les combats mortels dans lesquels ils se lancèrent dès l’aube de la 2ème Guerre mondiale sont porteurs de ces idéaux universels. Savez-vous que dès 1936, pendant la guerre d’Espagne, plus de 3000 volontaires d’origine polonaise, communistes ou non, participèrent aux combats républicains au sein des Brigades internationales et que ce gouvernement infâme d’aujourd’hui ose non seulement les qualifier de « traîtres et de criminels » mais a effacé les noms d’une rue et d’une école à Varsovie à la mémoire des anciens de la brigade Jaroslaw Dombrowski (officier polonais mort sur les barricades lors des combats de la Commune de Paris) !!! Le gouvernement actuel polonais marchant sur les traces de ses ancêtres, emprisonne les communistes. Alors qu’en Estonie les anciens SS font l’objet d’hommages officiels répétés sans que l’Union européenne n’y voie rien à redire !!!

Alors qui sont les « plus infâmes des plus infâmes » ? Qui sont « les plus courageux des plus courageux » ?!

En réalité, ces membres des Brigades internationales constituèrent le fer de lance de la résistance armée française durant la guerre. Tout d’abord au sein des sections clandestines de langue étrangère : la MOI (main d’œuvre immigrée). Parmi les principaux dirigeants (au gré des arrestations, des déplacements), on rencontre des personnalités que ceux d’aujourd’hui voudraient oublier : ainsi à Paris, Louis Gronowski, juif d’origine polonaise arrivé en France en 1929, après avoir connu les prisons de son pays natal et suivi un long périple ; Jacques Kaminski, un autre juif d’origine polonaise qui lui aussi était arrivé France en 1930 afin d’échapper à une arrestation en Pologne et enfin Adam Rayski : encore un juif d’origine polonaise immigré en France en 1932 qui a lancé un quotidien en yiddish : la Naïe presse : la Presse nouvelle.

Je vous ai cité ces trois-là, car tous les trois sont retournés en Pologne après la guerre et ont participé, chacun à sa façon, à faire vivre la Pologne populaire. J’aurais pu vous parler aussi d’Henri Krasucki, déporté en 1943 vers à Auschwitz puis Buchenwald comme sa mère et son père. Son père n’en reviendra pas.

Je voudrais maintenant vous parler de ceux dont les noms, effacés de la mémoire officielle de la Pologne et de la France, résonne à nos oreilles avec bien plus de force et de gloire que ceux de tous ces fascistes qu’on voudrait nous imposer aujourd’hui dans une histoire falsifiée qui n’est rien de moins qu‘une épouvantable contrefaçon historique !

Contrairement à la POWN (l’organisation polonaise de combat pour l’indépendance) qui rassemblaient des troupes en attendant le jour J et faisait beaucoup de renseignement et propagande – surtout anticommuniste d’ailleurs – ces juifs communistes d’origine polonaise ont choisi le plus risqué : la lutte immédiate contre l’occupant et ses valets vichystes.

Ils le firent d’abord au sein de l’OS : l’organisation spéciale créée par le PCF dès 39 pour protéger les imprimeries et les camarades pourchassés par la police française puis au sein des FTP-MOI : Francs-tireurs et partisans de la main d’œuvre immigrée créés par le Parti Communiste français en mai 1941. Connaissez-vous les noms des bataillons de ces valeureux combattants étrangers ? À Lyon : Carmagnole ; à Grenoble : Liberté ; à Marseille : Marat ; dans la Drôme : Le Chant du départ ; et à Toulouse la 35ème Brigade devint à la Libération le bataillon Valmy.  Ces hommes et ces femmes ont défendu les valeurs universelles portées par la Révolution française !

Ils eurent à leur actif des centaines d’actions contre les voies de communication (déraillements), les locaux et les militaires allemands, particulièrement le général SS Julius Ritter chargé de la déportation des ouvriers français en Allemagne (STO) qui fut exécuté par le groupe dit de l’Affiche Rouge le 23 septembre 1943.

Puisque je parle de l’Affiche rouge, je voudrais vous rappeler les noms des 9 hommes d’origine polonaise qui figurent sur la liste des 23 fusillés de l’Affiche rouge, ceux dont

Les portraits sur les murs de nos villes
Noirs de barbe et de nuit hirsutes menaçants
L’affiche qui semblait une tache de sang
Parce qu’à prononcer vos noms sont difficiles
Y cherchait un effet de peur sur les passants

Marcel Rayman, Maurice Fingerweig, Wolf Wasjbrot, Léon Goldberg, Stanislas Kubacki, Willy Schapiro, Robert Witchitz, Szlama Grzywacz, Jonas Geduldig. Ces héros qui donnèrent leur cœur avant le temps, ces héros qui criaient LA France en s’abattant furent et restent la gloire de la Résistance en France !

