Euro-Balkanisation, la réaction en chaîne est lancée – par Georges Gastaud …

Avec les prochaines élections européennes – dont nous appelons au boycott- et la signature du traité d’Aix-la-Chapelle, nous décidons de ressortir un article de notre secrétaire général et philosophe , au sujet de la des États de l’, paru en 2014 sur le site Initiative communiste


Sans être immédiatement audible tant cela paraissait gros, le PRCF a joué son rôle habituel de lanceur d’alerte (dans l’horrible langue de bois de la lutte des classes on eût dit : son rôle d’AVANT-GARDE) ; depuis des années, nous avons en effet montré que les ainsi-dites « réunifications » de l’Europe et de l’Allemagne consécutives à la disparition du camp socialiste se traduiraient tôt ou tard par l’éclatement des Etats-nations qui se sont formés dans la foulée de la Révolution française et du Printemps des peuples de 1848. Nous avons mis en avant le concept d’euro-balkanisation, tant le « modèle » balkanique qui fut testé lors de la division de la Yougoslavie en micro-Etats ethniques contrôlés par l’U.E.-O.T.A.N., est en passe de se généraliser aujourd’hui (même si POUR LE MOMENT, la violence extrême de l’éclatement yougoslave n’est PAS ENCORE à l’ordre du jour). Le PRCF a également signalé le rôle de l’ARME LINGUISTIQUE dans cet éclatement, avec en particulier la Charte européenne des langues minoritaires et régionales : sous le parrainage écrasant du tout-globish dévorant les langues nationales, il s’agit d’ethniciser les citoyennetés nationales et, s’agissant de la France, de liquider la République une, laïque et indivisible qui reste le support institutionnel des acquis nationaux des travailleurs.

Affiche UE casse FRANCE

Alors que nous approchons des référendums écossais, catalan et basque (et plus si affinité…), certains commentateurs de la gauche bien-pensante, qui ne prévoient l’éclipse que lorsqu’il fait nuit à midi, se demandent gravement si « l’ que nous aimons » (près de 60% d’abstentions aux européennes sur l’ensemble du sous-continent…) ne va pas entrer dans la zone des tempêtes : que va devenir notre belle «  unie » avec l’émergence chaotique d’une «  des régions » en passe de remplacer les PAYS constitués au prix de mille années de luttes sociopolitiques ?

Et en effet, que se passera-t-il si le Royaume-(Dés-)Uni, dont tant de jeunes bien de chez nous arborent fièrement l’Union Jack (à moins qu’ils ne lui préfèrent le Stars and Stripes yankee…), perd l’Ecosse, et dans la foulée, le Pays de Galles ? Qu’adviendra-t-il si l’Espagne explose avec l’accès à l’indépendance (sic) de l’Euro-Catalogne et de l’Euro-Euzkadi… dans le cadre de l’Europe supranationale ? Que deviendra l’Italie si, mise en appétit par l’indépendantisme catalan, la « Padanie » du xénophobe Bossi prend congé de la pauvre Italie méridionale les riches plaines du Nord, pour s’arrimer à la riche Europe germanique, comme c’était le cas quand Milan dépendait directement de Vienne ? Qu’adviendra-t-il, y compris dans le Nord de la France, si la Flandre ex-belge, où les Wallons et autres « rats » francophones sont déjà discriminés, vont au terme de leur logique d’ « évaporation de la Belgique » et de persécution de la langue française ?

affiche du PRCF de 2005 pour le non à toute constitution européenne

affiche du PRCF de 2005 pour le non à toute constitution européenne

Au fond, il ne s’agirait jamais que de faire dans d’AUTRES pays voisins de l’Allemagne, ce que cette dernière a brillamment obtenu quand elle a lancé de facto la Guerre de Sécession yougoslave en reconnaissant unilatéralement l’indépendance de la Croatie, à l’unisson de « saint » Jean-Paul II. Ou quand les grands amis de Berlin obtinrent que la Tchécoslovaquie, unifiée sous une forme fédérative à l’époque du régime socialiste, s’est scindée en deux petites parties si faciles à dominer, et cela, sans même un semblant de consultation populaire…

Bref, en géopolitique aussi, « rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme ». L’unification des uns – la R.F.A. capitaliste et néo-impériale, la Grande U.E. de Maastricht chapeautée par l’OTAN, et maintenant l’Union Transatlantique exigée d’une même voix par Obama et par le MEDEF (manifeste « Besoin d’aire », déc. 2011) – provoque nécessairement la division des autres : celle du camp socialiste européen, celle de la Fédération soviétique dont les Républiques baltes ont été prestement annexées par l’OTAN, celle des Républiques socialistes multinationales yougoslaves et tchécoslovaques, celle des Etats européens affaiblis et dissouts par trente années de « construction » européenne et de néolibéralisme thatchérien…

La signification de classe de cette réunification-éclatement n’est pas douteuse. Déjà à l’époque de la prétendue « perestroïka » (le nom de code gorbatchévien de la restauration contre-révolutionnaire du mode de production capitaliste), c’étaient les Républiques baltes, de loin les plus riches de l’ex-URSS, qui avaient réclamé leur séparation, pour ne plus payer pour les Républiques pauvres d’Asie centrale. Même refrain quasi-raciste chez Eltsine, le chef de file antisoviétique des nationalistes russes qui ne voulaient plus payer pour les « Asiates ». A l’inverse, lors du référendum organisé en 1990 par Gorbatchev sur le maintien de la Fédération des républiques soviétiques, 90 % des citoyens soviétiques du « Sud » avaient voté pour le maintien du lien fédéral (56% seulement des Russes), 76% des Soviétiques se prononçant pour la continuité de la Fédération soviétique ; ce qui n’avait pas empêché un an plus tard les présidents autoproclamés des « Républiques souveraines » russe, ukrainienne et biélorusse de proclamer A TROIS, sous les vivat de l’Occident « démocrate », la forclusion de l’URSS !

Aujourd’hui, les riches bourgeoisies de Barcelone, Milan ou Bilbao, ne veulent plus « payer pour les pauvres » : mieux vaut alors dévier contre « Madrid » ou contre « Rome la voleuse » (ou « Paris » !) la colère des populations pressurées par l’euro-austérité « diktée » par….  Berlin ! En Flandre de même, c’est la grande bourgeoisie américanisée et pro-germanique d’Anvers (« nazie pendant les guerres et catholique entre elles », disait d’elle J. Brel) qui veut l’euro-indépendance dans le but hautement progressiste de saquer la Sécurité sociale belge qui forme le socle commun des trois parties de la Belgique actuelle.

Et la France dans tout cela ? Elle prend aussi un chemin inquiétant : celui de l’euro-décomposition républicaine. Deux dispositifs sont mis en train par les gouvernements successifs du « P.M.U. », le Parti Maastrichtien Unique composé du PS, de l’UMP, de l’UDI et soutenus sur ce plan par Europe-Ecologie/Les Verts et par leur Messie européen, Daniel Cohn-Bendit :

  • La contre-réforme territoriale, qui veut substituer au triptyque républicain hérité de 1789/95 « communes/départements/Etat national» le quadrige impérial composé des euro-métropoles, des euro-régions (éventuellement « transfrontalières »), de l’Europe fédérale dirigée par Berlin et de l’Union transatlantique voulue par Washington et portée par ses caniches, les chefs des ex-Etats « postcommunistes » d’Europe de l’est, Pologne cléricale en tête.
  • La charte européenne des langues, qui vise à « désétablir » de facto le français dans nombre de « territoires » en le mettant en compétition avec la langue régionale « co-officielle » (breton, corse, occitan, etc.) ; ainsi déstabilisé, le français subirait encore plus qu’aujourd’hui l’invasion et la domination du tout-anglais qui, de fait, prévaut déjà dans tous les domaines où se jouent le pouvoir, la richesse ou le prestige (affaires, commerce, recherche, mais aussi publicité, chanson, cinéma, enseignes commerciale, nomination des nouveaux « produits »…) ; pris en tenaille entre le Raminaglobish du tout-anglais transatlantique – qui est déjà la langue officieuse unique de l’UE – et les langues « de territoire » brandies comme des étendards par les euro-séparatismes, bonnets « rouges » du patronat breton en tête, que restera-t-il de la langue nationale sous l’égide de laquelle s’est construite l’unité étatique et territoriale de la nation française depuis Du Bellay et François 1er? Que restera-t-il surtout de la notion de « territoire national » quand le « socialiste » Huchon himself explique dans son livre De battre ma gauche s’est arrêtée (on ne le lui fait pas dire !) que la région francilienne n’a plus que faire… de la France et qu’elle veut traiter directement avec Bruxelles ? Que restera-t-il enfin des acquis populaires de 1945, 1936, 1905 (Sécurité sociale nationale, SMIG national, diplômes, qualifications et conventions salariales nationales, statut de la fonction publique, minima sociaux nationaux, Education nationale, services publics nationaux et « territoriaux») quand tout cela aura passé par l’essoreuse de la concurrence libre et non faussée entre régions habilitées à moduler la loi nationale, à porter la politique économique et à rivaliser dans le mieux-disant patronal (subventions publiques au patronat local…) et dans le moins-disant social ? Que restera-t-il de ce mouvement ouvrier national qui, hélas, défend aujourd’hui si peu LA NATION, alors que, sans l’unificateur du français (premier service public de France !) et de l’unité territoriale, le « tous ensemble et en même temps » du monde du travail sera encore plus difficile à construire demain ?