Mais à l’heure du couvre-feu des doigts errants
Avaient écrit sous vos photos MORTS POUR LA FRANCE
Et les mornes matins en étaient différents

Le commandant en chef des FTP de la région parisienne, arrêté avec Missak Manouchian en novembre 1943, Joseph Epstein est lui aussi né dans une famille juive en Pologne. Lui aussi a été obligé en 1931 de fuir le terrible régime répressif de Pilsudski et vient terminer ses études en France. À l’âge de 25 ans, il s’engage dès juillet 36 en Espagne avant même la création des Brigades internationales et est grièvement blessé. En 1939, à son retour en France, il est enfermé dans l’un des camps de la honte ouverts par le gouvernement de Daladier, celui de Gurs dans les Basses-Pyrénées. Vous rendez-vous compte ?  un député de droite Jean Ybarnégaray demanda à ce que les Brigadistes en tant qu’agents du Komintern soient fusillés par groupes de 50 !!!

Epstein s’en évade à l’été 39. Mais il ne s’enfuit pas se planquer en Amérique comme la grande politologue autoproclamée chérie de nos historiens et nos médias : Hannah Arendt qui avait séjourné très peu de temps dans ce même camp (c’est celle qui a conceptualisé la théorie de nazisme = communisme). Au contraire, il s’engage dans la légion étrangère pour combattre les nazis. Il est fait prisonnier et envoyé dans un stalag près de Leipzig.

Il réussit à s’enfuir, revient en France et organise les groupes de sabotage créés par la CGT. En février 43, il devient le commandant en chef des FTP de la région parisienne sous le nom de colonel Gilles.

C’est lui qui met en place la tactique de combat qui va permettre aux FTP et FTP-MOI d’obtenir des résultats exceptionnels. Arrêté avec Missak Manouchian le 16 novembre 1943, il est épouvantablement torturé durant un mois sans lâcher un seul nom, même pas le sien, et il est fusillé au Mont Valérien le 11 avril 1944 enterré sous un faux nom.

Voilà l’un de ces noms dont les Polonais pourraient être fiers ! Bien plus que tous les Pilsudski ou les Beck, les frères Kaczynski, les Morawiecki de Pologne.

Un mot sur un jeune combattant, lui aussi juif d’origine polonaise : Simon Fryd : il avait 21 ans. Il a participé courageusement à bon nombre d’opérations du bataillon FTP-MOI Carmagnole à Lyon en tant que chef de groupe puis responsable technique. Arrêté par la police française en mai 1943, il fut guillotiné le 4 décembre 1943, sur ordre de Faure-Pinguely, juge des tristement célèbres sections spéciales dans la cour de la prison Saint-Paul de Lyon. Lorsqu’il monta sur l’échafaud, il refusa d’être menotté et dit à ses gardiens : « je vais vous montrer comment sait mourir un jeune communiste et il s’allongea tout seul sous le couperet ». La prison toute entière entonna alors la Marseillaise puis l’Internationale. Ils n’étaient pas tous communistes pourtant ces prisonniers, mais ce chant révolutionnaire était un véritable défi lancé aux bourreaux nazis et leurs comparses français. Une semaine après, les camarades de Simon Fryd l’ont vengé en exécutant Faure-Pinguély.

J’aimerais terminer par une femme, car il y avait des femmes qui ont combattu au sein des FTP-MOI, juive d’origine polonaise elle aussi, inconnue mais extraordinaire : Hélène Kro. Elle aussi faisait partie des FTP-MOI parisiens. Elle élevait seule son enfant car son mari avait été fait prisonnier de guerre. Le 24 décembre 1942, elle fut arrêtée par la police municipale avec deux camarades à la sortie du métro Alésia. Transférée à la Brigade spéciale BS2 qui était spécialisée dans la lutte contre les communistes. Les inspecteurs l’emmenèrent pour perquisitionner son logement au 4è étage. En entrant elle courut et se jeta par la fenêtre pour ne pas trahir ses camarades.

Son nom est gravé avec 239 autres – dont le père d’Henri Krasucki, Izaak – à l’intérieur de la Bourse du travail avec cette épitaphe de Paul Éluard : « Lorsqu’on ne tuera plus, ils seront bien vengés et ce sera justice ».

Mais de quelle justice est-il question aujourd’hui alors que tout recommence ? On arrête de nouveau les communistes en Pologne, l’antisémitisme repart de plus belle, la justice est bafouée. Ce gouvernement polonais insulte la mémoire de tous ceux qui combattirent pour la liberté et la fraternité ! Que ce soient les résistants morts sur le sol de France ou que ce soient les Russes qui se sont sacrifiés pour que les Polonais ne deviennent pas les esclaves du Reich auquel « les plus infâmes des infâmes, rampant dans la bassesse », avaient ciré les bottes noires !!!