D’autant que cette décomposition linguistique, institutionnelle et territoriale sous influence s’opère dans un cadre européen en voie de chamboulement institutionnel : nous sommes aux portes de ce que les PDG du CAC-40 et leurs homologues allemands et italiens nomment « le saut fédéral européen », avec en particulier le Pacte de Lisbonne (la « règle d’or » qui soumet de fait tous les budgets des pays du sud au contrôle de la Troïka). Nous assistons aussi à la mise en place, sous l’égide directe de la Maison-Blanche et de l’OTAN (décisions du Sommet de septembre 2014), d’une force armée euro-atlantique destinée à affronter la Russie pour annexer à l’UE atlantique l’Ukraine, la Biélorussie et les Républiques du Caucase et plus encore, à se confronter avec les B.R.I.C.S., ces pays émergents dans lesquels les forces communistes et de classe restent importantes, pour conserver l’hégémonie mondiale aux Etats-Unis. Pour tenir solidement la Terre entre les serres, l’Aigle américain construit également l’Union « transpacifique », qui oppose à la Chine le front uni – et de plus en plus militarisé – des USA, du Japon et de la Corée du Sud. Les pressions s’accroissent aussi sur Paris pour qu’il cède à l’UE son siège au Conseil de Sécurité de l’ONU et pour que, chemin faisant, il « offre » sa force de frappe à la future « défense européenne », c’est-à-dire en clair, à Berlin. Enfin, qui peut imaginer une seconde que le territoire français reconfiguré en 13 euro-régions contournant Paris-capitale, résistera longtemps aux tendances centrifuges si demain la Belgique éclate et veut sa part de Flandre française, si telle région italienne lorgne sur la Corse et sur son littoral, si la « Padanie » se souvient que Nice et la Savoie firent partie du Piémont-Sardaigne, si les notables patronaux de Strasbourg – qui ont déjà tenté de supprimer leurs départements pour former une région plus forte FACE A PARIS – continuent de lorgner vers le riche Bade-Würtemberg allemand ou si demain, quelques illuminés encouragés par une chambre patronale bretonne rêvent de former une Union celtique avec les séparatistes de feu le Royaume-Uni ?

Naturellement, tout cela ferait sourire si la France n’était pas « l’homme malade de l’Europe », tant son modèle social-républicain influencé par la Révolution française et le CNR est génétiquement incompatible avec l’anti-modèle fédéraliste, néolibéral et archi-patronal qui domine l’UE allemande et anglo-saxonne. Mais qu’adviendra-t-il demain des Pyrénées Atlantiques et des Pyrénées Orientales si la Catalogne et l’Euzkadi « indépendants » (c’est-à-dire directement soumis à Bruxelles !) revendiquent leur « réunification » avec la « Catalogne-Nord » et avec l’ « Euzkadi-Nord » dans le cadre de l’UE ? combien de temps celle-ci mettra-t-elle, après quelques réticences formelles, pour « avaliser la volonté populaire » et fortifier sa commande directe sur ses nouveaux Territoire d’Empire ? Et ces processus euro-séparatistes, qui paraissent presque folkloriques aujourd’hui, resteront-ils longtemps pacifiques quand on voit déjà ce que sont les humiliations que subissent les francophones bruxellois pris en étau entre l’UE anglophone et l’ombrageuse Flandre voisine ?

Bien entendu, aucun processus n’est univoque dans l’histoire. Nous n’ignorons pas l’apport de la gauche patriotique basque ou des républicains catalans dans la lutte antifranquiste. Nous mesurons ce que l’indépendantisme écossaise peut porter de légitimité historique et nous n’avons que faire de défendre l’ « unionisme » britannique porté à la fois par les conservateurs anglais et par les pseudo-travaillistes de Milliband : que face au néolibéralisme ravageur se détachent des provinces de tradition celtique dont l’unité pourrait faciliter la réunification du peuple irlandais (ou relancer le souverainisme des progressistes québecois ?) pourrait même jouer un rôle progressiste dans certaines conditions. Mais aujourd’hui, ce qui domine, ce n’est pas la marche angélique des nations grandes et petites vers l’autodétermination et vers la coopération internationale ; ce n’est pas non plus la renaissance de la langue gaélique (hélas !), c’est l’instrumentation généralisée des mouvements euro-séparatistes pour faire éclater les Etats historiquement constitués, qu’ils soient nationaux comme la France ou l’Italie, ou quasi-fédéraux, comme l’Espagne et la Belgique ; et cela non pas au profit d’une renaissance vertueuse des langues locales, mais au profit d’un Empire transatlantique de plus en plus antisocial, supranational, atlantique, liberticide et agressivement guerrier : on le voit en Ukraine où paradoxalement, dès lors qu’il s’agit pour l’UE-OTAN de soutenir un gouvernement truffé de néonazis, de russophobes, d’antisémites et d’anticommunistes, le droit de la République populaire du Donbass ouvrier à l’autonomie, voire à la séparation d’avec l’Ukraine, est aussitôt foulé au pied ! Risquons ici un parallèle historique. Avant 1914, le droit des Serbes à former une Yougoslavie émancipée de l’Empire autrichien, ou celui des Alsaciens-Lorrains à se prononcer librement sur leur retour éventuel à la France (dont ils avaient été détachés malgré eux en 1871) était en soi progressiste, conforme à la démocratie. Mais Lénine avait raison de fustiger les faux socialistes qui, à la veille de la première boucherie impérialiste mondiale, prétextaient du droit des Serbes ou de celui des Alsaciens pour applaudir l’impérialisme franco-russe et nier cette évidence : que, détachées du contexte d’une lutte anti-impérialiste plus générale, ces revendications serbes ou alsaciennes ne pourraient servir qu’à allumer la guerre mondiale et le repartage impérialiste du monde sans régler pour autant AUCUNE revendication nationale légitime, comme on l’a vu au sortir du conflit avec la « paix » de Versailles. Bref, ce qui se met en place aujourd’hui, ce sont bel et bien les conditions politico-institutionnelles d’un repartage impérialiste du monde, de la France et de l’Europe ; personne ne peut en effet faire abstraction du contexte géopolitique qui fournit le cadre de l’éclatement en cours des Etats nationaux qui s’opère sur fond de guerres impérialistes au Proche-Orient, de menaces militaires précises contre la Russie, contre l’Iran et contre les BRICS, d’interventions néocoloniales sans fin et sans issue en Afrique, de « « Drang nach Osten » aux marches occidentales de la Russie. C’est dans ce contexte géopolitique explosif, et non pas « en soi », métaphysiquement et dans l’abstrait qu’il faut apprécier l’actuel processus de balkanisation de l’Europe… et qu’il faut aussi concevoir la balkanisation possible de notre pays en grave crise économique, morale et institutionnelle. D’abord sous une forme « blanche » et monarchique (on pense à Bouvines, à Jeanne d’Arc, à Louis XI, à Henri IV, à Richelieu…), puis sous une forme républicaine-bourgeoise (Robespierre) entrecoupée d’impérialisme et de bonapartisme, la bourgeoisie « bleue » a ensuite pris le relais. C’est ensuite la classe ouvrière, à travers la revendication de République sociale émergente en 1848, puis sous la forme de la Commune ou du Front populaire, qui releva le drapeau de l’indépendance nationale en l’associant au drapeau rouge du combat anticapitaliste. Imaginons en tout cas à temps l’immense régression historique que serait le PARTAGE SOCIAL-MAASTRICHTIEN ou si l’on préfère, féodal-capitaliste, de notre pays, la relégation de sa langue nationale (qui est aussi celle de la Francophonie internationale), la vente à la découpe de son territoire, la foire d’empoigne indécente des caciques régionaux de l’UMPS pour s’approprier tel ou tel département périphérique en le rattachant à telle ou telle « métropole » : joli « progrès » en vérité dont l’idéal universaliste de liberté, d’égalité et de fraternité sortirait mondialement déconsidéré ! Après la Révolution d’Octobre abattue par la Contre-révolution de 1991, ce serait la Contre-révolution française qui triompherait avec, pour commencer, la mise à mort des acquis du CNR subsistant, à commencer par la Sécu, par le SMIG, par les statuts nationaux, par les conventions collectives, par les diplômes nationaux et par les retraites par répartition. Qui, quelle classe sociale y gagnerait en France ? Les oligarques du MEDEF et du CAC-40 sableraient le champagne, eux qui revendiquent officiellement « les Etats-Unis d’Europe, notre nouvelle patrie » et la « reconfiguration des territoires » dans le cadre de l’ « Union transatlantique ». Symétriquement, quelles classes perdraient-elles à ce repartage de la France ? La classe ouvrière et le monde du travail dans leur ensemble, sans oublier la masse des classes moyennes et de la jeune génération livrées à la jungle d’un univers impitoyable. Arrimé à l’OTAN et plus belliqueux que jamais en Afrique, l’impérialisme français subsisterait pendant que la nation laborieuse serait tiers-mondisée et atomisée. Ceux qui, à gauche et à l’extrême gauche rient de pitié au mot de « nation », confondant le patriotisme républicain issu de Valmy avec le versaillais, et amalgamant l’ prolétarien à l’euro-mondialisme atlantique, découvriront un peu tard tout ce qu’ils auront perdu, ou plutôt, tout ce qu’ils auront livré sans combattre, en raillant ceux qui résistent réellement et en prenant de dérisoires poses pseudo-internationalistes. Car ce refus de défendre la nation sur des bases populaires et républicaines revient à capituler devant la stratégie patronale de démontage du pays tout en faisant le jeu du prétendu « FN » ; une large partie de la gauche populaire et syndicale lui abandonnant le drapeau de la nation, de la résistance au tout-anglais et de l’unité territoriale républicaine, le « rassemblement bleu marine » peut en effet récupérer tranquillement le sentiment national blessé en dévoyant le patriotisme légitime de nos compatriotes vers la xénophobie, la haine des travailleurs présumés « musulmans », la division de la classe ouvrière selon l’origine nationale ou selon la religion présumée. Et pendant ce temps, FAUSSES patriotes qu’il et elles sont, M., Mme et Mlle Le Pen s’affichent dans les médias avec les francophobes déchaînés du Vlaams Belang*… et M. Louis Alliot annonce cyniquement que le FN renoncera à sortir la France de l’euro si Hollande appelle Mme Le Pen à Matignon à l’issue d’élections législatives anticipées, le programme du FN se résumant alors à la « reprise en main » générale du pays (comme on pouvait s’en douter !)…