Honte à tous les nouveaux Pildsuski qui bafouent ces hommes et ces femmes à qui on devrait élever des monuments tant en France qu’en Pologne ! Honneur à ces résistants grâce auxquels la France a longtemps vécu libre, démocratique, indépendante et souveraine ! Nous ne laisserons pas ternir leur mémoire et nous nous battrons à notre tour pour que ces hyènes tombent dans les poubelles de l’histoire d’où elles n’auraient jamais dû sortir !

l’appel des JRCF à la mobilisation contre l’Eurofascisation

Nos camarades polonais sont une fois de plus poursuivis pour avoir écrit dans leur journal un article en faveur de la Pologne populaire. Le Parti communiste polonais risque une fois de plus l’interdiction après un acquittement l’année dernière. Il nous faut rappeler que ce n’est pas le seul exemple de répression en Pologne : ainsi, il y a un an le militant souverainiste Mateusz Piskorski a été libéré sous caution après trois ans de prison sans acte d’accusation, ni jugement, un comble pour un pays qui se considère comme une démocratie.

En vérité, le gouvernement polonais active à fond l’article 256 du Code pénal, amalgamant nazisme et communisme, pour mieux redorer le blason du premier et ternir le bilan du deuxième, car il sait que la mémoire de la Pologne populaire reste positive pour beaucoup de gens, malgré les insuffisances du socialisme polonais, en ce qu’elle permettait un vie digne impossible en régime capitaliste.

Cette répression des communistes trouve un écho au Parlement européen depuis qu’en septembre 2019 celui-ci a voté une résolution sur le totalitarisme, et pour cause la résolution s’inspire largement de la Pologne ! Ce texte dit combattre nazisme et communisme sous un même élan, celui de la lutte contre le totalitarisme. Par ce texte qui n’a pas de force obligatoire, on incite les gouvernements à proscrire les partis et les symboles communistes, dont les simples t-shirts du Che. Le texte est bien tourné contre les communistes car là où des gouvernements appliquent ce genre de prescription, comme en Pologne, une tolérance plus grande est manifestée à l’égard des groupements fascistes et de leurs symboles.

La situation est donc alarmante pour les communistes et dépasse la simple situation polonaise. Cet galopant visant aussi les États baltes, où le ministre de l’un de ces pays vient de déclarer la Waffen SS comme fierté nationale, fait partie d’un cadre de fascisation plus large.

Une fascisation du monde avec un impérialisme d’autant plus destructeur qu’il est de plus en plus en perte de vitesse, comme on le voit avec le coup d’État de nature fasciste en Bolivie, mais aussi avec la montée de l’extrême-droite en Europe, comme en Allemagne avec les événements récents et en Ukraine toujours en proie aux héritiers de Stepan Bandera.

Fascisation aussi de notre pays, pour ceux qui ne verraient pas les signes de ce processus :

  • Comment voir autrement les mutilations infligées aux Gilets jaunes et l’absence de poursuite des policiers fautifs ? Comment voir autrement l’assassinat d’une vieille femme et d’un jeune par la police quand ceux-ci ne donnent lieu à aucun procès ni même enquêtes sérieuses ?
  • Comment voir autrement les poursuites judiciaires contre les syndicalistes et les Gilets jaunes, menant à de la prison ferme pour certains ?
  • Comment voir autrement la répression coloniale dans les manifestations anti-Chlordécone en Martinique, qu’elle soit policière ou judiciaire ?
  • Comment analyser autrement qu’avec suspicion le rapport du gouvernement de juin 2019 recommandant de considérer les « anarchistes », les « végans », les « antisionistes » et autres comme semblables à des djihadistes ?
  • Comment justifier dans un État qui fait leçon de démocratie au monde entier que nous puissions promulguer un décret pour permettre à la gendarmerie la constitution d’un fichier sur les opinions politiques d’une personne, son appartenance sexuelle et son origine raciale, et pouvant être transmis aux maires et aux préfets ?

La période est grave et porteuse d’un grand malheur, mais là où les forces de la réaction s’agrandissent, apparaissent aussi les moyens de conjurer le danger. Ce moyen, c’est la reconstruction d’un large Parti de combat des prolétaires, un Parti communiste, combattant résolument contre les ferments de la fascisation actuelle : l’UE, l’euro, l’Otan et le capitalisme. Un Parti accompagné par un large front antifasciste, patriotique et populaire des forces progressistes, afin de terrasser la bête immonde. C’est pour cette raison que nous appelons d’ores et déjà à des prochaines actions le 2 mai, pour les 6 ans de l’incendie criminelle de la maison des syndicats d’Odessa, et le 8-9 mai pour un hommage à la victoire sur le nazisme.

http://jrcf.over-blog.org/2020/03/non-a-la-repression-anticommuniste-en-pologne.html