Jouons-nous le rôle ingrat de Cassandre en expliquant tout cela, qui n’a rien de bien plaisant ? Oui ! Mais qu’importe si Prométhée, s’appliquant la devise gramscienne « Pessimisme de l’intelligence, optimisme de la volonté ! », entre enfin en résistance en exigeant à 100% le retrait de l’euro, de l’UE, de l’OTAN, en tirant A TEMPS notre pays de cet abattoir à peuples qu’est l’UE. Plus que jamais certes, rester dans l’UE, ce serait « y rester » ! Pour s’en sortir, le peuple français doit en sortir ! Alors, unissons-nous pour briser les chaînes de l’Union européenne : quitte à briser avec la fausse gauche européiste et fédéraliste, refusons à la fois le partage féodal-capitaliste de la France et le repartage euro-atlantique du monde.

Car rappelons-le, ce n’est pas les vérités clamées par Cassandre qui causèrent la défaite troyenne, mais le refus des Troyens insoucieux d’entendre ces vérités et qui firent entrer derrière les remparts le Cheval géant empli de guerriers ennemis.

Georges Gastaud
Philosophe, syndicaliste est également secrétaire national du PRCF

* récemment Marion Maréchal-Le Pen a plastronné avec l’extrême droite flamande qui revendique… le rattachement à la Flandre d’une partie du département français du Nord et qui s’efforce d’interdire l’usage du français dans le nord de la Belgique. Cette même Maréchal-Le Pen a demandé à la tribune du parlement que les quelques cours dispensés en arabe par l’école publique soient supprimés et que leurs (très maigres crédits) soient affectés à l’enseignement de l’anglais dans les petites classes. C’est beau le « patriotisme linguistique » du FN ! En réalité, ce n’est pas Jeanne d’Arc ou Henri IV que réincarne Marine Le Pen, c’est Catherine de Médicis, l’inspiratrice de la St-Barthélémy qui déchaîna les Guerres de religion et faillit précipiter la mort de la nation !